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conversion de Ncwinan, l'esprit de M. Allies avait été en travail ' : il s'était imposé de passer plusieurs années à scruter les raisons de ses doutes, lisait beaucoup, n'écrivait pas moins, et allait, presque tous les ans, passer quelque temps sur le continent, pour observer sur place le catholicisme. A ce régime, il acquérait un sentiment de jour en jour plus vil' des lacunes et des vices de l'anglicanisme, il ressentait un attrait plus fort pour le catholicisme où il retrouvait tout ce dont il déplorait l'absence dans son Eglise, et cependant il ne concluait pas. Tout en reconnaissant l'Église de Rome comme la véritable Église, il persistait à voir en elle une Église corrompue. Ses publications, si choquantes qu'elles fussent parfois pour ses coreligionnaires, tendaient encore à justifier l'anglicanisme du reproche de schisme^. Bien des liens d'ailleurs le retenaient. S'il restait en correspondance avec Newman, il avait des rapports beaucoup plus fréquents avec Keble, avec Pusey et surtout avec Manning qu'il consultait de préférence dansses crises d'àme. Ainsi fit-il notammentenjuin 1847. Manning, dans sa réponse, le mit en garde, en invoquant sa propre expérience, contre des idées nouvelles, des apparences de lumière, sur l'origine desquelles il était facile de se faire illusion. « Le péché, disait-il, peut souvent fausser notre vue, sans que nous en ayons
1 Ce travail intérieur a élô longuement raconté, par M. Ailles, lui-niêmi', dans un livre déjà cité, A Lif'e's décision.
- Témoin un livre dont les éditions successives parurent en 1S46 et 1848, et qui avait pour titre : The Chiirch of Eiif/lfun/ cleared froin Ihe charge of schism, vpon lestimoiries of Couiicih nnd Fathers of the firsl. six centuries.
1.11'. I,A KI:N AISSANCK (' VTIK (MQ!'!". EN AN< il.l-; rKUIU-:
conscience. Comme (Jans le cas de Samuel, c'est par trois lois (juil faut cnleudre la voix de Dieu. Quand on rt'pond bien sincèrement : « Parlez, Seigneur, votre <« serviteur écoute », il ne peut y avoir là une conscience à l'état de résistance contre Dieu*. » Faisant allusion à sa n-cente maladie, Manning ajoulait, « fju'il avait lui-même élé amené, dans ces derniers temps, à envisager plus qu'il ne l'avait jamais fait auparavant, la probabilité d'avoir bientôt à rendre ses comptes », et que, *< tout en ayant beaucoup d'anxiété sur ce qu'il c/ni/, il n'en avait pas du tout sur l'endroit o?> il était». Sa conclusion était (pi'Allies n'avait pas encore entendu ce troisième appel qui seul pouvait l'obliger à s(î luellrt' (Ml uiouvciiii'iit. Le tout était dit avec une autoi'ité calme, douce, rélléchie, qui. au témoignage même de son interlocuteur, lit sur lui une grande impression^. Beaucoup furent ainsi, à cette époque, détournés ])ar Manning de ce qu'il croyait être la tentation romaine. Pour plusieurs, dont était ÎNI. Allies, ce ne devait être qu'un retard. Pour d'autres, son intervention ne fut que trop décisive, et elle aboutit à les maintenir pour toujours dans l'Eglise que lui-même devait quitter.
A la suite de sa maladie, un voyage sur le continent, particulièrement en Italie, fut recommandé à Manning, pour parfaire sa convalescence. Quelques-uns de ceux
1 On se rappelle que Newman avait, lui aussi, fait allusion à l'épisode de Samuel, pour en tirer la même conclusion. (La Renaissance catholique en Angleterre, première pfirtie. jt. 187.)
- A IJ/'e's décision, p. 98 et !I9.
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qui devinaient son état d'esprit, se préoccupaient de le voir faire un séjour un peu prolongé en pays catholique, nies rassura; il rappela qu'il avait déjà séjourné à Rome et que « l'effet en avait toujours été hautement répulsif » ; il ajoutait que nul attrait de dévotion ne pouvait agir sur lui en cette matière, et que ses « diflicultés » étaient d'un ordre tout différent '. Son voyage qui, sauf une interruption d'un mois, dura près d'une année, de juillet 1<Si7 à juin 1848, le conduisit en Belgique, en Allemagne, en Suisse, puis en Italie oii il passa l'hiver et le printemps. Son journal- le montre tout occupé à fréquenter les églises catholiques, à suivre les ollices, à écouter les sermons, à visiter les couvents, à causer avec les prêtres et surtout avec les religieux, à s'informer des choses du culte ; presque aucune trace de curiosité profane, pittoresque ou artistique; tout au plus, à Rome, dans les premiers mois si agités de 1848, s'intéressa-t-il aux redoutables problèmes de politique religieuse avec lesquels se débattait la générosité inexpérimentée de Pie IX. L'occasion se présentait-elle d'entretenir des prêtres en vue, le P. Ventura ou l'abbé (jcrbet, il la saisissait avec empressement. Il fit visite à Newman, alors à la Propagande, et se promena avec le jeune compagnon de l'illustre converti, Ambroise Saint-John. Reçu, deux fois, en audience par Pie IX, il en sortit surpris et un peu attristé de ne pas le trouver plus au courant des choses et des hommes de l'anglicanisme; « cela me lit
I Life i)f Mainiinf/, t. I, p. 412.
