CHAPITRE IV
LA COXVERSIOiN DE MANMNG (1850-1851)
I. Les hifjh ckurcinnen ne tirent pas tous les mêmes conclusions de Tatlaire Gorham. Certains se demandent s'il n'en résulte pas l'obligation de quitter l'Anglicanisme Maskell, Allies, Dodsworth. Bellasis et Hope. Trouble croissant de Manning. Pusey et Keble s'efforcent de retenir et de calmer les impatients. Dodsworth et ses amis prennent à partie Pusey. — Il Les catholiques considèrent cette crise avec espérance. Article de Wiseman. Conférences de Newmanà l'Oratoire de Londres, sur « les Difficultés éprouvées par les Anglicans dans l'enseignement catholique ». Grand elfet produit. — IlL Conversions de Maskell, d'Henry \Vilberforce,(le Dodsworth. d'Alliés et d'autres. Pusey, en dépit de l'émoi que lui causent ces défections et des suspicions dont il se sent l'objet, se refuse à faire îles déclarations antiromaines. .Manning, de plus en plus convaincu du vice de son Église et de la nécessité de conclure, tarde cependant encore à faire le dernier pas. — IV. Pie IX rétablit la hiérarchie épiscopale en Angleterre. Lettre pastorale de Wiseman. Accès furieux d'antipapisme dans l'opinion anglaise. Lettre violente de lord John Russell. Partout on dénonce avec colère « l'agression papale » Wiseman, surpris par cette explosion inattendue, y fait tête avec sang-froid et habileté. Il publie un « Appel au peuple anglais ». Grand succès de cet écrit (lui retourne en partie l'opinion. Il n'empêche pas cependant le vote, d'ailleurs sans conséquence, d'un bill sur les « titres ecclésiastiques. — V. Manning. mis en demeure de prendre jiarl aux protestations contre l'acte pontilical, s'y refuse et résigne ses fonctions d'archidiacre. La lumière se fait de plus en plus complète dans son esprit. Déchirements intérieurs et derniers ajournements. 11 prononce enfin son abjuration. Il y trouve la paix et la joie. Cette conversion, suivie de beaucoup d'autres, cause un grand émoi dans le monde anglican.
L'agitation provoquée par le jugement du Conseil privé, dans laiïaire Gorham, démontrait Timpuis-
i:iti I,A RKNAISSANCK CATIlOl .IQIjH KN ANciLETERRE
sancc de l'Kglise anglicane à remédier au latitudinarisnu' dogmatique et à la dépendance politique qui étaient les vices essentiels de ?on institution. Cette constatation n'était pas prise de même par tous les high chiij'chmen. Dès le début, .I.-B. Mozley discerne, chez ceux qui se concertent pour protester contre le jugement, deux tendances opposées : d'une part, les ardents qui « veulent pousser les choses à l'extrême » ; de l'autre, les « patients » qui sont « préparés à demeurer, pendant des années, en contestation et en suspens' '). Pour les uns, c'est une question de vie ou de mort spirituelle : l'Église anglicane est-elle ou non une véritable Église où l'on peut demeurer en sûreté de conscience? Pour les autres, ce n'est qu'un accident fâcheux auquel il est désirable de porter remède, mais qui ne met pas enjeu la légitimité de l'Eglise. Quand, au lendemain du jugement, les chefs du parti se réunissent chez Gladstone et chez Hope, pour rédiger une série de « Résolutions », cette double tendance apparaît. « Je suppose, dit Hope, que nous sommes tous d'accord que si l'Eglise d'Angleterre ne défait pas ce qui vient d'être fait, nous devons nous joindre à l'Eglise de Rome. » A ces mots, plusieurs se récrient et Keble répond : « Si l'Église d'Angleterre était pour défaillir, on la trouverait dans ma paroisse-. » L'accord n'en finit pas moins par se faire sur la rédaction des Résolutions, mais on peut juger de la valeur de cet accord par ce seul fait que, des treize signataires, six doivent,
i Le/ters ofJ.-B. Mozley, p. 202.
•i Life of Manniny, t. I, p. 529.
LA CONVERSION DE MANNlNr; 157
avant peu, passera TK^lise romaine, tandis que les sept autres demeureront anglicans. Les mêmes diverg-ences apparaissent alors chaque fois que se rencontrent des ?ugh rhwdimeu pour conférer sur la situation, (|iie ce soit dans le salon de lady Herbert^ ou à lévèché d'Oxford-; partout, se trouvent face à face ceux qui commencent à se demander si le devoir ne serait pas de quitter lani^licanisme, et ceux (jui se refusent à poser cette question.
