‹ La renaissance de l'ophthalmologieChapitre 10 sur 17 · Cheselden demeure bref, mais clair · texte numérisé non relu

Cheselden demeure bref, mais clair

Il pénétrait avec son petit couteau à travers la sclérotique derrière l’iris et sectionnait celui-ci d’arrière en avant.

3. Conformément à sa publication principale Cheselden n’a exécuté son opération que dans les cas où une fermeture de la pupille était survenue après l’abaissement de la cataracte. Il n’avait nullement pensé à donner une méthode générale pour la création des pupilles et il n’avait pas à apprendre des anciens, comme Wenzel, que l’on ne peut faire cette opération sans léser le cristallin, des modernes «que cette iridotomie n’est indiquée que pour les yeux aphaques.®

Dans sa seconde publication il parle en tout cas de la fermeture par inflammation de la pupille, sans indiquer ce que l’on doit faire du cristallin.

4. Son opération est excellente dans les cas appropriés, et l’est encore actuellement, sauf de minimes modifications. Ce n’est par le jugement de H. Magnus (dans le biogr. Lexicon) qui doit prévaloir lorsqu’il écrit: «La méthode opératoire de Cheselden est encore très imparfaite d’après nos connaissances actuelles. > C’est à l’affirmation de Cheselden lui-même qu’il faut s’arrêter: «L’opération qui consiste à tailler une pupille artificielle, alors que la pupille naturelle est fermée, ne peut guère échouer en cas d’exécution correcte, pourvu que l’œil soit sain.»

Ce qui paraît particulièrement important c’est la prescription, en cas de reliquats adhérents de cataracte, d’exécuter une section excentrique, au dessus ou au dessous.

Celui qui n’a pas lu ou bien compris Cheselden louera son opération telle que Morand et Sharp la décrivent.

Morand, un chirurgien excellent de Paris, — nous avons déjà appris à le connaître, — avait vu exécuter l’opération à Londres, par Cheselden, sur un œil dont la pupille s’était fermée à la suite d’un traumatisme. Il en donne une relation qui n’ajoute rien à celle de Cheselden, sauf que la ponction fut faite à une ligne et demie du bord de la cornée transparente et qu’<une pupille de chat horizontale» fut ainsi établie.

Quant à Sharp, le fidèle élève de Cheselden, à qui il dédia son excellent ouvrage sur la Chirurgie, il décrit dans son XXIX® chapitre «De la section de l’iris (of cutting the iris) » une modification réelle du procédé ^) :

«L’œil est maintenu ouvert par le spéculum. On plonge alors le cou-

D 1769. Heuermann de Copenhague l’avait avancé en 1736.

teau là où la ponction se fait pour l’opération de la cataracte; on le conduit horizontalement dans la chambre antérieure jusqu’au côté opposé et exécute une section à travers l’iris. Si la manœuvre réussit, une large ouverture s’installe qui s’élargit encore par la suite.»

«La première idée delà création d’une pupille artificielle» n’appartient elle, pas à TnoM.\s Woolhouse? Jüngke.v l’a prétendu; il a cité la dissertation de Maucuart, de pupillae phthisi, imprimée à Tubingue en 1745, 1 6 ans après la première publication de ChESELOEN.

La dissertation nous apprend sur Woohlouse :

1. Woolhouse a donné le nom de oovi'C'/)ai; à la fermeture complète de la pupille. (§ III, p. 456.)

2. Il a donné le nom de diæresis — diérèse — à la section chirurgicale de cette occlusion. (§ XXVI, p. 468.)

Ast si pupilla librillis ultra citraque excurrentibus anguslissime conslricta yel penitus concreta fuit, nullum superest remedium nisi operatio chirurgica, quam cum Woolhoüsio vocabimus diaeresin, qua mediante discinditur rete illud praeternaturale, ac uvea irisque aperiuntur in loco pupillae ordinario vel prope hune.

