‹ La Renaissance catholique en Angleterre au XIXe siècle (volume 4)Chapitre 10 sur 33 · II · texte numérisé non relu

II

L'affaire Denison n'était pas encore complètement terminée, qu'éclatait, sur un autre point, un conflit semblable. Le Rev. Forbes, l'un des amis et disciples les plus fidèles de Pusey, un moment vicar de son église San Saviour's à Leeds, avait été nommé évêque de Brechin, en Ecosse. Sous l'impression des récentes controverses, il jugea à propos de traiter, dans son premier mandement, en août i857, de la doctrine eucharistique ; il insista, entre autres, sur deux points : d'abord, sur ce que le sacrifice eucharistique est substantiellement le même que celui de la croix; ensuite, comme Denison, sur ce qu'« une suprême adoration est due au corps et au sang du Christ, mystérieusement présents » dans les espèces consacrées. Les autres évêques de l'Église èpiscopalienne d'Ecosse s'émurent de ce mandement. Dès la fin de 1857, trois d'entre eux, dont le primat, protestèrent publiquement, et, en 1858, tous signèrentune lettre pastorale où ils blâmaient le mandement de l'évêque de Brechin ; ils notaient particulièrement, comme antiscripturaire et mal sonnant, ce qu'il avait dit du sacrifice et de l'adoration.

Aussitôt qu'ils avaient su leur ami Forbes menacé, Pusey et Keble étaient accourus à son secours. Keble, notamment, s'était jeté en pleine bataille, se solidarisant avec l'évêque attaqué et publiant tout un ouvrage sur la question débattue. Des laïques considérables, comme lord Coleridge et M. Gladstone, essayèrent d'intervenir en pacificateurs. Rien n'y faisait. Les esprits s'échauffaient de plus en plus. Certains ecclésiastiques qui avaient adhéré aux doctrines de l'évêque

de Brechin, étaient l'objet de poursuites spéciales. Pusey, alors malade, voyait avec alarme la tempête grossir, et tout lui paraissait à craindre. Les évèques, en eiïet, ne s'en tinrent pas à leur lettre pastorale ; s'instituant juges de leur collègue, ils le citèrent devant eux. Pusey redoutait qu'il ne prétendissent le déposer, et recommandait à Forbes de ne pas se soumettre à une mesure de ce genre. « Aucun évêque orthodoxe, disait-il, n'eût abandonnéson siège, parce qu'un arien l'auraitdéposé.» Le synode se réunit en mars 1856. Les pourparlers des derniers jours avaient détourné les évêques de pousser les choses à l'extrême. A l'unanimité, ils jugèrent que, sur l'identité du sacrifice de la croix et du sacrifice eucharistique, ainsi que sur l'adoration due au corps et au sang du Christ présents dans les espèces, « l'enseignement du répondant n'était pas sanctionné par les Articles et les formulaires de l'Eglise et était, dans une certaine mesure, inconciliable avec eux ». Seulement, « eu égard aux explications et modifications » qu'ils prétendaient avoir été proposées par le répondant, et aussi à ce fait que celui-ci « demandait seulement tolérance pour ses opinions », qu'il « ne revendiquait par pour elles l'autorité de l'Église et ne prétendait pas à les imposer à ceux qui étaient sous sa juridiction », les évêques consentirent à « limiter leur sentence à une déclaration de censure et d'admonition ». Ils « admonestaient donc solennellement l'évêque de Brechin de mieux veiller, dans l'avenir, à ne pas donner matière au trouble et aux plaintes suscités par son premier mandement ».

Pour avoir épargnéForbes, dans une certaine mesure, cette sentence n'en blessa pas moins douloureusement ses amis. Puseyse plaignit que les juges, pour motiver leur indulgence relative, eussent dénaturé les explications de l'accusé et lui eussent attribué une sorte de désaveu qu'il n'avait pas fait. Et puis, au-dessus de la question de personne, était la question, plus grave encore, de doctrine. En présence de ce jugement, succédant de si près à la décision de l'archevêque de Canterbury dans le procès Denison, impossible de se dissimuler que les autorités de l'Eglise étaient alors opposées, sur une question capitale, à ce que Pusey regardait comme la vraie doctrine catholique ^

1 Sur toute cette affaire Forbes, voyez Life of Pusey, t. III, p. 448 à 459, et Life of Keble, par Lock, p. 164 à 168.

Page 1