Parmi les premiers, il est des esprits impatients qui, au lieu de s'arrêter à conférer avec leurs amis plus timides, ne craignent pas de partir seuls en guerre. De ce nombre est le révérend Maskell, chapelain de l'évêque d'Rxeter, connu pour ses travaux sur l'ancienne liturgie. Dès le commencement des polémiques, il a publié une brochure retentissante où il établit à la fois que la juridiction du Conseil privé est contraire à la loi du Christ et qu'elle est la conséquence nécessaire de l'organisation de l'Eglise telle que l'ont fixée les statuts d'Henri VlU et d'Elisabeth. C'était acculer le lecteur à cette conclusion que le vice de l'anglicanisme était irrémédialjle. Pusey et ses amis lèvent les bras au ciel, devant ce qui leur paraît une frasque d'enfant terrible; mais ils doivent confesser que cet écrit fait <' beaucoup de maP ».
Un autre de ces ardents est le révérend Allies, <|ui
1 Comment j'entrai au Ijercail, par lady Herbert of I^ea. - Souvenirs de M. Aubrey de Vere, reproduits par te Tablet, d'après la revue : VAce Marin.
■■ Life o/Puseï/. t. III, p. 224. 228.
^58 T.A RENAISSANCE CATimuQUE EN ANGLETERRE
nous est déjà connu. S'ctant trouvé, au cours de 1849, en conflit avec son évéque, à l'occasion d'un livre où il racontait ses impressions de voyage dans la France catholique, il en est sorti plus dég-oûté que jamais de l'anglicanisme et i)lus irrité contre ses chefs, sans cependant se décider encore à conclure. 11 écrit sur son journal, le 14 février 1850 :
.io suis (raccord avec rKiiliso de Rome sur les principes... Je pense que la primauté du Pape est d'institution divine et que, dans les controverses doctrinales entre les deux communions, Rome a raison... Et cependant, je me sens incapable d'accepter simplement Rome comme rÉf/lise, incapable de me donner à elle avec la calme conviction que je fais bien, que je quitte une hérésie et un schisme. L'intelligence m'indique celte voie ; mais le cœur el la volonté sont divisés, non par crainte des conséquences pour les intérêts temporels, mais par conviction incomplète... Que puis-je faire que d'attendre et prier? « 0 envoie Ta lumière et Ta vérité ' ! »
On conçoit ce qu'a pu être, pour un esprit ainsi préparé, le scandale de l'affaire Gorham. A ce moment, M. Allies était précisément en train de lire le fameux traité de Suarez De erroribiis sectx anglicanx. Le jugement du Conseil privé lui paraît la vérification des arguments du Jésuite du xvi^ siècle, et, tout échauffé de cette lecture et de ces événements, il publie une brochure, non moins agressive que celle de Maskelî, oîi il reprend à son compte, contre sa propre Eglise, les attaques de Suarez. S'il ne conclut pas encore à une
' A Life's décision, p. 2j0.
abjuration, il n'en est visiblement pas loin, et il écrit, sur son journal, le "2 avril IHîSO : « Depuis que j'ai vu que la suprématie royale était la base de l'anglicanisme, je n'ai plus qu'une pensée, c'est que cela nous annihile comme Eglise . »
Tel est encore, le révérend Dodsworth, sfradé de Cambridge, l'un des curés les plus zélés de Londres, jusque-là associé aux œuvres de Pusey, et sur la paroisse duquel a été établi, en 1845, le premier couvent de Sœurs anglicanes. 11 laisse voir son trouble dans des sermons dont Pusey redoute l'effet sur ses religieuses-. En juillet 1850, interrogé par un ami sur ce qu'il faut penser de l'Eglise nationale d'Angleterre, il répond : « Elle ne peut être soutenue; elle n'a aucune autorité; nous admettons tous cela maintenant. » Et comme son interlocuteur lui demande où l'on peut trouver cette autorité : « Il n'y a pas d'autorité du tout dans l'Eglise, à moins qu'elle ne soit à Rome. Si nous cherchons l'autorité en quelque autre lieu, nous ne pourrons la trouver... Je ne vois clairement aucune issue, si ce n'est une. — Laquelle? — La soumission, tôt ou tard, à l'Eglise catholique. » Dodsworth ajoute n'avoir causé, sur ce sujet, avec aucun prêtre romain, et n'avoir jamais assisté, en Angleterre, à un office catholique. « C'est une matière, conclue-t-il, qui ne peut être mise de côté; il faut la traiter avec calme, avec rétlexion et aussi avec fermeté, car ni vous
' A Life'st ffecision, p. 270.
