‹ La renaissance catholique an Angleterre au XIXe siècle (volume 3)Chapitre 13 sur 37 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le Tracturianisme devait faire iiaitre le besoin d'une rénovalion du cérémonial. Les promoteurs du mouvement ont lintuition de cette révolution liturgique, mais ne veulent pas la précipiter. Innovations tentées par quelques-uns de leurs adeptes. 11 s'y mêle une réaction esthétique. Irritation dans le monde protestant. — II. La sécession de Newman, en modifiant le caractère du mouvement traotarien, encourage les innovations rituelles. Oppositions qu'elles soulèvent. Troubles de S. Barnabas. Les Ritualistes n'en sont pas découragés. Fondation de la Société de la Sainte-Croix, de la Confrérie du Saint- Sacrement et de ÏEnglisli Clinrch Union. Troubles de S. Georges in Ihe East. A partir de ISiUt et pendant l'agitation soulevée par les Essa>/s aud Reviews, un certain apaisement se fait autour du Ritualisme. — 111. Etat du culte dans les églises et les couvents ritualistes, vers 1866. Indignation croissante dans les parties protestantes de l'Anglicanisme. On veut abattre le Ritualisme. Comment les Ritualistes se justifient-ils sur le terrain de la légalité"? Ils commencent à être mieux vus et mieux compris. On constate l'efficacité de leur apostolat. Pusey qui s'était tenu d'abord siu- la réserve, adhère au Ritualisme, en 1866. Dissemblance qui subsiste entre les anciens Tractariens et les Ritualistes. Le Tractarianisme est effacé ]iar le Ritualisme.

Pendant que le catholicisme, en dépit de malheureuses divisions, progressait en Angleterre, sous la double et diverse influence des deux grands convertis, Newman et Manning, que devenait l'autre forme, plus imparfaite, mais non négligeable, delà renaissance catholique issue du Mouvement d"0.\ford, celle qui se manifestait

dans le sein même de T Anglicanisme? Elle se présente, à partir surtout de 1865, avec un caractère nouveau qui lui vaut un nom nouveau également, celui de Ritualisme. Le Ritualisme, tout en provenant du Tractarianisme, en diffère ; mais il ne tarde pas à l'absorber et à s'y substituer. Sa rapide diffusion, l'ardeur de conviction qui anime ses partisans, les luttes qu'il a soutenues, les conséquences qui pourront en découler au point de vue catholique méritent l'attention de l'historien. Est-ce à dire que, dans la vie religieuse de l'Anglicanisme, ce mouvement soit aujourd'hui le seul qui puisse intéresser l'observateur? Non ; si j'avais entrepris une histoire générale de cette Eglise si étrangement composite, j'eusse dû y noter plusieurs autres courants, dont certains paraîtraient peut-être d'un intellectualisme plus affiné et plus moderne. INIais ce serait sortir de mon sujet, qui est uniquement de suivre l'effort tenté pour catholiciser l'Anglicanisme. Là est ma raison de m'en tenir à l'étude du Ritualisme.

M. Gladstone, évoquant, en 1874, le souvenir de ce qu'était le culte anglican un demi-siècle auparavant, écrivait : « L'état des choses était déplorable, au delà de ce quej'ai jamais lu ou vu... Nos offices étaient probablement sans pendant dans le monde, parleur vulgarité. Ils auraient choqué un brahmane ou un bouddhiste, et ils n'eussent certes pas été supportés en Angleterre, si le goût et la perception de l'idéal n'avaient été engloutis dans le même naufrage que la dévotion. » « .le ne sais, disait-il encore, si la chrétienté offrit jamais le spectacle de communautés de chrétiens plus froides, plus

dénuées de dévotion et de respect religieux... Nos églises et notre culte n'attestaient que trop une indifférence glaciale. » Et il n'hésitait pas à confesser que cette situation était « le scandale de la chrétienté ' ».

