Joseph Beer (1799, Repertor. III, p
«Combien de milliers d’heureux bénissent l’inventeur de l’extraction de la cataracte, combien de milliers le béniront encore? . . . Nul cbirurgien, penseur impartial, ne méconnaîtra l’inexprimable valeur de ta découverte; jamais ceux qui nous suivront ne cesseront d’honorer ta mémoire dans leurs cœurs reconnaissants; jamais ils ne failliront à prononcer ton nom avec respect et gratitude i).»
B. Les grands hommes doivent s’attendre à ce que toutes leurs paroles, tous leurs gestes soient recherchés, voir ceux qu’ils eussent volontiers laissé tomber dans l’oubli.
A. Pansier (Ann. d’ocul. Nov. 1905) a réussi à retrouver dans le Courrier d’Avignon, journal principal du sud de la France en ce temps-là, soit dans les années 1735 à 1744, pas moins de 28 articles-réclames, dans lesquels Daviel rend compte de ses opérations et notamment de leurs suites, de l’endroit et de l’époque où elles furent exécutées; où l’on peut le rencontrer, de sa sincérité avec les malades, des honneurs qui lui ont été décernés dans son pays et à l’Etranger, au cours de ses voyages. Il fait
1) Parmi les louanges des modernes je ne citerai que celles de Chaa^rnag (1893) bien qu’elles rappellent un peu les louanges que Morand adressait à Cheselden: «On a élevé des statues à des hommes qui ont inventé la poudre pour aveugler les gens, à des hommes qui ont découvert des étoiles au firmament; la France en devait une à Daviel qui a dévoilé le ciel aux aveugles au moyen d’une opération nouvelle. ...»
connaître qu’il a fait, jusqu’en 1737, 2000 opérations oculaires et qu’il soigne les pauvres sans recevoir d’honoraires.
Ces annonces, il les a ouvertement empruntées au chevalier Tayloh, car il insère pour la première fois dans le Courrier d’Avignon, du 4 Mars 1735:
... «Le Sieur D. . . . a fait avec succès plusieurs Opérations sur les yeux de différens malades qui le sont venus trouver depuis le départ de l’Oculiste Anglais qui passa le mois d’août dernier.»
Bourgeois (Union môd. et scient, du Noi’d-Est, 15 Mars 1906) a essayé d’excuser ces réclames en les mettant sur le compte des mœurs du temps et sur l’absence de périodiques médicaux. On pourrait y ajouter une autre cause: l’ingratitude des contemporains qui récompensèrent de façon si insuffisante le grand opérateur-oculiste, si actif, si occupé, si secourable aux pauvres que, — ressource à laquelle il n'avait pas été obligé de recourir, du moins à Paris de 1746 à 1762, — sa veuve fut contrainte d’annoncer, dans ce même Courrier d’Avignon, de 1767 à 1 773, la vente des collyres et onguents ophtalmiques de feu son mari. Au cours de cette dernière année elle transporta son domicile de Paris à Marseille.
Première publication de Daviel sur son extraction de cataracte.
L’intérêt que le commentateur de Goethe porte au Faust primitif, l’oculiste scientifique doit le montrer pour la première publication de Daviel relative à l’extraction de la cataracte. (Mercure de France, 1748, Sept., p. 198—221.)
Parmi les auteurs qui, de nos jours ont traité plus exactement l’histoire de la découverte de l’opération de la cataracte, — O. Becker, IL Mag- Nus, A. Hirsch, P. Pansier, L. de Wecker, D. E. Sulzer, - nul, autant que je sache, n’a tenu suffisamment compte de la première publication de Daviel sur la cataracte, à l’exception d’ALViN H. IIurbel, de Buffalo ^).
«Vous avez raison, écrit Daviel dans sa lettre au Dr. de Joyeuse à Marseille, de vous plaindre de mon silence ... Je vous rends compte aujourd’hui de quelques opérations oculaires que j’ai faites depuis le 1 Nov. 1146, jour de mon arrivée à Paris.
J’ai fait l’extraction de la cataracte située encore dans la chambre postél'ieure de l’œil droit de M. Garion, Maître Perruquier, rue Dauphin, près la rue Contrescarpe dont je parlerai ci-après. Les observations que j’ai faites sur cette heureuse opération m’ont donné de grandes idées pour l’extraction de la cataracte. Ayant déjà fait mon possible pour abattre la cataracte à ce malade, sans avoir pu réussir d’aucune manière, je me déterminai à ouvrir la partie inférieure de la cornée transparente, et afin de porter plus sûrement mon aiguille dans la chambre posté-
t) The Journ. of the Americ. med. Assoc., July 20, -1902.
rieure de l’œil, je tins un assez long espace de temps la cornée écartée au moyen d’une petite pincette, et je fis sortir le cristallin à la faveur de l’ouverture que je venais de faire, quoique l’humeur aqueuse se fût tout à fait écoulée, de môme qu’une petite portion de l’humeur vitrée, ce qui n’empêcha pas le malade de voir tous les objets qu’on lui présenta, et de connoitre sur le champ plusieurs personnes qu’on lui montra. Je vous prie. Monsieur, de vouloir bien faire attention à l’importance de cette opération, puisqu’il s’agit d’une cataracte tirée de la chambre postérieure de l’œil, et non pas de l’antérieure; il y a sui- cette dernière plusieurs observations rapportées par feu M. de St. Yves, dans son nouveau Traité des maladies des yeux, pp. 3 04, 30.3, 306 et 307, mais cet auteur célèbre ne fait aucune mention des cataractes tirées de la chambre postérieure de l’œil.
Cette opération est d’autant plus digne de remarque, qu’outre que. je la crois sans exemple, c’est qu’elle m’a offert de très grandes difficultés, puisqu’il m’a fallu ouvrir une cornée très relâchée et presque toute affaissée par l’effusion de l’humeur aqueuse, qui était sortie à moitié par la première ponction que j’avais déjà faite pour abattre la cataracte.
L’opération dont je viens de parler, a eu un si grand succès que le malade n’a pas ressenti la moindre douleur; il voit à lœe aujourd’hui fort distinctement, au moyen d’une lunette à cataracte ; l’œil a repris sa figure naturelle ; la playe de la cornée est parfaitement cicatrisée, et il n’y reste d’autre difformité que la prunelle un peu oblongue, ce qui est neanmoins imperceptible, si ce n’est aux yeux des personnes de l’Art.
Suit la réfection d’une section traumatique de la paupière par la suture entortillée, les noms de 20 malades que Daviel a opérés avec succès de la cataracte, un certificat du chirurgien Moraxd relatif aux opérations de Daviel et le témoignage du marquis de Forbes au sujet de la guérison de 6 ulcères palpébraux, reliquats de la variole qui l’avait atteint.
La Publication principale de Daviel sur l’extraction de la cataracte.
Nous arrivons à l’évènement principal de la vie et des travaux de Daviel, la publication de sa découverte.
«D. bas given a memoir to the Academy of Science, of 115 operations, 100 of which hâve succeeded.» Ainsi s’exprime Tho. Hope dans la lettre écrite de Paris à Londres pour y être lue, le 16 novembre 1752, à la Royal Society et publiée dans les Phil. Transact. for 1751/2.
SuLZER (Ann. d’ocul, nov. et déc. 1895) croit que cette Académie n’a pas pris la communication de Daviel en considération, du moins ne trouve-t-on pas un mot sur ce sujet dans ses Mémoires de 1749-1752. Par contre un extrait du mémoire de son adversaire Pallucci s’y trouve reproduit en 1751 : il traite de l’abaissement de la cataracte.
SoüRDiLLE (Arch. d’opht., XVII, p. 656, 1 897) exprime d’autre part l’opinion
I ) Nous, soussignés, certifions que le sieur Daviel, Chirurgien du roi sur les Galères et Professeur Royal en Chirurgie à Marseille, nous a paru opérer avec beaucoup d’adresse et de fermeté dans la main et suivant la meilleure méthode. Morand, Chirurgien Major et Inspecteur des Hôpitaux militaires.
HiBacHBEBG, La Benaissance do l'Ophtalmologie. 7
que Dayihl n’a fait aucune communication îi l’Académie des Sciences, mais seulement A l’Académie de Chirurgie où il était d’usage de faire deux lectures du même travail.
Je voudrais laisser la question ouverte. On ne doit pas rejeter simplement l’assertion explicite de IIope. On ne peut rien conclure de certain du chiffre des extractions: 115 extractions jusqu’en avril 1752 ne seraient pas un nombre impossible, puisqu’il est établi qu’il y en eut 206 en novembre.
En tous cas deux lectures étaient de rigueur à l’Académie de Chirurgie ^); les observations ne pouvaient être ajoutées qu’après la deuxième. Si l’on jugeait alors que le mémoire comportait un examen spécial, un comité était constitué qui avait à fournir un compte rendu à une époque déterminée.
La première lecture du mémoire de D.wiel eut lieu le 1.3 avril 1751 -); la deuxième, le 1 5 novembre, de la même année. Il a été imprimé dans le tome II des Mémoires de l’Académie Royale de Chirurgie, Paris 1752 3),
Plus d’un confrère voudra lire en une heure solennelle le mémoire de Daviel sur l’extraction de la cataracte, comme il a lu les plus vieux documents de la collection hippocratique, ou le chef-d’œuvre de Harvey sur la circulation du sang, ou bien encore le travail de Albrecht de Graefe sur le glaucome. Cette raison l’a fait placer ici ^).
Sur une nouvelle méthode
de guérir la cataracte par l’extraction du cristallin.
Par M. Daviel.
On ne sera pas étonné de ce que les maladies des yeux et principalement la cataracte, ont été si peu étudiées et traitées avec si peu de succès, si on fait réflexion que, par une sorte de fatalité attachée à la chirurgie des yeux, elle a été, pour ainsi dii-e, abandonnée aux empiriques.
Des hommes habiles du siècle passé nous ont tiré de l’erreur dans laquelle étaient les anciens, sur la nature de la cataracte ; ceux-ci la croyoient formée par une membrane, et cette membrane faite par l’épaississement de l’humeur
1) Aux termes même de ses statuts (XXX) ainsi qu’il appert du t. II, p. XVI de son histoire.
2) Mercure de France, Août tTS'J, p. 45: Séance publique de l’Acad. R. de Chir., tenue le jeudi 13 avril 1752: «Mr. Daviel termina la séance par la lecture d’un mémoire sur l’opération de la cataracte, faite par une nouvelle méthode. >
3) In 4°, p. 337-:i52.
Il existe une seconde édition des Mémoires (4°), Paris 1769 et une troisième petit 12°. La dernière contient le mémoire de Daviel dans le t. V, p. 369-396, 1733.