•-' Life of Pusey. t. III, p. 261.
lf)0 1,A HF.NAISSANCI-: CATHiU.IQrE ES ANGLETERRE
ni 11)01 no pourrons plaider riunorance invincible'.» Bellasis, légiste distingué, est aussi de ceux que la conversion de Newman a fort troublés. Dès 1847 et 1848, ses notes intimes ont témoigné des désillusions qu'il éprouvait au sujel de l'anglicanisme, de l'allrait tpi'il ressentait pour le calliolicisme*. L'afTaire Ciorhani le pousse davantage encore dans cette direction. En février 1830, tels sont ses doutes qu'il hésite à faire baptiser son tils dans l'Eglise anglicane^. Son ami Hope, autre légiste éminont, est dans les mêmes sentiments. Rencontrant Bellasis, dans ce mois de février, il lui dit : « Vous savez, si j'étais mourant, je ferais appeler un prêtre catholique. » Quelques mois plus tard, en juillet, Bellasis dit, à son tour, à Hope : « J'ai perdu toute confiance dans l'Église d'Angleterre, et je pense que nous n'avons qu'un parti à prendre. Dans les dix ou douze dernières années, nous avons cherché à nous appuyer sur l'autorité de l'Eglise et nous avons combattu le jugement privé; maintenant, si nous nous décidions à rester, ce serait en répudiant l'autorité et en exerçant notre jugement privé, degré d'inconsistance auquel je ne pourrais me faire. » Et la conversation se continue, entre les deux amis, sur les prêtres catholiques avec lesquels ils aimeraient le mieux se mettre en rapport'. Bellasis ne se contente pas de ces aveux intimes : il examine, dans plusieurs
' Mp.inorials of Sergeant Bellasis. p. 102, 103.
•^ lbUl.,Tp. 68 à 79, 105 à 108.
" Ihid., p. 96.
* I/ii/l.. p 90. 100
brochures, ropinion de ceux qui se ilallcuL de renu'-dier aux difficultés actuelles, en réclamant, pour les évoques, le jugement des causes spirituelles. « Seriezvous donc décidés, leur demande-t-il,à vous soumettre à leur décision, si elle était contraire à votre sentiment particulier?» C'était souligner cette absence d'autorité souveraine et infaillible, qui, en dehors même du fait do la suprématie royale, était le vice essentiel de toute Église protestante. Bellasis n'admet pas surtout qu'on puisse ajourner la solution d'un tel problème; il écrit à ce propos :
Patience, Patience! entends-je dire de tous côtés; mais ce n'est pas une matière où l'on puisse être patient. Nous avons un voyage à faire ; le temps presse, car la belle saison se passe; le navire où nous sommes fait eau et tient mal la mer; son équipage est mutin, ('e n'est pas sérieux de nous dire que, dans quelque saison future, le vaisseau sera radoubé, les mutins soumis et renvoyés : c'est maintenant que notre voyage doit se faire.
De tous ceux dont la foi anglicane est alors ébranlée, celui dont l'exemple pouvait avoir le plus d'influence, était Manning. Son attitude, sans doute, est plus réservée que celle d'Alliés ou de Maskell. Loin de se lancer en avant-garde, il paraît désireux d'agir d'accord avec Pusey, Keble, Gladstone et tous ceux qui blâment le jugement du Conseil privé; il prend une part active à leurs conciliabules intimes, joint sa signature à la leur, au bas des manifestes, figure ù côté d'eux, dans les meetings publics. S'il parle pour son compte, comme dans la brochure qu'il publie sur « la II. di
iCrl I.A KRNAISSANCK r ATIIOI.KjrK KX ANfiLETHURK
Juridiction d'a|)j)cl de la (louronne (;ii matière spirituelle », c'est sur un ton très inesurt', très calme, et sans laisser entrevoir aucune détermination extrême. Au fond, cependant, il est loin d'être d'accord avec ceux qui, tout en déplorant la dépendance actuelle de leur Église, n'admettent pas l'idée de la quitter; pour lui, au contraire, la question qui se pose et qui ne peut plus être éludée, est de savoir si cette Eglise a toujours droit à sa foi. Or, sur ce point, ses doutes, déjà anciens, sont devenus, sous le coup des récents <'vénements, plus pressants.
Dès le début de TafTaire, avant même que le Conseil privé ait statué, Manning a fait part à Pusey de son embarras à concilier la juridiction du Conseil privé avec le principe dont il est depuis longtemps convaincu, que le juge suprême de la doctrine et de la discipline doit être l'Église du Christ ' . Il eût bien voulu se persuader que c'était là une usurpation récente et accidentelle du pouvoir politique, mais son ami Hope, avec sa compétence de légiste, lui a prouvé que, dans l'affaire Gorham,pas plus que dans l'affaire Hampden, il « n'y avait rien de nouveau », que depuis la Réforme, la juridiction suprême, dans les causes religieuses, avait toujours appartenu à la Couronne, et qu'il était impossible de « ne pas lire l'érastianisme dans l'histoire de l'Eglise d'Angleterre'-». C'est surtout avec Robert Wilberfi)rcp. son habituel confident, que Manning laisse voir
