‹ La renaissance catholique an Angleterre au XIXe siècleChapitre 10 sur 38 · LES MECOMPTES DU PUSEYISME · texte numérisé non relu

LES MECOMPTES DU PUSEYISME

ter en faveur de l'Eglise d'Angleterre, et aussi à faire des objections contre l'Église romaine. Je sens comme si une lumière était tombée sur moi. Quelque chose est là qui me fait me dresser et qui me dit : Vous finirez dans l'Eglise romaine.» De tous ces aveux confiés en secret à son journal, faut-il conclure que Manning avait perdu la foi de son Eglise ? Non ; comme il l'écrivait lui-même, il se bornait à noter « les étranges pensées qui le visitaient », en se demandant si ce n'élaient pas des pièges du « tentateur », un « amour dangereux des nouveautés », le châtiment de quelques péchés mortels. Aussi était-il disposé à croire qu'il était plus sûr de combattre ces doutes que d'y céder '.

La maladie qui, au commencement de 1847, mit Manning, pendant plusieurs semaines, en face de la mort, fut, on le sait, l'occasion d'un long colloque de son âme avec Dieu "-. 11 paraît y avoir été plus occupé à examiner ses faiblesses morales qu'à sonder le fondement dogmatique de ses croyances. A peine, dans le journal de cette période, relève-t-on une ou deux allusions à ses doutes. Ceux-ci cependant ne sont pas dissipés; bien au contraire, ils semblent s'èlre précisés, et, au sortir de cette maladie, Maiining se décide, pour la première fois, à en faire confidence à un tiers : c'est le sujet d'une longue lettre écrite, le 16 juin 1847, à son curote de Lavington, le révérend Laprimaudaye, qu'il

1 lAfe of Manniny, par Purcell, t. I, p. 483 à 487. ■i Voyez plus haut, p. iU4, lOo.

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a pris depuis (fuelquL' kiiips pour confesseur ^ . 11 s'y montre ce (jue nous k- connaissons, homme de gouvernement plus cpu' llieologien abstrait : ses doutes portent moins sur des abstractions doctrinales que sur des principes d'organisation spirituelle. Il commence par rappeler, avec quelque complaisance, ses efforts pour garder les âmes à l'anglicanisme, pour combattre les tendances romaines; il se, tlatte de n'avoir jamais rien lait ni rien dit qui pût ébranler aucune fidélité ; tout ce qu'il a écrit l'a été pour défendre, avec amour et espérance, l'Eglise d'Angleterre. Et cependant des difficultés se sont élevées dans son esprit, dont il précise l'origine : il rapporte comment, des idées sorties du Mouvement tractarien, deux surtout l'avaient frappé dès le début, l'idée de l'unité et celle de l'infaillibilité, conditions nécessaires d'une Eglise véritable; il avait cru d'abord pouvoir concilier ces principes avec l'adhésion à l'Eglise anglicane et le rejet de l'Eglise romaine; il s'en était expliqué dans des sermons prêches en 1835 et 1838 ; mais, depuis, à considérer les problèmes de plus près, il s'est demandé s'il leur avait donné une solution satisfaisante, et force lui est d'avouer qu'il ne pourrait plus republier ce qu'il avait écrit autrefois. E'étude des Pères et de l'histoire ecclésiastique lui fait maintenant considérer avec effroi l'idée de soutenir la thèse des théologiens anglicans. Il voudrait bien sans doute pouvoir mettre de côté ce problème ; mais le pût-

' Voyez le texte complet de cette lettre dans Life of Maniilng, t. L p. 467 à 473.

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il pour lui-même, qu'il en serait empêché par ses devoirs envers ceux qui, tous les jours, le consultent à ce propos. Il précise donc, en ces termes, les points sur lesquels il faut absolument savoir à quoi s'en tenir :

1" L'iiifaillibilil/' de l'Égiise n'est-elle pas une consi'quence nécessaire de la présence de la troisième personne de la Trinité et son perpétuel oUice qui a commencé le jouide la Pentecôte? Cela me semble être révélé par l'Écriture. Une perpétuelle présence, un perpétuel otiice et une perpétuelle infaillibilité, — c'est-à-dire une voix vivante Irmoignant pour la vérité et contre l'erreur, sous la direction de l'Ksprit du Christ, — paraissent choses inséparables.

2° N'est-ce pas une partie de la volonté révélée et de l'ordonnance de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que l'Église devrait être sous un épiscopat uni, avec une tète visible, comme les apôtres furent unis avec saint Pierre? 11 ne s'agit pas tant, pour moi, de la question de primauté, que de l'unité de l'épiscopat...

Ces deux questions sont deux principes d'où découlent tous les détails... Le concile de Chalcédoine, que l'Église d'Angleterre reconnaît, les montre tous les deux sous une forme et avec une netteté que je ne puis plus maintenant concilier avec ce que, jusqu'à présent, j'ai cru soutenable.

Planning se rend bien compte que de telles déclarations peuvent être interprétées comme l'annonce de sa prochaine sécession ; mais il affirme que nulle perspective ne saurait lui inspirer plus de répugnance et presque de terreur ;

Tous les liens de la naissance, du sang, de la mémoire, de l'afTection, du bonheur, des intérêts, toutes les séduc-

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lions qui pt'uvenl ;it;ic sur iiiio volontr, m'attachent à ma croyance actuelle. En douter, c'est révoquei' en doute tout ce qui m'est cliei'. Si je devais y renoncer, ce serait pour moi comme l;i mort. Croyez alors qu'il ne faudrait pas moins qu'une niasse d'évidence... pour m'empêcher de l'ermei- les yeux et d'accepter l'Kglise d'.\ni.deterre de conliance, pour toujours, comme Je l'ai fait dans le passé, avec un co'ur aimant. Mais l'Église d'Angleterre elle-même me renvoie, par son canon, à l'antiquité, et, en lui obéissant, je trouve là ce que je ne puis résoudre... Je ne vous demande pas d'aborder vous-même ces questions. Je désire seulement (|ue vous voyiez que mes difficultés ne viennent ni d'imagination ou d'excitation, ni d'un manque d'amour pour ri^glise d'Angleterre... Ne vous croyez pas obligé à me répondre... Mais donnez-moi vos prières, pour écarter les t'aulfs (^uc vous voyez ou croyez voir en moi.

Ce qui n'était pas fait pour diminuer l'embarras et l'angoisse de Manning, cest que, comme il l'écrivait à Robert Wilberforce, « par tout le pays, des gens se levaient qui lui demandaient de les délivrer des doutes et des difficultés avec lesquels il était lui-même aux prises' ». Il eût jugé déloyal envers l'Eglise de rien laisser voir de ses propres incertitudes, et, d'autre part, comment employer des arguments de la valeur desquels il n'était plus sûr ? 11 s'y essayait cependant, s'appliquant à i-alTermir les fidélités en péril, ou au moins à faire ajourner toute résolution de changement. Ainsi agissait-il notamment avec un clergyman que j'ai déjà eu occasion de nommer, le révérend Allies-. Depuis la

' Life of Manning. t. I. p. 464.

- Voyez plus haut. p. 32 et sq.

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