L'AMOUREUX
0 bénis soient le jour, le mois, l'année
Et la saison et l'heure et le moment,
Et le pays, la rive fortunée
Où ses beaux yeux m'ont soumis tendrement !
Béni l'éveil de mon âme étonnée,
Le premier trouble anxieux et charmant,
L'arc et le trait d'où ma blessure est née
Et dont mon cœur souffre un si long tourment !
A lei di f are al bel fianco colonna ;
Erba e fior che la gonna
Leggiadra ricoverse
Con 1' angelico seno ;
Aer sacro e sereno
Ove amor coi begli occhi il cor m' aperse
Date udienza insieme
Aile dolenti mie parole estreme.
(1) Benedetto sia '1 giorno e '1 mese e V anno
E la stagione e '1 tempo e 1' ora e '1 punto E '1 bel paese e '1 loco ov' io fui giunto Da due begli occhi che legato m' hanno :
E benedetto il primo dolce affanno Ch'i' ebbi adesser cou Amor congiunto, E l' arco e le saette ond' io fui punto, E le piaghe ch' infin al cor mi vanno :
Bénis les cris qui me sortaient de l'âme Quand j'appelais par son doux nom ma dame, Les vœux, les pleurs, les soupirs que j'aimais,
Les vers écrits pour la rendre immortelle, Et ma pensée où ne demeure qu'elle, Elle, elle seule et nulle autre jamais !
LE PÉHITEHT (1).
Père du ciel, après les jours perdus, Après les nuits en rêves dépensées, Tant de soupirs, tant d'élans éperdus Yers la beauté qui trouble mes pensées ;
Fais, ô mon Dieu, qu'à ton flambeau divin Changeant de vie et d'espoir, je remonte, Si bien qu'ayant tendu ses lacs en vain, Le tentateur les retire à sa honte !
Benedette le voci tante ch'io,
Chiamando il nome dimia donna, ho sparte,
E i sospiri e le lacrime e il desio.
E benedette sien tutte le carte
Ov' io fama le acquisto, e '1 pensier mio
Ch' è sol di lei, si ch' altra non vi ha parle.
(1) Ce sonnet fut composé un vendredi saint, anniversaire du jour où Pétrarque avait rencontré Laure pour la première fois, dans une église.
tPadre del ciel, dopo i perduti giorni, Dopo le notti vaneggiando spese Con quel fero desio ch' al cor s'accese Mirando gli atti per mio mal si adorni ;
Piacciati ornai, col tuo lume, ch' io torni Ad altra vita ed a più belle iniprese ; Si ch' avendo le reti indarno tese, Il mio duro avversario se ne scomi.
Onze ans déjà sur mon front écrasé
Ce joug de fer sans relâche a pesé,
D'autant plus dur et lourd que plus on l'aime ;
Grâce et pitié ! Rends mes pensers plus droits ! Rappelle-moi, Seigneur, qu'aujourd'hui même Tu fus pour nous attaché sur la crois !