1 Life ûf Pu.teij, t. 111, p. 209.
2 J.i/'e of Manning, par Purcell. t. 1. p. .j24 à ^2"
jnsfuroù va sou Iroiiljle'. Il lui a avoué, dès la premit're heure, ([uc, u dans l'appel (lOrham, l'Ko^lise d'AncçleUîi're, en tant qu'elle prétendait être une partie de ri'lg-lise visible, ne lui paraissait pas être dans une position où l'on pût demeurer en sûreté ». il ajoute, quelques jours plus lard : « Plus je pense à cet appel, moins je puis le concilier avec ce que doit être ri\olise divine. Cela fait, d'une question de foi, une question de conscience et de conduite, et amène au jour, d'une façon critique et pressante, de long'ues et secrètes pensées. » Ailleurs, après avoir condamné fortement le protestantisme, il déclare ne voir dans ranglicanisme qu'une forme plus soignée, plus ornée de ce protestantisme : « .Te no puis dire, écrit-il, que je rejette la théologie anglicane, mais je ne la connais plus, et tout simplement je n'y crois plus... Nos Articles et nos formulaires, dans la mesure où ils contiennent la tradition catholique, je les comprends; mais, au delà, je sens que je n'ai aucune certitude, parfois aucune perception de leur sens. Je ne puis m'appuyer sur eux. Ils ne sont pas une règle pour moi. d L'anglicanisme n'est plus, à ses yeux, (|u"une « ruine », et il entrevoit, par moment, comme le port où il se sent poussé, « Rome, centre de l'Eglise, une, sainte, visible, infaillible ». Il ne cache pas, du reste, à quel point ces pensées lui sont douloureuses, comment son cauir est partagé et déchiré entre l'affection qui le retient
' Sur cette correspondance avec Wiiberl'orce. voyez Life of Mtniiiiru/, t. I. ]). "il'i .1 .it8. iV.il à ."i-iâ : — cf. aussi. ]>. 47;< à 4"."). 481 et 482.
104 T,A RENAISSANTE CATIIOI.IQrE EX ANGLETERRE
dans son ancienne l'iglise, et la vérité ((ui l'appelle ailleurs. Parfois, dans l'angoisse de cette crise, il se sent tenté de n'être plus qu'un « simple mystique », ne voyant en Dieu qu'un « Esprit, sans royaume visible, sans Eg-lise et sans sacrement ». En tous cas, ajoutet-il, « rien ne me fera rentrer dans le protestantisme ano^lican ou autre ».
Ce qui ne contribue pas peu à la détresse de Manuing, c'est qu'il continue à être consulté par les âmes troublées qui attendent de lui de quoi raffermir leur foi. " Tous les jours, dit-il, je reçois des lettres auxquelles je ne sais que répondre. » Interrogé, par exemple, par Allies sur des objections théologiques contre l'anglicanisme, il se dérobe en alléguant que son correspondant a beaucoup plus approfondi ces questions que lui-même n'a pu le faire. « Ma vie, écrit-il, a été active à l'excès, et vous auriez peine à croire combien j'ai pu donner peu de temps à l'étude. Cela me fait me méfier de moi-même. Et plus la crise et les conséquences qu'elle entraîne sont graves, plus j'aime à m'en rapporter à d'autres pour reviser et éprouver mes conclusions et mes opinions'. » D'autres fois, il entreprend de retenir, au moins temporairement, ceux qui s'adressent à lui, en exposant « les raisons par lesquelles il tâche lui-même de maîtriser toute tentation de hâte, aussi bien que de crainte, dans la grande épreuve qui pèse sur lui ». Cette pensée que son devoir est de ne rien précipiter, est une de celles
1 A Life s décision, par Allies, p. 280.
LA CONVERSION DE MANNING i65
sur lesquelles il revient sans cesse. « Non, écrit-il, le 15 juin 1850, à Robert Wilberforce, avec l'aide de Dieu, je ne ferai rien par colère ou en hâte. Aussi longtemps que je trouve ceux qui me sont chers comme vous, unis pour soutenir les principes de la foi et préparés, si besoin est, à finir par les suivre, sans défaillance, jusqu'au bout, je suis capable d'attendre en paix. » Je ne sais si cette attitude rassurait beaucoup les anglicans fidèles ; en tous cas, elle causait quelque impatience à MM. Maskell, Allies, Dodsworth ; ils questionnaient Manning, le pressaient d'en finir. A le voir ainsi tiraillé, ne se rappelle-t-on pas Newman, avant sa conversion, entre Pusey et Ward ?
Que cet ébranlement de tant de fidélités inquiète ceux qui sont attacliés à l'anglicanisme, on n'en saurait être surpris. L'évêque de Londres y fait alors allusion, dans plusieurs de ses actes publics. 11 argue de la crise même que traverse l'Eglise, pour détourner ses enfants de la déserter. « Si, dit-il, le vaisseau où vous étiez embarqués, faisait une voie d'eau, vous agiriez sans doute de votre mieux pour la boucher, avant de pensera abandonner le navire et à le laisser à la merci des vents et des flots. » Ailleurs, il cherche à éveiller l'horreur pour les « hérésies mortelles » de l'Eglise romaine, o Irons-nous, ajoute-t-il, pour éviter la froideur et le relâchement, nous précipiter dans l'idolâtrie' ?» D'autres, tels que le révérend
' Memoir of iishop Bloinfield, t. Il, p. 134 et 138.