Bien que principalement doctrinal, le mouvement dont Xewman et ses amis avaient pris l'initiative, peu après 1830. en publiant les Tracts for the Times, devait forcément faire naître le besoin d'une rénovation du cérémonial. En éveillant, d'une façon générale, la curiosité sympathique des choses catholiques, en suscitant le désir de se rattacher, dans la vie extérieure de rAnglicanisme,aussi bienque dans sa vie intérieure, aux traditions d'avant la Réforme, et de se remettre plus ou moins en harmonie avec l'Eglise universelle, en rehaussant l'idéal religieux, en recherchant le sens perdu du symbolisme liturgique, en ravivant la notion effacée du surnaturel et du mystère, en ouvrant des horizons depuis longtemps fermés à la piété et à la dévotion, on faisait naître, dans les intelligences, dans les cœurs et dans les imaginations, des besoins auxquels l'ancien culte ne pouvait satisfaire. Et surtout, du moment qu'on entendait restaurer la foi à la Présence réelle et rendre au sacrifice eucharistique la primauté rituelle qu'il avait perdue, comment ne pas se sentir mal à Taise dans ces églises froides et dénudées qui, par leur disposition même, n'étaient que des salles

' Discours h la Chambre des communes, du 9 juillet 1874. Article pnlilié dans le Coviemporary Rerieir d'octobre 1874. — Cf. aussi A Chapter of an Autohioyrapfiy ^1868y.

de prêche, où il n'y avait plus d'autel, et où l'on discernait à peine, à travers les bancs à haut dossier et derrière la chaire du prédicateur ouïe pupitre du lecteur, la misérable table de bois, sur laquelle, en de très rares occasions, se célébrait, sans honneur et même souvent sans décence, le service de la communion' ? Ne devaiton pas être tenté de rétablir l'antique solennité des rites, des attitudes, des gestes, des ornements et des costumes, pour affirmer la foi retrouvée et pour effacer le scandale de la négation pratique qui s'était si longtemps aflichée dans le culte anglican?

Les Tractariens avaient eu, dès l'origine, l'intuition de cette révolution rituelle et liturgique. « Je considérais, a écrit Newman, que l'Église anglicane devait avoir un cérém.onial, un rituel, une plénitude de doctrine et de dévotion qu'elle n'avait pas ^. » Keble, en IS39,

' On en peut juger par ce qui se passait encore au milieu ilu dernier siècle, dans certaines paroisses où des desservants âgés avaient gardé les vieilles habitudes. M. Kegan Paul, appelé, en 18.52, à prendre la charge d'une paroisse du diocèse d'Oxford, décrit ainsi la façon dont le \\eux vicar y administrait la comnninion : « Le vin pour la communion était placé sur la table, dans une bouteille noire. Une fois, le bouchon n'avait pas été retiré. Le vicaire se tourna alors vers ceux qui s'agenouillaient à la balustrade pour communier, et demanda si un gentleman ou une lady avait un tire-bouchon. Cet instrument ayant été obtenu (je suppose du cabaret d'en face où, par occasion, on se procurait des stinmlants pour le vieux curale pendant le sermon , on procéda au service. On ne célébrait ce rite qu'à Noël, le vendredi saint et le jour de Pâques. Une très digne vieille femme se présenta un jour de Pâques: quand le recteur s'approcha d'elle, à la balustrade, il lui dit : « Hallo! Mrs Boffin, vous ici encore! Pourquoi? je vous lai donné vendredi; je ne vais pas vous le donner encore. Allez-vous-en!» Ce que fit la pauvre femme tout en pleurs. » [Memories, by Kegan Paul. p. 182.)

" Apologia, p. 167.

dans la préface de la seconde partie des Remains de FroudeS notait que Tauteur de ces Remains « appréciait très sérieusement, dans le service divin, l'importance de ces arrangements qui tendent le plus à rappeler à l'adorateur que la maison de Dieu est une maison de prière et de sacrifice spirituel, non de simple enseignement. >' Il se félicitait de voir, autour de lui, dans « les nouveaux aménagements intérieurs des églises », le signe que ces idées étaient en progrès et rencontraient des sympathies-. Pusey, en réponse à cette question : « Qu'est-ce que le Puseyism ? » rédigeait, en 1840. une sorte de programme dont le cinquième article portait : « Le souci de la partie visible de la dévotion, comme la décoration de la maison de Dieu, qui agit insensiblement sur l'esprit^. » Quand Newman avait entrepris d'élever une église à Littlemore, dans une dépendance de la paroisse qu'il dirigeait à Oxford, il s'était essayé à y faire une première application de ses principes; et ce n'était pas sans un sentiment mêlé de surprise, d'admiration et aussi d'inquiétude, qu'un de ses plus chers disciples, Rogers, constatait, au jour de l'inauguration, en 1836, ces innovations, notamment le magnifique autel de pierre sculptée, surmonté d'une croix, ainsi disposé « qu'il effaçait tout le reste, et qu'en entrant dans

' Sur ce qu'a été celte publication, cf. Preinière Partie, p. 145 à 148.

