‹ La renaissance catholique an Angleterre au XIXe siècleChapitre 27 sur 38 · IIIGII CHURCH » ET « BROAD CHURCH · texte numérisé non relu

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leurs deux bctes noires, le saccrdotalisme et le dogmatisme. Ils savaient que l'Etat, jaloux par nature de toute autorité qui ne vient pas de lui, ne tolérerait pas volontiers, à côté de lui, rindépendanco ecclésiastique. De plus, assurés de ne jamais revoir des princes théologiens, à la façon des Césars byzantins, ou de Henri VIII et de Jacques II, ils comptaient que l'Ktat moderne, soucieux avant tout de la paix des esprits et de la tranquillité extérieure, se méfiant pour cette raison des controverses dogmatiques et de Vodùim theologicum qu'elles engendrent, serait disposé à réduire au minimum les exigences doctrinales, et apporterait, dans le jugement des questions d'orthodoxie, une impartialité mélangée d'insouciance et de dédain, ce que sir M. E. Grant Duff a qualifié quelque part de slightly cynical impartiality ^ .

A ces débuts du Broad chiirch, deux hommes, entre plusieurs, le personnifiaient à Oxford ; par leur valeur,

' Fait digne de remarque, en Angleterre, des penseurs, étrangers an fond à toute croyance religieuse, sont, par des raisons analogues à celles des anglicans du Broad church, partisans décidés de l'Église d'État. Al. Lecky, par exemple, voit, dans cette organisation composite et conipréhensivc de l'Église établie d'Angleterre, une facilité pour une plus grande latitude d'opinion, un allaiblissement de la foi dans la certitude et dans la nécessité du dogme, une garantie contre la tyrannie sacerdotale et la démagogie cléricale. L(dn donc d'aspirer, comme les libéraux du continent, r"i la séparation do l'Église et de l'État, il prétend conserver ce qu'il apjielle une machine aussi bienfaisante. (Democrac;/ and Li/jeiii/.l. I, p. i32 et sq., t. FI, p. I'k)

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|)ar leur physionomie, par la place qu'ils occuperoni dans riiistoire religieuse de leur temps, ils méritent (pion s'arrête un instant à les considérer : c'étaient Slanley et Jowctt.

Nous avons déjà entrevu Stanley, arrivant jeune à lialliol Collège, au sortir de Rugby, encore tout plein de sa dévotion envers son maître Arnold, un peu dérouté au milieu des Newmanites parmi lesquels cependant il nouait quelques-unes de ses meilleures amitiés. Un moment sur le point de subir, lui aussi, la séduction du grand tractarien, il s'était repris aussitôt et s'était conlirmé dans ses idées naturelles qui étaient celles d'un latitudinarisme curieux et tolérant'. Ce latitudinarisme, alors mal vu à Oxford, l'avait empêché d'obtenir un felloicship à Balliol et l'avait contraint à se rabattre sur un collège beaucoup moins important, Unîversity Collège. Nommé bientôt tutor, il avait vite gagné la sympathie des jeunes gens placés sous sa direction. Sa réputation commençait même à s'étendre au dehors, grâce surtout à l'éclatant succès de sa Vie d'Arnold, publiée en 1844. C'était d'ailleurs le moment où les événements qui affaiblissaient le tractarianisme semblaient ouvrir le champ aux influences libérales. Ainsi, à la fin de l<S4."j, à l'heure même de la grande

1 Voir re que j'en ai dit, ilaus l'a Première partie de la Renaissance catholique en Angleterre au XIX' siècle, p. 161 à IBo. — Pour la suite de la carrière de Stanley, voir surtout Life of Dean Stanley, par Rowiand E. Prothero. 2 vol. On peut consulter aussi des articles de M. l'abbé Dimnet, dans la Revue du Clergé français des 1" janvier, lo avril, l" juin et 1" juillet 1900.

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sécession, Stanley était choisi comme sélect preachcr de l'Université. On le vit, en 1846 et en 1847, monter dans cette chaire de Sainte-Marie naguère occupée par Newman, et y prononcer, sur « l'A*^e apostolique », des sermons qui furent le premier manifeste du Broad cliurch à Oxford : il s'y appliquait à introduire, dans l'étude de l'iÙM-iture sainte et de l'histoire religieuse, la méthode et les résultats de la critique allemande. Il poursuivit cette œuvre, dans les années qui suivirent, d'abord par un Commentaire sur les Épitres de Saint- Paul aiLv Corinthiens (1855) et un travail de restitution géographique intitulé -S'mai' e? Palestine (1856), ensuite par ses cours, quand lord Palmerston le fit nommer, à la fin de 1856, re(/msj)?'o/es.sor d'histoire ecclésiastique à l'Université d'Oxford. Son dessein avoué était de montrer, dans la Bible et les Évangiles, non, comme on l'avait fait jusqu'alors, un recueil de vérités abstraites et d'enseignements dogmatiques, mais un document historique semblable aux autres, ([u'il convenait de rétablir dans le cadre de l'époque. Ajoutons que, quelques années auparavant, les polémiques soulevées par l'affaire Gorham lui avaient fourni l'occasion de mettre en lumière une autre face des opinions Broad churcli : loin d'être choqué ou embarrassé de la suprématie de la Couronne, il la saluait, avec son maître Arnold, comme une « rare bénédiction de Dieu » ; la juridiction spirituelle des cours laïques lui paraissait une précieuse et nécessaire garantie contre l'intolérance cléricale et le fanatisme théologique. Au service des idées qu'il voulait propager, Stanley

déployait des qualités d'écrivain et d'orateur qui, pour n'être pas comparables à celles de Newman, ne manquaient ni de distinction ni de charme. A défaut d'une érudition personnelle très profonde et très originale, il avait un esprit ouvert et curieux, une rare faculté d'assimilation, un art de vulgarisation ingénieuse, animée, brillante, une aptitude à évoquer le passé avec sa couleur et sa physionomie propres, ce que Disraeli appela un jour son don de « sensibilité pittoresque ». Notez en outre l'agrément exceptionnel de son commerce et de sa conversation ; ceux qui l'ont alors approché, ont gardé un souvenir ineffaçable de ses réceptions du dimanche soir, des déjeuners auxquels il conviait ses élèves, des longues promenades pendant lesquelles il les entretenait avec tant d'abandon et de bonne grâce. Aux conseils, il ajoutait, quand il était besoin, les libéralités. La distinction de sa personne, sa naissance, sa fortune ne nuisaient pas à son prestige.

Si le renom de Stanley grandissait à Oxford et au dehors, ce n"était pas sans éveiller, chez les défenseurs des idées traditionnelles, bien des inquiétudes et des suspicions. Longtemps ces suspicions avaient empêché le gouvernement de donner une chaire universitaire à Stanley. Celui-ci s'en rendait compte et parlait plaisamment de «l'odeur de son hétérodoxie qui avait pénétré, non seulement dans le conseil des chefs de collèges, mais jusque dans le cabinet des ministres wigs. » Evangelicah et high churchmen, pour cette fois d'accord, étaient également effarouchés. Sans doute, dans les inquiétudes des hommes de tradition, il en était qui

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venaient de préoccupations un peu routinières. Si celle introduction de la critique liistoriquc dans l'étude des l^lcritures dérangeait les positions prises, elle n'en était pas moins un fait nécessaire et légitime dont la science clirétienne devait prendre son parti et s'arranger pour <?n tirer profit. INIais où les inquiétudes devenaient plus justifiées, c'est quand Church se demandait si, à force de vouloir mettre en lumière la vérité humaine et purement historique des faits religieux, Stanley n'en perdait pas de vue le côté divin et la portée théologique '; c'est quand Keble et Pusey s'attristaient de rencontrer dans ses écrits, une sorte de parti-pris de ne pas affirmer la divinité personnelle du Christ, ou d'évitei- toute mention des miracles-. ?s'était-on pas alors porté à conclure que sa foi chrétienne était incomplète, ou tout au moins incertaine?

Ceux qui doutaient de l'orthodoxie de Stanley ne se trompaient pas. Non qu'il soit aisé de préciser quelles étaient ses croyances. Lui-même n'avait ni le goût ni le besoin de s'en rendre un compte exact. 11 ne cachait pas son aversion pour toute assertion dogmatique ou métaphysique, n'y voyant que matière à disputes verbales. A ses yeux, le dogme n'était, dans la religion, qu'une chose secondaire dont, pour sa part, il se désintéressait à peu près complètement. L'important était la

• Occasionnai pupers i\e Dean Churcti, t. 1, p. Cfi et sq. Le biograplie de Stanlej' le loue d'avoir travaillé à « séculariser, huuianiser. moraliser la tliéologie chrétienne, à la faire descendre du liel sur la terre. » [Life of Slanlen, t. Il, p, 177).

2 Life of Stanley, t. I, p. 4SI et o08.

morale, sur laquelle il n'estimait pas que les croyances dogmatiques pussent avoir effet. 11 proclamait que le salut d'un homme ne devait pas dépendre de ce qu'il croyait ceci ou cela, [/histoire d'ailleurs, à laquelle il était disposé à tout ramener, lui semblait prouver, en ces matières doct''inales, non seulement la faillibilitë de l'Eglise, mais ses variations et ses contradictions. En ce qui le concernait, il réduisait son symbole à un minimum singulièrement restreint. 11 croyait à un Dieu Père vers lequel s'élevait sa prière. Il admettait les sanctions de la vie future, mais sans enfer. Jésus-Chrisi tenait une grande place dans sa pensée, dans sa conduite : il l'aimait, l'admirait. Pour être étranger à cette vie spirituelle et mystique, qui tenait tant de place, non seulement chez un Newman, mais chez un Keble ou un Pusey, il n'en avait pas moins une sorte de piété soucieuse de réaliser, en lui et chez les autres, les vertus naturelles dont le Christ lui semblait appporter le modèle. Seulement, dans quelle mesure admettait-il l'Incarnation, le Verbe fait chair, le Christ non seulement Fils de Dieu, mais Dieu luimême, on ne le voit pas nettement. 11 évitait les déclarations formelles. A l'entendre, le Christ nous avait proposé un idéal de vie morale; il ne nous avait pas apporté un enseignement dogmatique. Dans l'Evangile dont il aimait à se nourrir, il trouvait la personne vivante du Christ, non le code d'un système religieux. Quant à l'institution divine de l'Eglise, de sa hiérarchie,

' Lettre de 1852. Life of^lunlen, t. II. p. 431.