3. Woolhouse défendait de blesser le tissu irien et n’autorisait que la division des fibrilles encombrant la pupille (§ XXVIII, p. 470). Ceci reviendrait à un détachement opératoire des synéchies postérieures qui fut l’ecominandée à nouveau dans la seconde moitié du siècle précédent.

Intra hos limites operationis suhstitit Woolhousius omnemque vulnerationem midis uveaeque vitandam cane ac angue pejus imperavit, hicque in primis attendenda ophthalmiatro praecepit Davidica vei’ha : custodi me sicutpupillam in oculo!

La dissertation ne souffle mot de l’exécution de cette opération par Wool- HOüSE ou du fait qu’il en ' ait le premier suggéré l’idée. Les l’ares allusions à l’expérience acquise se rapportent toutes à Cheseldex.

Adressons nous d’autre part aux propres écrits de Woolhouse.

Son opuscule. Expériences de différentes opérations . . . faites sur les yeux (Paris, 17H, I 2“), n’était pas à trouver en Allemagne et en Angleterre. Mon ami, le Prof. Panas, de Paris, et son chef de laboratoire d’alors, le Dr. Rochon-Duvigneaud ont eu l’amabilité, en 1891, de consulter cet ouvrage à la Bibliothèque nationale et d’en copier pour nous le passage suivant :

«Diaeresis ou disclusion et ouverture de la synizesis qui est quand le trou de l’iris est entièrement bouché, tiraillé en bourse et tout à fait fermé ou quand on ne voit aucune ouverture de la prunelle dans l’œil du malade.»

c’est tout. (A la fin de ce petit livre on trouve encore une fois: Demeure et hem-es de consultation de M. Woolhouse.)

Je n’ai rien trouvé dans la traduction allemande de celte réclame (Jena, -1715). Dans les Dissertations sçavantes de Woolhouse parues ultérieurement (1717 et 1719), et où toutes ses opérations sont triomphalement énumérées, il n’y a pas une syllabe sur ce sujet.

Woolhouse sans doute, — il n’aimait guère à mettre la lumière sous le boisseau, — ^ n’a pas dû tenir énormément à la diérèse.

Woolhouse a vécu de 1 650 (environ) à 1 730, Cheselden de 1688 à 1 752, jMauchaut de 1696 à 1751.

Cheskluex a-t-il été l’élève de Woolhouse, ainsi que Himey, Jünuken et plus récemment Sulzeu, l’ont soutenu? On n’en sait rien et ne peut le prouver.

Mauchahï a certainement tiré de ses feuillets académiques cette opinion de Woolhouse, exprimée dans sa dissertation de 1745. Il eût cité sans cela un ouvrage de Woolhouse, attendu qu’il consigne nominalement les sources imprimées auxquelles il puise.

Woolhouse a donc eu la priorité de l’idée d’une pupille artificielle (1711), Cheseldex a exécuté le premier l’opération qui la réalise et cela sous la forme de l’iridotomie (1728).

.\ddition. Les noms de la nouvelle opération.

Cheseldex n’a pas jugé à propos de lui décerner un nom nouveau et savant. 11 disait incision thro’ tlie iris; cutting the iris (section de l’iris) écrivait son élève Sharp.

Les médecins toutefois voulaient plus d’érudition. Le mot core ou coromorphosis surgit, de xopr,, pupille, et p-opcsojoic, formation. (Ce mot tomba heureusement en désuétude de nos jours.) En tout cas, l’expression allemande usuelle Kùnstliclie Pupillen-Bildung, formation artificielle de la pupille est absurde; l’adjectif artificielle doit se rapporter au mot principal pupille.