Enfin, en 1819, parut une nouvelle édition (8°) en 5 volumes. Nul de nos historiens ne parait connaître ces quatre éditions. On trouve parfois quelques erreurs et obscurités à cet égard. C’est l’exemplaire de la biblioth. de l’Acad. R. de Méd. de Relgique (p. 234-245) qui a servi au traducteur pour la réimpression ci-dessus du travail de Daviel.
4) Les notes de Daviel sont placées entre guillemets.
^ aqueuse ; mais présentement on sait que la cataracte consiste dans l’opacité du cristallin; et comme c’est une vérité que personne n’ignore ni ne conteste
aujourd’hui, je ne m’arrêterai point à en donner de nouvelles preuves. La découverte en est principalement due au célèbre M. Lasnier, membre du collège des ■ chirurgiens de Paris, qui longtemps avant M. M. Maître-Jean et Brisseau, en
* avoit eu connaissance; mais elle a été essentiellement confirmée par euxi).
• Quelques savans ont écrit sur cette maladie ; mais très peu ont pratiqué les opérations qu’elle exige, et il n’y a qu’un fort petit nombre de grands
•: chirurgiens qui s’y soient appliqués.
J Si je voulois parler le langage ordinaire des oculistes, je distinguerois
• plusieurs espèces de cataractes; mais comme ces divisions multipliées paroissent ^ inutiles, je n’en admettrai que deux; une vi-aie ou de bonne espèce, une fausse I ou de mauvaise espèce.
i La vraie cataracte est une opacité du crystallin en tout ou en partie, qui
n’est accompagnée d’aucune autre maladie de l’œil.
Ce n’est point la couleur du crystallin qui détermine la bonne espèce; il
? faut pour qu’elle soit telle, que l’œil soit sain d’ailleurs, que la prunelle se
dilate de la moitié, ou du tiers, ou du quart, et que le malade distingue la lumière des ténèbres.
La fausse cataracte ou de mauvaise espèce est l’opacité du crystallin, jointe à l’immobilité de la prunelle ou trop dilatée ou trop rétrécie ; le malade ne ^ peut distinguer l’ombre d’aucun objet, et ces symptômes annoncent assez souvent la goutte sereine. 11 peut y avoir encore de grandes douleurs de tête, une ophtalmie opiniâtre, etc.
Les Anciens qui avoient toujours regardé la cataracte comme une mem- ' brane, inventèrent des moyens de l’abattre, conformes à leur opinion. Les uns employèrent des aiguilles rondes autour desquelles ils s’imaginoient rouler cette prétendue membrane comme un ruban ; les autres en inventèrent d’extrêmement pointues pour faire moins de division à la sclérotique; quelques-uns en em- ; ployèrent de tranchantes pour couper les filets qui, selon eux, attachoient la
cataracte aux procès ciliaires ; enfin Freijtagius est l’auteur d’une espèce de ; pincettes à ressort terminées en aiguilles, avec lesquelles il se propqsoit d’ex-
, traire la catai’acte membraneuse hors de l’œil 2).
’ En 1 7 45, étant à Marseille, et croyant que les aiguilles pointues et tran-
* chantes occasionnoient les accidens qui arrivent assez souvent â la suite des opérations ordinaires, j’imaginai une aiguille plate et mousse par le bout en
> forme de petite spatule, avec laquelle je croyois devoir mieux réussir à abattre
' la cataracte avec la ponction faite avec l’aiguille ordinaire ; mais l’expérience
m’a persuadé du contraire, et l’opération que je vais détailler, n’a pas peu contribué à me faire naître des réflexions auxquelles je dois la méthode que j’emploie aujourd’hui.
f Un hermite d’ Aiguilles en Provence ayant été opéré sans succès d’une cata-
i racte à l’œil droit, vint me trouver à Marseille pour me prier de l’opérer du
' gauche. Je ne fus pas plus heureux que celui qui l’avoit opéré d’abord. M’étant
1) «Voyezles Recherches sur l’origine et les progrès de la Chirurgie, p. 204.»
2) «Voyez la figure des différentes aiguilles pour l’opération de la cataracte dans l’ouvrage de M. Heister, Inst. Chir., t. I, p. 580, 1 750.» Au surplus la pince à aiguillés qui y est figurée n’est pas de Freytag; elle appartient à un oculiste ambulant et Albinus l’avait déjà fait connaître.
servi de l’aiguille ordinaire tranchante sur les côtés, non seulement je ne pus abattre la cataracte, mais il arriva encore que plusieurs portions du crystallin brisé passèrent dans la chambre antérieure que je vis se remplir de sang pendant l’opération, de façon que mon aiguille ne paraissant plus, je fus obligé de la retirer sans pouvoir achever l’opération. Cet accident me détermina, à l’exemple de M. Petit ^), à ouvrir la cornée transparente pour évacuer le sang et les fragmens de la cataracte qui avaient passé dans la chambre antérieui-e, ce que je fis en portant une aiguille demi-courbe dans cette chambre; j’agrandis la première ouverture de la cornée avec de petits ciseaux courbes, et par ce moyen tout ce qui étoit dans la chambre antérieure s’évacua; la prunelle parut nette, et le malade distingua aussitôt les objets qui lui furent présentés 2), mais comme son oeil avait été trop fatigué par la première opération que je venois de faire, la deuxième devint infructueuse et fut suivie en deux jours de la suppuration de cet organe. Ces accidens avoient sans doute pour cause le tiraillement des membranes intérieures et la division de rhnineur vitrée.
Le cas que le hasard venoit de me présenter, me fit prendre la résolution de ne plus opérer qu’en ouvrant la cornée, comme j’avois fait à l’hermite, et d’aller chercher le crystallin dans son chaton, pour le faire passer par la prunelle dans la chambre antérieure, et le tirer ensuite de l’œil. Je fis pour la première fois 3) cette opération sur une femme; j’ouvris la cornée comme je l’ai expliqué, ensuite en portant la petite spatule, dont j’ai déjà parlé, sur la partie supérieure de la cataracte, je la détachai et la tirai en morceaux hors de l’œil avec cet instrument. La prunelle parut nette; la malade n’eut pas le moindre accident, et fut guérie quinze jours après.
Ce succès m’ayant encouragé à pratiquer cette méthode, elle me réussit encore sur quatre malades ; mais, elle manquoit apparemment en plusieurs points nécessaires à sa perfection, puisqu’ayant été mise en usage sur plusieurs autres malades, elle n’eut pas des suites aussi heureuses.
Je sentis alors la nécessité de tenter une nouvelle façon d’opérer, au moins pour établir la comparaison de ces différentes méthodes, et tâcher, s’il étoit possible, d’en trouver une exempte des accidens trop ordinaires.
Je résolus de pratiquer l’opération de la cataracte avec deux instrumens, dont le premier fait d’acier, et figuré comme un petit bistouri droit, me servoit à ouvrir la sclérotique à l’endi’oit ordinaire ; au moj'en de cette ouverture, je portai ensuite la petite spatule vers le haut du crystallin, entre ce corps et la partie postérieure de firis, et j’abattois ainsi la cataracte avec beaucoup de facilité et de promptitude.
Une grande quantité d’opérations faites suivant cette méthode, dont plusieurs ont eu pour témoins les maîtres de l’art les plus distingués, ayant été
1) «M. Petit a pratiqué en 1708 la section delà cornée pour extraire le cristallin qui était passé dans la chambre antérieure. Voyez les Mémoires de l’Académie royale des Sciences, année 1708. >
2) Cette description de l’opération faite à l’ermite ne correspond pas à celle de Daviel donnée dans sa lettre de 1748. C’est en vain que l’on essaie, comme Hubbel, de juxtaposer les deux récits.
Daviel pourrait avoir, par un léger défaut de mémoire, reporté sur l’ermite une opération faite ultérieurement.
3) Ce n’est point une contradiction en ce qui concerne la lettre de 1748. 11 avait d’abord essayé chez le sieur Gabion un abaissement et celui-ci n’ayant pas réussi, il s’était décidé à l’extraction.
suivie d’un bon succès, je crus devoir en conclure que celte méÜiode éloit prôlërable aux autres, et je fus en état de comparer, tant pour les instruraens que pour le manuel, toutes celles ([ui avoieut été imaginées jusqu’alors. J’ai mis en usage toutes les différentes espèces d’aiguilles; j’ai aussi pratiqué l’opération de différentes manières, tantôt en portant l’aiguille derrière le crjslallin, pour rompre la lame postérieure du chaton, et placer ce corps dans l’humeur vitrée ; tantôt j’ai essayé d’ouvrir la capsule crystalline dans sa partie inférieure pour précipiter par cette ouverture^) la cataracte dans l’humeur vitrée.
D’autres fois j’ai tenté de porter la petite spatule sur la partie antérieiu’e de la cataracte que j’abaissois facilement; mais j’ai observé que l’opération, suivant ce dernier procédé, ne réussit exactement que lorsfiue la membrane du crystallin est mince et fort üne ; pour lors le crystallin précipité sous l’humeur vitrée ne remonte pas aisément, et il n’en résulte que les accidens communs à toutes les espèces d’opérations. Il n’en est pas de même quand on rencontre une membrane ferme, une cataracte molle, et l’humeur vitrée en même temps un peu trop épaisse : alors l’irritation des membranes, causée par l’aiguille, et la division faite nécessairement à l’humeur vitrée, occasionne souvent des accidens considérables, quelquefois même des suppurations dans l’œil et l’atrophie de cet organe.
Quoique j’eusse tenté, pour ainsi dire, toutes les façons d’opérer la cataracte, cependant peu content du succès, je projetai de faire de nouvelles expériences pour examiner avec précision quel dérangement des parties intérieures de l’œil doit résulter d’une opération faite avec une aiguille quelconque.
Le résultat des observations a été fort différent; à la vérité, après quelques expériences heureuses, la prunelle étant nette, le crystallin a été trouvé au bas de l’humeur vitrée sans aucun dérangement des parties antérieures; mais d’autres fois les fragmens du crystallin brisé par l’aiguille passoient par la prunelle dans la chambre antérieure, et dans ce cas, plus je remuois l’aiguille dans l’œil, moins il devenoit clair.
Souvent j’ai trouvé une difficulté extrême à faire sortir le crystallin de son chaton, et enfin il m’est arrivé de le rencontrer placé entre la rétine et la choroïde, et ces deux membranes déchirées en plusieurs endroits.