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de SCS pouvoirs surnaturels, de ses sacrements, cela n'existait pas pour lui. L'ordination d'un prêtre ne lui semblait guère être rien de plus que Tappointement d'un officier public.

Sa propre indifférence, jointe à la tournure aimable et bienveillante de son esprit, lui inspirait d'ordinaire une large tolérance, une curiosité impartiale pour toutes les doctrines, même pour celles auxquelles il était le plus étranger. Loin de partager les préventions protestantes contre le papisme et les papistes, il gardait des relations amicales avec plus d'un converti ; quand sa propre sœur se fît catholique, il lui resta tendrement attaché, et il fit poser, après sa mort, une plaque commémorative dans une chapelle où elle avait l'habitude d'aller prier. Ses voyages le conduisaient-ils à Rome, il s'y montrait sensible à la grandeur et aux espérances du catliolicisme. 11 est vrai que, peu après, il n'était pas moins ému des cérémonies du Kremlin ou du mont Athos. Mais ceux à qui allaient ses plus particulières complaisances, étaient les esprits qui s'écartaient le plus des dogmes traditionnels; il avait le goût de l'hérésie et des hérétiques, ne ressentant d'irritation que contre ceux qui prétendaient les condamner.

La tolérance de Stanley pour les hérésies d'autrui se doublait d'une entière tranquillité en ce qui concernait ses propres doutes. Rien chez lui des angoisses tragiques par lesquelles tant d'àmes ont passé de notre temps. Quekine brèche que la critique lui parût faire dans les vieilles croyances, il n'en était pas troublé.

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(^ue lui importait, puisque les (lucstions de doctrine ne tenaient pas à l'essence du christianisme? Vainement ne se sentait-il plus de conviction ferme sur tel ou tel dogme ; il n'avait pas un moment l'idée qu'il cessât pour cela d'appartenir à l'Eglise d'Angleterre et qu'il dût renoncer à être l'un des dignitaires de son clergé, jeune encore, lors de son ordination, il avait eu scrupule de souscrire les XXXIX Articles, surtout celui qui i mpliquait adhésion au symbole de saint Athanase, et il avait cru devoir annoncer à l'archidiacre qu'il n'acceptait pas toutes les clauses de ce symbole. L'archidiacre lui avait fait comprendre, non sans quelque impatience, qu'il n'était pas besoin de pousser les choses si à fond et de les prendre tant au sérieux, Stanley en était sorti convaincu que, de l'aveu même de ses supérieurs, il n'y avait là que des formalités verbales dont la conscience ne devait pas s'inquiéter'. Rassuré pour son compte, il s'appliqua, toute sa vie, à rassurer ceux des clergymen qui voyaient s'écrouler telle ou telle partie de leur foi dogmatique. II leur rappelait que ceux qui, en pareil cas, avaient cru devoir résigner leurs fonctions ecclésiastiques, s'en étaient repentis, tandis que ceux qui s'étaient laissé persuader par lui de les garder, s'en étaient bien trouvés. " Moi-même, ajoutait-il, bien qu'au jugement de beaucoup d'excellentes gens et peut-être de la majorité de ceux de ma profession, je me sois grandement écarté des idées courantes sur la théologie et sur la

1 Life of Slanleij. t. I, p. 225 et sq.

IIKIII CIIURCII » HT (( BROAI) CIIURCH »

religion, je n'ai Irouvé aucune difficuUé pratique à maintenir cj ([ui, dans mni humble opinion, est une position a la l'ois honoraljlc et tenable '. »

Stanley ne se bornait pas à propager dans OxFord des doctrines nouvelles : en même temps, il travaillait à en modifier g-ravement les institutions. Depuis plu sieurs années déjà, une agitation était dirigée contre l'organisation aristocrati([ue et cléricale de l'Universitc' . On regrettait que la prédominance de la vie collégiale eût annulé l'Université elle-même, etqu'il en fût résulté d'abord l'exclusion des jeunes gens de fortune modeste, ensuite un abaissement du niveau des cours. On reprocliaità l'enseignementd'ètre trop uniquement classicjue et théologique, et de ne pas faire une part suffisante aux sciences modernes. On se plaignait enfin qu'il fallût souscrire des tests religieux pour être admis dans un collège et recevoir des grades, qu'on ne pût obtenir certains fellowhips ou scJiola/sJiips- qu'en entrant dans le clergé. Tout cela, disait-on, était un reste de moyen âge, incompatible avec les conditions de la société moderne. Ces critiques avaient d'autant plus de prise sur l'opinion que, dans les crises du tractarianisme, tous les partis, à tour de rôle, avaient eu à se plaindre des autorités universitaires. 11 fallait bien reconnaître d'ailleurs que, sur plus d'un point, des réformes étaient nécessaires. Toutefois, à Oxford, la résistance était forte et avait longtemps tenu les novateurs en échec. Le vieil esprit conservateur s'indignait

Lifr (if S/(iiil<-;/. I. Il, 11. 'û'.i.

et s'effrayait de voir toucher à des institutions aussi vénérables. Pusey et ses amis étaient parmi les plus ardents champions de cette résistance.

Les choses en étaient là quand, en I80O, à la suite d'incidents parlementaires, lord John Russell, alors premier ministre, et qui en voulait à l'Université d'Oxlord d'avoir donné naissance au tractarianisme, institua une commission d'enquête chargée d'étudier les réformes à faire. Les commissaires étaient en général hostiles au Higlt chnrch: l'un d'eux était Tait, alors doyen de Carlisle, futur évêque de Londres et archevêque de Canterbury ; le secrétaire était Stanley. Tous deux eurent une part prépondérante dans la rédaction du rapport <|ui résuma les travaux de la commission et conclut à d'importantes réformes. Ce rapport souleva une véritable tempête à Oxford. Il eut pour suite, en 1854, un bill qui modifia, sur plusieurs points, l'organisation universitaire, diminua les privilèges des collèges, développa le professorat, et surtout fit une première brèche dans le régime des tests religieux et des exigences cléricales. C'était la fin d'un passé, le point de départ dune évolution qui devait continuer et aboutir à une sécularisation complète. Stanley triompha, tandis que Pusey et ses amis se lamentaient de voir déchristianiser leur vieille Université. On ne peut dire cependant que l'avenir ait justifié les alarmes des conservateurs. Après diverses vicissitudes, un état religieux a fini par s'établir à Oxford, dont les croyants déclarent aujourd'hui n'avoir pas à se plaindre : ils reconnaissent que la foi y a gagné en sérieux, en sincérité,

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plus que ne lui a lait perdre la suppression des privilèges officiels et des exclusions réglementaires.

Le second personnage représentatif du Z^ro^rfc/zH^v/d, dans Oxford, à cette époque, était Jowett'. Né en 1817, de deux ans plus jeune que Stanley, il n'avait pas la grâce aristocratique de ce derniiT, sa l)rillante souplesse, son imagination pittoresque ; mais pour avoir moins que lui la faveur du public mondain, il avait peut-être une action plus profonde sur la jeunesse universitaire; non qu'il fût un grand scholar, un penseur puissant ; mais il était un lettré distingué, un critique aiguisé, et surtout un éducateur habile et iniluent. Stanley, avec lequel il entretenait d'étroites relations, se plaisait à reconnaître qu'il avait beaucoup appris de lui.

Arrivé à Balliol en 1(S36, de famille et de fortune très modestes, JoAvetl y avait eu des succès ; il se montrait alors assez réservé, un peu timide, bien que déjà d'idées fort indépendantes. En dépit d'une courte et légère velléité newmanite -, sa tendance était ouvertement latitudinaire. Devenu iiilor en 18i2, il trouva dans ces

' Voir Life and lellers of'Benj. Joioetl, par Abbott et r,;unpl)cil- 2 vol., et Henjamln Juwetl, Musler of Balliol, par Tolleiiiaclic, 1 vol. Voir aussi, clans le Conlcuijxirari/ de juin lSit"i. un artiile (lu D' Faii-bairn.

-' Renaissance calhoU(juc en Anjle/errc. 1 '" partie, p. iiil.

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fondions occasion de manifester et de développer ses dons d'éducatenr. Son action sur ses pupilles tenait non seulement à ses qualités intellectuelles, mais à l'intérêt qu'il leur témoignait, à son souci de tirer de chacun d'eux tout ce qu'il pouvait donner, et aussi à une sorte de candeur, d'ingénuité qui se mêlaient à son scepticisme.

Avant même d'avoir rien publié, Jowett était déjà suspect; il s'en aperçut quand, en 1854, ayant brii^iK- la place de « maître » de Balliol, il se vit prélerer un candidat plus orthodoxe. 11 en garda du dépit. L'année suivante, en môme temps que Stanley publiait son Commentaire sur les Pupitres de saint Paul aux (Corinthiens, il en fil paraître un sur les Epîtres aux ïhessaloniciens, aux Calâtes et aux Romains. Comme son ami, il était l'écho de la critique allemande, sans faire plus que lui preuve d'une érudition originale. Seulement sa forme était plus sèche, plus didactique, plus doctrinaire et elle parut plus offensante aux traditionnels. 11 avait, en outre, inséré dans ce livre un essai sur VA/onement qui contredisait les idées courantes de la théologie anglicane. Pusey, appelé alors à prêcher une série de sermons devant l'Université, se donna pour tâche de réfuter les doctrines de cet essai.