Pour exprimer la section de l’iris on se servit du mot Irido-tomia, de tpiç (membrane- arc-en-ciel) et Toix-q, section; d’autre part pour l’excision de l’ii’is fut créé le terme iridectomia de Ipi;, ex-, hors, et ~op.rj ; Mdodialysis vient de tpi; et oiaXuat;, décollement. Les expressions coremorphose, iridotomie, iridectomie, iridodialyse ont été introduites par le Dr. Ch.arles Guillaume Ulrich Wagxer, ultérieurement professeur de médecine à Berlin, dans sa Commentatio de core mo rpho si, imprimée eh 1 8 i 8, à Gœtlingue. Ils remplacent les termes corétomie, corektomie, corédialyse ou ceux façonnés par Adam Sch.midt, de Vienne, en 1813, en prodiguant les lettres; corétotomie, corétonectomie, corétodialyse.

Un confrère économe écrivit de nos jours iri-tomie ; mais nous ne pouvons lui faire présent de la syllabe, concédons-lui tout au plus une lettre ; iriotomie ou ireo-tornie.

A quelles extravagances l’ignorance des termes de l’art peut aboutir! Un renseignement de la savante Gazette de Gotha (1801, n” 51), — d’autres l’ont suivie, — va nous le confirmer: «Le citoyen Demours a inventé un globe artificiel pour ceux que la présence de taches sur l’œil prive de la lumière.» lIiMLY (Ophtalm. Bibl. I, 2, 205) nous explique, après quelques tortueuses remarques, que M. Sauvage, le malade visé, a été simplement guéri par l’opération de la pupille artificielle, pratiquée par Demours. Il revient en 1 803 (11, 1, p. 54) sur le «tapage ridicule fait autour des globes oculaires artificiels.»

Il oublie toutefois d'ajouter que la création chirurgicale d’une pupille ai'tificielle est désignée en hollandais par les mots Kunstige oogappel, «globe oculaire artificiel», prunelle artificielle.

Les gens de Gotha ont assurément puisé à quelque soui’ce hollandaise.

Le paragraphe suivant nous montre encore quelques raffinements de dénominations.

Le sort de la pupille artificielle.

11 ne sera pas question ici d’un enseignement de la technique de l’opération; de môme il n’entre point dans nos intentions d’écrire l’histoire des erreurs qui se sont fait jour à cause d’elle. C’est le développement de la coremorphose qui sera notre objectif. Nous nous arrêterons donc aux procédés les plus importants et ferons ressortir les idées nouvelles, en ne touchant que brièvement aux choses inutiles ou erronées et en omettant les particularités relatives aux instruments et à leur maniement.

1. Le procédé le plus ancien a été la section de l’iris ou de la pupille fermée. Cheselden pénétrait avec l’aiguille dans la chambre postérieure.

Heuermann à Copenhague (1756), Sharp à Londres (1769), Guérin à Montpellier (1769), Gendron à Paris (1770) ont préféré ouvrir la cornée. Gendron voulait sectionner l’iris en croix.

Janin, de Lyon (1772) fit une section perpendiculaire à la direction des fibres radiaires de l’iris, dans le but d’obtenir. un entrebâillement durable de la plaie. 11 se servait avec succès de ciseaux dont la branche pointue était poussée à travers l’iris, procédé que Maunoir, de Genève, devait perfectionner plus tard (1812). Janin a utilisé le procédé 3 fois, Guérin 1 fois, Heuermann rarement et Gendron pas une seule fois.

Ce n’est pas à Pellier de Quengsy, de Toulon (1783), qui occasionellement, dans un cas de cataracte secondaire, sectionna perpendiculairement les fibres de l’iris après avoir pratiqué une ouverture cornéenne, c’est à Heuermann et Samuel Sharp que nous devons le procédé «consistant à introduire le couteau à cataracte dans la cornée et l’iris pour le retirer à travers l’iris et la cornée et sectionner simultanément les deux membranes>.