.le ne doutai plus dès lors que le dérangement des différentes parties, que j’avois aperçu sur les yeux des cadavres, dérangement susceptible de beaucoup de variétés, ne fût la cause des désordres dont les vivans ne ressentent que trop les malheureux effets ; et j’ai cru devoir penser qu’ils dépendoient non seulement de l’introduction d’une aiguille dans l’œil de quelque espèce qu’elle pût être, mais encore de la résistance des membranes, et surtout du crystallin selon l’endroit où il peut arriver qu’il soit placé après sa dépression.
En effet, pour peu que l’on réfléchisse sur la forme des différentes aiguilles, on conçoit aisément que celles qui sont pointues et fines ne font que piquer, et que n’ayant point assez de surface, elles ne peuvent souvent appuyer assez sur la cataracte pour la déposer dans le bas de l’humeur vitrée, ou au moins qu’elles doivent occasionner les accidens attachés à la piqûre des parties délicates.
En général les aiguilles qui sont tranchantes coupent les vaisseaux et causent souvent des épanchemens de sang dans l’œil qui empêchent d’achever l’opération ; et celles qui sont plates, mousses et arrondies, tendent à contondre
Q C’est l’opération appelée par Ferrein boutonnière. Le procédé émane du Dr. Petit et de Ferrein. Le chevalier Taylor en a fait son procédé principal.
et déchirer les membranes internes de l'œil, et par conséquent produire des accidens fâcheux.
Indépendamment de ceux qui peuvent être attribués aux aiguilles, il est tout simple qu’il arrive que le crystallin nuise par sa présence aux différentes parties de l’œil, ce qui dépend, ainsi que je viens de le dire, des diverses situations qu’il peut recevoir après sa dépression; j’omets encore les accidens que l’opérateur le plus exact ne peut éviter, queUiues soins qu’il prenne.
Malgré ces dilï'érens inconvéniens, je crus devoir continuer, pai* préférence, ma dernière méthode qui consistoit à employer un instrument tranchant, et ensuite une aiguille aplatie pour abaisser la cataracte en attendant que l’idée que j’avois conçue de l’opération faite à l’hei'mite, eût acquis dans ruon esprit un certain degré de maturité; mais l'événement dont je vais rendi-e compte, acheva de me persuader.
Le 8 avril 1747, je fus appelé chez un particulier, dont les cataractes paroissoient fort bonnes, et les yeux favorables pour l’opération. Je commençai à opérer l’œil gauche, dont la cataracte m’avoit paru la plus solide; cependant il ne me fut pas possible de pouvoir l'abattre ; la prunelle parut louche après l’opération et le malade ne vit absolument rien ! Je passai ensuite à l’a*il droit, auquel j’eus autant de peine. N’ayant pu en aucune manière abaisser la cataracte de cet œil, je pris le parti d’ouvrir la cornée comme j’avois fait à l’hermite; je dilatai l’ouverture, je l’élevai ensuite avec une petite pincette, et je portai à travers la prunelle ma petite spatule, avec laquelle je tirai de la chambre postérieure de l’œil, tout le crystallin qui s’étoit partagé et brisé en plusieurs pièces par la première opération que j’avois déjà faite; cette extraction fut suivie de la sortie d’une portion de l’humeur vitrée qui avoit été divisée par l’opération précédente; mais malgré cet inconvénient, le malade distingua bien les objets après l’opération qui n’eut aucune mauvaise suite, et il fut guéri quelque temps après.
Depuis ce temps-là, et pendant trois années de suite, je pratiquai quelquefois cette opération sur des sujets vivans pour m’y accoutumer peu-à-peu, mais ce n’est déterminément que dans le cours du voyage que j’ai fait à Manheim pour y traiter S. A. S. Madame la princesse Palatine de Deux-Ponts, d’une ancienne maladie qu’elle avait à l’œil gauche, que je pris la résolution de ne plus désormais opérer la cataracte que par l’extraction du crystallin.
J’eus occasion de passer à Liège, et de m’y arrêter pendant quelque temps;
1) C’est là un procédé arabe. Le grand ‘Ammâr le pratiquait régulièrement.
L’Europe du Moyen-âge et les temps modernes à leur début en eurent connaissance par Jesu Hali, de oculis, II, c. 68 et la Cyrurgia Albucasis, II, c. 23; mais chez les principaux auteurs de ces temps-là, tels que Guy de Chaüliac et Ambroise Paré, il n’en est pas question.
Ainsi Smalzius, un oculiste hollandais du 1 7e siècle, dont on ne trouve rien dans les sources habituelles — A. Haller, K. Sprengel, Baas, le Biogr. Lexikon — peut avoir inventé ceci à nouveau. Solingen (Chirurgie 1684) et Nück (Op. et exper. chir. Leid. 1 692) ont figuré les deux aiguilles, la pointue et la mousse. La paire d’aiguilles que figure Albinos (de Cataracta, Francf. s. O. 1695) est semblable. Heister a répété les images de ces dernières dans sa Chirurgie (1718 à 1750, PI. X'VII). Daviel cite lui-même cette figure. Il ne saurait donc être question d’une invention nouvelle. Il s’agit de la reviviscence d’un vieux procédé. (Champseru, d’après Morand, a déjà servi cet argument.)
2) Automne de 1750.
Hirschbcrg, La Renaissance de l’Oplilalmologie. 'Planche XIX de Daviel)
Planche IV
Voir page 103.
Librairie Wilhelm Engelmann à Leipzig.
Jlirschberg, La Renaissance de l’Ophtalnaologie. (Planche XX de Daviel)
Librairie Wilhelm Engelniann îi Leipzig.
j’y fis six opérations par celte méthode avec le plus grand succès, et une que je fis à Cologne sur un religieux, eut un succès d’autant plus frappant, que la cataracte se trouva molle comme de la gelée; cependant ce religieux fut en état de dire la messe quinze jours api-ès l’opéi*alion.
M. DE Ver-male, associé de l’Académie et premier chirurgien de l’électeur Palatin, a rendu compte des opérations qu’il m’a vu faire à Manheim, dans une letli-e imprimée et adressée à M. Chicoyxeau, premier médecin du Roi. Depuis ce temps j’ai continué de la pratiquer en différents endroits, et je compte jusqu’aujourd’hui 16 novembre 1752, deux cent six opérations, dont cent quatrevingt-deux ont réussi 1). C’est, je pense, tirer un fort bon parti d’une opération qui ne fait, pour ainsi dire, que de naître; en voici le détail.
Lorqu’on a reconnu qu’un œil est attaqué de la cataracte, il importe peu pour cette méthode de quelle nature elle soit, ancienne, molle, dure, de différentes couleurs, l’opération réussira également, pourvu que l’œil soit sain d’ailleurs ; parceque le but principal de mon opération est l’extraction du crystallin cataracté hors de son chaton, ce que l’on obtient aisément par les précautions que je vais exposer.
Je prépare le malade suivant la manière ordinaire et connue ; le jour déterminé pour l’opération, je dispose l’appareil qui consiste en bandeaux, compresses, petits morceaux de linge, emplâtre de diapalme de figure ovale, petites éponges, morceaux de coton en rames, de l’eau chaude et du vin.
Les instrumens que j’emploie sont, (Planche V) ; Une aiguille pointue, tranchante et demi-courbée, ayant la forme d’une lancette destinée pour faire la pi’emière ouverture (Fig. Ij. Une aiguille mousse; tranchante, et aussi demicom'bée, pour agrandir la même ouverture (Fig. 2). Deux paires de ciseaux, courbes convexes (Fig. 3). Une petite spatule d’or, d’argent ou d’acier, légèrement courbée, pour relever la cornée (Fig. 4 A). Une autre petite aiguille pointue et tranchante des deux côtés, pour ouvrir la membrane qui recouvre entièrement le crystallin (B). Une petite curette d’or, d’ai’gent ou d’acier, pour faciliter quelquefois l'issue du crystallin, ou tirer les fragmens de ce corps, lorsqu’il en est resté dans le trou de la prunelle. Une petite pincette pour emporter les portions de membrane qui pourraient se présenter.
Tous ces instrumens seront rangés par ordre sur une assiette, et remis entre les mains d’un élève qui aura soin de les donner au chirurgien selon qu’il en aura besoin.
Tout étant ainsi disposé, le malade sera placé dans une chambre médiocrement éclairée, afin que le trop grand jour ne fasse pas rétrécir la prunelle, et ne pénètre pas dans l’œil avec trop de force après l’opération, ce qui pourrait l’offusquer.
Le malade sera assis sur une chaise un peu basse ou sur un tabouret; celui qui opère s’assiéra devant le malade sur une chaise plus élevée que lui, et vis-à-vis, afin qu’en opérant il appuie ses coudes sur ses genoux. 11 couvrira l’autre œil avec un bandeau, ensuite de quoi un élève placé derrière le malade posera une main sur le front en alongeant deux doigts sur la paupière supérieure et l’autre main sous le menton.
Le chirurgien baisse la paupière inférieure (Planche 'VI, A) et prenant la première aiguille, il la plonge dans la chambre antérieure près de la sclérotique, évitant cependant de blesser l’iris, et la porte jusqu’au-dessus de la pru-
t) Ainsi 83 1/3?^ de succès.
nelle (B) ; il la relire ensuite doucement pour prendre l’aiguille mousse, avec la(iuelle il agrandira l’incision commencée, en portant cette aiguille à droite et à gauche pour ouvrir la cornée en forme de croissant suivant sa rondeur (CG). Mais comme la cornée se trouve alors un peu lâche, le cliirurgien prend des ciseaux courbes convexes (D), dont il introduira la branche mousse entre cette membrane et l’iris et achèvera la section tant d’un côté que de l’autre (EEj, afin de la porter de chaque côté un peu au-dessus de la prunelle.
On observera que la courbm'e des ciseaux doit regarder le globe, et que par rapport à lem* com’bure sui* le plat, il en faut deux paires pour s’accommoder à la rondeur de la cornée d’un côté et de l’autre.
Le chirurgien prend ensuite la petite spatule (F), avec laquelle il relève
doucement la partie de la cornée qui a été coupée (G) et incise avec la petite
aiguille pointue et tranchante (H) la membrane du cristallin. Quelquefois il faut couper cette membrane circulairement, et l’emporter en entier si elle étoit épaisse et ridée, de peur qu’elle ne bouche la prunelle; et alors cette membrane étant bien coupée, on peut l’emporter avec les petites pincettes.
Après avoir coupé la membrane qui enveloppe le crystallin, on aura soin de porter la petite spatule entre ce corps et l’iris pom* détacher absolument la cataracte, et faciliter son issue. On laisse ensuite retomber la calotte de la cornée pour achever l’opération.