166 LA KKNAISSANCK CATIInLlQrK F.N ANGLETERRE
Cluircli et M. Gladstone, se (loiuieiit pour tâche do « rassurer, comme dit .l.-li. Mozley, les esprits qui s'épouvantent de rérastianisnie de la Réforme' » ; ils s'efforcent péniblement de trouver, dans l'histoire et dans les principes, la notion d'une suprématie royale mitigée qui se concilie avec rhLtahlissementd'Heiiri Mil et d'Klisahetli, sans violer trop hrutalenieiit l'indépendance de l'Eglise'-.
Pusey est, plus que personne, en sollicitude et en alarme au sujet de ceux de ses amis cpi'il voit tentés d'aller à Rome. 11 ne s'agit pas seulement, pour lui, d'épargner à son Eglise des pertes douloureuses ; il s'agit de préserver son propre parti d'un second démembrement qui semble devoir lui donner le coup mortel ou, du moins, le compromettre irrémédiablement aux yeux des autres anglicans. Aussi, tout ce qu'il fait alors, ce qu'il dit, ce qu'il écrit, en privé ou en public, est inspiré, comme il le mande à Keljle, par le désir « d'alléger les craintes de ceux qui sont si terriblement ébranlés^ ». S'il prend une part importante aux protestations contre la décision du Conseil privé, c'est en cherchant à la l'ois à satisfaire et à contenir les ardents, à prévenir les démarches extrêmes. 11 se préoccupe notamment qu'on ne puisse conclure de ces protestations à l'indignité de son Eglise ; c'est la raison
' Lelters of .l.-B. Mozlei/, p. 203.
2 Article de Church dansle C/// /s//«« Heiiiembrancef d'avril 18."i0. — Brochure de Gladstone intitulée : Remui-ks on tlie Hoyul Supremacy as il is defined hij reuson, histov;/ and theConslituLiun. A Le t ter ta the lord bishop of London.
3 Life ûf Pusey, i. 111, p. 239.
1,A (■"(INVERSION I)|-: .MANNING ll37
do récrit ({u'il publie alors, en réponse à M. Maskell, sur la u Suprématie royale » ; il y professe, non sans quelque embarras, que la suprématie royale, entendue dans un certain sens, n'est pas contraire aux précédents de la primitive Eglise; qu'elle tend, non pas à à l'aire l'Etat juge e)i matière de doctrine, mais seulement à protéger les individus contre les préjudices temporels cpii pourraient leur être causés par les cours ecclésiasti<[ues. Pouvait-il être bien satisfait lui-même de ces substilités ? J'en doute. 11 était plus dans sa note, quand il s'appliquait à réveiller, chez les autres, quelque chose de cette tendresse et de cette confiance liliales qui lui faisaient se refuser à voir les vices de son Eglise. Tous ses écrits, tous ses discours se terminaient par une adjuration d'attendre patiemment du temps la solution des difficultés devant les((uelles il se sentait, pour le moment, impuissant.
C'est aussi un conseil de patience que donne alors Keble. Sans doute, il blâme ceux qui « se leurrent euxmêmes, conmie si rien n'était en péril », mais il ne blâme pas moins ceux (jui « perdent patience et se ruent désespérément, comme si leur devoir était de pousser toute chose au pire ». Il rappelle, à l'adresse de ces derniers, dans un meeting, comment la primitive Église avait « consenti à attendre cinquante-six ans, du concile de Nicée à celui de Constantinople, pour voir la fin des troubles qui s'étaient produits sur un point capital de doctrine » ; il s'étonne « qu'aujourd'hui, quelques ardents jugent trop long d'attendre jusqu'à 1851 ou 1852, la solution des difficultés pré-
sentes » ; et il s'écrie, avec une émotion communicative : « Tout Tair de l'Angleterre me semble résonner des voix des morts et des vivants, particulièrement des saints morts, qui concordent à nous dire : Restez ici ; ne songez pas à partir; faites ici votre ouvrage. »
Venant d'hommes aussi respectés, le conseil produisait son effet. « Je trouve, écrit alors à Pusey un de ses amis, (|ue la meilleure réponse aux questions harassantes dont est obsédé l'esprit de chacun, est le fait que vous, M. Keble, Williams et quelques autres, vous vous contente/, d'être patients. » La réponse ne suffit pas cependant à tous. Maiining, loin d'être convaincu par les explications que donne Pusey de la suprématie royale, en est attristé et un peu scandalisé^. Dodsworth écrit, de son côté, à ce même Manning : « Nos dernières discussions m'ont convaincu que, si nous voulons être fidèles à la vérité de Notre-Seigneur, nous devons rompre avec Pusey et Keble-. » Passant à l'exécution, il publie, le 7 mai 1850, une lettre où il prend à partie Pusey, lui reproche d'user de temporisation et de compromis avec l'erreur, puis continue en ces termes :
Je dois ajouter un mot de la douleur et de la surprise que j'ai éprouvées, moi et bien d'autres avec moi, de ce que vous ayez pris cette ligue dans nos ditiicullés présentes. Vous avez été un des premiers à nous conduire à une appréciation plus haute de ce Church systein dont la grâce sacramentelle est en vérité la vie et l'àme. A la fois
' Li/'e of Manning, t. I, p. .j55.
