‹ La renaissance catholique an Angleterre au XIXe siècleChapitre 20 sur 38 · PUSEY ET L EVKQUE WILBERFORCE · texte numérisé non relu

PUSEY ET L EVKQUE WILBERFORCE

foi, OU même de piété. Les fragments de son journal intime le montrent plus occupé qu'on ne l'eût cru de la pensée de Dieu, l'implorant dans l'épreuve, lui demandant notamment, lors de sa promotion à l'épiscopat, la grâce de bien remplir sa lonction et de se garder de toute mondanité '.

L'élévation de Tait avait été bien vue à la fois des evangelicals et des « libéraux », de lord Shaftosbury et de Stanley. Qu'était-il donc lui-même? Tout en ménageant ces deux partis, il avait évité de se classer dans lun ou dans l'autre. Le côté le plus net de son attitude, — et c'est par là sans doute qu'il plaisait à des hommes d'opinions différentes, — était son opposition absolue au High churcli qu'il jugeait être en contradiction avec le principe et les traditions de l'anglicanisme. Inutile d'ajouter qu'il repoussait le papisme. Toutefois, en cette matière, on constate chez lui, non sans surprise, moins de passion contre les personnes que chez tel high churchman^ chez \\'ilberforce entre autres. Lors de l'agitation contre la prétendue « agression papale ", il avait refusé d'adhérer à une « alliance protestante » qui lui paraissait animée d'un esprit trop sectaire et trop intolérant-. Il devait conserver, jusquà la fin, des rapports d'aflectueuse

• lÀf'e of Tuit, par Davidson et Benliam. pnsshn. et notamment, t. I, p. 186, 190, 192.

- « Mon opinion arrêtée, écrivait-il à ce propos, est (|u'on fait mieux tète au papisme, dans ce pays, par le zèle de chaque cler- (fijmun et de chaque laïque protestant à faire son devoir dans hi position où Dieu la placé, que par l'agitation qui semble impliquée dans la formation d'une association pour la défense du protestantisme. » {l/ife of Tait. t. I. p. 183-184.)

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familiaritt' avec ceux do ses anciens amis dOxford, passés au catholicisme, par exemple Ward et Oakeley ' . Plus préoccupé des questions de gouvernement que des questions de doctrine, il était particulièrement choqué, dans les aspirations du High church^ de celles qui tendaient à modilier la situation de l'Eglise par rapport à l'État. Krastien sans hésitation ni scrupule, incapahle de concevoir l' Eglise comme une société indépendante, instituée par Dieu, n'y voyant qu'un département de l'Etat, chargé de maintenir les croyances et les pratiques sanctionnées par le Parlement, il se trouva être naturellement l'adversaire de Wilberforce, quand celui-ci tenta de ressusciter les Convocations ou de réformer le tribunal d'appel en matière religieuse. Dans l'une des réunions épiscopales, où ces questions étaient débattues en 1857, il proclamait que « la reine était théologiquement la tête de l'Eglise », chargée, en cette qualité, de « décider des points de doctrine », que « l'appel avait lieu de l'archevêque à la reine, au même titre que de l'évêque à l'archevêque », 6t que « l'union de TH^glise et de l'Etat en dépen-

1 11 notait sur son joui'oal, k la date du 10 février 1880 : « Lu, dans les papiers publics, avant d'ouvrir mes lettres, la mort du cher Frédéric Oakeley. dans un temps l'un de mes plus proches €t plus chers amis, et toujours Tun des plus vénérés. Combien j'ai ressenti la séparation résultant de sa sécession à Rome ! Nous sommes restés, plusieurs années, éloignés l'un de l'autre. Mais, depuis que je suis arrivé à Londres, jai essayé de le voir souvent, et ces renouvellements de la vieille intimité m'ont été très précieux. 11 était un homme de Dieu et sacrifiait tout ce que le monde a de plus cher à sa conscience. Il est triste que «ela Tait égaré. » [Life of Tail. t. H. p. j2o.)

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liait ' ». Cette conception ('(ail très lénéchie chez lui, et il lexprimait encore, l'année suivante, à propos d'une autre question, celle des évètpies missionnaires. On s'était demandé si ceux-ci pouvaient être consacrés parles évéques des colonies, ou si la reine seule pouvait leur donner juridiction. Tait tenait pour la seconde opinion. « Dans les pays catholiques, disait-il, les évêques reçoivent mission du Pape. Dans notre pays, ils reçoivent mission de la reine qui tient la place du Pape-.» En protestant contre ces assertions, Wilberl'orce n'avait pas de peine à montrer qu'elles confirmaient les griefs des catholiques romains contre l'Eglise d'Angleterre-' ; il lui était plus difficile d'établir qu'elles ne fussent pas la conséquence logique du schisme qui avait substitué la suprématie de la couronne à celle du Pape.