C’est alors que le chirurgien a besoin de toute sa prudence, puisqu’il s’agit de tirer le voile qui cachait la lumière. Il faut pour cela presser doucement le globe de l’œil sans le fatiguer, (voyez les doigts appliqués pour cela V, II);
par là on évite la rupture de la membrane postérieure du crjstallin qui sert
de digue et qui empêche la sortie de l’humeur vitrée, on voit avec plaisir la prunelle s’élargir peu-à-peu ; et le crjstallin ayant une fois présenté son biseau, glisse doucement dans la chambre antérieure, et de là sur la joue. Alors la prunelle paroit claire ; le nuage qui couvroit l’œil est dissipé, et le malade auparavant plongé dans les ténèbres, revoit le jour avec autant d’étonnement que de satisfaction; on rétablit la prunelle qui se dérange quelquefois par la sortie du crystallin, surtout lorsqu’il est dur et solide, et d’un gros volume. L’opération faite, on fait retourner le malade, pour empêcher l’impression d’un trop grand jour.
S’il arrivait que la catai'acte fût molle et glaireuse, et qu’elle se rompit, on pourroit ôter ce qui seroit resté, en employant la petite cui'elte que le chirurgien portera autour de la prunelle autant de fois qu’il sera nécessaire; après quoi on remettra exactement la calotte de cornée, on essuira doucement l’œil avec une petite éponge fine et souple, trempée dans de l’eau tiède, mêlée de quelques gouttes d’esprit-de-vin, ou d’eau ophthalmique. On applique les emplâtres, pai’-dessus un peu de coton en pelotte, et on contient le tout avec un bandeau sans trop le serrer. On couvre la tête d’une serviette, on fait coucher le malade dans une chambre obscure, et, s’il est possible, sur le dos, et dans un lit fermé de rideaux.
L’œil sera fomenté avec une décoction émolliente et résolutive, deux ou trois fois le jour, et autant qu’on le croira nécessaii-e ; on n’oubliera point les saignées, une diète exacte, et le malade sera conduit au surplus selon les règles ordinaires ^).
•i) D’après l’observation de Caqué le malade devait rester couché 8 jours sur le dos ; il recevait une heure après avoir été mis au lit un bouillon et était saigné trois fois ce jour-là. (Delacroix, loc. cit., p. 157.)
Quelque préférence que je croie devoir donner à celle manière d’opérer, je ne puis disconvenir qu’elle a ses accidens parliculiers ; mais il sonl de naluré à êlre secourus aisément; il y en a même que l’on peut prévenir; par exemple il peut arriver pendant l’opération un écoulement hors de l’œil d’une portion de l’humeur vitrée ; mais on est presque sûr de l’éviter en ne pressant le globe que légèrement, lorsqu’on veut faire sortir le crystallin. 11 se rencontre des cas où il paroit nécessaire d’employer une pression plus forte ; et si la membrane du crystallin est adhérente à l’iris, alors on détruira cette adhérence avec la petite spatule, et la prunelle prête peu-à-peu à la sortie du crystallin.
S’il {u-rive par une blessure faite à l’iris, que du sang s’épanche dans la chambre antérieure, il s’écoule aisément par l’incision, et cela n’empêche en aucune manière l’opération. Cet accident m’est arrivé, il n’y a pas long temps, en faisant l’opération en présence de M. M. le Drax, Moraxd, la Paye et plusieurs autres ; l’œil n’en a pas été plus mal, et le malade en voit aussi parfaitement que de l’autre qui fut opéré aussi tôt.
Que toute l’humeur aqueuse sorte sur le champ, c’est un inconvénient nécessaire et qui est sans conséquence ; mais si on retire trop vite l’aiguille destinée à ouvrir la cornée, l’iris peut suivre l’humeur acqueuse, et cette membrane se trouve pincée entre les deux lèvres de la petite plaie. 11 est fort facile de la dégager, en élevant doucement la cornée avec la petite spatule, quelquefois même les mouvemens naturels de l’œil la font rentrer.
Dans la suite de la cure l’iris peut encore sortir par l’ouverture et former un staphilome; mais il est aisé d’y remédier en faisant rentrer l’iris, et on est même presque , sûr de l’éviter en observant de panser l’œil sans le serrer avec le bandeau, parce que cet accident n’est ordinairement la suite que d’une trop forte pression.
Je pense que l’on conviendra sans peine que les accidens dont je viens de parler, sont bien peu de chose en comparaison de ceux qui peuvent arriver après l’opération ordinaire; mais ce ne sont pas là les seuls avantages de cette méthode ; un parallèle avec les autres en établit de plus considérables.
1 ° En opérant par l’ancienne méthode, il faut attendre que la cataracte soit solide, et souvent elle ne le devient pas ; ici on peut exti’aire la cataracte dès son principe, et sans en attendre la maturité.
2° En abattant la cataracte, quoique solide, elle peut remonter après l’opération la mieux faite, même long-temps après, et on ne peut nier que cet accident n’arrive quelquefois ; ici au contraire on est sûr qu’une cataracte sortie de l’œil ne remontera pas.
3® Par la méthode ordinaire la cataracte passe quelquefois en tout ou en partie, par le trou de la prunelle dans la chambre antérieure ; cela est arrivé quelquefois dans le temps de l’opération, et l’on sait que cela est arrivé même plusieurs années après. La cornée n’étant point ouverte le crystallin devient un corps étranger dans la chambre antérieure, dont le séjour peut être fort incommode, et même entraîner la perte de l’œil, ou tout au moins exiger une autre opération. Suivant ma méthode, je tire tout-à-fait hors de l’œil la cataracte que j’ai fait passer exprès par le trou de la prunelle.
4® En opérant à l’ordinaire une cataracte molle, l’opération devient souvent imparfaite par les fragmens de la membrane déchirée, et encore chargée de quelques portions baveuses du crystallin qui peuvent boucher la prunelle, et opposer aux rayons de lumière le même obstacle que la cataracte entière ; par
ma méthode j’ai tiré des cataractes molles; j’en ai ôté qui ressembloient à des hjdatides, et j’en ai détaché qui étoient adhérentes.
5° Pour abattre la cataracte par l’ancienne méthode, il est nécessaire de ti'averser l’humeur vitrée, et d’en entamer les cellules qui sont déchirées quelquefois par les mouvcmens plus ou moins répétés de l’aiguille, ce qui ne peut pas se faire sans de gi-andes conséquences, et ce qu’on ne pourrait éviter même en employant une aiguille sans pointe ni tranchant. Il est aisé de voir que cet accident ne peut avoir lieu dans ma méthode.
Je crois en avoir assez dit pour prouver l’excellence de cette méthode, et la préférence qu’elle mérite sur les autres ; elle a eu les suffrages des maîtres de l’art devant lesquels j’ai opéré, et plusieurs l’ont déjà adoptée. 11 ne me reste qu’à prouver que je suis l’inventeur de cette opération dont on semble (je ne sais par quel motif) vouloir me disputer la découverte.
Les Anciens avoient tous avancé que la cataracte étoit une membrane formée dans la chambre antérieure de l’humeur aqueuse ; ce n’est que depuis 1 656, ainsi que je l’ai remarqué au commencement de ce Mémoire, que l’on a reconnu que la cataracte consistoit dans l’opacité du crystallin ; il est donc inutile de chercher dans ces auteurs la méthode d’extraire le crystallin cataracté.
On m’objectera peut-être que les anciens admettant la cataracte membraneuse, avoient imaginé l’extraction de la membrane, et que cela est prouvé par les ouvrages de plusieurs auteurs Arabes, tels qu’ Avicenne et Rhasis.
11 n’est pas difficile de répondre à cette difficulté.
1° Quand on supposeroit cette opération avoir été pratiquée, ce ne seroit que la cataracte membraneuse qui en auroit été l’objet, et cela ne diminuiroit en rien le mérite de l’extraction du crystallin qui présente des idées bien différentes.
2° En admettant le passage d’AviCEN^NE, que M. Thvrant, bachelier en médecine de la faculté de Paris, cite dans sa thèse sur l’extraction du crystallin, soutenue en 1752, on ne peut rien opposer qui m’ôte le mérite de l’invention. Voici le texte d’AviCENNE : Et homines vias habent diversas in exercendo curam aquæ, quæ fit cum instrumente, ita ut quidam sint qui disrumpant inferiorem partem corneæ, et extrahant aquam par eam; et hoc est in quo est timor, quoniam cum aquâ quando est grossa, egreditur humor albugineus. M. ïhurant remarque ensuite que: Aqua apud Avicennam idem est ac suffusio, hypochyma. Grossam dicit cataractam duriorem. Or, en examinant ce texte, on ne trouve point la description de la cataracte telle que nous la connoissons ; et quand même j’accorderois qu’AviCENNE a entendu parler du crystallin cataracté et de son extraction, nous a-t-il laissé expressément la façon de faire cette opération? n’aurois-je pas la gloire de l’avoh’ renouvellée, et d’avoir publié les moyens de la pratiquer?
Il ne faut donc plus avoir égard qu’au témoignage des auteurs qui ont parlé de l’extraction de la cataracte; je n’en connois que deux, MM. Freytag et Heister.
Le premier n’avoit en vue que la cataracte membraneuse, et il a été suffisamment réfuté par M. Heister, qui met en doute son opération. Le second (M. Heister) dit dans sa Chh-urgie, partie 2®, section 2®, chapitre 55, page 578, qu’on lui a rapporté que M. Taylor, oculiste anglais, s’étoit vanté, gloriatum esse, de pouvoir tirer les cataractes adhérentes derrière l’uvée par une plaie faite à la cornée ; mais M. Heister n’ajoutant rien de plus, ne fait part au
public que d’un ouï-dire et d’une possibilité. Il est vrai que M. Thurant ajoute à ce texte de jM. Hkisïeu, que réellement M. Taylor a fait plusieurs fois cette opération en l’année 1737; mais je crains que ce ne soit une allégation gratuite, et je crois pouvoir en donner la preuve.