A cette même époque, loi'd Palmerston, à qui il ne déplaisait pas d'effaroucher le monde clérical, nomma .lowett renias professor de grec à Oxford. L'émotion fut vive dans l'Université, aussi bien chez les evangelicals que chez les Puseyites, d'autant que le professeur de grec, appelé à surveiller l'étude du texte des livres saints, était à ce titre memljre du comité tliéo-

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logique. Un evangclicdl très remuant, (|ui avait été le meneur de la campagne contre le Traci 90, mais qui n'abhorrait pas moins le germanisme que le newmanisme, Goliglithly, se concerta avec quelques amis pour dénoncei' Jowelt au vice-chancelier de l'Université, comme ayant dénié la i'oi catholique. Le vicechancelier cita devant lui Jowett et le mit tout d'abord en demeure de souscrire à nouveau les XXXIX Articles. Les accusateurs pensaient ainsi l'emijarrasser, les Articles contenant des propositions que le nouveau professeur passait, non sans raison, pour ne pas admettre. Jowett fut fort irrité du procédé, mais il était décidé à ne pas prendre au sérieux ces souscriptions. Comme le vice-chancelier commençait par lui adresser une sorte de sermon, il l'interrompit, lui déclarant qu'il était venu pour signer, et aussitôt il signa. « 11 m'a semblé, écrivait-il à Stanley, que je ne pouvais faire autrement sans abandonner ma position de cler- (jijman. » Il devait persister jusqu'à la fin dans cette façon de voir, sans jamais paraître en éprouver la moindre gène. Il conseillait à ses disciples d'éviter tout éclat qui pût les amener à sortir de l'Eglise ; il leur recommandait la prudence et même au besoin un peu de dissimulation. Il n'aimait pas d'ailleurs qu'on rompît ouvertement avec la religion, estimant qu'on pouvait rendre celle-ci suflisamment large pour y donner place à tous les doutes et même à toutes les négations.

Quel était au juste l'état des croyances de .lowett à cette époque ? Rien n'était plus inconsistant, plus

mohile. « Son esprit, a écrit un de ses disciples, semblait souvent être dans un état de flux. Quelques-unes de ses opinions variaient non seulement de décade en décade ou d'année en année, mais d'une conversation à l'autre'. » Il se disait chrétien et membre de l'Eglise d'Angleterre, et en réalité il ne manquait pas d'un certain sentiment religieux, bien qu'il parût toujours embarrassé d'en trouver l'expression. Seulement sur (juelles croyances cette religion s'appuyait-elle? Jowett n'était peut-être pas arrivé alors au scepticisme absolu de la fin de sa vie, où il paraîtra douter de la résurrection, de la vie future, de la personnalité de Dieu, de la liberté morale ; mais déjà les vérités principales du Clhristianisme étaient comme déracinées dans son esprit. Pas une qu'il ne fût préparé à lâcher sans résistance, devant une attaque de la critique. 11 était a priori disposé à donner tort à la théologie. Le clergé lui inspirait méfiance et antipathie. « Je crois réellement, écrivait-il dès 1846 à Stanley, que trahison envers le clergé est loyauté envers l'Eglise et que, si la religion peut-être sauvée, c'est par les hommes d'Etat, non par le clergé. » Son inuuence sur la jeunesse était destructive de toute conviction dogmatique. Huxley, qui était lui-même un complet incroyant, disait de Jowett, en estimant lui faire un compliment: « Je l'appelle un desintegrator-. »

Sera-t-on surpris dès lors que les hommes de tradi-

• B. Jou-ell, par Tollemarhe. p. 79.

- Lecture de Llewelin Davies au Congrès de Xottingham, ea octobre 1897.

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tion le vissenl de mauvais œilV Toutefois la forme (|ue revêtait leur opposition n'était pas toujours heureuse. La chaire de grec à laquelle avait été nommé Jowett, n'avait ofiiciellement qu'un traitement dérisoire de quarante livres ; lusage était que l'Université le complétât par une allocation. Quand la (piestion de cette allocation fut posée devant la « Convocation » des gradés d'Oxford, la majorité le repoussa, afin de marquer la défiance que lui inspirait l'enseignement du professeur. Cette résistance un peu mesquine se prolongea pendant plusieurs années, jusqu'à ce que le chapitre de Christ Church eût trouvé le moyen de se charger de la dépense. .ïowett fut très mortifié de cette opposition et en voulut beaucoup à Pusey qui y avait été mêlé. Ayant peu le goût de la polémique, il ne répondait pas aux attaques et se renfermait dans un silence qui n'était pas sans amertume. 11 se consolait d'ailleurs de ces hostilités, par les sympathies de plus en plus nombreuses qu'il rencontrait dans la jeunesse.

Est-ce à dire qu'à considérer dans leur ensemble les générations nouvelles d'Oxford, Jov»"ett et son ami Stanley n'eussent que des sujets de satisfaction '? Sans doute, ils n'y trouvaient plus guère trace de cette passion théologique, de cette vie spirituelle si intense, si enthousiaste qu'y avait allumées la parole de Newman, et qui, selon eux, avaient fait tort à la science séculière. Du ciel, où cette jeunesse leur paraissait s'être un peu égarée, ils avaient contribué à la ramener sur la terre. La voyaient-ils donc obéir maintenant à d'autres mobiles plus pratiques, mais aussi nobles que ceux

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auxquels ils l'avalunl soustraite? Avaient-ils réussi à •'veiller chez elle le culte viril et ardent de la vérité scientifique, le souci d'une moralité qui, pour être plus humaine, ne devait pas, dans leur idée, être moins efficace? A recueillir leurs aveux, on peut en douter. Jowett conf-'sse qu'après l'arrêt de l'impulsion tractarienne, (' si quelques-uns s'étaient tournés vers la philosophie allemande, d'auti-es avaient préféré les soupers au homard et au Champagne ' ». h^n 18.-j<S, Stanley, rentrant à Oxford, après quelques années d'éloignement, écrivait : •' L'aspect poussiéreux, mondain, desséché de ce lieu, est très déplaisant. La torpeur des étudiants dans les relations sociales est seulement surpassée par leur merveilleuse indifférence pour tout ce qui resseml)le à une étude théologi(jue... De la jeunesse de Balliol, je sais peu de chose. Aucun d'eux ne vient à mes cours. Ce qui, je le présume, tient à ce qu'aucun d'eux ne se dirige vers les ordres, symptôme bien autrement inquiétant pour l'avenir de l'Église d'Angleterre, qu'aucun de ceux dont nos agitateurs et nos alarmistes font si grand tapage"-. » Déj^i, plusieurs années auparavant, un homme (pii, par certains côtés, se rattachait au Broad church, Maurice, constatait, après avoir séjourné quelque temps à Oxford, chez Stanley, que, << dans la jeunesse universitaire, tout était staç^nant et mort ». Et comme on lui disait qu'il y avait peut-être quelque mouvement dans le sens de Tinfidélité, il répondait qu'il ne le pensait pas et que « s'il

I lÂfe aiid Lellers of li. Joirell. par Abbutl. t. I. p. 7i. -' Life of Stanle;/. t. II. p. 2. 3.

" IIIGII CIlTRCIl » KT « imOAl) rillRCIl » i-13

y avait abondance irinfidélilé, cY-tait une infidélité passive, stagnante'». D'autres croyaient davantage à ce danger de Tinfidélité. Tel un ami de Maurice, Hort qui après avoir constaté, lui aussi, cette « stagnation » des esprits, ajoutait : « Quelle sera la fin de tout cela? C'est difficile à dire. Vous pensez que ce sera une révulsion violente dans la direction de Strauss, l'imerson et Francis NcAvman "-. (^est possible-*. » Même constatation et même inquiétude chez un correspondant Hùjh church de sir Roundell Palmer ''.

Les exemples ne manquaient pas d'ailleurs qui pouvaient pousser à l'incroyance. A côté des hommes qui, comme Stanley ou Jowett, s'arrêtaient à mi-chemin, dans la région vague du Broad church, d'autres allaient jusqu'au bout de la négation religieuse : les uns, désabusés du Neicmanism, comme Pattison et comme J. A. Froude, le frère d'IIurrell, (|ui publiait en 1849. The Nemesia of Faith, récit douloureux de la faillite d'une croyance; les autres, venus de VArnoIdLsm, comme l'un des fils d'Arnold, Mathew Arnold, et comme Clough, tous deux poètes, le premier, en outre, penseur éminent. Faut-il ajouter quà celle même époque, d'autres influences, également hostiles à la foi chrétienne, pénétraient à Oxford, celle du positivisme avec 11. Congreve et Fred. Harrisson, et celle du Dar^vynisme commenté par Huxley dans le sens matérialiste?

' Lifennd Letlers ofllorl, par A. -F. Iloil, l. 1, p. loi). - Criait un frère de iNt-Wiiiaii, d'opinions fort irréliffieuses. '■'■ Life and Letlers of HorI, t. 1, p. 187.

'• Memoi ials of earl o/' Selborne, Family aiul personal. t. 11. p. 64.

Si, à Oxford, Stanley et Jowelt, étaient les principaux représentants du Broad chvrch, il y avait, hors de cette Université, d'autres personnages, de types variés, qu'on rattachait d'ordinaire à cette école. Lun des plus en vue était un clergyman dont ses amis ne parlaient alors que comme d'un saint et d'une sorte de prophète, Frederick Denison Maurice'. Homme de prière, d'abnégation, d'humilité, il avait, sans qualités extraordinaires d'écrivain ou d'orateur, ce don d'apôtre qui élève les âmes vers Dieu et éveille en elles l'amour de la vertu et les généreux enthousiasmes. Né en 1803, unitarien de naissance, il ne s'était converti à l'anglicanisme qu'à l'âge de vingt-six ans, avait alors reçu les ordres, et avait exercé son ministère, en province d'abord, puis à Londres. Des disciples et admirateurs fervents se groupaient autour de lui. Nombreux furent les enfants qui, nés à Londres, vers le milieu du siècle, reçurent, en son honneur, au baptême, le nom de ^Maurice. La question religieuse ne l'absorbait pas exclusivement : très en sollicitude pour le peuple, estimant que le clergé ne remplissait pas tout son devoir envers lui, il devint, sous l'empire des événements de 18i.S, une sorte de socialiste chrétien ; il était suivi et même dépassé, dans cette voie, par un de ses amis et disciples, ce Kingsley

' Cf. Life of F. D. Maurice, par F. Maurice, 2 vol.

« IIKÎII CIIURCII » ET " lîROAD CIIURCH » 415

qui devait, plusieurs années après, provoquer par ses attaques Ncwman à écrire VApologia.