Très en vue, l'un et l'autre, Wilberforce et Tait se trouvaient donc personnifier, au Banc des évêques, les deux tendances en lutte, différant du reste au moins autant par leur caractère et leur tempérament que par leurs opinions : le premier, nature riche, abon-

' Life of Wilherforce, t. Il, p. ;>oo-3.jG. — Ces idées sont encore aujourd'hui professées par les théoriciens de ranglicamsme. Le D' Jessopp disiiit, en janvier 1S'J6, dans un article du Xiiwlecnlh ('enliiri/ : « J'admets très bien que la souveraine de ce royaume est le chef île l'Église aussi bien que de l'État et, comme telle, au-dessus de toutes les personnes, daus toutes les causes aussi bien ecclésiastiques «pie temporelles. Admettre qu'on puisse apl)eler de la décision de la souveraine, dans une cause tiuelconque ecclésiastique ou temporelle, c'est enlever ipso facto la couronne, <le son front et annihiler la suprématie royale. »

■^ Li/e <>f Wilberforce, t. il. p. 3*9.

■^ ihid., t. III. p. :i'.). .-.i. :i3.

dante, rxpansive, exiilx-ranle, mobile au point de faire suspeolor parfois sa droiture, d'une sensibilité passionnée, cajjable de généreuses sympathies et d'animomositi's injustes, orateur brillant, plein de feu et de ressources; le second, esprit positif, net, aiguisé, un peu sec, fermé atix choses de la poésie, se déclarant lui-même incapable d'enthousiasme, moins homme de parole que d'action, énergique, tenace, plutôt que passionné; tous deux leaders habiles et influents, exerçant une action considérable sur leurs collègues, sur tout le clergé et même sur le monde politique. Longtemps on devait les voir se heurter, dans toutes les questions alors soulevées, et se disputer la direction de rÊglise d'Angleterre.

Wilberforce n'avait pu prendre ainsi en main la cause du Hiç/h churcli sans être conduit à se rapprocher de Pusey. Au lieu des lettres comminatoires de 1850 et de 1851, il en était venu, peu à peu, à se concerter avec lui pour une action commune. S'il persistait, en certains points, à marquer ime dissidence, il le faisait sur un ton très adouci. C'était un grand soulagement pour Pusey. Celui-ci, cependant, n'en avait pas fini avec les déboires que lui causaient les défaillances des chefs de son Eglise.

En 18o7, le Parlement était saisi d'un bill autorisant le divorce et le remariaore religieux des divorcés.

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Jusque-là, le divorce n'était pas légalement admis; seulement on pouvait solliciter du Parlement un acte spécial qui prononçait rupture du mariage ; le coût énorme de cette procédure en rendait Tusage rare et en faisait le privilège des très hautes classes. Le bill tendait à supprimer ce privilège, en effet fort immoral, et à généraliser le divorce en le mettant à la portée de tous. Pusey et ses amis furent parmi les adversaires les plus décidés du bill; Keble l'attaqua dans une brochure ; Gladstone le combattit aux Communes ; mais, à la Chambre des lords, les évèques firent triste ligure; plusieurs, dont le primat et Tait, soutinrent le bill et contribuèrent ainsi puissamment à le faire adopter, malgré l'opposition de Wilberforce'. Le scandale causé par cette attitude de Tépiscopat s'est prolongé et dure encore ; au mépris des protestations des défenseurs de la loi chrétienne, protestations souvent faites à haute voix en pleine église, les évèques persistent à autoriser les membres de leur clergé à célébrer religieusement le mariage d'un divorcé, fût-ce de celui qui a été reconnu coupable d'adultère.

Ce n'étaient pas seulement les principes delà morale sociale que Pusey avait le chagrin de voir traliis par les chefs de son Eglise; sur les dogmes qu'il jugeait les plus essentiels, par exemple sur celui de l'Eucharistie, il les trouvait incertains, défaillants, ou même hostiles. En 1853, appelé à prêcher devant l'Univer-

' Life of Wilberforce, t. II, p. 342 à 349. Life of Tait, t. 1, p. 210 à 214.