M. Taylor étant à Vienne en Autriche en 1750, a opéré en présence du célèbre M. Vax-Swieten, membre de cette Académie, et l’on ne soupçonnera pas M. Taylor de négligence à laisser ignorer les opérations singulières qu’il a faites, M. Vax-Swietex en auroit été sûrement informé ; néanmoins dans une lettre du mois d’avril 17 51, en réponse à celle que M. de Vermale lui avoit écrite en
lui envoyant un exemplaire de sa dissertation, non-seulement il n’y fait aucune
mention de M. Taylor, mais encore, après être convenu qu’en suivant ma méthode on évite bien des inconvéniens, il ajoute ce qui suit: «L’unique diffi- «culté est de pouvoir faire sortir le crystallin, sur-tout lorsqu’il est d’un volume «considérable, et en même temps assez ferme; car il me semble que pour lors «on doit faire quelque violence à l’iris; il est même des gens qui ont cette «ouverture assez étroite et peu dilatable; cependant la multiplicité des heureux «succès d’une opération fait toujours évanouir toutes les difficultés qu’on y «peut opposer, et une main hahile vient à bout de bien des choses qui paraî- «ti’oient fort difficiles à d’autres.» Si M. Vax Swietex eût vu pratiquer cette opération à M. Taylor, et même à quelqu autre, il n’eût pas fait une réponse aussi précise.
Ce grand médecin n’est pas le seul qui m’ait fait honneur de cette méthode ; je dois y joindre le rapport favorable que M. Welken, médecin de S. A. S. l’Electeur Palatin lui en a fait, et le témoignage de M. Mauchart, professeur en
médecine à Tubingue, premier médecin de M. le duc de Wurtemberg, et sans
contredit le plus fameux oculiste de toute l’Allemagne.
J’attends du public même la justice que j’ai lieu d’en espérer ^), et j’ai cru de ne pouvoir mieux faire, pour me la concilier, que de déposer ma découverte dans les fastes de l’Académie.
Je finis en avertissant que ce Mémoire n’est, à proprement parler, que l’extrait de ce que j’espère publier sur cette matière dans un traité complet des maladies des yeux.»
Addition 1. «Depuis ce temps (Oct. 1 750), j’ai continué de la pratiquer en différens endroits, et je compte ju s qu’ auj ourdhui 16 nov. 1 752, deux cent six opérations.» Que l’on compare ces paroles de Daviel avec le texte de II. Magxus (Biogr. Lexikon, p. 1 34, 1 885): «so machte er z. B. in einem Monat 2 06 Star-Operationen. » (C’est ainsi par exemple qu’il fit en un seul mois 206 opérations de cataracte).
Le Dr. Pasquier qui fit à La Barre, le 14 septembre 1891, le discours principal à l’inauguration du monument élevé à Daviel, commet la même erreur. (Le Courrier de l’Eure, 15 septembre 1891): «On rapporte qu’en nov. 1 752 il pratiqua 206 opérations.»
La même faute se retrouve dans l’excellente édition des Oeuvres choisies de Diderot, Paris 1901 (Garnier Frères, I, p. 105, note: «dans le seul mois de novembre 1752 il fit deux cents vingt-six opérations de la cataracte.»
1) «Daviel, se défendant contre ceux qui voulaient lui contester sa découverte, demeure extrêmement modéré.» (Beer, Repert. III, 134.)
d’où provient cette singulière erreur?
Ni Magnus ni Pasquiiîu, ni l’éditeur de Diderot n’ont pris la peine de lire le mémoire de Dayiel. Ils ont puisé tous les trois dans Morand (Eloge de Mr. Daviel, Opusc. de chirurgie, par M. Morand, Paris 1768, I, p. 88): «En 1750 .. . il rendit la vue à quatre personnes en les opérant par sa nouvelle méthode. Au mois de novembre 1752 il en avait fait deux cens six.>
Tous les trois, l’auteur allemand et les deux français, ont mal saisi le passage de Morand, qui est exact par lui-même mais qui fût devenu plus clair par l’addition du mot déjà après fait; au lieu du plus-que-parfait il avait fait, ils ont écrit erronément le passé il pratiqua, il fit.
Addition 2. «Qu’en opérant il appuie ses coudes sur ses genoux.» La traduction allemande (Altenburger) de l’année 1755 dit: «seinen Ellenbogen auf dess en Knie,» ce qui veut dire les genoux du malade, chose tout à fait impossible en fait. Les confrères français qui, de nos jours, ont réimprimé le texte du mémoire, n’ont pas fait remarquer la trop grande brièveté de l’exposition ainsi que les difficultés inhérentes à un texte justiciable d’éclaircissement. La règle tracée par Daviel n’est exécutable que si le chirurgien assis plus haut appuie son pied droit sur la chaise du malade, disposée plus bas, ou sm- autre siège.
Au surplus Daviel a atteint d’autre façon le but que. ces mots représentaient pour lui, notamment un appui ferme pour le coude. Caque, qui vit opérer Daviel, dit explicitement que celui-ci place devant le malade une chaise ordinaire dont le dossier se trouve environ à hauteur du visage (du patient), afin d’y appuyer son bras, si besoin était. Thurant (1752) dit: «inde cubito super catbedrae dorsum firmato atque nitente.»
En 1 756, Daviel recommande lui-même de reposer le bras sur la poitrine, la main sur le visage du malade.
Wenzel (Traité de la cataracte, Paris 1 786) et Warner à Londres (1773) mettent le pied droit sur la chaise du patient et reposent leur coude sur leur propre genou.
Richter (Chir. Bibl. II, 3, 1 15, 1773) nomme cela une position forcée et incommode. Mais il l’a recommandée ultérieurement (1790) dans sa W^undarznei-Kunst (III, p. 205).
Beer a entamé cette question dans son Repert. (l'I, p. 51, p. 174, 1 799). Il loue ScHiFFERLi (Übec den grauen Star, 1797) d’avoir rejeté complètement l’attitude du coude de la main opérante sur le genou. «Une des règles principales pour l’opérateur est d’avoir la main aussi libre que possible et l’observance de cette règle est tout à fait nécessaire dans les opérations de cataracte. Le chirurgien esclave d’une attitude et esclave forcé en n’opérant pas aussi bien de la main gauche que de la main droite, fait mieux en s’abstenant d’opérer. »
ScARPA dans sa 4° édition (Edit, franç., II, p. 49, 1 82 1) a dei'echef recommandé l’appui du coude, même pour la réclinaison et a ajouté qu’il est parfois
utile de placer un coussin dur entre le genou et le coude. B. Bell (1787), s’exprime de même. Il avait d’ailleurs la main lourde dans les opérations oculaires.
Travers (1 824, p. 340) se place encore une fois aux côtés de Beer;
tout appui du coude donne au cours d’une extraction, plus de gêne que d’aide.
Aujourd’hui nous sommes habitués aux mouvements libres et non appuyés de la main.
La découverte de Daviel et le jugement de ses contemporains.
L’histoire de 150 années a prononcé son jugement sur la découverte de Daviel, et ce jugement a sa valeur, 11 est donc facile et naturel pour nous de déclarer que l’extraction de la cataracte appartient à l’une des trouvailles les plus bénies de notre art. Peu d’autres s’élèvent à cette hauteur. Après que Daviel eût assez rapidement diminué l’étendue de la section pour la ramener de Va à V2) 9 ri’y avait plus qu’à simplifier l’opération en créant des couteaux à cataracte appropriés pour imprimer à son procédé le cachet de la perfection. Beaucoup d’améliorations et d’idées de notre temps appartiennent à l’inventeur lui-même: on ne doit pas dédaigner de voir les choses de plus près.
Autour de la grandeur de la section de Daviel ont surgi des discussions sans fin.
a) Incontestablement Daviel a coupé d’abord plus de la moitié du pourtour de la cornée.
Il le dit lui-même^): «Le chirurgien . . . achèvera la section tant d’un côté que de l’autre (EE), afin de la porter de chaque côté un peu au dessus de la prunelle.» Sur les dessins originaux annexés la section comprend les Vs de la marge cornéenne.
b) Incontestablement encore il a vu bien vite que la moitié suffit et créé aussi lui-même la classique section en demi-arc.
Parmi les témoins oculaires qui ont vu opérer Daviel, Th. Hope déclare dans sa première lettre, de l’année 1752: «He bas made the opening round two thirds of the circumference of the cornea transparens;» et dans une deuxième, datée du 25 septembre 1752: «He seldom makes it above one half of the circumference of the cornea.»
Un autre témoin oculaire, l’auteur de la Dissertation de Thurant (du 1 4 Mars 1743) explique: «Ocularius dimidiam circuli cornae partem . . . resecat.» Mais il ajoute aussitôt à propos des objections adressées à l’extraction: «Sed molesta quoque magis aegro lentis extractio, quae fieri nequit sine pertusione corneae, immo duarum fere ejus circum ferentiae tertiarum resegmine.»
Un troisième témoin, de l’année 1752, Sigwart, de Tubingue, dit seulement: «inciso sic hemisphaerio corneae inferiori^].
Peut-être en qualité de témoin de l’année 1749, en tous cas comme admirateur et concurrent contemporain de Daviel, Sam. Sharp de Londres, membre de l’Académie de chirurgie, mérite crédit. Il affirme en 1754: «M. Daviel recommends an incision of nearly two thirds of the circumference of the cornea.»
Que Daviel ait persisté ultérieurement dans le lambeau demi-circulaire jusqu’à ce qu’il se tournât en fin de compte vers le lambeau triangulaire, cela ressort de la dissertation de son fils, datée de l’année 1757: «corneam ad utrumque latus ad dimidiam usque partem secat.»
En tous cas, les mots «Remarques sur le mémoire de M. Daviel» (Acad.
1) Mémoire de TAcad. de Chir. II, p. 345.
2) L’ode à Daviel de l’année 1733 parle également d’une section en demicercle.
de Chir. II, p. 3 54 et 582) «La section de la cornée doit être environ de deux, tiers», ne se rapportent pas à la technique de Daviel, mais à celle de son imitateur PoyetI).
C’est un point qu’il faut accorder à M. SouimiLUE^jj attendu qu’il va de soi: toutefois la force démonstrative des passages précédemment cités sur les sections plus grandes n’en est pas amoindrie.
L. DE Wecker s’est vivement défendu d’approuver celles-ci en 1893 3), tandis qu’en 18S5 il était tombé dans la faute opposée en s’exprimant comme suit: «Nous incisons le tiers supérieur de la cornée que Daviel, avec son énorme lambeau cornéen, respectait.»
Beaucoup de mémoires français ont été publiés sur Daviel dans ces derniers temps, mais les faits qu’ils rapportent ne sont pas tous irrécusables.
Les contemporains de Daviel savaient assez exactement, malgré leur conception boiteuse de l’histoire de la cataracte, que depuis les temps d’Auguste, le vieil empereur romain, jusqu’à leur époque, la même opération de la cataracte s’était faite avec peu de variantes, le plus souvent avec une seule aiguille et avec deux, trois mouvements brefs de la main. Ils savaient qu’à cette opération de toute importance s’attachaient nécessairement quantité d’incertitudes. Par contre l’innovation était énorme, audacieuse. Huit instruments différents se liguaient dans une opération compliquée et difficile'*) et semblaient menacer d’une destruction prochaine 5) le plus délicat des organes. L’étonnement fut sans bornes, l’agitation inouïe.