Maurice était très opposé au Zf^yy^ rV/wrcA, aux tractariens, aux anglo-catholiques. Il déclarait vouloir combattre contre Pusey le combat jirotestant. » Catholic churcli, soit, il l'admettait; mais il repoussait le catholic si/stem. La tendance des Puseyiles et de tous les prétendus orthodoxes lui paraissait être de «substituer le dogme à Dieu », si bien que cette orthodoxie aboutissait, selon lui, à « un véritable athéisme pratique' ». Il avait moins de goût encore pour les evangelicals du Loi'- church^ pour leur théologie étroite et leur passion sectaire. On était ainsi conduit à le rapprocher des hroad churchmen. Ne le voyait-on pas faire souvent campagne avec eux, surtout quand il s'agissait de défendre ceux qui étaient persécutés par les orthodoxes pour cause de doctrine? Un incident parut même le classer définitivement dans ce parti, en faisant de lui l'un de ces persécutés. Professeur de théologie au King's collège de Londres, depuis 1846, il publia, en 1833, un livre où il contestait la doctrine du Jugement dernier et de l'éternité des peines; le conseil du collège s'en émut et le destitua. La vénération dont il était entouré accrut le retentissement de cette mesure contre laquelle s'élevèrent tous les tenants du Broad church.

Et cependant, même après cette disgrâce, quand Maurice s'entendait ranger dans le Broad church, il

' Passim dans Life of Maurice^ notammenl t. I. p. 1S7, oil ; t. II, p. o.")3. .j12.

Uf. I..V KKNAISSANCK CATHOl.IQL'K EX ANGLETKRRK

réclamait: " Broad church, s''Jcriail-il avec quelque impatience, je ne sais ce que vous entendez par là. Si vous parlez des théologiens libéraux, ils me semblent extrêmement étroits. » Il disait souvent : « Je n'ai jamais eu et n'aurai jamais rien de comnmn avec cela ^ » Sur plusieurs points, notamment sur la critique biblique ot sur la suprématie de TÉtat dans les choses religieuses, il n'admettait pas les idées régnantes chez les broad churchmen. Il trouvait ceux-ci trop indifférents aux doctrines théologiques, ou, comme il disait, trop emphalicallj/ anii(heolof/icaI. Quelle (jue fût sa sympathie pour Stanley, il se plaignait qu'il fût trop historien et pas assez théologien; il blâmait son érastianisme et lui reprochait d'être a bigot for toleration'-. C'estqu'aufond il était, non seulement plus religieux, plus pieux, mais aussi plus croyant, plus dogmatique que ne l'étaient d'ordinaire les hommes du Broad church. Seulement, dans sa crainte de diminuer la compréhensivité de son Église, de tomber dans le sectarianisme qu"ilabhorrait, il évitait les formules précises et ne laissait à ceux qui le lisaient et cherchaient sa pensée, qu'une impression incertaine et nuageuse^. Sa préoccupation constante était de ne juger et de n'excommunier personne, disposé à voir, dans tout homme qui obéissait à la voix de sa conscience, la présence et le gouvernement per-

1 Article de II. R. [laweis sur Maurice, Conlemporartj de juin 1894.

' Life of Maurice, t. Il, p. 601.

3 Benson, le futur archevêque de Cantcrbury. écrivait à propos d'un des ouvrages de Maurice : « Il est jikis nébuleux que jamais. » {Life of Benson, t. II, p. 238.)

" lIKill ClURriI » ET '( I5R0AI) ClirRCH » 417

sonnol du Christ. I/idce ne lui venait pas que ce qu'il croyait lui-même être la vérité, dût être suivi et accepté par tous : c'était à chacundechcrcliercette vérité par sa propre lumière'.

Maurice eut plusieurs disciples qui, du reste, suivant le principe de l'école, pensaient ciiatun à sa façon et souvent différemment du maître. L'un des plus considérés fut Anthony Ilorf-. Né en 1828, d'une famille evangelical, il était devenu arnoldien à Rug-by et avait eu des succès universitaires à Cambridge. Entré dans les ordres, il réussit peu dans le ministère paroissial ; bien que consciencieux et dévoué, il s'y sentait timide, gêné, sans grande action. Sa nature sensitive, réservée était malpropre aux besognes extérieures. Il se trouvera mieux à sa place quand, vers la fin de sa vie, il occupera diverses chaires importantes à l'Université de Cambridge. Filialement attaché à Maurice dont la vertu l'avait conquis et dont il recueillait pieusement tons les enseignements, il marquait cependant lui-même qu'il n'admettait pas plusieurs de ses idées. Ses études portaient principalement sur l'exégèse à laquelle Maurice était étranger. En d'autres points, il était moins avancé que son maître. Il refusa souvent de s'associer aux campagnes du Broad cJuux-h, par exemple pour la sécularisation des Universités. Malgré sa vive affection pour Stanley, il désapprouvait ce qu'il appelait « sa politique d'Eglise » [Church policy). Quant à .loweft, il recon-

1 Cf. passitn, Life of Maurice, notaininenl I. 11. p. 608. '-'Cf. Life and Lellers uf F. ,/. Anlhonij llorl, par son (ils, A.-F. Hort, 2 v.)l.

418 I.A KHNAISSANCH CATllOLIQUIÎ KX ANGLETERRE

naissait ses qualités : <> Mais hélas! ajoiilail-il, ses conclusions tiiéolo<>;iques me semblent pur athéisme, quoique lui-même ne soit rien moins qu'athée'. » Opposé aux idées Iligh church, qu'il trouvait «antilibérales», il ne manquait pas cependant une occasion d'exprimer sa profonde admiration pour Newnian''^.

En somme, plus encore que Maurice, Hort répugnait à se laisser classer dans aucun parti; il aimait à dire (pi'il cherchait la vérité dans les écoles les plus diverses, prenant le bien partout où il le trouvait. « Cependant, ajoutait-il, ce que je suis principalement est, sans aucun doute, ce que m'ont fait Rugby et Arnold. En d'autres termes, j'ai peut-être plus de points communs avec le parti libéral qu'avec les autres ^\ »

Plus tard, quand l'évéque d'Ely lui demandera d'être son examininy chaplain^ il se dérobera, par scrupule de n'être pas, sur tous les points, en harmonie avec les idées régnantes dans l'Eglise. Parlant, à cette occasion, de l'influence exercée sur lui par les livres de Maurice : >< Je leur dois par dessus tout, écrivait-il, d'être fermement et pleinement attaché à la foi chrétienne ; mais ils m'ont amené à douter que cette foi fût exactement et purement représentée par les doctrines acceptées d'aucune école vivante''. » Comme Maurice, il était surtout préoccupé d'élargir

' Life and lellers of Ilorf, t. 1, p. olo. ■' Ihlf/., t. I, p. 229, 231-2'/7, t. 11, p. 423. 3 Iblcl., t. H, p. 63.

* IbicL, t. II. p. 155.

'« IlIGH CllIRCII » KT " UROAD CIIURCH » il'.»

suflisamment le Credo de rÉglise pour pouvoir y conserver les hommes dont il constatait les opinions contraires. Consulté par une dame que les divergences de doctrines, admises par Tliglise d'Angletene, portaient à se faire catholique, Mort ne niait pas ces divergences; mais il n'estimait pas qu'on dût en être troublé. « L'existence de ces divergences peut être ou non un mal, disail-il; mais ce n'est pas la (pieslion : du moment qu'elles existent, l'unité ne pourrait être obtenue que par l'exclusion de ceux qui ne professeraient pas un certain Credo; il faudrait de bien sérieuses preuves de la nécessité divine de cette exclusion, pour passer par-dessus le mal qui en résulterait '. »

On peut encore distinguer, parmi les hroad churchmen du temps, Frédéric William Roberlson dont la prédication chaude, enthousiaste, pathétique, parfois éloquente, faisait contraste avec le ton habituel de la chaire anglicane-. Ses amis le comparaient à Newman : c'était lui faire grand honneur; il était loin davoir sa maîtrise littéraire. Né en 1816, il se montra d'abord eoangelical zélé, passionné, et se donna pour mission de combattre le Iligh chnrchism qu'il déclarait <' haïr ». En 1846, par leflet d'une crise intérieure qui le laissa un moment tout abattu, son ei'anf/e/icdiisiji sécroula, et il se trouva un homme nouveau, façon de broad cliurdiman., toujours aussi combatif, seulement dirigeant ses coups contre

1 Life ami lellers uf llurl. t. 1, p. 460 el sq. - Cf. Life and Lellers of Fr. W. Roberlson, par Sloipfurd A. linnikc. -1 vol.

420 LA KHNAISS.VNOE CATHOLIQUE EN AN(iLETERIlE

les evangelicals. Devenu, à cette époque, titulaire de la cure de Trinity chapel à Brighton, il y remua beaucoup les âmes par son ardente prédication, d'autant qu'aux questions théologiques, il mêla bientôt les questions politiques et sociales. Au bruit des secousses de 1848, il crut entendre « les roues du chariot du Fils de l'homme qui s'approchait de plus en plus pour revendiquer le droit des pauvres. » Il se donna, avec sa chaleur habituelle, à la cause des ouvriers, et travailla à résoudre les problèmes qui les intéressaient. Est-ce pour cela qu'on le considéra alors comme un disciple de Maurice? Il s'en défendait. « Je sympathise profondément avec M. Maurice, écrivait-il; mais je ne m'accorde pas entièrement avec lui, soit théologiquement, soit économiquement '. »

Ses idées religieuses, qu'il développait du reste avec plus d'entraînement oratoire que de précision doctrinale, tenaient, par plus d'un côté, du Broad church. II avait mordu à la critique allemande et contestait les idées reçues sur l'inspiration des Livres saints. Il s'élevait volontiers contre l'infaillibilité de la Bible, contre les prétentions sacerdotales, contre le droit que s'attribuaient les orthodoxes de déclarer fausse telle doctrine et de réprimer les erreurs religieuses. Toute formule dogmatique le mettait en méfiance, comme rétrécissant et faussant la vérité vivante qu'elle prétendait exprimer. Cette vérité lui paraissait avoir besoin moins d'être définie et prouvée que d'être

' Life and lettcrs of Roberlson, t. II, p. 9.

« 1II(;H CIITRCII ') ET « lîROAU CIIURCII » 421

sentie ; elle devait trouver son fondement, non dans l'autorité de la Bible ou de l'Église, mais dans le ténioignag-e de l'esprit de Dieu, au cœur de chaque homme. Le christianisme, à ses yeux, n'était pas un système; c'était une vie, la vie du Christ; le système pouvait changer suivant les temps et les pays.