2 IbicL, p. 540.
par précepte et par exemple, vous avez été, parmi nous un des plus empressés à maintenir les principes catholiques. En pratiijuant constamment et communément l'administration du sacrement de pénitence, en encourageant partout, sinon en enjoignant la confession auriculaire, en donnant labsolution sacerdotale, en prêchant le sacrifice propitiatoire de la sainte Eucharistie comme l'application du sacritice de la croix et l'adoration du Christ réellement présent sur l'autel sous la forme de [lain et de vin, en introduisant les livres catholiques romains que vous avez « adaptés à l'usage de notre Eglise », en répandant l'emploi des rosaires et des crucifix, en encourageant les dévotions spéciales à Notre-Seigneur comme celle de ses Cinq plaies, en adoptant le langage puissamment expressif de notre incorporation au Christ, par exemple, sur la façon dont " nous sommes enivrés du sang de Notre-Seigneur», en vous faisant l'avocat des conseils de perfection, et en cherchant à restaurer plus ou moins complètement la vie conventuelle ou monastique, je dis que, par l'enseignement et la prati(iue dont cette énumération est une indication suffisamment typique, vous avez beaucoup contribué à faire revivre [tarmi nous le système qui peut éminemment être appelé sacramentel. Et cependant, maintenant, quand, par la miséricorde de Dieu sur nous, arrive une occasion solennelle d'affirmer et de fortifier la véritable clef de voûte de ce système, sans laquelle tout l'ensemble doit crouler, — pardonnez-moi de parler si franchement, — voussemblez déserter l'avant-garde. Vous semblez prêt à vous retrancher derrière de molles assertions sur des vérités dont on a pu dire « qu'on ne trouverait pas, dans l'Eglise d'Angleterre, six hommes pour les nier », et derrière des définitions ambiguës qui peuvent être souscrites en difTérents sens.
Pou après, Dudswortli, cette fois flanqué de Maskell
170 I.A RENAISSANCE CATlIOl.lQLE EN ANGLETERRE
<'t (l'Allies, revient à la charge, dans uru; nouvelle lettre, l'assant de la question de la suprématie à celle de la juridiction, les trois indiscrets questionneurs mettent Pusey en demeure de dire de quel évèque, de quelle aulorité supérieure, il a tenu le pouvoir en vertu ducpu'l il enteiul les confessions et donne rahsdlutioii dans toute l'Angleterre. Ils se demandent alors, « avec répugnance et chagrin », disent-ils, si « la plupart des personnes auxcjuelles il a doimé l'absolution, ne sont pas encore dans les chaînes de leurs péchés » .
Pusey est fort ému de ces critiques. Ce n'est pas seulement qu'elles le peinent, venant d'anciens amis, et qu'il ressent quelque embarras à les réfuter ; c'est aussi qu'il comprend le parti que vont en tirer ceux qui déjà lui reprochaient d'introduire dans l'anglicanisme des pratiques rumanisantes. 11 se voit, en face d'eux, un peu dans la situation d'un coupable trahi par laveu de ses complices. Keble sent vivement le coup porté ainsi à son ami. La conduite des trois signataires lui paraît inexplicable, s'ils ne veulent pas, « à travers la poitrine de Pusey, poignarder l'Eglise d'Angleterre elle-même ». Il assure Pusey qu'il fait cause commune avec lui. « Je suis, lui écrit-il, comme si j'étais sur le même bateau que vous'. » Si gêné qu'il soit, Pusey essaye de s'expliquer sur la question de juridiction en matière de confession : sa thèse est que l'Église anglicane, habituée à accorder une large liberté à ses enfants, reconnaît à chaque prêtre le droit d'exercer
I Life ol Pusey, \.. III. il -itio, ^66.
LA CONVERSION DK MA.NNIX(t 171
partout le « pouvoir des clefs » ; de plus, en ce qui le concerne personnellement, il rappelle cpie l'Université d'Oxford a toujours été exempte de la juridiction épiscopale, sans ajouter, il est vrai, que cette exemption la plaçait autrefois sous l'autorité du Pape; il termine, eu faisant observer à ses contradicteurs (|ue leur attaque ne peut profiler ([u'à ceux (pii ne veulent de confession d'aucune sorte.