ScARPA^) a certainement décrit exactement, en 1817, l’opération de 1’ « iridotomie simple» que de Wecker devait inventer soixante ans plus tard. «Lorsque la pupille est déplacée, rétrécie, inutilisable par suite d’un prolapsus de l’iris, on fait une section de la cornée, glisse l’une des branches des fins ciseaux derrière l’iris, l’autre demeurant au devant de cette membrane, et l’on fait une section de l’iris en forme de V sans toucher au cristallin ni à la capsule, lesquels conservent leur transparence.»

Wenzel, père et fils, opéraient à la façorî de Sharp. Ils excisaient de plus avec les ciseaux à l’intérieur de l’œil un segment du lambeau irien figuré par le couteau. Leur procédé forme une transition de l’incision vers l’excision de l’iris. Ils conseillaient également, au cas où le cristallin était présent, de l’extraire par la même occasion. Le cristallin absent, on pouvait pratiquer une section moins étendue et se passer de la contre-ouverture.

•I) Comp. l’édition franç. II, p. 120.

Une modification insignifiante du procédé de Wenzel fut exécutée par Forlenza, de Naples (1769 — 1833), chirurgien et oculiste des hôpitaux civils du Royaume de France. Pour faire une pupille artificielle, il sectionne les Ys de la cornée, comme il a coutume de le faire pour extraire la cataracte, fait maintenir le lambeau cornéen relevé, saisit l’iris avec une pincette à double crochet, l’attire pour le tendre uniformément et sectionne ensuite un tiers environ de celui-ci avec de fins ciseaux droits. S’ils sont encore présents, il procède alors à l’extraction du cristallin et de sa capsule.

Les rares applications de l’iridotomie, les échecs observés par quelques opérateurs, la nécessité d’extraire ou morceler le cristallin présent firent que l’opération ne conquit guère droit de cité. Janin avait vu 2 fois la pupille se refermer après l’opération de Gheselden; Warner i), chirurgien du Güy’s Hôspital, et Wenzel, père, ne lui reconnurent point de suites heureuses.

L’opération fut discréditée et abandonnée Elle tomba si bien dans l’oubli 3) «que l’Institut-National organisé sous la République et la Société réinstallée des médecins de Paris considérèrent avec surprise, et comme une trouvaille nouvelle de l’art, cette opération de la pupille artificielle, que le citoyen Demours avait exécutée avec succès sur Sauvages, l’aveugle, et fait connaître en 1801. Aussi fût-elle trompetée à pleines joues au cours de la décade philosophique» (partant du 20 Brumaire de l’an 9).

Vers le milieu du 19® siècle, lorsque se fonda l’ophtalmologie moderne, l’iridotomie n’avait plus de signification pratique, mais une valeur historique seulement, jusqu’au moment où, en 1 869, A. de Graefe^) avait enseigné à s’en servir, avec beaucoup d’avantages, dans certains cas rares, il est vrai. Etaient justiciables d’elle notamment les cas où le cristallin faisait défaut par le fait d’une opération ou d’un traumatisme, où consécutivement étaient survenues l’atrésie pupillaire, la formation d’exsudats rétroiriens et même la diminution de profondeur de la chambre antérieure. A l’époque actuelle l’iridotomie est redevenue en honneur dans les cas d’atrésie pupillaire des yeux aphaques.

La section à travers l’iris fut exécutée en partie à l’aide d’un couteau étroit, en partie à l’aide de ciseaux.

a) Gayet^), de Lyon, ayant introduit un couteau étroit au bord de la cornée et de là dans l’iris, le conduisait derrière cette membrane et le poussait à travers l’iris et la cornée; il achevait la section de l’iris sans agrandir les plaies cornéennes.

U The human eye . . . with the principal diseases, Londres 4 773, p. 84.

2) Adams, p. 25, 1812.

3) Adam Schmidt de Vienne (1803) s’exprime de même, mais il ajoute que quelques opérateurs n’ont pas discontinué de faire en Allemagne ce que peutêtre l’on avait oublié en France.

4) Comptes rendus de la Soc. ophtalm. de Heidelberg, 1869, p. 431.

