CHAPITRE VII
LES RITUALISTES PERSÉCUTÉS
I. On demande aux évêques d"agir contre le Ritualisme. Leur embarras et leur impuissance. Wilberforce et Tait. A défaut (les évoques, on s'adresse au Parlement. Commission royale d'enquête qui n'aboutit à aucun résultatprécis. — II. La.Churck Association décide de déférer les Kitualistes aux cours de justice. Le Rév. Mackonochie. Il est poursuivi et condamné à plusieurs reprises. Son attitude. L'affaire Purchas et la condamnation prononcée contre Veaslward position. Emotion produite par ces jugements. L'idée du désétablissement gagne du terrain. Le Ritualisme fortifié par la persécution. — III. Pusey, un peu mal à l'aise au milieu des Hitualistes, désirerait voir porter la lutte sur la doctrine eucharistique. Atî'aire Rennett. 11 est jugé loisible de professer la doctrine de la Présence réelle. — IV. Les Broad cimrchmen sont en faveur. Temple, nommé évêque. Jowett, )nasle.r of Balliol. Stanley, doyen de Westminster. Leur attitude en face du Ritualisme. La question du Symbole d'Athanase. Vive controverse. Embarras et incertitude des évêques. Pusey et Liddon menacent de se retirer du ministère de rtlglise d'Angleterre, si l'on touche au Symbole. Effet produit par cette menace. On se contente d'une note explicative. — V. La confession, réintroduite par les Tractariens, avait suscité de vives attaques de la part des protestants. En 1873, pétition de 483 clevgijmen demandant à la Convocation de pourvoir à l'éducation et à l'institution de confesseurs dûment qualifiés. Stupeur et indignation des protestants. Rapport sur ce sujet, adopté par la Chambre des évêques. 29 clergymen,àoni Pusey, y opposent une déclaration où ils affirment leur croyance dans la question de la confession.
Les adversaires du Ritualisme en appelèrent d'abord à Tépiscopat. Au commencement de 1866, une députation vint dénoncer à l'archevêque de Canterbury «Tin-
troduction, dans le service divin, de pratiques qui, par leur diversité, par leur contradiction avec la loi et avec un usage établi de longue date, troublaient la paix et compromettaient l'action de l'Église ». Des consultations furent demandées à des jurisconsultes considérables, pour établir l'illégalité de ces pratiques. h'English Church C/'nïow y répondit aussitôt par des adresses et des consultations en sens contraire. Cette agitation ne permettait pas aux évêques de se dérober, et la question se trouva naturellement portée à Tordre du jour de la « Convocation» de la province de Canterbury, en février 1866 '.
Jusqu'alors, la Convocation ne s'était pas occupée du Ritualisme. Etait-ce que son attention fût, à cette époque, absorbée par d'autres sujets, tels que les Essays and Reviews et le livre de Colenso ? Ou bien, était-ce que, sur ce point comme sur tant d'autres, les évêques eussent conscience de leur impossibilité de s'entendre pour une décision commune? Nul d'entre eux n'approuvait le Ritualisme extrême, mais, en deçà, ils différaient sur la dose admissible de cérémonial ; encore moins s'accordaient-ils sur le moyen d'exercer leur pouvoir en pareille matière, sur les limites et même sur l'existence de ce pouvoir. 11 n'était pas jusqu'aux deux prélats qu'on était habitué alors à considérer comme les chefs de file des deux partis opposés dans l'épiscopat, Wilberforce, évêque d'Oxford, et Tait,
1 Sur le réveil des GonvocatioQs, cf. Seconde Partie, p. 242 et sq.
évêque de Londres', chez lesquels on ne constatât alors, en cette matière, une sorte d'incertitude et de tâtonnement.
Wilberforce sentait le besoin et avait le goût d'un développement du cérémonial, mais il tremblait à la pensée de se voir compromis dans un mouvement romanisant. « Vous vous trompez, écrivait-il à l'un de ceux qui l'attaquaient à ce sujet, en pensant que j'aime les ritesetle cérémonial romains. Tout cequiestromain est une puanteur pour mes narines -. » De là, dans son attitude, une sorte de va-et-vient : tantôt il paraissait encourager le Ritualisme, tantôt il le désavouait. Très opposé à ridée d'une intervention du Parlement et des cours de justice, il eût voulu laisser la question aux mains des évêques, mais il jugeait impossible et dangereux de leur demander une démarche collective. Il était réduit à s'en rapporter à l'action individuelle de chaque prélat dans son diocèse, sans avoir réponse satisfaisante à ceux qui lui objectaient ce que seraient alors la diversité et les contradictions des directions épiscopales^.
Quant à Tait, par ses origines presbytériennes, par ses idées mi-evangelical, mi-broad, et jusque par le tour peu Imaginatif de sa piété, il était réfractaire au Ritualisme, plus encore qu'il ne l'avait été au Tractarianisme. Aussi, depuis qu'il gouvernait le diocèse de
1 Sur celte opposition de Wilberforce et de Tait, cf. Seconde Partie, p. 251 et 252.
•^ U/e of Wilberforce, t. II, p. 359.
= Ibid., t. III, p. 187 à 190, 198 à 200.