Cet apostolat, mené avec une ardeur passionnée^ valut à Robertson, avec de chauds partisans, beaucoup d'adversaires. Les evanfielicah surtout détestaient en lui un transfuge. Les high churchnien avaient beau jeu à montrer Tiniprécision de sa théologie. Les libéraux avancés eux-mêmes lui reprochaient d'être, sur plus dun point, un peu arriéré et de donner trop au sentiment. Dans les polémiques de presse, on ne se gênait pas pour le traiter de theologian socialist ou sceptic. Nature sensitive, nerveuse, irritable, il souffrait de ces attaques, mais n'en continuait pas moins la lutte. Son inspiration était droite et généreuse. Il mourut en pleine bataille, en 18.53 ; il n'avait que trente-sept ans.

Nous pourrions prolonger cette galerie des hroad churchmen. Cela ne nous apprendrait rien de plus. Chez tous, nous constaterions la même absence d'un corps de doctrine nettement précisé et accepté par l'école entière ; chez tous, le même sans-gêne dédaigneux à l'égard des symboles de leur Eglise. Pas un qui ne se fasse son Credo à soi, et qui, sur quelques points capitaux, ne soit en désaccord avec les autres; pas un même qui soit en mesure de fixer rigoureusement sa croyance personnelle; mais tous jugeant cette discor-

422 I,A RKNAI.SSANCK CATllUl.IQll- HN ANGLETERRE

dance lc<^ilim(' et celte fixité superilue ; nul surtout ne s'étonriaiit (|u"une l']glisc puisse renfermor des hommes ainsi en désaccord sur les vérités primordiales du Cliristianismo.

Jusqu'alors, les défenseurs des idées traditionnelles, Iiigh church ou Loïc chiirch, bien que déjà en éveil sur le danger du Broad cfiiox-h, n'avaient eu, avec ses représentants, que des escarmouches passagères et limitées. Celte tranquillité relative ne devait pas durer; un incident allait provoquer une grande bataille entre conservateurs et novateurs cl troubler profondément t(Uit le monde religieux.

En février 18()0, paraissait, sans bruit, sous ce titre peu significatif : Essoi/s and Revieics, un volume contenant sept éludes d'auteurs différents, presque tous clercjynun, qui déclaraient avoir travaillé sans concert et décliner toute responsabilité solidaire. Le promoteur de la publication était le révérend Wilson, ancien fellow d'Oxford, actuellement vicar d'une paroisse. A lui sétaient joints Temple, head master de l'école de Rugby et chapelain de la Reine: Rowland AVilliams, vice principal d'un collège ecclésiasli(jue; Goodwin, savant naturaliste de Cambridge, le seul laïque du groupe; enfin trois dignitaires d'Oxford, Jowett, Baden-PoAvell et Pattison, le premier professor refjius

<' HIGII riIURCII i> ET « BROAI) rill'RCH ■' 423

<le grec, le second professeur de géométrie, le troisième recteur de Lincoln Collège. Stanley avait refusé sa collaboration. Sauf le lien assez lâche de communes tendances liroad church, ces personnages étaient de physionomies et de vues assez diverses : l'un d'eux, Temple, mort récemment primat de Canterbury, s'est montré un évêque capable, correct, et a mérité les éloges reconnaissants des h>ij/i clmrchnien; un autre, Pattison, était déjà sur la voie qui devait le conduire à un absolu scepticisme religieux. Le premier Essai, par Temple, le moins ofîensif de tous, traitait de V Kchir-ation de l' Ilumanilé. Pattison, dansun exposé de la théologie anglicane auxviii" siècle, insistait sur la faiblesse de l'apologéticiue de cette époque, et avait l'air de douter q\i'on pût en imaginer une autre plus solide. Baden Powell, à propos des Pj-enves du christianisme., niait la réalité, la possibilité et la force probante des miracles. Rowland Williams, analysant les RecJierches hihllques de Bimsen, en prenait occasion pour exposer les découvertes de la critique allemande. Jowett traitait un sujet analogue, dans une étude sur ï Interprétation de l Écriture., où il mettait en lumière les contresens de l'exégèse traditionnelle et contestait les idées courantes sur l'inspiration. Goodwin opposait les découvertes de la science à ce qu'il disait être la cosmogonie de la Bible. Knfin Wilson esquissait un idéal d'Église nationale, sans Credo, sans dogme, à peu près sans sacerdoce, où les opinions les plus libres et les plus discordantes se trouveraient à l'aise. Ces divers E.ssai/s étaient de valeur

i2i I.A RENAISSANCE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE

ti-i'S inégale. On ne peut nier (juils ne continssent quelques idées justes, (juils n'eussent raison, par exemple, de presser la vieille apologétique de se transformer el de s'élargir, que certaines des découvertes, alors si effarouchantes, de la critique biblique ne dussent, au bout de quelque temps, s'imposer à tous; mais, à ces fragments de vérité, étaient mêlées beaucoup de témérités justement suspectes, de négations incompatibles avec toute religion surnaturelle et révélée. Et surtout le ton dominant du livre était âpre, agressif, dédaigneux, irritant, el trahissait comme une volonté de ruiner tous les fondements Ihéologiques ou scripturaires du Christianisme.

Pendant sept à huit mois, les Essays and Revieics passèrent à peu près inaperçus '. Ce fut la Revue de Westminster, radicale et libre penseuse, qui, en octobre 18C0, éveilla Taltention du public, en faisant de ce livre un compte rendu élogieax et en se félicitant que des clcrfjymen importants en fussent venus à partager ses propres vues. Ainsi averti, le monde ecclésiastique s'émut. AVilberforce. évèque d'Oxford, prit la tète du mouvement, dénonça ce livre, dans son mandement d'automne, et publia, peu après, dans le Quarterly, un article plus véhément encore, où il concluait que les auteurs des Essays " ne pouvaient, avec honnêteté morale, conserver leur position de dergymen de l'Église établie. » Dès lors, l'agitation grandit rapide-

' Sur les événements qui vont suivie, cf. Life of Tait. t. I. <"li. XII : — Life of Willjerj'orce. t. IIL ch. i: — Life of Stanley, t. II. rti. xvi : — Life of Pusey. t. IV. ili. ii et m.

« HIGH CHUUriI » ET « BROAD CllURCII » 425

ment dans les Universités et dans les presbytères, f/ignorance où Ton était resté jusqu'alors des questions de critique, Tidée que, dans Tanglicanisme, on était habitué à se faire de la Bible, rendaient les hommes religieux plus seiisililes encore à des attaques qui paraissaient tenir du sacrilège, et qui, venant de dignitaires de TEglise, avaient une couleur de trahison. C'était partout une explosion de colère etd'efîroi, pareille à celle qu'avait soulevée, dix ans auparavant, le rétablissement de la hiérarchie romaine en Angleterre. Les anciens tractariens étaient parmi les plus émus. Pusey croyait son l^glise en face d'un immense péril, j)ar la défection de ceux-là même qui eussent dû la servir et la défendre. Comme il l'écrivait alors, il lui semblait que « les moutons étaient en risque d'être détruits par les bergers ». Et il ajoutait, dans une lettre à Keble : "Je ne me suis jamais senti aussi abattu que maintenant. » Son activité néanmoins était extrême; il multipliait les démarches, écrivait aux uns et aux autres, soutenait des polémiques dans les journaux, enfin abordait, comme professeur, dans sa chaire d'hébreu, comme prédicateur, devant l'Université, les questions de doctrine ou d'exégèse sur lesquelles il lui paraissait nécessaire de réfuter les Essays and Revieics. A la différence de ce qui s'était passé lors de l'affaire Gorham, le Loïc church et le Hirjh church étaient cette fois d'accord et faisaient émulation d'ardeur })assionnée. Lord Shaftesbury n'était pas moins animé que Pusey. Le Record, organe des evanrjelicals, l'emportait en véhémence sur le Guardian^ organe des

426 I.A RKN'AISSANCK CATIlOl.lQrK KN AX(;L?:TKHKE

Irarlaricns. Dos adresses, signées de milliers de clerf/i/men, mettaient en donieure les évrqucs de faire acte (raulorité et de frapper les fameux « Sept », ceuxqu'on appelait Septem contra Chri.slum. Rares étaient ceux qui gardaient leur sang-froid. De ce petit nombre, était un ancien ncwmanile, Clinrch, qui observait les événements du fond de son presbytère de campagne : tout en blâmant les Essays, il se rendait compte que celte introduction de la critique bistorique dans les questions biblicpies était un fait inéluctable, dont on n'aurait pas raison par des condamnations précipitées et sommaires; le plus important, à ses yeux, eût été d'aborder, avec sérieux et calme, cette science nouvelle et de ne [dus la laisser exclusivement aux mains des esprits téméraires qui s'en étaient emparés '.

Grâce aux attaques dont ils étaient l'objet, les Essays and Reviews trouvaient maintenant en foule les lecteurs qui leur avaient man([ué au début. Leurs défenseurs étaient noml)reux dans la presse. Stanley n'avait pas goûté ce livre et en avait même trouvé quelques p<\rties tout à fait blâmables ; mais il ne put voir ses auteurs aux prises avec une ortbodoxie qu'il estimait étroite et intolérante, sans se porter à leur secours. Il se jeta donc dans la mêlée et publia, en avril 1801, dans la Revne d'Ediinhourg^ un article fort vif de ton, où il se préoccupait moins encore de justifier les écrivains attaqués que de prendre à partie ceux qui [)rétendaient s'instituer leurs juges. Les

' Life and Leller.s of Dean C/ini-di. \>. l"i."l ;'i l'iS ; — Leifers of .J.-B. Mûzleij, p. 2'f8.

« IIIGII CIITRCII » HT " HR(tAI) CIllRcn» 427

Essayists trouvaient des sympathies jusque dans la Cour. L'une des filles de la Reine, la princesse royale de Prusse, future impératrice d'AUemag'ne, venait incognito rendre visite à Jowelt qui se déclarait charmé d'elle et de ses doctrines '. Le prince Albert, en relation avec Bunsen, était favorable à la critique allemande et exprimait, peu avant sa mort, le vœu que le prince de Galles fût placé sous l'iniluence de Stanley. Ce dernier, en effet, fut choisi, en 180:2, pour accompagner le jeune prince en Terre Sainte.

