‹ La renaissance catholique an Angleterre au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 21 sur 69 · INTRODUCTION XXIII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXIII

poursuivait. Par contre, le puritanisme, loin de se laisser intimider, attaquait plus âprement que jamais tout ce qu'on prétendait garder ou rétablir de catholicisme dans le dogme, la hiérarchie et le culte. Si ses adversaires s'appuyaient sur la royauté, il liait sa cause à celle de l'opposition libérale et bientôt révolutionnaire. Dans cette lutte, l'école à tendances catholiques suivit la fortune des Stuarts et partagea leur impopularité grandissante. L'archevêque Laud fut accusé au même titre que le ministre Strafford, et il devança, de quelques années, Charles 1er sur l'échafaud. Le triomphe de la révolution fut celui des puritains : le calvinisme presbytérien supplanta l'Eglise épiscopale, désorganisée et proscrite.

Il est vrai que, si la tempête fut violente, elle fut peu durable. Bientôt la Restauration parut une occasion favorable de rétablir l'Eglise sur les principes d1 Andrews et de Laud qui avaient laissé, derrière eux, toute une école de théologiens, les Caroline divines. Alors fut rédigée et promulguée la dernière édition du Prayer Book, celle où le caractère sacramental et sacerdotal de l'Eglise était le plus mis en relief1. Par ses

1 Le Prayer Book, livre de prières officiel de l'Eglise anglicane, est une compilation tirée de sources catholiques, du bréviaire, du missel, du rituel, du pontifical; il contient tout ce qui est nécessaire au culte et au cérémonial. Rédigé pour la première fois en 1549, il a été successivement, revisé en 1552, 1559 et 1662. Le parti High Church s'est toujours appuyé sur le Frayer Book. 11 estime que, grâce à l'autorité qui n'a jamais été absolument méconnue de ce livre, une certaine tradition catholique s'est toujours maintenue dans l'église d'Angleterre. Comme on demandait un jour à M. Gladstone comment il était passé des idées Low Church, dans lesquelles il avait été élevé, aux idées High Church, il répondit que c'était en étudiant les Occasional Offices du Prayer Book.

\\1\ l.NTKobrcTloN

excès mêmes, le puritanisme n'avait-il pas contribué à cette réaction? Jusqu'àla Révolution, sa prétention avait été, non de renverser l'Eglise épiscopale, mais de s'en emparer; l'usage qu'il venaitde faire de sa victoire momentanée manifestait son incompatibilité avec cette Eglise. Force lui fut donc de s'en séparer ouvertement et de créer, en dehors d'elle, une Eglise rivale : ce fut le commencement des dissidents ou non-conformistes. Cet exode ne laissait pas l'autre école maîtresse de l'anglicanisme; le virus protestant y avait pénétré trop profondément. A côté des puritains résolus qui rompaient avec l'Eglise établie, beaucoup d'autres, plus timides, y demeuraient, avec leurs préventions, et opposaient une résistance passive, mais puissante, aux disciples d' Andrews et de Laud. D'ailleurs, l'étrange régime auquel étaient soumises les consciences depuis plus d'un siècle, le spectacle de cette Eglise tant de fois transformée au seul gré des caprices royaux ou des passions populaires, ces Credo contradictoires imposés, les uns après les autres, à un clergé servile, par les gouvernements successifs, n'était-ce pas assez pour désorienter les consciences et enseigner une sorte d'indifférence dogmatique ? Ainsi voyait-on poindre un état d'espritqui allait bientôt dominer dans l'Eglise établie, le latitudinarisme, non moins réfractaire que le puritanisme à renouer la tradition catholique. Ajoutons que, cette fois encore, l'alliance avec les Stuarts fut funeste aux partisans de cette tradition. Vainement ceux-ci avaient-ils fait, sur certains points, opposition à Jacques 11, ils se trouvèrent forcément,

Page 1