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silé,il avail choisi hardiment, malgré les conseils plus timides de plusieurs de ses amis, entre autres de Keble, ce sujet de TEucharistie qui, dix ans auparavant, en une circonstance analogue, lui avait attiré une condamnation'. Les suspicions dont il se sentait enveloppé, loin de linlimider, l'excitaient à confesser sa foi. 11 reproduisit, sous une l'orme plus didactique, la doctrine de son premier sermon, aflirmant la réalité objective de la présence du Cdirist dans TEucharistie, tout en cherchant à la distinguer de la transsubstantialion de la théologie romaine. Ses amis et lui-même n'étaient pas sans préoccupation sur les suites de cette manifestation. Contrairement à leur attente, le sermon passa sans susciter aucune dénonciation ni poursuite'-. Furent-ils tentés d'en conclure que le dogme de la Présence réelle était enfin accepté, ou au moins toléré, dans l'Eglise anglicane? Ils ne purent longtemps se faire cette illusion.

A la fin de 1853 et au commencement de 1854, l'un des plus ardents controversistes du parti anglo-catholique, l'archidiacre Denison, prêcha, dans la cathédrale de Wells, une suite de sermons, où il exposait ouvertement la doctrine de la Présence réelle. Il fut aussitôt dénoncé, pour hétérodoxie, par un r-lergijman du voisinage qui agissait sous l'impulsion de YEvangelical Alliance. Divers incidenis de proc(''dure amenèrent rarchevêquo de Canterbury, qui était alors le docteur

' Voyez Renaissance calholique en Antilelcrre an XIX" siècle, i" partie, p. 2G4 à 2(i('<

2 Life of l'useij. t. III, p. 422 a 420.

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Sumiier, à se substituer, comme juge de la poursuite, à l'évêque du diocèse. Les griefs portaient principalement sur ces deux assertions de l'archidiacre : 1" qu'un culte était dû à la Présence réelle, quoiijue invisible, du corps et du sang du Christ, dans la sainte Eucharistie, sous la forme du pain et du vin; 2° que les méchants et les non-croyants recevaient, dans l'Eucharistie, le corps et le sang du Christ. Pusey et Keble furent très émus de cette poursuite. Le premier y voyait le signe que le « Loïc chiirch entreprenait, contre lui, et ses amis une guerre d'extermination ». Le second déclarait que si la doctrine dénoncée était jugée inconciliable avec l'enseignement de l'Eglise d'Angleterre, « la réalité même de la communion des membres de cette Eglise avec l'Église universelle serait mise en question ». Aussi tous deux cherchèrent-ils avec angoisse les moyens de venir au secours de Denison et de défendre la foi en péril. Telle était l'incertitude dogmatique régnant jusque chez les meilleurs esprits de l'anglicanisme, que Pusey et Keble eux-mêmes avaient eu peine à se mettre d'accord sur les doctrines contestées. Pusey eût abandonné volontiers l'adoration pour s'attacher à la réalité de la présence dans la communion des méchants, tandis que Keble, très ardent pour l'adoration, n'était pas sans doute sur l'autre question. Pendant ce temps, le procès suivait son cours et, après diverses péripéties, le 22 juin 18oo, l'archevêque de Canterbury, assisté des assesseurs qu'il avait désignés, jugea que, sur les deux points contestt'S, le langage de l'archidiacre Denison était contraire à la doctrine de lEo^lise d'Anofleterre.

Un délai lui dail accordé pour se rétracter. Peu après, Denison ayant déclaré qu'il n'était pas en son pouvoir de faire la rétractation requise, se vit définitivement condamné et privé de son vicariat ainsi que de son archidiaconé.

L'émoi fut au comble chez les Puseyites. L'orthodoxie de l'Éciflise leur paraissait plus compromise encore que par l'affaire Gorliam, car, cette fois, le jugement émanait dun tribunal épiscopal et non de juges civils. On commentait, en termes indignés, ce que Keble, malgré sa modération habituelle, appelait « ce misérable jugement ». On salarmait de l'effet qu'il produirait sur les consciences troublées et des bruits qui couraient de nouvelles « sécessions à Rome ». Que faire pour limiter le mal et atténuer le danger? Après bien des tâtonnements, on aboutit à une protestation dans laquelle Keble, Pusey et seize autres signataires déclaraient que les doctrines condamnées avaient été généralement admises dans l'Eglise et appelaient de ce jugement à un synode des évêques de la province de Canterbury, et, si besoin était, à un libre synode de toutes les Eglises de leur communion. Envoyée aux évêques, cette protestation fut mal reçue même par ceux d'entre eux qui ne passaient pas pour être hostiles au High churclt. Seul, lévêque d'Exeter y fit assez bon accueil. Wiberforce, dont l'attitude en toute cette affaire fut un peu embarrassée, détourna ses amis de signer, non qu'il approuvât le jugement, mais il n'approuvait pas non plus certaines assertions de Denison qui lui paraissaient trop proches du romanisme. Dans

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