Les catholiques suivent, avec une sollicitude pleine d'espérance, cette crise des consciences ang'licancs. Ils se rendent compte que les événements travaillent en leur faveur et qu'une nouvelle moisson mûrit pour leur Eg-lise. Le temps n'est plus où ils se refusaient à regarder du côté de l'anglo-catholicisme et pensaient n'avoir rien à en attendre de bon. La conversion de Newmanet de ses compagnons les a éclairés et rassurés. 11 n'est pas juscpi'H Rome où l'on n'ait, depuis lors, les yeux lixés avec intérêt sur ce qui se passe en Angleterre. En 1849, Pie IX, recevant en audience le révérend Allies, saisit cette occasion de lui dire avec " quelle satisfaction il voit des hommes chercher ardemment la vérité » ; il Tinterrog-e sur Pusey : « C'est un homme, dit-il, qui a fait beaucoup de bien ; il a ouvert la porte; il a posé, devant ses compatriotes, le principe d'autorité ([ui est la première
172 LA RENAISSANCE CAT1101,IQUE EN ANCiLETERRE
chose en religion ; il a préparé la voie au catholicisme .» Puis, M. Allies ayant demandé au Saint-Père sa bénédiction : ♦< Cela, répond Pie IX, je le veux bien et de tout mon cœur; je prierai pour vous et pour vos amis, et pour toute TAngleterre '. »
Plus l'affaire Gorham s'aggrave, plus les catholiques deviennent attentifs et émus. M^'" Wiseman signale, dans la Revue de Dublin, la portée de la controverse engagée; tout en se défendant de traiter durement les défenseurs des idées Hiffh chwch, il met en relief leur inconséquence et leur impuissance"-. Telle est même l'impatience avec laquelle il suit les événements, qu'on le voit, le jour où le Conseil privé rend sa sentence, mêlé à la foule qui se presse à la barre de la cour. Peu de jours après, le 17 mars 1850, prêchant dans sa procathédrale, il insiste sur la situation que cette décision faisait à l'Eglise d'Angleterre, rappelle ce qui se passait autrefois quand le pouvoir civil voulait empiéter en matière de foi, et montre aux anglicans que le seul moyen de sauvegarder leur indépendance spirituelle, serait d'en appeler à l'Eglise catholique dont ils ont commis la faute de se séparer •*.
Il y a mieux encore ; une autre voix va se faire entendre, apte à pénétrer plus avant que toute autre au cœur des anglicans ébranlés : c'est celle de Xewman. Il n'a pu voir le trouble et la détresse de ses anciens amis, sans se sentir pressé de leur tendre la main. Il se
1 A Lif'e's décision, par M. Allies, p. 202, 203.
- Livraison de mars 18o0.
" Life of Wiseman, t. I"', p. ol'J, o20.
décide donc H ((uiller, au [)riMtemps de I80O, sa chère retraite de Birmingham et vient donner, à Londres, dans la chapelle de l'Oratoire, devant un public choisi et admis sur cartes, une série de douze conférences, où il traite de « certaines difficultés éprouvées par les anglicans dans l'enseignement catholique ' ». Il marque bien tout d'abord à qui il s'adresse : ce n'est pas aux catholiques ; ce n'est pas davantage aux incrédules, ni même aux anglicans à tendance protestante ; c'est à la partie des anglicans qui est la plus proche du catholicisme, à ses anciens amis du Mouvement d'Oxford, demeurés fidèles aux principes de ce Mouvement, mais hésitant sur la conclusion à en tirer :
Je ne parle pas à ceux (jui n'ont aucun doute sur l'origine divine de l'Église établie. Je ne chercherai pas à les éveiller, ou, comme quelques-uns diraient, à les ébranler. S'il y a des gens de celte sorte, — car, à vrai dire, je doute presque de leur existence, — je les laisse de côté. Je m'adresse à ce nombre considérable de personnes qui, dans toute la force du terme, mais à des degrés difTérents et de diverses manières, sont des chercheurs; qui, d'une part, sont convaincus de tous les grands principes apostoliques gravés sur le front de la primitive Église, principes qui firent la vie du Mouvement de 18.3.3; mais qui, d'autre part, ne sont pas sans douter que ces principes soient hi propriété et la vie de l'Eglise nationale. Je m'adresse aux personnes qui ont des craintes, de graves inquiétudes ou de vagues incertitudes, qui redoutent par exemple, que
' Voici le titre du volume où ont été réunies ces conférences : Certain difficulties fell b>/ anr/licans in calholic teac/iiiif/, considered in twelve lectures addressed, in 18;J0, lo Ihe l'artij of the religions Movement of 1833.
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leur communion ne soil pus un tiésor et une source de grâces; et qui, en même Icnips, salnrment ;"i la pensée qu'au fond elle l'est peut-tHrc, que l'csl Itiii- f.iiile si elles ne s'en aperçoivent pas, et (|uV'll('>; inamiucnt à h^ir devoir en mettant ce fait en (|uestion '.