13s J.A KKXAISSANCI-: CATHOLIQUE EN ANGLETERRE
sentir notre isolement », disait-il plus tard. Le Pape lavait accueilli cependant avec bonté; il avait loué les œuvres charitables faites en Angleterre. « Quand les hommes l'ont de bonnes œuvres, avait-il dit, Dieu donne sa grâce. Je prie, chaque jour, pour TAngleterre. » lîien. du reste, n'avait révélé au Pontife qu'il recevait l'homme destiné à être l'un des principaux instruments de sa politique religieuse.
Quel fut sur Manning l'eflet de ce séjour prolongé en terre catholique y On ne voit pas qu'il ait, cette fois, rien ressenti de « l'impression répulsive » de ses précédents voyages. S'il trouvait que quelques-uns de ses interlocuteurs ecclésiastiques le pressaient un peu indiscrètement, s'il s'étonnait que leur bon sens se refusât à comprendre sa prétention d'èlre à la fois anglican et catholique, séparé de Rome et membre de l'Eglise universelle, il conservait néanmoins, de la plupart de ces entretiens, un bon et doux souvenir; tel celui qu'il rapporta de son pèlerinage à Assise, des longs colloques qu'il y avait eus avec un vieux moine franciscain, et du « baiser de paix » que tous deux avaient échangé en se quittant'. Il admirait et goûtait la chaude piété, le symbolisme harmonieux de la liturgie catholique qu'il comparait au vide glacial du culte protestant. Dans les églises où il passait presque tout son temps, assistant dévotement à la messe ou au salut, on eût dit qu'il se sentait à l'aise et comme chez lui. Rn cela, sa conduite différait de ce qu'avait (Hé celle de la plupart
' IJf'e of Mmuiin;/. t. 1. p. 4U2 à 40(5.
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des convertis de I8io; ceux-ci, avant leur soumission à Rome, avaient évité, par scrupule ou par répugnance, toute fréquentation des prêtres et des églises catholiques, si bien que Tun d'eux, étant entré par mégarde dans une de ces églises, s'en était enfui précipitamment, en proie à ce qu'il appelait lui-même une « panique de conscience ' ». Et cependant, gardons-nous de croire que Manning eût fait, pour cela, un pas décisif vers le catholicisme. Non, son état d'esprit était toujours le même; il ne croyait pas faire acte d'infidélité à son Eglise, en tâchant de mi(!ux connaître une « autre branche » de l'Eglise universelle et en goûtant ce qu'il y trouvait de bon.
D'ailleurs, pour Manning, comme naguère pour Newman, les doutes venaient moins de ce qu'il apprenait sur le catholicisme en interrogeant ses représentants, que de ce qu'il savait par lui-même de l'anglicanisme; durant son voyage, il était beaucoup plus ébranlé par les nouvelles qui lui arrivaient d'Angleterre que par ce qu'il voyait à Rome, ("/était le moment, en effet, oii la nomination du docteur llampden à l'évêché d'Hereford mettait en grand émoi, outre Manche, tout le monde ecclésiastique. De loin, Manning en était singulièrement troublé. 11 s'expliquait à ce sujet, le 1 2 février 1848, dans une lettre écrite wuler the seal, c'est-à-dire sous le sceau de la confession, k Robert Wilberforce. « Je sens, disait-il tout d'abord, ma position altérée par cet événement et, à moins que les raisons (|ue je vais vous
' Hisloficd/ iiules of the traclarian Movemeiil. p.-ir (inkeley, p. 112.
li-tl l.A RKNAISSAN(^K (' ATllol.IQUK EN AN(;1,RTR:RRE
donner ne soient démontrées Hre sans force, je ne puis penser sans terreur à l'avenir. » Il établissait donc que les écrits de Hampden étaient hérétiques et que « l'épiscopat devenait participant de cette hérésie, ainsi que toute IKglise, tous les prêtres et laïques en comnuinion avec cet épiscopat » ; c'était, à ses yeux, lo signe que " rKg-lise d'Angleterre avait abdiqué son ofiice de gardien de la tradition catholique », et qu'on ne pouvait plus parler du « témoignage » apporté par elle de « la révélation divine », sinon à titre d' « épitaphe»; il ajoutait que cet événement avait mis en lumière une « vérité malheureuse, à savoir que le pouvoir civil était le juge dernier de la doctrine en Angleterre, principe hérétique autant qu'athéistique » ; aussi concluait-il : Il Je ne sais pas comment je puis servir un corps que je ne puis défendre. Je suis rc'duit à un choix entre ma foi et tout ce qui lui sert de fondement, d'un côté, et, de l'autre, tout ce qui m'est cher dans la vie. Les principes par lesquels je me suis efforcé, non sans succès, grâce à Dieu, de retenir les autres dans l'Eglise d'Angleterre, sont faussés. » Manning se défendait d'écrire dans un moment de trouble ou d'excitation : « Ce sont, disait-il, des idées qui se sont développées avec persistance dans mon esprit, durant ces dix dernières années, et les événements extérieurs ne font que vérifier de vieilles craintes et appuyer sur des réalités, de vieilles convictions. » Trois jours après, il revenait, dans une autre lettre, sur le même sujet : « Il y a des vérités à ce point capitales et impérieuses que je ne puis les éluder. Telle est l'infail-