5) Progrès médical, 1880, no. 33.

Celte exécution de l’idée de Siiahi> me paraît être le succédané moderne du procédé de Cheselden. J’ai exécuté cette rnélliode à plusieurs reprises et aA'ec le meilleur succès. Plus les conditions sont délavorables dans l’œil aphaque pour l’excision de l’iris, plus elles sont favorables pour l’iridotomie ^).

La ponction-section exclusive, exécutée avec le couteau étroit, notamment à travers la région de la pupille atrésiée et après l’extraction de la cataracte molle sympathique, donne de bons résultats. On peut en dire autant de la simple plongée de la lance obliquement ou perpendiculairement à la direction des fibres iriennes tendues.

b) La section de l’iris et des exsudais rétroiriens à l’aide de ciseaux introduits par une section de la cornée, — le procédé de Janin-Mauxoir, — a été restituée particulièrement par L. de Wecker^]. 11 a amélioré les instruments ad hoc et facilité l’exécution de la méthode.

c) L. DE Wecker a aussi montré de nouveau que, étant donné un œil pourvu de cristallin, et d’une pupille ouverte, on pouvait à l’aide de ciseaux, sans léser le cristallin, exécuter une section de l’iris (ou du sphincter) et améliorer ainsi la vision en cas de cataracte zonulaire, de trouble cicatriciel du centre cornéen ou de glissement de la lentille opaque 3).

2. La deuxième et classique méthode pour établir une pupille artificielle, l’excision d’un segment cunéiforme de l’iris (irid-ec-tomie) est due à notre compatriote Joseph Beer^), de Vienne (1798); avec son couteau à cataracte triangulaire (ou avec une lance) il établissait une petite section à lambeau au bord de la cornée, attirait avec un crochet ou une pincette un pli, — un cornet disait-il, — et le coupait aux ciseaux en dehors de l’œil.

Ainsi, dans les cas curables, qu’il s’agît d’une atrésie pupillaire ou d’un leucome central couvrant la pupille, on créait une ouverture latérale pour la vision et rendait à l’aveugle une acuité visuelle satisfaisante.

On eût pu croire que cette opération, portant en sa simplicité le cachet de la perfection, allait devenir rapidement le bien commun de tous les chirurgiens; Malheureusement, pendant un temps fort long, de singuliers raffinements prévalurent avant que le simple et le naturel fissent leur trouée.

«Dans la majorité des cas l’iridodialyse est le meilleur procédé de la corémorphose. » Voilà ce qu’ou lit dans l’ouvrage de Himly, de Gœltingue (II, p. loi), daté de 1 8 1 6 !

1) Compar. le travail de mon ancien assistant, le Dr. Pufahl (tS76) dans Knapp’s Arch. f. Ophth. und Ohrenheilk., V, p. 3S8.

.2) 1876, Klin. Monatsbl. XIV, p. 28t.

3) Masselon, Relevé statistique de la clinique de de Wecker, p. 7 — 14. — L. DE Wecker, Chir. ocul., t879, p. -120. Pour les améliorations tout-à-fait récentes comp. «Die augenârztl. Opérât, de W. Czermak, Wien 4 893 — 1904«, p. 692 (opération sur l’iris).

4) Publié en 4 805. Le procédé incomplet de Wexzel représente un prostade livrant sans merci le cristallin.

«L’iridodialyse niôvite la préférence.» (Wagner, de Gœtüngue, 1818.)

«Parmi les diverses sortes de corémorphose j’ai trouvé dans la plupart des cas, le déplacement du bord pupillaire d’après Himly paraissant impossible, que la corectomédialyse était le plus généralement utilisable.» (G. F. GraefeI), de Berlin, 1821.)

Toutefois Benedict, de Breslau^), émet un jugement sain: La corectomie de Beeh est la méthode normale ... A elle seule elle suffirait à immortaliser le nom de Beer ... Il faut déplorer d’autant plus qu’on a essayé de la modifier et même de la supplanter par une nouvelle méthode.