- lieiiiains uf Richard Ilurrell l-'nmile.Vurl llie second, vol. I. p. IX.

•■' Li/r ofPuseij. t. 11. p. 140.

Téglise on ne voyait que lui », et aussi, dans la cérémonie même, de la part du célébrant, des attitudes et desgestesauxquels on n'était plus habitué. »< Nous étions tous, ajoutait Rogers, dans la crainte de ce que pourrait dire Tévêque. » Ne trouverait-il pas tout cela papistical ? « Néanmoins, Sa Seigneurie fut très satisfaite et complimenteuse, et tout s'accomplit dans le plus grand style'. » Peu après, de 1842 à 1845, quand Pusey fit élever à ses frais, dans un quartier populaire de Leeds, cette église de S. Saviour qui devait être le théâtre de tant de conversions au catholicisme^, il voulut également y avoir un véritable autel, et non une simple table, afin, disait-il, d'affirmer les vérités déniées ; Tévêque, cette fois, fit des objections et déclara qu'il ne consacrerait pas l'église, si l'autel de pierre n'était pas remplacé par une table de bois^.

De ces faits, il ne faudrait pas cependant conclure que les Tractariens donnassent alors, autour d'eux, le mot d'ordre du renouvellement du cérémonial et qu'ils dussent être considérés comme les initiateurs ou seulement les précurseurs de ce qu'on devait appeler le Ritualisme. Non. Ils auraient été plutôt disposés à blâmer ceux qui voulaient entreprendre prématurément ces changements ou qui y attachaient une importance exagérée. Ils craignaient qu'on n'irritât ainsi le public ou les autorités et que, pour des questions de formes, après tout secondaires, on ne compromît le succès des

1 Letteis of lord Blachfurd. p. 38.

2 Cf. Seconde Partie, p. 120 ;i 129 et 234 à 236.

3 Life ofPuseij. t. 11. p. 473 et sq.

doctrines essentielles. Ils se méfiaient surtout des esprits superficiels et frivoles qui samuseraient à ces apparences en négligeant les réalités, et auxquels une sorte de religiosité esthétique ferait oublier la nécessité desconversions intérieures. Telle était la façon de voir très arrêtée et très réfléchie de Newman et de Pusey. En 1839, Pusey, s'adressant à un clergyman qui venait d'écrire un tract sur l'observance de la « Rubrique des Ornements », mettait ses amis en garde contre des singularités imprudentes ou peu sérieuses ; qu'on voulût embellir l'église et surtout l'autel, il le comprenait, à condition que cela pût se faire sans trop de difficultés ; mais il n'aimait guère qu'on se préoccupât d'embellir le vêtement du célébrant'. Les cliefs du Mouvement donnaient d'ailleurs, dansleur conduite, l'exemple de la prudence et de la réserve qu'ils conseillaient à leurs partisans. SiNewman avait cru pouvoir essayer, à l'écart et en quelque sorte loin des regards du public, quelques innovations dans sa chapelle de Littlemore, il avait à peu près gardé l'ancien cérémonial dans son église de Sainte-Marie, à Oxford ; il s'était borné à y rendre les services plus fréquents et à les réchauffer de sa piété personnelle^.

En dépit de l'exemple et des recommandations des

' Life of ï'useij, t. IL p. 142 à ii.ï.

- Cette méfiance de Newnian à l'égard dun ritualisine quil soupçonnait être un peu superficiel et frivole, devait persister dans les premières anut-cs après sa convei-sioii. Dans ce roman de Ldss and <iain où il dépeindra, en 1848, la société dOxford à lépoino rlu Mouvement, il présentera, sous un jour peu flatteur, le type du nilunliste estliéte.