Mais dans ce 1 8® siècle philosophique le grand événement trouva une génération digne de lui.
1) Je ferai remarquer en passant que Janin, en U72, que Pellier, en 1784, sectionnaient les -jz de la cornée, le premier régulièrement, le second la plupart du temps.
2) La section de Daviel d’après des textes démonstratifs par M. Gilbert Sourdille, professeur suppléant à Nantes. Archives d’opht. XVII, p. 656-674, 1897.
3) Réminiscences historiques concernant l’extraction de la cataracte par L. DE Wecker, Paris 1893. Archives d’opht. Nos 4, 3 et 7 de 1893. Ces notes sont précieuses mais de l’aveu de M. de Wecker elles ne sont pas «dépourvues d’erreurs» et «plus utiles à l’auteur qu’à tous autres.»
(Sur un feuillet jauni de mes papiers j’ai trouvé la suivante:
nAPQAIA-
©EAO AEfEIN HAAAIOYC ©EAG AABIHAON AAEIN H BAPBITOC AE XOPAAIC EMAYTON ANTI<l>ONEI).
4) Dans sa Quaestio Medico-Ghirurgica (1732, p. 171), Thur.ant écrit: «Dès que l’aiguille a passé la sclérotique le même coup de main déchire la cap-: suie et abaisse le cristallin dans la profondeur. Dans l’extraction quatre temps sont nécessaires : la ponction, son élargissement, l’ouverture de la capsule, l’extraction.»
5) En 1725, le «grand» Petit, l’homme qui connaissait le mieux la structure de l’œil, avance encore que l’on ne peut extraire le cristallin opacifié de l’organe vivant sans le vouer à une destruction complète. (Mémoires de l’Acad. R. des Sciences, 1725, p. 12: Il n’est pas possible de tirer le crystallin hors de l’œil, par aucun des moyens dont nous avons parlé, sans détruire la structure de cet organe.)
A) L’œuvre de l’expérimentation commença aussitôt.
Immédiatement après la communication de Daviel, ont lit dans les Mémoires de l’Académie de chirurgie le passage suivant:
«Il était naturel que l’Académie fût occupée des succès de la méthode de Daviel. Aussi, pour s’en assurer, a-t-elle fait des recherches, dont les premières ont eu pour objet les 43 opérations de cataracte faites à Reims, en novembre 1751. Elle apprit de l’un de ses correspondants, le chirurgien Caqué de Reims, par une lettre du 15 janvier 1753, qu’il ne pouvait donner des nouvelles que de trente-quatre malades, les autres n’étant pas actuellement dans la ville. Par l’examen qu’il a fait de trente-quatre des opérations, il a trouvé que dix-sept ont parfaitement réussi; il y en a huit dont le succès est médiocre et neuf qui ont été suivies de pertes delà vue i). Sur ce nombre, six des yeux opérés ont la «prunelle sans ressort» et deux des staphylomes qui ont disparu peu à peu.
M. Garengeot^) a assuré à l’Académie qu’il avait fait cette opération avec succès.
On a cru cette opération trop utile pour négliger tout ce qui peut la perfectionner. L’on s’est récrié sur la multiplicité des instruments, ce qui allonge de beaucoup l’opération.
M. Pallucci s’était proposé de faire l’incision avec un seul instrument 3).
xM. LA Paye a présenté celui que l’on voit planche VI en K. C’est un bistouri bien fixé dans son manche, ayant une lame très mince, fort pointue à son extrémité, tranchante par un côté, mousse par l’autre et courbe sur le plat (L); il prétend qu’à raison de cette courbure il faut un instrument pour chaque œil.
Depuis ce temps-là, M. Poyet, chirurgien de l’Hôtel-Dieu de Paris, en a présenté un autre (Fig. M.), qui est composé d’une lame en forme de langue de serpent, percé à peu de distance de sa pointe d’un trou qui reçoit un fil.» (L’idée d’un tel instrument fut une erreur).
Dans le même volume des Mémoires de l’.Académie (p. 578-583) on trouve un rapport sur les opérations de la cataracte faites devant les commissaires de l’Académie par le chirurgien Poyet.
«L’Académie a vu avec plaisir l’empressement que l’on a témoigné pour simplifier et perfectionner l’ôpération de la cataracte par l’extraction du cristallin, pratiquée avec succès par M. Daviel ... M. Sharp a envoyé le
1) Soit 25 de pertes. Mais le traitement consécutif était médiocre, beaucoup d’opérés se montraient récalcitrants et négligents.
2) Nous ne comprenons pas pourquoi Moreau, premier chirurgien de l’Hôtel- Dieu et membre de l’Académie qui pratiquait régulièrement l’extraction au témoignage de SiGWART, ne prit point la parole.
3) Méthode d’abattre la cataracte, p. 160, 1752.
dessin d’un nouvel instrument qu’il a communiqué à la Royal Society de Londres. (Voir PI. VIII).
M. PoYET a fait des essais sur les cadavres, devant des Commissaires nommés par l’Académie ; l’instrument leur a paru singulièrement bon sur les cadavres. M. Mouand comme chirurgien-major de l’Hôtel Royal des Invalides obtint la permission de laisser opérer sur des invalides MM. la Fayk et PoYET, ce qui lui fut accordé en faveur du zèle que les chirurgiens de Paris montrent pour leur art.
Résultat des dix-neuf opérations de cataracte. Des cataractes que M. Morand abaissa par la méthode ordinaire, six eurent une bonne vision; trois cataractes sont remontées.
Des six malades de M. la Paye, opérés par l’extraction du cristallin, deux voient bien, deux voient moins bien, deux n’y voient point.
Des sept opérés par M. Poyet, deux voient bien, deux moins bien, un voit le jour seulement, et deux n’y voient point du tout.>
Rien que nous n’approuvions guère ce tournoi, mieux eût valu laisser opérer devant la commission Daviel lui-même et l’un des. défenseurs attitrés de l’ancienne méthode par abaissement, — nous devons accorder à l’Académie de chirurgie le témoignage qu’elle s’est occupée raisonnablement d’aider la victoire de la vérité.
Devant ce rapport de l’Académie se trouve inséré le mémoire de LA Paye «pour servir à perfectionner la nouvelle méthode de faire l’opération de la cataracte.»
«Lorsque je vis faire l’opération de la cataracte par l’extraction du cristallin, je conçus, ainsi que tous les maîtres de l’art, que cette méthode avait des avantages au dessus de l’ancienne ; mais je remarquai en même temps que la multiplicité des instruments dont M. Daviel se sert, rendait son manuel très compliqué; manuel que l’on peut simplifier et abréger, en ne se servant que d’un seul instrument pour la section de la cornée, et d’un autre pour celle de la membrane cristalline ... Je suis persuadé que M. Daviel sera charmé des efforts que l’on fait pour perfectionner une méthode qu’il a mise le premier en usage . . .
a) Le couteau à cataracte est une espèce de petit bistouri fixe dans son manche ; sa lame est fort mince, un peu convexe sur son plat, longue de 20 lignes et elle a deux lignes dans sa plus grande largeur; il est tranchant d’un seul côté, excepté par sa pointe où le dos l’est aussi, mais seulement d’environ 2 lignes ... On doit tenir cet instrument à peu près comme on tient une plume à écrire.
b) Le deuxième instrument, que j’appelle Kistitôme^), ressemble à
1) Nous tenons ainsi l’inventeur de ce beau nom!
Le mot se compose de -/.’jotiç (V), v-uotew; ou xéa-iôo;), la vessie, la vessie urinaire entr’autres, et de coupant. Il devrait donc être cysteotom ou
un pharyngotume ; il est seulement beaucoup plus petit dans ses proportions. La gaine qui cache la lancette est un peu courbe sur son plat; elle a environ une ligne de largeur sur sept de longueur. La lancette est très petite, comme on peut juger par la gaine, et ne la déborde que d’un quart de ligne, lorsque l’on en pousse le ressort. On n’a pas besoin de spatule pour relever la cornée et l’autre main demeure libre.
Après que j’eus fait la démonstration des instruments aux élèves et en avoir fait avec succès l’expérience sur le cadavre, j’entrepris le 1 1 juin 1753 à l’Hôtel des Invalides 6 opérations de cataracte. Je porte la pointe du bistouri sur la cornée du côté du petit angle à la distance d’une demiligne ou environ de la sclérotique, et vis-à-vis de la pupille; je traverse la chambre antérieure et je perce ensuite la cornée une seconde fois du côté opposé, à une égale distance de la sclérotique; j’incline un peu en devant le tranchant du bistouri que je glisse doucement en long; j’achève ainsi de faire à la partie inférieure de la cornée une incision en forme de croissant, en biseau, et suffisamment grande pour laisser sortir le cristallin.
En pressant un peu sur le globe de l’œil, le cristallin sort de son chaton et tombe sur la joue; quelquefois la membrane cristalline résiste à cette sortie, alors il faut l’ouvrir avec le Kistitôme et le cristallin ne tarde pas à se présenter. Je n’eus besoin d’ouvrir cette membrane qu’à deux des malades sur lesquels j’opérais ; aux quatre autres le cristallin tomba de lui-même et presque en même temps que je finissais l’incision i). L’opération ne dure qu’une minute.»
B) Parmi les pièces justificatives sur l’opération de Daviel publiées en dehors de L’Académie, il en est qui parurent avant sa communication principale. On ne s’en étonnera point, sachant que lui-même fit une communication préalable dès 1748, opéra ouvertement en divers lieux et ne mit point son procédé sous le boisseau ainsi que Fuère Côme, ni ne l’entoura de voiles impénétrables, ainsi que le noble chevalier Taylor.
Le premier qui rendit compte des résultats de Daviel, fut Remon de Vermale^), premier chirurgien du Prince Electeur du Palatinat. 11 le fit
cystidotome, mais néanmoins être attribué par le connaisseur de la langue grecque à la vessie plutôt qu’à la capsule du cristallin. Le traducteur de Plenck (1772, p. 290) s’est servi du mot allemand B âlglein- M esser et moi même du mot Kapsel-Fliete (Wôrterbuch der Augenheilk. 1887, p. 22). PourlesGrecs ■/.ù^nn o'i&aXao’j exprimait l’épaississement enferme de sac sous'l’œil. Billi(1 749) appelle Cheselden le cystitomiste, c’est-à-dire le lithotomiste anglais le plus célèbre...
1) Ce serait l’extraction dans la capsule.