Ce n’est que vers le milieu du 1 9® siècle que s’établit avec Desmarres la victoire de l’iridectomie.

3. Le décollement de l’iris d’avec le corps ciliaire (iridodialyse), accidentellement déterminé par des traumatismes et éventuellement produit au cours de l’extraction de la cataracte, donne parfois une pupille permettant un certain degré de vision. 11 fut élevé par Scarpa, de Pavie^) et par A. Schmidt, de Vienne ^j, à la dignité de procédé spécial, mais son incertude et ses dangers firent abandonner rapidement la méthode.

i. Pour effectuer l'enclavement (iridencleisis 5) du segment d’iris attiré dans la plaie de la cornée ou de la sclérotique G. F. Graefe, Lange.nbeck et d’autres trouvèrent les instruments: le Coreoncion^j^ l’Iriancistron'^), le Rhaphiancistron®), le Labidobelonancistron 9). Les choses allaient aussi mal en l’occurrence pour les malades que pour la langue grecque. On peut en dire autant pour les anciens essais de déplacement pupillaire^o] (Adams 1812, IliMLY avant 1816) et pour les nouveaux concernant la ligature de l’iris (Iris-Einbinden 11) de Critchett père (1858), et de Pagenstecher aîné (1860).

1) Winke über das Bilden vikârer Pupillen, Journ. f. Ghir. u. Augenh., II, p. 562—567, -1821.

2) De pupillae artificialis conformatione libellus, Auctore T. G. G. Benedict, Lips. 1810, et Lehrb. der Augenbeilk., t. III, p. 317, 1823.

3) Saggio di osservazioni e d’esperienze sulle principali mallatie degli occhi di Antonio Scarpa, P. Prof, di Notomia e chirurgia pratica nelle Università di Pavia. socio délia R. Acad, di Berlino et. l’avia 1801 (Fol., 278 p.). Gomp. chap. XVI, (p. 205), Délia Pupilla artificiali.

4) De la formation de la pupille par incision de l’iris (Goretotomie), par excision de l’iris (Goretonectomie) et par décollement de l’iris (Goretodialyse), par le prof. J. Adam Schmidt, avec une addition de K. Himly. (Ophthalmologische Bibliothek, éditée par le Dr. K. Himly, conseiller royal de la Grande-Bretagne et prof, ordin. de méd. à. Gœtüngue, et par le Dr. J. Adam Schmidt, conseiller royal et impérial et prof, ordin. de méd. à Vienne, T. II, 1803, p. 1 — 54.)

5) De lot;, âv, dans, -/.Xeîot;, fermeture.

6) Coreoncion, de pupille, et oy-zo;, oy/.i'joi = uncinus, petit crochet.

7) Iriancistron, crochet à iris, de ipi; et dy/.fjTpoy, hameçon.

8) Raphiancistron, crochet à suture, de suture et a-cy-tarpov.

9) Labidobelonancistron, de Xafii;, pincette, aiguille et ayztoTpov.

10) Core-parhelcysis, de y.6p-q, -apd, de côté, ëlx'jaii, traction.

11) Irido-desis, de Ipt; et oéotç, ligature; aussi «Iri-désis».

La dernière opération étant encore faite de nos jours, nous nous y arrêterons un instant.

En cas de tache circonscrite de la cornée, recouvrant le domaine de la pupille, une ponction est faite au bord cornéen, un pli correspondant de l’iris y est engagé, serré dans une anse de fil et abandonné à sa chute spontanée.

En comparaison de la pupille créée par excision de l’iris, celle que l’on obtient par la ligature, paraît réaliser au point de vue optique des conditions éminemment favorables. La pupille excisée n’a pas de muscle constricteur au niveau de la partie excisée et ne se contracte pas sous l’influence de la lumière de façon adéquate; elle a de plus au devant du domaine de sa portée naturelle la tache opaque qui fait un trouble par la dispersion lumineuse des rayons.