leaders, quelques-uns de leurs adeptes cédaient au désir d'inaugurer, sur tel ou tel théâtre particulier, un cérémonial mieux en harmonie avec leurs doctrines. L'un des premiers disciples de Newman, Oakeley, appelé, en 1839, à desservir la petite chapelle d'Old Margaret Street, à Londres, vit là, comme il le disait, « l'occasion d'essayer, sur un terrain pratique, l'effet des principes tractariens' ». Malgré l'installation tort défectueuse de la chapelle, il trouva moyen de la transformer; il dégagea l'autel, jusqu'alors masqué par la chaire, le suréleva, Torna de cierges, de tleurs, et plaça au-dessus une croix. Les offices, rapprochés autant que possible de la liturgie romaine, furent une révélation pour beaucoup d'âmes qui n'avaient pas encore éprouvé ce que la piété pouvait trouver, dans les formes catholiques du culte, de secours et de consolation^. Ils attirèrent une assistance d'élite dont la ferveur surprenait et édifiait ceux qui entraient, en passant, dans la chapelle^. Gladstone y fréquentait et y rencontrait ses amis Hope Scott et Bellasis qui, comme plusieurs autres membres de cette congrégation, devaient se convertir au catholicisme. Ces nouveautés furent dénoncées comme entachées de romanisme; l'autorité ecclésiastique, effarouchée, fit des réprimandes; elle ne consentit à tolérer les cierges que s'ils n'étaient pas allumés, les fleurs qu'à la condition d'avoir un seul

î Oakeley. Historical notes of the tvactarian Movement. p. 61. 2 Church. Tke Oxford Movement, p. 371. et \V. WanI, \\.-G. Wa7-d and the Oxford Movement. p. 200, 201. ^ Vie de lady Georgiana Fullerlun, par M"" Gi'aven, p. 202.

bouquet et de n'en pas faire varier la couleur suivant la nature des fêtes ".

Des changements analogues s'essayaient dans d'autres paroisses, sans mouvement d'ensemble, suivant l'inspiration propre, on pourrait dii-e suivant la fantaisie de chacun. Ils ne portaient pas seulement sur Taménagement de l'église, mais aussi sur le costume de Tofticiant : quelques clergymen se bornaient à remplacer la robe noire [hlack goion) par le surplis; un très petit nombre allaient plus loin et commençaient à user de ce qu'on appelait les « vêtements eucliaristiques », chape, chasuble, étole, que l'on faisait venir de Paris ^. Chaque jour, il était plus visible qu'une sorte d'attrait mystérieux poussait les adeptes de cette école à copier ce qui se faisait dans lEglise romaine. T. Mozley, disciple et allié de Newman, ayant assisté, pour la première fois, en 1843, au cours d'un vovasre en Normandie, à un oUice catholique, en recevait une impression qu'il qualifiait lui-même de " fascination «^ « C'était le véritable culte, s'écriait-il; il y avait là le sentiment dune présence divine-'. » Des idées de ce genre gagnaient jusqu'à la littérature. On en peut juger par les deux romans de Conningshy et de Syhil, que Disraeli publiait en 18 i4 et 1845, et où il se piquait

' Oakeley. loc. cit., p. 63 et sq. — Memorials of SergeanI Bellasis. p. 41 et 42.

- Un journal ritualistc, le ('htirch Times, a nuvcil, iiaimi ses lecteurs, en 1897, une sorte denquète iioiu- savoir (inaud cesvêtements avaient été employés pour la i)reniièie fois. On reuiunta ainsi, pour <les cas. à la vérité, très isolés, jusqu'en 1840.

'• Rpiitiniscencps chiefl;/ of Oriel Colleye and of llie Oj ford' Movemenl. t. 11. p. 31!».

d'aborder les problèmes sociaux de l'époque. Bien que personnellement étranger et indifférent aux controverses théologiques d'Oxford, il laissait voir, dans ces romans, les préférences de son imagination pour ce qu'on eût pu appeler l'esthétisme du Tractarianisme, et il préconisait un retour à la vieille poésie du culte catholique. « Ce que vous appelez formes et cérémonies, faisait-il dire à un pasteur, représente les instincts les plus divins de notre nature. »

Cet effort pour la restauration du culte coïncidait avec le mouvement romantique qui, partout, en Angleterre comme sur le continent, remettait en faveur l'art du moyen âge. Une sorte d'alliance s'établit naturellement entre les deux mouvements. Dans toute paroisse où prévalait l'anglo-catholicisme, l'ornementation de l'église devenait aussitôt gothique, sans qu'on s'inquiétât des disparates souvent étranges avec le style primitif de l'édifice'. Le gothique finit même ainsi par devenir un peu suspect à certains catholiques romains, et ceux-ci préférèrent prendre pour modèles les églises italiennes du xvi^ siècle; on s'en aperçut plus tard, lors de la construction, à Londres, de la