En présence de cette excitation de l'opinion et de l'appel que leur adressaient les adversaires des Essays, les évêques étaient fort embarrassés. Ils avaient moins conscience de leur autorité f{ue de leur faiblesse et de leurs divisions. Toutefois, telle était la pression de leur clergé, qu'en février 1861, après une délibération assez confuse, ils se crurent obligés de faire aux adresses, une réponse collective rédigée par Wilberforce. Sans nommer le livre, ils exprimaient « leur peine que des clergymen de leur Eglise eussent soutenu les opinions qui leur étaient dénoncées », et ils déclaraient ne pas comprendre comment de telles opinions « pouvaient se concilier avec la souscription loyale des formulaires de l'Église » ; ils ajoutaient que la question de savoir si la publication du livre devait être déférée aux cours ecclésiastiques ou justifiait une condamnation synodale, était l'objet de leur plus sérieuse considération, (k'tte lettre fut signée

' Lifcdiid Lellei-A nf .Jowflt. l. 1. p. .Wl.

428 I.A UK.NAISSANTK CATHOLIQUE EN ANGLETERRE

par vini;l-(|iiali'c prt'lals, dont l'évèquc de Londres, Tait, ce «lui lui valut les vifs reproches de son ami Stanley et de Temple. Aussi quand, peu après, en mars et en juin, les évoques, stimulés par d'autres pétitions, se réunirent de nouveau pour examiner s'il convenait d'agir, Tait se prononça ouvertement pour la négative. Malgré cette opposition, Wilberforcc, soutenu par les démonstrations de la Chambre basse de la Convocation, fit décider, par la Chambre haute, qu'il y avait lieu à une action synodale.

Pour le moment, toutefois, cette décision n'eut pas de suite. Les évêques en suspendirent l'exécution par ce motif que des poursuites judiciaires venaient d'être engagées contre deux des Essayiste, Williams et Wilson, contre le premier sur la plainte de son diocésain, l'évêque de Salisbury, contre le second à la requête d'un simple dergyman. Pusey, prit ces poursuites fort à cœur. Le résultat de l'affaire Gorham n'avait pas suffi à l'éclairer sur ce que les défenseurs de l'orthodoxie gagnaient à déférer le jugement des causes religieuses aux cours de justice. La Cour des Arches, saisie en première instance, rendit sa décision en décembre 1862. Réduisant les griefs allégués aux peints suivants : négation de l'inspiration des saintes Ecritures et négation de l'éternité des peines, elle les reconnut fondés, et condamna Williams et Wilson à une année de suspension. Mais ceux-ci, comme il fallait s'y attendre, firent aussitôt appel au Comité judiciaire du Conseil privé. Là devait se livrer la bataille décisive.

« IIIGII CHURCII » KT « RROAD CHUIlCIl " 429

On eût désiré atteindre aussi les autres Essayisls. Mais l'un d'eux, Baden-Powell, venait de mourir. M. Goodwin s'était mis hors de portée, en résignant son feUoicsMp; Temple et Pattison, par leurs situations, ne fournissaient pas prise à une poursuite. Restait JoAvett ; Pusey, d'accord avec son ancien -adversaire Golighlly, l'accusa devant le vice-chancelier de l'Université, d'avoir soutenu des doctrines contraires aux enseignements de l'Eglise ; le vice-chancelier jugea sa compétence trop douteuse, pour admettre la dénonciation.

Au moment où l'agitation soulevée par les Essays était à son comble, une autre publication du môme esprit vint encore l'aggraver. Cette fois, le scandale fut d'autant plus grand que l'auteur, Colenso, était un évêque, évèque missionnaire, il est vrai, nommé en 1853 à l'évèché du Natal, dans le Sud de l'Afrique. Après avoir évangélisé avec zèle, pendant quelques années, les Zoulous, il avait voulu traduire la Bible à leur intention. Ce lui fut une occasion d'y découvrir les difficultés soulevées par la critique allemande. Mal préparé à y faire face, il en fut troublé et ne sut pas opérer le départ de ce qu'il y avait de fondé ou de faux dans les assertions de cette critique. Sous cette impression, il se mit à composer là-bas, au milieu de ses nègres,

loin dv tiiut SL'foar.s et do toute direction scientifiques, un traité mal digéré sur le Pentateuquo, où, non content de l'cdresser certaines idées très contestables de l'école traditionnelle, il en venait à méconnaître complètement l'autorité et l'in-^piratioa de ce livre. C'est ce traité qu'il apporta à Londres, et y publia, en deux volumes, le premier à la fin de 1862, le second au commencement de ISO."}. Il y déclarait, dans sa préface, ne pouvoir plus user du service liturgique de l'Ordination, parce que la vérité de la Bible y était affirmée, ni du service du Baptême, parce qu'il y était fait allusio n au Déluge.

Tombant au milieu d'esprits déjà fort échaufîés, ce livre y causa un trouble extrême '. Des presbytères d'où l'on avait déjà dénonci les Essays, un nouveau cri s'éleva, adjurant plus vivement encore les évèques de sévir. L'archevêque du Cap, Gray, métropolitain de Colenso, accourut à Londres, pour réclamer la condamnation de son sufïragant. Pusey, plus alarmé que jamais, lâchait d'émouvoir Tait, en lui montrant tous ceux ([ue de pareils scandales poussaient vers Rome. Wilberforee qui faisait de plus en plus figure de leader à la tête de ce qu'on eût pu appeler la droite du Banc épiscopal. pressa ses collègues de donner satisfaction à ces plaintes, en interdisant tout au moins à Colenso d'officier en Angleterre. Mais ce n'était pas chose aisée de mettre les évêques en mouvement et

' Sur les événements qui vont suivra, cf. Life of Tait, t. I, cil. xui et XIV : — Life of Wilberforee. t. 111. cli. iv: — Life of Pusey, t. IV. rh. ii et m: — Life ofSlan/eij. I. H, ch. xxi.

" IIKilI CIUKCII » KT *' I5R0AD CIirRril » 431

d'obtenir d'eux un accord sur une dcniarclie quelconque. Tait, tout en avouant le déplaisir que lui avaient causé « les téméraires et arrogantes spéculalions de Tévèque du Natal », se mit en travers pour retarder ou au moins atténuer les décisions proposées; il y gagna de rentrer en grâce auprès de Stanley qui lui signifia son pardon, mais il fut jugé sévèrement d'autre part. Les prélats, ainsi tiraillés entre deux influences opposées, se bornèrenl. en lévrier 18(53, à adresser à Colenso une lettre collective, signée par quarante et un d'entre eux, dans laquelle ils lui donnaient à entendre que ses opinions n'étaient pas conciliables avec les devoirs de son office, et l'invitaient plus ou moins explicitement à se démettre. Colenso répondit aussitôt qu'il n'était nullement disposé à écouter cette suggestion. Quelques mois plus tard, quand se réunit la Convocation el ipie des mesures de répression furent de nouveau réclamées, la même lutte se reproduisit entre Wilberforce qui demandait une action synodale, et Tait qui s'y opposait. Cette fois encore, on aboutit à un moyen terme. La Chambre haute de la Convocation, tout en déclarant que « le livre contenait des erreurs du plus grave et du plus dangereux caractère », sursit à prendre aucune mesure, sous prétexte que ce livre « devait être bientôt soumis au jugement d'une cour ecclésiastique ».

En effet l'archevêque du Cap, Gray, impatient des divisions et des indécisions de ses collègues anglais, était retourné en Afrique et avait cité devant lui son suffragant Colenso. Possédait-il réellement la juridic-

lion (lu'il s'atlcibuaU? La (luestiun était douteuse; rien u'étail moins délini que Forganisation des évèchés coloniaux, et il n'était guère à prévoir que le gouvernement admît facilement, même en Afrique, une sorte d'autonomie ecclésiastique peu en harmonie avec le régime général de l'anglicanisme. Mais Gray ne s'arrêtait pas à ces difficultés. Zélé, courageux, ardent, même un peu emporté et impérieux, il se faisait de son caraclère épiscopal et de son autorité hiérarchique, une idée qui eût été mieux à sa place dans l'Église romaine que dans celle d'Angleterre. Il avait d'ailleurs le sentiment très vif du mal auquel son Eglise devait parer, sous peine de s'avouer infidèle à sa mission : il déclarait « que, si l'évèque du Natal était toléré, l'Eglise n'avait plus de foi et ne rendait plus un témoignage vrai à son Seigneur ». Colenso refusa de reconnaître la juridiction de son métropolitain et demeura en Angleterre. L'archevêque du Cap n'en procéda pas moins aujugement, en grande solennité, assisté de deux de ses suffraganls, et, en décembre 1863, il prononça la déposition de l'évèque du Natal : quatre mois étaient donnés à ce dernier pour se rétracter. L'archevêque ajoutait, peu après, avec une juste méfiance des cours de justice, qu'il n'admettait, contre sa sentence, aucun autre appel qu'à l'archevêque de Canterbury. « Si les cours civiles interviennent, écrivait-il à un un ami, et nous renvoient Colenso. je prononcerai l'excommunication et, si mes frères veulent se joindre à moi, je consacrerai un évèque orthodoxe. Je sais que cela provoquera la vengeance du pouvoir civil, mais je

<< IIIGII CHUKCII » ET « HROAI) (MIIKCH >■ 433

suis préparé à tout braver. » Quelques mois plus tard, Colenso ne s'étant pas rétracté, l'archevêque se rendit au Natal, y publia un mandement des plus énerg-iques et prit en main le gouvernement du diocèse qu'il considérait comme vacant. Colenso qui était toujours en Angleterre, ri'poiidit [)ar une longue l)rocliure et en appela à la Reine en son conseil, provoquant ainsi cette intervention des cours civiles que redoutait Gray et contre laquelle il avait protesté par avance. Cette affaire aboutissait donc au Conseil privé, comme celle des Essays and Revieios, marquant une fois de plus cette subordination de TEglisc à TKtat qui était la tare ineffaçable de Tanglicanisme.

