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NOS OISEAUX

RELIURE DE MARIUS MICHEL

son prix » est une vente sur laquelle on perd 100000 francs.

En d'autres termes, toutes les fois que vous achetez aux enchères un livre de 1000 ou de 10000 francs ou une bibliothèque de 100 000, vous devez, avant de rien gagner aux enchères et simplement pour ne rien perdre, atteindre, à la revente, des prix de plus de 1200, 12000 et 120000 francs.

Ceci rectifie, en les modifiant tristement, tous les calculs usuels.

A la vente Mosbourg, nous sommes en pleine retraite.

C'était un vaillant acheteur que le comte de Mosbourg, faisant de la bibliophilie de haute lutte, et, pour son plaisir, combattant à visage découvert en vente publique : attaquant de face, tenant bon, même contre Morgand, et finalement, à ce jeu-là, conquérant souvent le morceau, mais au triple du grand maximum ; de vrais prix de bibliophile de 1875. Voyons le résultat.

En 1893 on fait sa vente : 567 articles, qui produisent 535000 francs.

Quelques livres paraissent donner un léger bénéfice : la Guirlande de Julie, 19000 au lieu de 16700; Y Origine des Puces, 2584 au lieu de 1551, etc. En tout un certain nombre d'articles ayant l'air de produire 80000 francs après en avoir coûté 70 000. Refaisons le calcul :

70000 d'achat et 10 % 77 000

80 000 de vente moins 10 % . . . 72 000

Différence en moins. . 5 000

Cinq mille francs de perte sur les livres sur lesquels on gagne, quelle entrée de jeu !

Et maintenant, la perte franche.

D'abord sur le fretin, les livres de troisième plan vendus 100 francs au lieu de 200 — c'està-dire 90 au lieu de 220 — ce qui au bout de cent numéros, sans avoir l'air de rien, donne 9 000 francs au lieu de 22 000.

Puis les catastrophes, les désillusions formidables, les désastres sur les livres achetés à tout prix : l'Entrée de Henri //revendue 15000 au lieu de 22 220, Y Entrée de Charles IX tombant brusquement de 11 220 à 5 900 (dix-huit mille

francs de perte en deux coups, quel baccara !) Et six mille de perte sur le livre des livres, sur le cheval de bataille, sur Poliphile, 10 020 au lieu de 15 540. Et huit mille sur le Rabelais de 1542 tombant de 15 500 à 8 020.

Et la Chasse royale, 6 950 au lieu de 13 202 ! Et Joviani Pontani Opéra, exemplaire de Grolier, 4520 au lieu de 6855. Et les Sermons de Bourdaloue, exemplaire de Longepierre, 5 600 au lieu de 6 300. Et Pluvinel, 3 850 au lieu de 5 313. Et le Daphnis de 1718, 1 900 au lieu de 5 000. Et même le Monument du Costume, 9 000 au lieu de 11200. Et même les Chansons de La Borde, 3910 au lieu de 7 040!

Et le Roland furieux de Baskerville relié par Padeloup, 250 francs au lieu de 2970!

Et trois mille francs de perte sur un Boyet par-ci, et deux mille sur un Derome par-là, et deux mille sur un Maïoli, et ainsi de suite, presque à tout coup, mille, deux mille, etc.

Bref, pour ne pas allonger la citation, sur quinze articles ayant coûté 154000 francs et revendus 91 000, soixante-trois mille francs de perte apparente, quatre-vingt-dix-huit mille de

perte réelle. Prix d'une journée de déveine dans le Monte-Carlo du livre !

Là, les Trautz furent enveloppés dans la débâcle. Dix-huit articles reliés par lui et payés 33154 francs firent 8290. Sur certains livres la perte allait des cinq sixièmes aux huit neuvièmes du prix coûtant !

Le Roy Modus tombait de 1 548 francs à 700; les Marguerites (1547), de 4895 à 1 200 ; les Provinciales (1657), de 1100 à 200; les Pensées de Pascal (1670), de 600 à 100; Corneille (1664), de 4500 à 520; le Molière (1682), de 1725 à 415; Racine (1676), de 5 600 à 610; Télémaque (1717), de 1050 à 170; Gil Blas (1747), de 1 500 à 252; Manon Lescaut (1753), de 1221 à 300; les Lettres d'une Péruvienne (1752), de 550 à 76....

O jour affreux, hélas, tout fut englouti! (Bernardin de Saint-Pierre.) Plus de sept mille francs de perte sur une mosaïque de Trautz, l'École de Salerne, tombant de 16 900 à 10 060. (Dix mille francs! c'est encore bien joli !)

Le voilà le quo non ascendam, et le placement de père de famille ! (On a souvent parlé des bonnes

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