' Le Rev. Bail, parlant duiic chapelle où s'établissait, en 18.j9, une mission ritualiste, décrit cette chapelle iiui datait de la fin du xvir siècle, avec ses retables pseudo-classiques que tlanquaient des colonnes corinthiennes et que surmontait un fronton. « Dans ces jours, ajonte-t-il, des high churc/imen ne pouvaient être que gothiques; aussi, devant le retable pseudo-classique, le clergé de la mission avait-il placé un autel avec ini bandeau d"un dessin moyen âge; sur le gradin, étaient des llambeaux gothiques ; une croix gothique était fixée au relable qui était derrière, et une croix gothique ornait ou défigurait le fronton du dessus. » (.4. H. Maclionockie, a jneuioir, hy E. A. T., p. 48.)

320 LA RENAISSANCE CATHOLlQtE EN ANGLETERRE

grande et très riche église de l'Oratoire. Cette méfiance, cependant, était loin d'être partagée par tous les catholiques. Le propagateur le plus enthousiaste, le plus exclusif, le plus intolérant de l'art gothique, fut l'architecte Pugin. converti au catholicisme depuis 1833 : le culte qu'il professait pour l'art du moyen âge n'avait pas peu contribué à cette conversion. Mis en rapport avec quelques-uns des Tractariens, il s'appliqua, non sans succès, à leur insuffler un peu de son enthousiasme médiéval'.

L'un des foyers de cette réaction à la fois religieuse et artistique était la Cambridge Camden Society^ fondée en 1839. Elle se donnait pour programme de « promouvoir l'étude de l'art chrétien et des antiquités chrétiennes, plus spécialement en tout ce qui regardait l'architecture, l'arrangement et la décoration des églises ». C'était se proclamer l'ennemie du temple tel que l'avait fait le protestantisme et manifester la volonté d'y substituer l'ancien type de l'église catholique. Les adversaires du Tractarianisme ne s'y trompaient pas, et l'un d'eux, le Révérend Close, en 1844, résumait la pensée d'un de ses sermons dans cette phrase qui lui servait de titre : « La restauration des églises est la restauration du papisme. » Il se piquait de démontrer, dans ce sermon, « que, de même que le Romanisme était enseigné analytiquement à Oxford, il était enseigné artistiquement à Cambridge; qu'in-

' Nature exaltée. Puirin finit par avoir le cerveau un peu troublé : il (lut être enfermé dans une maison de sauté et mourut, en 1832, à rage de quarante ans.

culqué théoriquement dans des tracts, à l'une des Universités, il était sculpte, peint, grave, dans l'autre ». « Les Camdeniens de Cambridge, ajoutait-il, bâtissent les églises et fournissent les vaisseaux symboliques par lesquels les Tractariens pensent appliquer leurs principes'. » La Caniden Society n'était pas seulement dénoncée dans la chaire ; ses entreprises l'exposaient à des contlits judiciaires : en restaurant l'église du Saint-Sépulcre, à Cambridge, elle y avait établi un « autel de pierre » ; réclamation du desservant ; les churchicardens- , appuyés par un meeting des paroissiens, se déclarèrent pour l'autel; la question fut soumise à la Cour consistoriale du diocèse d'EIy qui, le 23 juillet 1844, donna raison aux churchicardens ; mais le desservant en appela à la Cour des Arches qui jugea au contraire, le 31 janvier 1843, que les autels de pierre étaient chose illégale dans l'Kglise d'Angleterre.

Ces nouveautés d'ornementation ou de cérémonial frappaient les yeux mêmes des ignorants et se trouvaient agiter des couches populaires que l'on eût eu peine à émouvoir pour des controverses purement doctrinales. On le vit au trouble que causa, durant plusieurs années, ce qu'on a pu appeler alors la ■ question du surplis ». Déjà, en 1842, l'évêque de Londres, Blomfield, qui donnait cependant, d'autre part, plus d'un gage aux adversaires des Tractariens, avait

1 Cité par Wal;;!! : The Ilistonj of the Rorneu-ard movemeat in Jhe Church of England,^). 254.

- Sorte de marguilliers.

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