Le Conseil privé ne s'était pas pressé de statuer sur rappel de Williams et de Wilson, les deux Essayisls condamnés par la Cour des Arches. Aux quatre juges laïques on avait, pour cette affaire, adjoint comme assesseurs l'archevêque de Canterbury, celui d'York et Tait, Tévèque de Londres. L'affaire fut plaidée en juin 1863, mais huit mois s'écoulèrent, sans que le jugement fût rendu. L'angoisse de cette attente pesait sur le monde religieux. Les bruits qui circulaient faisaient prévoir une décision favorable aux condamnés. Pusey, fort troublé, échangeait ses inquiétudes avec Keble, et essayait encore d'agir sur Tait ; il lui adres- H. 28

sait loltros sur lettres, plus instantes les unes que les autres. « J'ai peur des légistes, lui éerivait-il ;... c'est la plus grand crise qu'ait jamais traversée l'Église d'Angleterre'. » Enfin, le 8 février 1864, devant un pui)lic qui ne cachait pas son anxiété, la Cour, par l'organe du lord Cliancelicr, prononça son jugement ; elle déclarait (|ue les formulaires et les Articles de l'Eglise n'eniprchaient ni de soutenir que certaines parties de la Bible n'avaient pas été écrites sous l'inspiration de lEsprit-Saint, ni d'espérer que le châtiment des méchants ne serait pas éternel. Par ces raisons, elle acquittait les deux accusés et condamnait leurs dénonciateurs aux dépens. Le chancelier fit connaître que, sur la question de l'inspiration, les deux archevêques avaient été en désaccord avec la majorité; Tait au contraire avait voté, sur tous les points, avec les quatre légistes.

Du camp Broad c/wrch, s'éleva un cri de triomphe. 11 semblait que ce fut une libération de l'esprit religieux, jusqu'alors enchaîné. Toutes les hardiesses, toutes les témérités se sentaient désormais tolérées, encouragées. Stanley qui venait, par la faveur de la Reine, d'être nommé doyen de Westminster, poste considérable, lucratif et exempt de la juridiction épiscopale, ne put contenir sa joie. « Désormais, écrivait-il, il est fixé pour toujours que l'Église d'Angleterre n'admet ni l'inspiration verbale de l'Écriture, ni l'imputation des mérites, ni l'éternité des peines. J'espère

• Li/e o/Ta:/. I. I, p. 314: — JJ/e of l'mey. t. IV. p. 40.

« mon CHURcii » et « broad churcii » 435

que tout ira maintenant facilement et qu'on pourra lire réellement la Bible sans ces épouvantables caucbemars. Dieu en soit remercié ' ! » Et cette libération, Stanley la devait à la suprématie de TÉtat. N'était-ce pas la justification d'une de ses plus chères idées?

Par contre, dans le camp opposé, qui renfermait la masse du clergé, c'était la désolation, la colère, l'effroi. Pusey qualifiait le jugement de misérable, ,souI-des- Iroyinfj jugement. A entendre les journaux religieux, «jamais Eglise n'avait couru un aussi grand danger». Le Guardian disait : « Il n'y a pas longtemps, un des nôtres, en nous quittant pour chercher, prétendait-il, une foi plus pure et une discipline plus exacte, nous jeta à la face les noms de maison de confusion et de cité de destruction. Clés noms nous conviendront désormais, si notre silence peut passer pour l'acceptation d'un intolérable jugement. » High chnrch et Lou- cliurch continuaient à marcher pleinement d'accord. Pusey proclamait cette union, échangeait des lettres d'entente cordiale avec lord Shaftesbury, et c'était au Record., organe de ï Erangelica li.s>n , qu'il adressait ses lettres d'appel au clergé, lettres que ce journal s'empressait d'insérer en les proclamant « admirables- ». C'était aussi de concert avec des loic-charclimen que J^usey rédigeait une déclaration que le clergé était invité à signer en masse; cette déclaration affirmait la foi de l'Église dans l'inspiration de la Bible et dans l'éternité des peines. Pendant, qu'on recueillait les signatures,

' Life of S.lanley, t. Il, p. iî.

- Life of l'useï/, t. IV, p. 49 à o2.

i30 LA KKNAIS.SANCt; CATIIOI-K^IK EN ANGLETERRE

la pult'iniquc se poursuivait de plus en plus passionnée. Les orlliodoxes s'en prenaient surtout à Tait quils accusaient d'avoir trahi lEglise, en votant, dans le tribunal, avec les légistes contre les arclievècpies. De leur côté, les libéraux reprochaient aux promoteurs de la déclaration d'exercer une pression sur le clergé inférieur, pour le contraindre à la signer. Pusey, bien ([ue malade, publiait une brochure véhémente où il proclamait « l'Eglise en danger », et Keble s'associait publiquement à ce cri d'alarme. Ce même Pusey engageait, avec Maurice, dans le Times^ une controverse, assez âpre de ton. « Nous adorons des dieux différents ->, écrivait-il, et Maurice acquiesçait '. Ce dernier n'avait approuvé ni le fond ni la forme des Essays ; il avait même publié, avec ses amis, des Tracts qui tendaient à les contredire. Mais il approuvait moins encore l'acharnement des orthodoxes à sévir contre les Essai/ists, et il lui paraissait que le plus important était de faire échec à l'intolérance de ce qu"il appelait une « fausse orthodoxie ». Lui qui se piquait d'être opposé à l'Erastianisme, en venait à voir, dans la juridiction religieuse des Cours civiles, une protection contre la tyrannie théologique-.

Cependant, la déclaration préparée par Pusey faisait son chemin dans les presbytères, et, au bout de quelque temps, elle avait réuni onze mille signatures. C'était environ la moitié des clergymen du royaume. 11 est vrai que ces signatures venaient surtout des rangs inférieurs

1 Life of Pusey, t. IV, p. 37 à 62.

•^ Life of Maurice, t. 11, p. 382, 487.

« IIIGII CIIURCII » I:T '< lîROAI) CIIUllCII » 437

du clergi'' ; ceux (|ui élaicnt arrivi'!?, — deaus, professeurs d'Université, Jiead masiers de grandes écoles — avaient moins donné. Quoi (ju'il en fût, ce cliiiïre n'en était pas moins un avertissement pour les évoques, d'autant qu'on même temps une adresse de laïques réunissait 137.000 adhérents, ^\'ilberforce se sentit donc encouragé, lors de la réunion de la Convocation, en avril 1804, à reprendre la proposition d'action synodale, admise en principe trois ans auparavant et ajournée à cause des poursuites judiciaires. Tait, à la Chambre haute de la Convocation, Stanley, à la Chambre basse, combattirent énergiquement cette proposition. Mais les évèques, malgré leur habituelle difficulté à aboutir, n'osèrent résister à la poussée de l'opinion cléricale, et, en juin 1804, par 8 voix contre 2, dans la Chambre haute, et par 39 contre 19, dans la Chambre basse, la Convocation prononça une condamnation synodale contre le livre quelle déclarait << contenir un enseignement contraire à la doctrine reçue par l'Église d'Angleterre en commun avec l'Eglise catholique tout entière ».

Bien que sans efficacilé pratique, celte décision n'en marquait pas moins le terrain conquis par la Convocation, depuis que, douze ans auparavant, Wilberforce avait entrepris de la faire revivre. Aussi en fut-on effarouché dans le monde politique. A la Chambre des lords, lord Floughton demanda au lord Chancelier si la Convocation n'avait pas excédé ses pouvoirs, et il prit même le soin d'indiquer que les évèques avaient ainsi encouru les pénalités du Prœmunire, ce qui

impliquait, par exemple, pour le primat, le paiement d'une somme de trente mille livres. Le Chancelier répondit, sur un ton fort dédaigneux pour les évêques, (pie la condamnation synodale était en effet illégale, mais sans importance ; il en comparait le texte à une anguille qui glisse dans les doigts et que Ton ne peut saisir. « A vrai dire, concluait-il, ce n'est rien. » Impertinence que releva avec force AVilberforce, appuyé par larclievèque de Canterburyet même par Tait.

Après avoir donné raison aux auteurs des Essays contre leurs censeurs ecclésiastiques, il ne restait plus au Conseil privé qu'à donner raison à Colenso contre son métropolitain . Une décision du 20 mars 18(13 annula, pour excès de pouvoir, la déposition prononcée contre Tévêque du Natal. Colenso triomphant, rentra aussitôt dans son diocèse. Mais l'archevêque Gray, toujours indomptable, refusa de reconnaître le jugement du Conseil privé, prononça lexcommunication majeure contre son suffragant révolté et adjura les évêques d'Angleterre de le soutenir. Ceux-ci étraient plus embarrassés que jamais. Wilberforce lui-même trouvait que Gray devenait compromettant. Les débats engagés à ce sujet, dans la Convocation, furent sans résultat : les évêques donnèrent à leur collègue du Cap des témoignages de sympathie platonique, sans prendre aucune des mesures effectives qu'il réclamait. (>ette crise devait se prolonger pendant plusieurs années et faire, à diverses reprises, le sujet des délibérations del'épiscopat ou môme du parlement, sans aboutir à rien de plus décisif. L'Eglise anglicane s'avouait impuissante

«HIGII ClIURCll » ET « BROAI) CIIURCII » 439

à faire sa police et à rég'ler ses conilils intéi-icurs. (ii"ay, n'ayant pu obtenir (ju'on consacrât en Angleterre Tévèque qu'il voulait substituer à celui qu'il avait déposé, finit par le consacrer lui-même en Afrique. Mais Colenso ne céda pas, et il en résulta, au Natal, un état d'anarchie et de schisme qui dui-ait encore dans ces dernières années'.

Quoi que l'on pensât des E.ssaj/s et du livre de Colenso, il était un mal que les dernières décisions du Conseil privé nietlaieiil bien en luniiëi-e, c'était celui d'une org-anisation qui, dans des conilits de ce genre, livrait à des tribunaux politiques le pouvoir de décider du dogme et de la discipline de l'Kglise. L'archevêque du Ca[). arec sa véhémence accoutumée, résumait la situation en disant : « Ou le Conseil privé détruira ri^^glise, ou l'Eglise doit détruire le Conseil privé-. » Dans l'autre camp, à la vérité, on était d'autant plus attaché à la juridiction des cours civiles, qu'on leur savait davantage gré du coup porté par elles à l'orthodoxie dogmatique. Stanley ne tarissait pas sur ce sujet, et d'importants clergr/mea publiaient en volume, avec une préface de Tait, la collection des jugements du Conseil privé eu matière ecclésiastique, comme s'il s'agissait d'un complément des Credo et des canons de l'Kglise. Ajoutons que le gouvernement ne se montrait nullement disposé à laisser tiiiiiinuer sa suprématie.

' Le récit dctiiillû de cet iiitcriniiiable conflit nous eût entraînés trop loin. Ceux qui voudraient le connaitrc, peuvent consulter Life ofTaif, l. 11, cli. xui et xiv ; — Life of Wilherf'orce. t. 111, oh. IV et viii: — et encore Life of lii^kop (Jrai/, 2 vol.

- Li/i; iif liifiltop Oral/, t. Il, p. Uii.

