‹ La renaissance catholique an Angleterre au XIXe siècleChapitre 13 sur 38 · I,ES MECOMPTES DU PUSEYISME · texte numérisé non relu

I,ES MECOMPTES DU PUSEYISME

dier et l'indépendance doctrinale qu'il sentait nécessaire à son Kgliso, il n'était pas plus heureux. De toutes les consultations qu'il sollicitait ou donnait, ne ressortait que l'impuissance où le réduisait sur ce sujet le vice propre de l'établissement anglican. Il se gardait néanmoins d'en rien conclure contre uneKglise dont il n'admettait pas qu'on pût douter, et son dernier mot était, comme toujours, un conseil de patience et de laisser faire. Attendant de Dieu la solution qu'aucun moyen humain ne paraissait devoir apporter, il déclarait que « cela lui semblait un cas où il y avait lieu de laisser le navire aller à la dérive, sans le pousser dans aucune crique ' ». Aussi comprend-on qu'à cette époque, un autre derc/yman, dont la foi anglicane, au contraire, était ébranlée, dit de Pusey : « 11 paraît voir l'Église d'Angleterre, non comme elle est, mais à travers une telle atmosphère d'amour filial, que ses traits en sont travestis ou sublimisés -. »

Le 11 décembre 1849, s'ouvrent, devant le Comité judiciaire du Conseil privé, les débats sur l'appel de Gorhani. Près de trois mois s'écoulent, mois d'anxiétés pour beaucoup de consciences, avant que le jugement ne soit rendu, le 8 mars 1850. Ce jugement casse la décision de la Cour des Arches et donne raison à Gorham contre son évêque. Sur les sept juges laïques et les trois prélats assesseurs, un seul laïque, le vice-chancelier, et un seul évêque, celui de Londres, se sont prononcés contre l'appelant. Dans sa décision longue-

1 Ufe of Pusey, t. IH, p. 203 à 228.

2 A Life's décision, par Allies, p. 100.

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ment développée, le tribunal commence par se défendre d'avoir «autorité ut juridiction pour fixer les matières de foi » ; mais il ajoute aussitôt, ce qui revient sensiblement au môme, qu'il lui appartient «d'examiner ce que la loi dit être la docli-ine de l'I'^g-lise d'Angleterre, d'après le sens légal de ses Articles et Formulaires » ; à son avis, « une cour de justice ne devait pas se montrer trop minutieuse et trop rigide dans des affaires de cette nature » ; rechercbant ensuite quelles opinions ont été professées sur le baptême par M. Gorham, il juge que ces opinions, quelle qu'en soit l'exactitude tbéologique, ne sont pas contraires à la doctrine déclarée de l'Église anglicane et qu'on ne peut par suite en arguer pour exclure celui qui les soutenait du bénéfice auquel il a été nommé.

De cette décision, il ressort donc, d'abord que l'Ktat, en dépit de quelques précautions de langage, prétend décider, par ses juges, des croyances de l'Eglise, ensuite qu'il use de ce droit pour ouvrir libre entrée à des doctrines que beaucoup jugent hérétiques. L'émoi et l'agitation que le seul fait de l'appel avait suscités dans le monde religieux, se trouvent ainsi portés au comble. Tandis que les evangellcals, depuis longtemps mal disposés pour la doctrine sacramentelle, et les « libéraux », toujours heureux de ce qui favorise le latitudinarisme dogmatifiue, applaudissent bruyamment V tous ceux qui ont rêvé d'une Église soucieuse de son ortliodoxie et de son indépen-

' Voyez notamment un article de Stanlej', imblié dans la Revue d'Edimhourfi de juillet ISoO.