2) On ne trouve aucun renseignement sur lui dans la Biblioth. Chir. de Haller ni dans le Biogr. Lexicon der Aerzte.
D’après le Journ. de Méd. II, p. 418, il était antérieurement (1735) «Chirurgien Major des Vaisseaux et de la Nation Françoise à Tripoli» ; d’après les Mém. de l’Ac. de Chir. I, p. XXXV il était également chirurgien «de l’Hôpital Romain à Tripoli en Afrique.»
Hibschberg, La Renaissance de l'Ophtalmologie.
dans une lettre adressée de Mannheim, le 25 novembre 1750, au docteur CnicoYNEAU, le premier Médecin du Roi de France et en adressa copie à YAN SwiETEN, luédecin particulier de l’empereur à Vienne.
On verserait dans l’erreur si l’on s’imaginait trouver au cours de ces 31 pages d’impression une description de l’opération; Vermale laisse cette satisfaction au promoteur du procédé, à l’oculiste réputé qui sut allumer un flambeau nouveau et n’eut à déplorer aucun insuccès sur les 23 opérations entreprises- par lui.
La lettre chante les louanges de Dayiel. Mais le médecin de Cour cherche aussi à atteindre d’autres buts. Il cherche d’abord à jouer un tour au professeur Maucuart, son concurrent de Tubingue ; il essaie ensuite de représenter les hauts mérites de Dayiel au médecin particulier du roi afin que ce dernier donne à son oculiste particulier la charge d’un enseignement 1).
Ce que Vermale nous apprend de plus important c’est l’histoire du baron de Sickingen^). Celui-ci s’était laissé opérer l’œil gauche, par abaissement, en mai 1746. N’ayant pas obtenu de l'ésultat, il fit répéter l’opération par l’« oculiste prussien» Hilmer. Il put à la suite de celle-ci lire le journal à l’aide de lunettes et cela pendant 3 ans. En avril 1730 une inflammation violente survint. Vermale appelé déclara cpie «la cause de l’inflammation résidait dans la réascension de la cataracte 3) et dans la goutte;» il ne pouvait demeurer près du malade. Maucuart fut mandé ensuite et constata une ophtalmie sèche, avec une vue un peu trouble, une pupille normale et des douleurs térébrantes. A la suite d’un traitement sévère les choses allèrent mieux, mais elles se mirent à empirer après le départ de Maucuart. Lorsque Dayiel arriY^a, le baron demanda au docteur Vermale de le visiter à deux. «La maladie n’était plus un problème à présent.» Dayiel fit l’extraction de la lentille tombée dans la chambre antérieure, le 19 octobre 1730. Le malade eut quelques douleurs encore après l’opération et se remit à voir.
Entraîné par sa propre expérience, Dayiel a cherché à éviter cet écueil
-1) «De porter sa Majesté à le mettre en état de communiquer ses talents à des élèves, afin que les oculistes ambulants et les «Ophthalmiatronum (!) simii» ne trompent pas plus longtemps le public.»
2) La reproduction fort courte de O. Becker (Pathol, u. Thérapie des Linsensyst. Graefe-Sâemisch, De édit., IH76, p. 317) contient quelques inexactitudes. C’eût été réellement dramatique, si Dayiel pour l’opération d’une cataracte abaissée et remontée, s’était décidé à l’extraction. Les faits et les paroles de Vermale infirment cette hypothèse.
3) Nous ne le croyons pas, car il l’aurait dû communiquer au Prof. Mau- CHART auquel il laissa le malade.
Dans sa lettre à Mauchart, datée du 10 janvier 1736, 46 jours plus tard, il en fut autrement; «Je crus trouver dans votre réponse tous les désordres qui annoncent un crystallin dérangé ou remonté.»
et croit y avoir réussi par l’extraction. Les trois extractions simples de Daviel, dont Yermale parle de visu, n’ont rien de remarquable, car il n’est question ici que d’appréciations laudatives, non de descriptions. La première dura, — ainsi que les deux autres, — moins d’un quart d’heure, y compris les arrêts. Dans les premiers jours après l’opération Vermale remarqua un halo gris perlé d’une ligne de largeur bordant la plaie; il l’attribua aux sucs dont le courant est entravé par la section des tubes’) qui les contiennent.
L’opération demande l’adresse d’une main conduite par un courage averti. Si terrible qu’elle apparaisse, les adversaires de Daviel (les antidaviélistes), seront forcés de reconnaître qu’elle renferme tous les avantages que la science chirurgicale peut exiger, tandis que l’abaissement est suivi d’accidents sans nombre et qu’il n’exclut pas les rechutes.
Nous avons déjà vu ailleurs les réponses de Vax Swieten à la lettre de Vermale.
Maüchart s’évertue, dans sa lettre du 2 janvier 1751 à M. Vermale, à démontrer que l’histoire du baron de S. n’a rien à voir avec la nouvelle méthode. L’essai de Daviel, — extraire toute cataracte de la chambre postérieure, — lui semble une importante entreprise. Il souhaite qu’il donne à bref délai une description exacte de son procédé et l’étaie sur un nombre suffisant d’expériences.
Vermale file doux dans sa réponse à Maucharï. 11 nous raconte que dès 1734, Daviel a retiré un cristallin rapetissé, lequel était tombé 2 ans après l’abaissement dans la chambre antérieure; il avait ainsi dissipé l’inllammation et le trouble visuel. Pour finir il se tourne contre Taylor qu’il a reconnu comme un trompeur charlatanesque, ainsi que contre Pal-
G) Outre cette lettre française, écrite en Allemagne, il en est encore deux autres importantes que Tho. IIope écrivit de Paris à Londres à John Clephane et que le destinataire trouva assez significatives pour les faire reproduire dans les Philosophical Transactions, le périodique anglais le plus estimé pour les sciences exactes.
La première lettre, sans date, fut lue le 16 novembre 1752 . . . ; «M. Daviel, un chirurgien de Paris, fut le premier qui, en 1745, exécuta la nouvelle méthode de l’opération de la cataracte et l’a amenée à la perfection. 11 fit une communication à l’Académie des Sciences sur 115 opérations, dont 100 furent suivies de résultat. 11 y a quelques jours je le vis opérer deux malades et me permets d’en donner la description.»
De cette description nous ne retiendrons qu’un point: la section comprend les “ 3 de la marge cornéenne.
1) Tubes! Chose remarquable, 100 ans plus tard, Bowman (1847) choisit le même nom.
«Bien que l’opération durât environ 2 minutes, le malade, à mon grand étonnement, ne s’est jamais plaint de souffrir . , . L’opération qui paraît si cruelle, n’occasionne pas autant de douleur que rabaissement d’après le procédé habituel. Il faut la préférer sous bien des rapports à cette dernière.»
Vermale indique V4 d’heure, y compris les interruptions; Thurant 8 minutes. J’ignore si l’observation de Hope faisait exception ou si Daviel, toujours à l’œuvre, s’était perfectionné en un temps fort court.
Daviel déclare lui-même qu’en beaucoup de cas il lui faut moins de 6 minutes; cela dépend de la tranquillité du malade.
Pellier DE Quengsy (l 783) qui exécute l’opération avec un seul instrument et d’un seul coup de main, s’avantage par trop lorsqu’il prétend avoir fini en une demi minute. Alors comme aujourd’hui !
La seconde lettre de Hope, écrite le 25 septembre 1752, fut lue le Il décembre 1752.
«En égard aux remarques contenues dans votre lettre Daviel déclare, que d’après son expérience tous les instruments étaient nécessaires. Rarement il fait une section plus grande qu’une demi circonférence de cornée. Une petite section ne suffirait pas à laisser sortir facilement le cristallin, attendu que son diamètre n’est que d’une ligne (ou une ligne et demie) moindre que la cornée, de sorte que Daviel, pour le laisser passer à travers la pupille était éventuellement obligé de donner un coup de ciseaux à l’iris, ce qui n’eut jamais de conséquences nuisibles.
Quant à Taylor, je le suivis à Edimbourg, 6 mois durant; il y fit environ 100 opérations de cataracte par abaissement. Jamais il n’essaya l’autre méthode et n’y fit point allusion, sauf dans le cas où le cristallin se trouvait dans la chambre antérieure: elle est pourtant décrite par plusieurs auteurs.
Ainsi Daviel doit être tenu pour le premier qui en ait fait un usage général.
Je crois que le plus grand danger de cette méthode est le prolapsus de l’iris lequel engendre un staphylome. Dans quelques cas ce fut la cause de l’insuccès. Il n’est pas facile d’imaginer un pansement qui produise une pression équivalente à la résistance de la cornée avant son ouverture.»
D) Après ces lettres il y a lieu de considérer deux dissertations latines. La première, parue avant la publication principale de Daviel, fut celle de J. B. TnuRANT (Paris, 14 mars 1752), sous la présidence de M. Antoine de JrssiEu, P. P. Elle débute par les citations, tant de fois imprimées, relatives à la rénovation de la théorie de la cataracte, réédite les erreurs des devanciers, et décrit comme «la nôtre» la méthode de Daviel qui n’est pas
Q Mémoire lu à l’Ac. R. de Chir., 25 déc. 1756.
citéi). Elle indique la section en demi cercle et accidentellement une seule fois (p. 171) la section arciforme portant sur les 2/3 de la marge cornéenne.
«Nous l’appelons nôtre, non parceque nous l’avons le premier trouvée, car il faut chercher son origine au temps d’AvicENNE ; mais parceque nous la préférons à toute autre ...» Avicenne décrit l’extraction de la cataracte, Blancard la recommande, Taylor l’a exécutée en 1737. L’extraction de la cataracte n’est donc pas aussi neuve que aucun des modernes puisse se vanter qu’il a éloigné le premier par cette voie le cristallin opacifié. Les louanges les plus élevées doivent certainement aller au chirurgien qui a ressuscité la meilleure méthode enfouie dans les ténèbres de l’oubli, l’a améliorée en agissant par lui-même et exécutée pour le bien d’une foule de gens.»
A la fin suit une statistique des extractions faites à la fin de l’année 1751, «à Reims». Les conséquences les plus pernicieuses de l’opération sont l’inflammation de la cornée et le prolapsus de l’iris. La première est combattue par la saignée et des collyres; le dernier, dès qu’il se montre, est refoulé avec la spatule.
Que Dayiel n’ait pas été ravi de cette production, cela se conçoit aisément. Il était d’un caractère trop élevé pour exprimer nettement ses sentiments à cet égard. Il se sentait d’ailleurs flatté un peu de l’approbation accordée à son procédé par la Faculté de Médecine 2).