Ces àmos ainsi troublées, il los aime, tremble ])onr elles et veut les sauver :
Ce qui me pousse, c'est la crainte que vous n'ayez le devoir de vous soumettre à l'Eglise catholique et que vous n'en fassiez rien ; c'est la crainte qu'en étant peut-être capable de vous persuader, je n'use pas de mon talent... Le sentiment que ma vie s'écoule rapidement me fait braver la fatigue, écarter les excuses plausibles que je pourrais alléguei' pour ne pas m'occuper de ce ([ue j'ai à jamais quitté ; il me l'ait maîtriser les souveniis du passé et me détprniine à faire mon possible, quel iju'en soit le résultat, pour vous sauver du naufrage, pour vous ramener à terre, pour ne pas vous laisser flottant au milieu des vagues dans lesquelles vous vous êtes jetés, ou cramponnés aux agrès, ou bien encore assis, accablés et désespérés, sur le flanc du navire -.
l^a situation particulière de l'orateur, comme celle de ses auditeurs, distingue ces « lectures » des sermons ordinaires. Rien de ces généralités abstraites et souvent un peu banales qui n'impliquent aucun lien personnel entre celui qui parle et ceux à qui il s'adresse. Ici, au contraire, tout ce qui est dit ne le pouvait être que par Newman et qu'aux hommes du Mouvement : c'est comme un colloque entre l'ancien maître et ses dis-
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ciples d'autrelois ([uil tt'iite do ramener à lui. Il leur parle d'eux, de leur état d'ànie, de leurs évolutions passées, de leurs angoisses présentes, en homme qui a pénétré jusqu'au plus intimi' de leurs pensées, qui sait sur quel point il faut appuyer, quel aro:ument porte coup, quelle corde il convient de faire vibrer, et aussi quels délicats ménagements sont dus à ces consciences endolories. Kn leur parlant d'eux, c'est souvent, en réalité, de lui-même qu'il parle ; c'est dans son propre passé qu'il a étudié la crise par laquelle passent ses auditeurs; les '< difficultés» qu'il prétend les aider à surmonter, sont celles avec lesquelles il a été aux prises. Son analyse n'en est que plus pénétrante et plus émue. Parfois, d'ailleurs, quelque répugnance qu'il ait à se mettre en scène et à livrer les secrets de son âme, la logique de son sujet le conduit à le faire ; c'est alors comme un prélude de l'admirable Apolofjia qu'il ne se décidera à écrire que beaucoup pins tard. Il le fait à son corps défendant :
Quelle excuse puis-je vous présenter, pour avoir parlé si longuement de moi-même? Tout ce que je puis dire, c'est que la crainte ou plutôt la certitude d'avoir à le faire a été une des raisons qui, entre autres, me faisaient hésitei' ù commencer ces lectures. Je prévoyais que je ne pourrais aborder les questions que je voulais examiner avec vous, sans être obligé d'introduire ma personne dans la discussion ; que je ne pourrais faire allusion au passé, sans touchei- aux choses auxquelles j'ai été mêlé ; que je ne pourrais vous témoigner le sincère intérêt que m'inspirent létat de votre esprit et le cours de vos pensres, «;ans vous dire que, si je les comprends, c'est parce que je
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les ai d'alioid cxpériiiit'nli's iiioi-inriiic. .le prévoyais ce qui, je le crains bien, est airivé : c'est qu'en retraçant les événements des temps passés, J'arriverais à ce que j'ai toujours évité, à édifier ma propre défense '.
On voit dès lors quel intérêt prennent ces lectures : elles ne sont pas seulement, sous la forme accomplie qui caractérise toutes les œuvres de Newman, un recueil d'idées fortes, profondes et ingénieuses; elles sont surtout un document singulièrement précieux et vivant sur la crise que traversaient alors beaucoup d'àmes dans l'anglicanisme. A ce titre, elles méritent que l'historien s'y arrête un moment.
Dès la première lecture, Newman proclame hautement que son dessein est de pousser ses auditeurs à quitter l'Église anglicane. Ce n'est pas qu'il se sente «porté à traiter durement l'anglicanisme » ; il affirme, au contraire, n'avoir gardé qu'un bon souvenir des années qu'il y a passées. Ce n'est pas non plus qu'il méconnaisse que cette Eglise ne soit, par certains côtés, u l'alliée naturelle, quoique secrète, de l'Eglise catholique », qu'elle << n'ait conservé, dans des temps mauvais, les formes, les rites et, en quelque sorte, le symbole du catholicisme », qu'elle « n'ait, durant les trois derniers siècles, réprimé l'extravagance ou dilué la virulence du protestantisme ». Mais, s'il admet que « c'est un devoir de ne pas chercher à détruire témérairement des institutions, même non catholiques, quand on ne peut les remplacer par quelque chose de meil-
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