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fiance, gémissent ou s'indi<:^nent. Un léo-isle, d'esprit très mesuié, sir Hoiindell Palmer, ne craint pas de dire que « l'Église est déshonorée par ce jugement' », et Gladstone, malade, se dresse sur son séant, à la première nouvelle qu'il a de la sentence : « L'Église est perdue, s'écrie-t-il, si elle ne se relève par quelque acte d'autorité ^. <>

Cet acte sauveur, quel peut-il être? La campagne des opposants parait d'abord entamée avec ({uelque vigueur. L'évèqued'Exeter, personnellement en cause, envoie à l'archevêque de Canterbury une protestation véhémente : il y déclare, à l'adresse directe de son métropolitain, que celui-ci « en sanctionnant une décision légale par laquelle l'Eglise abandonne une partie essentielle de la foi, confirme ainsi, en tant que cela dépend de lui, que FÉglise à laquelle il préside, ne fait pas partie de l'Église de Jésus-Christ )>. ^( Dans cette confusion, ajoute-t-il, est-ce qu'on ne sera pas tenté de se demander où est la vérité ? Quelquesuns voudront la chercher ailleurs, dans l'Flglise de Rome. » Il finit par ces paroles qui seraient très graves, si elles ne devaient pas rester lettre morle : « Je proteste devant l'Église d'Angleterre, devant la sainte Église catholique, devant Celui qui est son Chef divin, contre l'acte par lequel vous donnerez mission et charge d'àmes, dans les limites de mon diocèse, à un ecclésiastique qui déclare professer les hérésies soute-

' Meinnriids par RouihIcII l'aimer, earl orScIbornc, [)art. l,t.I[, p. G!t.

- Life (tf MitiiniiKj, t. I, p. -i^S.

nues par M. Gorham. Je proteste que quiconque lui donnera mission, avant qu'il se soit rétracté, soutiendra et favorisera les dites hérésies. Je déclare enfin que je ne puis rester sans péché, et, grâce à Dieu, je ne resterai pas en communion avec celui, quel qu'il soit, qui abusera ainsi de la haute charge qui lui est confiée. » Cette protestation, immédiatement publiée, a un grand retentissement; quatre éditions sont enlevées en un seul jour.

Les chefs de l'ancienne école tractarienne sont naturellement à la tète de ceux qui protestent. Aussitôt après le jugement, ils ont plusieurs conférences chez M. Gladstone et chez M. Ilope, pour arrêter un ensemble de "Résolutions". Parmi les treize signataires, sont des cleryymen comme Manning, Robert et Henry \\'ilberforce, Pusey, Keble, et des légistes comme Hope et Badeley. Gladstone a pris une part active aux pourparlers, mais il recule, au moment de signer : « Croyez-vous, dit-il, à mi-voix, à Manning, qu'une telle démarche puisse se concilier avec le serment que j'ai prêté comme conseiller privé de la couronne' ? » Bien que la rédaction , préparée d'abord sous Tintluence de Manning, ait été un peu atténuée dans les délibérations successives, le texte définitif n'en implique pas moins une sorte de condamnation conditionnelle de l'Eglise anglicane. Il y est dit notamment :

... Que l'Eglise d'Angleterre sera liée par la sentence du ' Life of Manning, t. 1, p. o3Û.

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Conseil privé, à moins qu'ello ik; rojette ouvertement et expressément la doctrine erronée qui s'y trouve sanctionnée...

Qu'une partie de TÉglise qui abandonne ainsi la signilication essentielle d'un article du Symbole, renonce non seulement à la doctrine catholique contenue dans cet article, mais aussi à la fonction el à l'autorité lui permettant de témoigner ot (renseigner en qualité de membre de l'Église universelle ;

Que, par un tel acte accompli sciemment et volontairement, cette portion de l'Église devient l'ormellement séparée du corps catholifiue et ne peut plus assurer à ses membres la grâce des sacrements et la rémission des péchés;

Que toutes mesures doivent êti^e prises, sans délai, pour obtenir une déclaration faite d'autorité par l'Église, de la doctrine du saint baptême, à laquelle la sentence récente a porté atteinte...

L'agitation s'étend dans le pays entier. Partout les hommes attachés aux idées High church, laïques ou clergymen^ provoquent des réunions, signent des adresses à la reine ou aux évèques, publient des brochures où ils affirment leur foi dans la vertu régénératrice du baptême et réprouvent l'intervention d'un tribunal politique dans une question de doctrine religieuse. Les journaux suffisent à peine à rapporter toutes ces manifestations. Keble publie une brochure où il parait envisager comme une solution possible le « désétablissement » de l'Église anglicane. « Mieux vaut, dit-il, une véritable Eglise, séparée de l'État, qu'une Église contrefaite, en union affichée avec l'État. » Parfois même, il en vient à se demander si le mieux ne serait