D’autre part la pupille ligaturée est entourée entièrement par le muscle constricteur et se meut bien sous l’action de la lumière; elle est de plus située en regard du segment transparent des parties réfringentes de l’œil, la tache cornéenne opaque étant couverte par un segment d’iris opaque et ne pouvant par dispersion nuire à la netteté de l’image rétinienne.

Mais les yeux opérés par ligature irienne se trouvent malheureusement dans un état d’équilibre instable. Des mois et même des années après une guérison en apparence bien réussie, une suppuration peut s’installer dans la cicatrice bulbaire en relation avec l’iris ^), d’où inflammation des membranes internes et destruction de l’œil. Dans quelques cas même une inflammation sympathique s'est installée dans l’œil congénère, provoquant la cécité complète et irrémédiable de malades qui jouissaient d’une acuité visuelle moyenne avant l’opération. De si tristes expériences devaient faire rajœr du cadre chirurgical une opération sur laquelle on avait fondé jadis de grandes espérances. Sattler a essayé de nos jours de ressusciter la méthode; après ablation du prolapsus irien il recouvre le point d’un lambeau de conjonctive, cette plastique devant empêcher une suppuration ultérieure. (1904-1905. )2)

5. Desmarres père exécutait avec une maîtrise particulière l’iridorrhexis^) de l’iris adhérent à la capsule antérieure du cristallin ou à la cornée (1850). Dans les cas difficiles nous sommes encore aujourd’hui amenés éventuellement à déchirer ou arracher l’iris.

La deuxième édition du traité de Desmarres mentionne la proposition

1) A la suite d’<infection septique>, soit par immigration de microorganismes, à travers la cicatrice pas absolument cohérente, dans les milieux de l’œil. J’ai observé cette fâcheuse complication chez un malade opéré depuis 13 ans par A. DE Graefe.

2) H. Sattler, Zur Wiedereinführung der Iridodesis, Klin. Monatsbl. f. A. 1 904, XLII, II. p. 468; Ophth. Klinik 1903; G. Bl. f. A. 1905, p. 122.

3) Iridorrhexis, de ipt; et déchirure.

claire et nette qu’il faut compter au nombre de ses grands mérites; «La pupille artificielle devra être faite désormais par les seules méthodes d’excision ou de déchirement i). >

6. Incertains, aventurés, sont les , essais consistant, après excision d’un segment de la cornée opacifiée, voire de la sclérotique opaque par elle-même, à créer une pupille artificielle par implantation d’une «lucarne» de verre ou par transplantation d’une greffe cornéenne.

Si l’on place, d’après la proposition de Nussbaum (1856), — il avait trouvé un précurseur en Pellier de Quengsy (1787), — une pièce de verre en forme de bouton double ou une petite fenêtre artificielle montée dans un cadre d’or dans une boutonnière pratiquée fraîchement à la cornée opacifiée, la joie du malade et celle du médecin ne sont pas de longue durée; l’invincible rétraction cicatricielle du tissu situé derrière le corps étranger chasse ce dernier de l’œil sans coup férir; à moins que la liquéfaction des milieux oculaires ne le fasse éventuellement tomber dans la noire profondeur du corps vitré. Il n’est pas facile de l’y repêcher.

Si l’on excise de l’épaisseur de la cornée opacifiée un segment quelconque, une nouvelle cicatrice tout aussi opaque surgit à sa place.

Si l’on implante dans une ouverture artificiellement créée dans la cornée cicatricielle un morceau transparent emprunté à la cornée de l’homme 2), du chien ou du lapin, l’incarcération réussit, mais l’opacification ultérieure de la cornée transplantée ne fait jamais défaut, même si l’on conserve la couche postérieure de la cornée 3).

