‹ La reliure du XIXe siècleChapitre 37 sur 69 · PORTEFEUILLE · texte numérisé non relu

PORTEFEUILLE

RKLIURE DE DULUD, CUIR REPOUSSÉ

Pour sa gloire, d'ailleurs, Marius Michel père n'a point besoin d'être Marius le critique, il lui suffit d'avoir été « Marius le Doreur », auquel Eugène Villemin, en 1868, adressait ces stances :

Sous ton fer, Marius, comme au temps du Valois, Dentelles et fils d'or croisent leurs arabesques....

Des vieux rimeurs c'est toi qui redores les tombes, Tes mains avec amour en sculptent le portail ; La reine Marguerite y tient son éventail, L'œil rieur et penché sur un nid de colombes.

Le Doreur tient son art de la fée ou du gnome, Des toisons du Maroc il cisèle la peau ; Cellini de notre âge, à son humble escabeau Des gloires d'un grand siècle il rajeunit le dôme....

Il creuse avec l'outil l'ogive, l'arc, le cercle ; On dirait qu'un Génie aux doigts de papillon De ce brillant labour lui trace le sillon. Et le livre flamboie, orné de son couvercle.

Le vieil amour que j'ai pour nos poudreux chefs-d'œuvre Te doit grâce et louange, artiste au burin d'or. Embaume ces débris ; sauve-nous ce trésor Qui veut des soins d'apôtre et non pas de manœuvre.

Sous ton fer, Marius, comme au temps du Valois, Dentelles et fils d'or croisent leurs arabesques....

Rapprochez maintenant la remarquable étude de Marius fils des superficielles connaissances de Lesné sur le passé de la reliure et voyez le chemin parcouru, de 1820 à 1880. Le siècle du collectionnisme, de la critique, et de la copie, s'est interposé entre les deux, faisant de tous les relieurs, plus ou moins, des érudits sur l'histoire de la reliure. Les moins instruits connaissent la reliure ancienne pour l'avoir maintes fois copiée. Ceux qui ont poussé plus loin connaissent à fond la reliure rétrospective et la jugent avec un goût sûr. Le livre de Marius ouvre une série.

Léon Gruel, continuateur de la maison de son père, d'abord avec son frère du second lit, Edmond Engelmann, puis seul, est à la fois érudit et passionné, ce qui ne va pas toujours ensemble. Il sait causer sur la reliure. Eh 'beaucoup le savent, ou en ont la prétention. Mais quand il parle sur son sujet, Gruel est vif et chaud : voilà qui est rare. Il a formé dès longtemps, autant par goût que par nécessité professionnelle, une collection de reliures, ou plutôt un musée où sont entrés tous les objets ou

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documents divers relatifs aux reliures : actes de l'état civil, règlements, comptes, factures, adresses, autographes, brochures, rapports, etc. Ainsi armé, Gruel a publié le Manuel historique et bibliographique de l'amateur de reliures, 1887. Ce travail diffère absolument de celui deMarius. C'est, à la suite d'une brève étude sur les anciens styles, un curieux dictionnaire des relieurs, biographique et analytique, très développé. Ce qui est également nouveau, c'est le nombre et l'intérêt des reliures et autres pièces reproduites à profusion.

Ajoutez à cela la partie rétrospective et critique du Traité de l'art du Relieur d'Emile Bosquet, — et le cours professé par Wynants aux élèves relieurs de l'école Estienne.

Parallèlement aux travaux des relieurs érudits, prenez ceux des écrivains d'art : le chapitre de la reliure dans Le Livre d'Henri Bouchot, — La Reliure ancienne, 116 planches, d'après les modèles anciens ou leurs copies, introduction par Gustave Brunet, — Les Reliures d'art à la Ribliothèque nationale par Henri Bouchot, avec 80 planches, — Les Relieurs français d'Ernest

Thoinan, en trois parties : histoire de la communauté des relieurs, étude sur les styles, dictionnaire des relieurs, avec cette épigraphe empruntée au comte de Laborde : La reliure est un art tout français ; — les notices éparses dans les répertoires de libraires, car les libraires, eux aussi, sont devenus des érudits en fait de reliure ; — les notices critiques insérées à l'occasion dans le catalogue de la librairie Morgand; — la préface des Femmes Bibliophiles d'Ernest Bauchart; La Bibliothèque des Valois, du même; — les séries de reproductions comme celle du catalogue Lacarelle, ou celle du catalogue Dutuit que Morgand va publier; etc., etc. Enfin, si vous voulez, les études publiées à l'étranger, comme le Bookbinding in France de Fletcher, dans le Portfolio.

Et vous reconnaîtrez que, sur le fait de la reliure rétrospective, nous sommes aujourd'hui formidablement documentés.

Toute cette érudition d'ailleurs, nous l'avons dit en commençant, n'arrive point à nous apprendre ce qu'il serait surtout intéressant de savoir, trois ou quatre points, mais capitaux :

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