lo2 l.A KKNAISSANCK CATIH )l,I<j(K KN ANfil.KTEHRK

pas de prendre une position analogue à celle des anciens Nonjurors*. Les protestations qui se signent dans les diverses parties du royaume ne portent pas toutes aussi loin; la plupart se bornent à affirmer la doctrine du baptême et à réclamer une plus ou moins complète émancipation doctrinale de l'Eglise. Cette agitation a son point culminant dans deux meetings monstres, tenus à Londres, le i3 juillet 1850; le ban et Tarrière-ban AnHighchurh y est réuni: Keble, Pusey, Denison, Robert Wilberforce, Manning, Hope prennent la parole, et des résolutions sont votées pour demander que les causes religieuses soient soumises à des juges spirituels.

De tout ce mouvement, voit-on donc sortir « l'acte » qui seul, au dire de ^L Gladstone, pouvait sauver l'Eglise, en la dégageant du vice qui venait de se révéler dans son organisation? Non, tout ce qui est tenté dans ce sens, avorte misérablement. On a voulu demander aux évêques une déclaration rétablissant la doctrine de l'Eglise sur le baptême ; il a fallu y renoncer devant l'impossibilité d'amener entre eux un accord sur cette question. N'y aurait-il pas du moins, dans la procédure anglaise si compliquée, quelque moyen de faire casser le jugement du Conseil privé? L'évêque d'Exeter s'y acharne ; il porte son recours devant toutes les juridictions possibles, Cour du Banc de la reine. Cour des Plaids communs, Cour de l'Echiquier; par-

' Life of Pusey A. III. p. :i2(i : — ./. Kehle. par Lock. y. i:;4

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tout il est débouté \ A défaut d'une annulation judiciaire, peut-on espérer une réforme législative? \jCvèque de Londres l'essaye. Reprenant, sous une forme nouvelle, une proposition qu'il avait déjà faite à plusieurs reprises, il présente à la Chambre des lords un bill modifiant la juridiction du Conseil privé : il y est dit que toutes les fois qu'une question de doctrine religieuse sera soulevée dans un procès pendant devant le Conseil, elle devra être renvoyée aux évéques réunis, dont l'avis liera les juges. Au jour du débat, l'évêque de Londres dénonce, avec une solennité émue, les redoutables conséquences qu'entraînerait le rejet de cette réforme. " Beaucoup, dit-il, qui étaient comme les pierres précieuses de l'Eglise, pourraient s'en détacher. » On lui répond, d'un ton dégagé, que « ces pierres sont bien mal attachées sur le vêlement de l'Église, si elles peuvent s'en arracher si facilement ». Vainement la proposition est-elle appuyée par l'évêque Wiiberfoi'ce et par lord Stanley, le gouvernement la repousse comme portant atteinte à la suprématie royale"-. Lord Brougham invoque, dans le même sens, un argument auquel il est difficile de répondre : « La désunion entre les révérends prélats, dit-il, est telle que pas une question soumise à leur jugement n'aurait chance d'obtenir une solution pacifique, et, cela fùt-il

I Décisions des 'i.j avril, 27 mai el 8 juillet 1850.

-' Dés la première lieure,le premier ministre, lord Joim Russeli, s'e.st prononcé vivement, dans ses conversations, contre le liill ; il lui reprochait «d'altérer totalement le caractère protestant de l'Église et de tendre à substituer la suprématie du Pape à celle de la reine ».

possible, la minorité n'obéirait jamais à la majorité en pareille matière. » Au vote, la proposition est rejetée par 84 voix conlro 51. Détail significatif : quatriî évèques seulement ont voté pour ; les autres, y compris l'archevêque de Canterbury, se sont abstenus.

Pendant que toutes ces tentatives échouent l'une après l'autre, les autorités poursuivent l'exécution de la décision du Conseil privé. La Cour des Arches fait injonction à l'évêque d'Exeter d'accepter M. Gorham ; vainement l'évêque répond-il, le 20 juillet 1858, par une protestation suprême où il « répudie » de nouveau « toute communion avec quiconque instituerait le dit Gorham » ; le doyen des Arches ne s'y arrête pas et, muni d'un fiai de l'archevêque de Canterbury, il procède, le 6 août, à cette institution.

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