410 LA HF.NAISSANCH CATllOMQUI-: EN ANGLETERRE

Toul amioiicait donc que les leiilatives de réforme se lieiii'leruieiil à une puissante résistance. Mais, comme j'ai déjà eu occasion de le noter, là n'était pas le seul, ni peul-ètre le principal obstacle. 11 était chez ceuxmêmes qui eussent voulu poursuivre cette réforme. Vainenitiit Wilberforce, Pusey. Keble écliano^eaienlils, sur ce sujet, lettres sur lettres, consultaient-ils des politiques comme Gladstone, des légistes comme Coleridge, mettaient-ils la question à Tordre du jour des Chut'ch congress ou de la Convocation, ils ne parvenaient pas plus qu'ils ne lavaient fait à la suite de laiïaire (iorliam, à s'entendre ou même à fixer leurs idées personnelles'. Dans des articles publiés sur cette question, en 1864 et l<S6o, Cburcli reconnaissait combien étaient fondés les griefs des churchmen contre la juridiction spirituelle des cours civiles, mais il montrait le défaut et l'impossibilité de chacun des systèmes proposés, et il ne voyait d'autre solution que de renoncer à tout procès théologique, à tout jugement en matière religieuse- : singulière conclusion de la part dun homme qui tenait au High cliuvcli et non au Broad chiirch : aveu significatif qu'il ne pouvait y avoir d'autorité doctrinale dans son Eglise. Depuis, les années ont passé, sans avancer la solution du problème, et l'on en est encore aujourd'hui à chercher une organisation satisfaisante du tribunal d'appel en matière religieuse "*.

' Life of P'ise>/. t. IV. p. i9, 83 à 'J4: — Life of Wilber force. t. 111, p. 102 à 112 ; — John Kehle. par Lock, p. 119, 180.

- Dean Churcli s Occasionnai papevs. t. 11. p. 21 et 32.

3 Au mois (le février dernier, lord Hugh Cecil présentait, sur ce .sujet, à la Chambre basse de la Convocalion de la pruvince de

'< IIIGH CIlUKriI » ET H lîRUAI) CllUKClI » 4i-t

Telle (lu'elle venait de se manil'eslcr dans celte crise, l'Kglise anglicane faisait la partie belle aux catholiques, i^es faiblesses dont elle avait l'ait preuve, étaient précisément celles auxquelles l'i^glise de Rome était le mieux en mesure d'apporter un remède eflicace. Plus d'un fliurdiman en avait conscience et s'en inquiétait. Wilbcrforce montrait « les plus fidèles membres de rEg'lisc ayant reçu un coup qui pouvait en pousser \n\ grand nombre sur le chemin de Rome ' ». Pusey, dans ses lettres privées comme dans ses écrits publics, se disait toujours préoccupé des âmes qui, sous l'impression des derniers événements, étaient tentées de « chercher un refuge dans lliglise romaine », et il signalait à Tait que « le docteur Manning se servait avec succès » de ces événements, pour les attirer.

Manning en effet était trop avisé pour ne pas comprendre quel avantage donnait à sa cause tout ce (pii venait de se passer. En 1SG4. à quelques mois de distance, il publia deux lettres à un ami'' » où, prenant acte des récents jugements du Conseil privé, il insistait avec force sur la situation intenable de l'anglicanisme, sur son impuissance à se dégager de l'hérésie et sur sa sul)ordinalion à l'Etat. C'était d'une main

G.interl)urv, lui projet de réfuriiie qui a reiicdiitré du reste [dus • le cnti(|iies iiue d'ailhésioris.

1 Lifeof Wilhcrfone. t. III. p. 110.

2 Life «f TaiL t. 11. p. :i3l, :3:iS.

•■• La première de ces Iclircs était inlituk'e : Tlie Crou7i in Cuiuifil ctntl Ihe Essaya and Iievieu% la sefond(,' : The Convocation and Ike Croirn in Council. ïoules deux sont reproduites dans le volume que .Mannin;u' a publié eu 1867. sous ce titre : En;/land and ('hrislt'uduni.

4i-2 I-.V RKNAISSANC^-: CATHOLIQUE EN ANGLETERRE

ferme et implacable (juil niellait la plaie à nu :

Nous sommes arrivés à un moment, disait-il, où nous pouvons reconnaîlre et passer en revue les anntk-s qui se sont écoulées depuis que nous avons quitté l'Eglise d'Angleterre. Dans ces treize années, une foule d'événements se sont produits. Et sûrement pas un n'autorise à croire que cotte Église veut ou peut se délivrer du réseau d'hérésies dans lequel elle est enveloppée. Quelques-uns l'ont comparé à la rtibc de Xessus. Je ne ferai pas ainsi ; car ma convicLion est qu'au Jour où l'Église d'Angleterre a perdu son adhérence à l'Église universelle, le principe de toute maladie spirituelle et intellectuelle s'est développé dans son sang et a rongé ses os. Je ne crois pas que ce soit un vêtement empoisonné qui est mis sur elle du dehors, mais un mal morbide cl à formes variées qui se reproduit toujours au-dedans d'elle. Et certainement les treize dernières années ont multiplié les jioinls malades et ont montré qu'il n'y avait pas de réaction chez les [latients. qu'il n'y avait, » en (lilead, ni baume, ni médecin ». C'est un triste spectacle et fait pour rendre les gens sages, de voir l'Eglise d'Angleterre, qui s'était dressée comme la réformatrice de l'Église de Dieu, confondue dans l'ouvrage de ses propres mains... Elle a condamné le purgatoire comme « une fable blasphématoire ", et son propre clergé dénie le châtiment éternel des méchants. Elle s'est révoltée contre l'Église vivante, interprète de la Sainte Écriture, et ses propres enfants dénient l'inspiration des Livres saints.

Plus loin, Manning- ajoute, à propos du jugement du Conseil privé dans l'affaire des Essaijs :

Xous pouvons en inférer que l'Église anglicane a deux classes de doctrines : celles qui sont vraies et celles qui, bien que fausses, sont légales : toutes les deux cependant

« iiiGii CHURcn » ET " lîROAi) ciirucii " 443

a (Imissililcs, loiiles les doux ('gaiement enseiiinéos à ceux pour qui le Christ est mort, aux simples, aux pauvres, aux petits enfants tout frais de leur baiitèuie. Est-il possible que quiconque connait et aime la vérité comme elle est dans Jésus, que quiconque a quelque fidélité à sa personne, est jaloux de son honneur, ou aime les âmes pour lesquelles II a donné son précieux sang, [)uisse acquiescer, même par le silence ou par une communion passive, à un système qui le déshonore ainsi et détruit son troupeau ? Mais, en vérité, ce ne sont pas les tribunaux, c'est l'Kglise d'Angleterre qui est la source de tous ces maux. Si l'Église d'Angleterre était l'Église de Dieu, les tribunaux ne pourraient lui faire aucun tort. C'est l'anglicanisme qui ^Hf/e/u/rc les erreurs. I,es tribunaux ne font que les Icgaliser. Le système anglican est la source de toutes les confusions que la loi ne fait que tolérer dédaigneusement.

Et enfin, après avoir montré les vains efforts de la Convocation :

Tout cela a révélé de plus en plus l'absence de tout discernement, de toute certitude, de toute autorité, dans l'Église d'Angleterre, soit dans son épiscopat, soit dons ses Convocations. Personne ne cherche plus en eux un juge dernier et suprême, investi d'un office surnaturel, ou l'organe d'une divine certitude en matière de doctrine ou de foi... L'alternative, devant la génération présente, n'est plus entre l'anglo catholicisme ou le catholicisme romain ; elle est entre le rationalisme ou le Cliristianisme, c'est-à-dire entre le rationalisme ou Ironie.

Le coup portait, et répondre eût été malaisé. Puscy se borna à se plaindre que « certains catholicpies romains, au lieu de s'attrister de ce qui affaiblissait l'Église d'Angleterre, le grand boulevard du Christ ia-

44V I..\ KENAISSANCR CATUoLIQIK EN ANGLETERRE

nisme contre rinCulflité dans cette contrée, parussent se réjouir et triompher de cette victoire de Satan. »

Les expressions mêmes dont se servait Pusey, prouvent qu'il gardait toujours aussi vif le sentiment du mal fait à son Eglise par les incidents de cette crise. C'est ce sentiment qui lavait fait se jeter avec tant d'ardeur dans la bataille. .V ne voir que la situation du moment, il y avait gagné de mettre fin aux suspicions dont, depuis les conversions de Newman et de Manning, il était l'objet de la part de beaucoup de ses coreligionnaires; désormais, il était accepté par tous, même par ses anciens ennemis les evan<jeUcaIs, comme l'un des champions les plus autorisés de la foi anglicane. Mais, si l'on veut apprécier sa conduite, autrement que par l'effet immédiat, si l'on prétend considérer les choses d'un peu plus loin, comme peut le faire l'historien, n'y aura-t-il pas quehjues réserves à faire? On ne s'étonne pas, sans doute, que Pusey ait vu, dans les publications des Essayisis et de Colenso, une atteinte grave aux vérités chrétiennes, et l'on comprend son émotion. Toutefois, force est de reconnaître que, sous le coupde celle émotion, il a paru combattre et repousser non seulement les témérités de ces écrivains, mais la critique biblique tout entière, même dans ses découvertes aujourd'hui reconnues incontestables. 11 eût été évidemment plus sage, plus prévoyant, en même temps que l'on réprouvait les erreurs, d'indiquer qu'on ne refusait pas de faire à celte science nouvelle sa pari légitime. Mais ce sont des distinctions que les conservateurs religieux font rarement en pareil cas. Ils n'y

« llKiH cm RCII « KT " HROAD ClIUROII » 445

arrivent d'ordinaire que plus tard, après avoir reçu des événements quelques leçons parfois morliliantes. Au premier moment, placés en face des nouveautés qui les in(|uiètent et les irritent, ils sont surtout frappés du mal qu'elles peuvent contenir ; cela suffit à leur rendre l'ensemble suspect, et ils repoussent toul, pêle-mêle, un peu à l'aveugle. Ce n'est pas seulement dans l'anglicanisme que les choses se passent ainsi, et, à nous regarder nous-mêmes, nous n'avons pas le droit d'être bien sévères envers Pusev et ses amis.

AVAM-I'IIOI'OS

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