L’anathème de la stérilité a pesé jusqu’ici sur presque tous ces efforts. Dans le cas d’un trouble cicatriciel total de la cornée, rendant toute iridectomie impossible, il existe malheureusement de graves, d’incurables modifications des parties internes du globe oculaire.

1) Traité, II, p. 525, -1855.

2) La cornée vivante n’est pas une denrée que l’on achète, au marché. Il faut attendre qu’un œil approprié se présente, que l’on doive éloigner en partie ou en totalité pour cause de traumatisme. (Il y a lieu de mettre en garde contre les cornées d’yeux énucléés pour carcinome ou sarcome.)

3) Je n’ai naturellement pas à passer sous silence une comunication récente du Dr. E. ZiRM, d’Olmütz (Arch. f. Ophth. LXIV, 3, 1906. Kératoplastique totale réussie). L’opération a été exécutée sur une cornée opacifiée par des brûlures à la chaux et dans des conditions normales du segment antérieur de cet œil. S: mouvements de la main perçus; après l’opération. S: ^/so avec + 5 D. Le résultat pouvait encore être constaté 8 mois après l’opération. Le matérial d’implantation fut enlevé avec le trépan de von Hippel d’un œil énucléé à un enfant. Il est très important de maintenir le lambeau dans une solution physiologique chaude de sel commun, sans contact avec les instruments et de l’adapter exactement à la perte de substance. Dans ces conditions une nutrition suffisante de la greffe s’opère sans opacification et sans développement de vaisseaux. Les vaisseaux vont alors jusque aux bords du lambeau transplanté et y forment un réseau, important pour sa nutrition.

Albukcht de Graefe, vers le milieu du siècle précédent, a eu l’incontestable mérite, en sa qualité d’élève de Desmarues, de simplifier extrêmement l’exécution de l’iridectomie. D’autre part il a élargi considérablement le champs de ses applications.

Les instruments et modes de traitement trop raffinés furent bannis et l’excision de l’iris fut transformée en un procédé principal d’exécution absolument sûre et simple; une légion de maladies, antérieurement réputées incurables, devint tributaire de la méthode.

L’apparition de de Graefe a transformé de fond en comble l’ophtalmologie. Sans doute les prévisions de quelques uns de ses élèves, qui voyaient dans l’excision de l’iris une panacée'), apparurent bientôt par le fait des observations répétées et incessantes comme étant entachées d’exagération et d’erreur. On ne saurait oublier qu’un œil pourvu d’une pupille ronde et centrale possède une acuité visuelle meilleure que l’œil doté d’une pupille élargie et déplacée 2).

L’iridectomie est d’utilité évidente en deux séries de cas:

1. Lorsqu’il n’existe point de pupille, donc pas de vision (hors la perception de la lumière), c’est-à-dire dans le cas d’atrésie pupillaire complète.

2. Lorsque en l’absence d’iridectomie l’acuité visuelle est destinée à se perdre complètement et irrémédiablement, soit en cas d’augmentation de la tension (glaucome aigu).

Si une partie de la cornée seulement, située devant la pupille, est opacifiée, la dilatation artificielle de la pupille (iridectomie) aggrave la mauvaise vision. Le rétrécissement artificiel (tatouage de la tache) l’améliore: le trouble visuel ne dépend pas d’une exclusion de la lumière; c’est la dispersion qu’il faut principalement incriminer.

Telles sont les réflexions, découvertes et inventions auxquelles la nouvelle opération de Cdeseldex (1728) a donné lieu: elle confère à la nouvelle ophtalmologie une grande supériorité sur l’ancienne opthalmologie hellénistique-arabe ; elle a rétréci le cercle des cécités; elle a ajouté une plus grande somme de bonheur au sort du genre humain.

•I) «Quand je ne sais plus que faire, je fais une iridectomie», me disait en 1 867 un oculiste.

2) La physiologie comprend les paroles du psalmiste: «Protège moi, comme la pupille de l’œil.

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