Il devait pourtant entendre dire dans une dissertation de Pousse et Gentil, défendue à Paris neuf jours plus tard, qu’il était de beaucoup meilleur d’abattre la cataracte après avoir incisé sa capsule en bas et en arrière.
E) Le nouvel essai chirurgical sur l’extraction de la cataracte n’est pas une dissertation, comme il est dit dans la Collection de Haller, mais une thèse d’agrégation défendue par G. Fr. Sigwart, le 22 décembre de cette même année 1752, à Tubingue. Haller (II, p. 605) remarque avec raison que la méthode scolastique de l’auteur trouvera une excuse près des lecteurs, grâce au contenu excellent de la thèse.
Après une large introduction, agrémentée de nombreuses chicanes de mots, SiGWART se sépare de Pallucci, de Taylor et du Frère Côme pour arriver au fait au § 48. Il parle des extractions de cataracte qu’il a vu exécuter par les adroits chirurgiens de Paris, Daviel et Moreau. Daviel s’est à présent entièrement consacré à l’oculistique ; après avoir pratiqué longtemps l’abaissement de la cataracte, il s’adonne à l’extraction seulement. Le procédé parut digne d’être imité, au premier chirurgien de l’Hôtel-Dieu,
H A. G. Richter croit (1766) que Thurant a voulu s’approprier illégalement la gloire de Daviel. Ens (1803) s’exprime plus sévèrement encore.
2) Voir la lettre de Daviel à Caqué, du 2 mai 1752. (Delacroix, loc. cit., page 56).
M. MokeauI). M. SiGWART a suivi régulièrement leurs opérations; il les décrit par le menu pour encourager l’adoption de la méthode. (Dans la description des instruments manque l’aiguille mousse en avant; la première ponction est élargie de part et d’autre avec la lancette pointue et agrandie ensuite par les ciseaux jusqu’au demi-cercle). Sigwart considère l’opération comme fort difficile, mais l’adresse des chirurgiens parisiens est incomparable. Qui veut, vient voir et observe : aucun mystère n’entoure les opérations. Les résultats sont vraiment satisfaisants. Toutefois Sigwart est d’avis, et d’autres avec lui, que le procédé est susceptible d’être amélioré et qu’il comporte des corrections. C’est là son problème personnel.
Sa proposition d’amélioration est la suivante : après la ponction, une sonde cannelée est introduite obliquement entre la cornée et l’iris jusqu’au point terminal du diamètre horizontal. Le bulbe est en quelque sorte fixé par ce moyen. Des ciseaux droits introduits sur la sonde incisent d’un coup la cornée. Même acte de l’autre côté. La section de la cornée se trouve ainsi raccourcie et facilitée.
Celui qui pourrait aujourd’hui, à cette proposition de Sigwart, renfrogner le nez, ne devra pourtant pas perdre de vue que Dayiel lui-même, à la fin de sa carrière, est retourné à ce lambeau cornéen quasi triangulaire.
Efforts personnels et améliorations ultérieures apportées par Dayiel à sa méthode.
En songeant à l’ardeur enflammée, aux inlassables efforts avec lesquels Dayiel poursuit la réalisation d’un progrès, on aura le droit d’être étonné qu’il ait si peu publié sur sa méthode, après sa communication à l’Académie de Chirurgie, en l’année 1752. Mais l’activité de la pratique l’avait tout entier accaparé. Il travaillait d’ailleurs sans relâche à son grand ouvrage sur l’ophtalmologie. Sa mort en fit malheureusement échouer la publication.
A) Le 12 janvier 1756, Dayiel adressa une lettre à l’éditeur du Journal de Médecine dans laquelle il le remercie pour l’hospitalité donnée à la lettré de M. DE Vermale et le prie de ne pas publier les lettres flatteuses de M. CnicoYNEAU et de M. La Martinière.
«Je pense que personne ne met en doute l’excellence d’un si beau procédé. Car, parmi les 354 personnes que j’ai opérées, 305 ont eu un résultat complet Je suis si certain de la réussite que je n’ai pas égard à la maturité de la cataracte. Toutes les époques de l’année me sont égales. Les cicatrices de la cornée ne nuisent pas à la force visuelle; la sortie du
1) Parmi les nombreux Moreau du Biogr. Lexikon je ne trouve point celui-ci. Les Mémoires de l’Ac. de Chir. reproduisent plusieurs de ses travaux. (II. p. 57, 76).
2) Soit 86 I/o % de succès.
corps vitré non plus. Je m’en suis assuré par l’expérience quotidienne. Ainsi se fortifie en moi l’espoir que mon opération sera bientôt l’une des plus intéressantes de la Chirurgie.
«Que l’on ne croie pas que je me flatte d’obtenir un résultat heureux à chaque opération. Il est des cas imprévus, des circonstances malheureuses qui sont au dessus des prévisions humaines.
«Une des complications habituelles dépend de l’agitation des malades: ils bougent les yeux sous le bandeau, de sorte que les cils se tournent contre la cornée. Cela donne une douleur instantanée et ensuite la suppuration de la cornée et du corps vitré. Sur la cornée se produisent de petits boutons et des trajets purulents. On doit les ouvrir jusqu’à la deuxième ou troisième couche de la cornée, voire jusque dans la chambre antérieure.» (Nous apprenons à cette occasion que, le troisième jour après l’opération, lorsque survenait de la douleur, Daviel ordonnait d’abord une saignée et ne se décidait à ouvrir l’œil que si elle restait sans effet).
B) La question des premiers critiques de Daviel à l’Académie, à savoir si un couteau ne convenait pas mieux pour parfaire la section que la ponction et l’élargissement par les ciseaux, a été traitée soigneusement par Henri, le fils de Daviel, en sa dissertation chirurgicale Q du 3 septembre 1737, écrite en vue de l’obtention du titre de Maître ès sciences chirurgicales. Nous pouvons bien admettre qu’il le fit d’après la manière de voir d’alors de son père; il ne le cite point dans le texte et fort discrètement dans les annotations 2).
Il rappelle les couteaux de La Faye, de Poyet, de Sharp, de Tenon (1757), fait allusion au procédé de Beranger avec le crochet et la pince, sans le nommer, et décrit ensuite brièvement son procédé personnel en ces termes :
«Le chirurgien plonge la lance myrtiforme en bas dans la marge sclérocornéenne, coupe avec les ciseaux la cornée de part et d’autre (au bord) jusqu’à la moitié, soulève avec la cuiller la cornée détachée et incise a^œc l’aiguille fine la capsule en plusieurs parties. La lentille sort même avec un léger essai. L’œil est bandé ensuite. Le bandeau reste 6 jours en place pour éviter des réouvertures de la plaie.
Le malade reste au lit. Les complications sont écartées par la diète, la saignée, le repos au lit . . . Si de la douleur de tête, du gonflement de la conjonctive surviennent, il faut aussi prêter attention au prolapsus de
■I) Chose certes digne de remarque: Gottlieb Zinn est cité pour l’anatomie et Albert Haller pour la physiologie.
2) P. 15 «Et in eo nobiscum consentit nostrae methodi Autor exercitatissimus.» A. G. Richter (Star-Ausziehung 1773, p. 117) a pris la dissertation du fils pour une publication du père. Le fait s’est reproduit chez des auteurs récents jusqu’au moment d’un examen plus approfondi.
l’iris, le réduire, et s’il se reforme, l’exciser: tous les troubles sont alors levés. Dans l’inversion des cils, spécialement attribuable aux vieillards, la * paupière doit être maintenue en due position par de l’emplâtre agglulinalif ou un instrument adéquat. Le douzième jour l’œil est couvert par une étoffe noire.
En cas de cataracte fort grande et dure, il faut inciser légèrement l’iris; en cas de cataracte molle, employer la cuiller pour éloigner les reliquats. Si la cataracte a un aspect laiteux, la capsule étant toujours consistante et opacifiée, le sac entier est saisi avec une pincette et retiré avec circonspection. Après une blessure du cristallin par piqûre ou section, il se forme parfois une cataracte cuticulaire, qui peut être retirée de même, bien qu’une partie du corps vitré puisse éventuellement s’écouler. Il se reforme. Plus de 400 cas, heureusement terminés, nous interdisent de dévier de la route choisie.
Le procédé avec deux instruments (couteau et petite aiguille) a aussi ses inconvénients. 1) La section ne peut pas être achevée aussi régulièrement. 2) Dès la ponction l’humeur aqueuse s’écoule, l’iris suit et est entamé. 3) Sans l’emploi de la cuiller se produit une cataracte consécutive par le maintien des reliquats.
Par notre procédé la main droite peut toujours être employée.»
C) Plus intéressante, mieux écrite est la lettre (française) du jeune Daviel à l’éditeur du Journal des Sçavans, datée du 6 décembre 1755^).
II veut répondre à quatre questions d’un physicien en s’aidant des dessins faits par son père.
1. La maturité de la cataracte est-elle requise pour en pratiquer l’extraction? L’ancien procédé obligeait les malades à attendre dix, quinze, vingt ans, voire jusqu’à la mort. Actuellement il suffit qu’un malade ne voie que faiblement les objets . . . toute autre maturité est inutile et mal fondée. Précisément les cataractes molles que l’on ne pouvait abattre, sont soumises aux avantages de l’extraction. En 1751, son père à eu affaire à Metz à une cataracte existant depuis 1 0 ans chez une dame de 55 ans: la capsule était épaissie et adhérente à la face postérieure de l’uvée. Il saisit la capsule avec de petites pinces et fit sortir la cataracte liquéfiée avec la capsule entière. Ce fut un succès.
Daviel père a extrait à une dame, à Strasbourg, une cataracte «barrée» dont la partie antérieure paraissait traversée par plusieurs lignes blanches
1) Lettre adressée à Messieurs les auteurs du Journal des Sçavans, sur les avantages de l’extraction de la cataracte, nouvelle méthode inventée par M. Daviel. De Daviel fils, à Paris, le 6 décembre 1755. Journal des Sçavans, Fév. 1756, p. 106-117. — Ce journal est devenu fort rare. Il est bon de remarquer que cette lettre est littéralement reproduite dans le Traité bien connu de Pellier de Qüekgsy (1783, p. 1 05 et suiv.).
qui allaient du centre à la circonférence. La malade était incommodée depuis ■1 2 ans. Après 1 extraction la malade vit les plus petits caractères à l’aide d’un verre convexe de trois pouces et demi de foyer.
2. Le choix des saisons peut-il contribuer essentiellement à un heureux succès? Le public redoute l’hiver. La saison n’exerce aucune influence. Le malade est libre de se lever le 4“" jour, bientôt après de sortir de son appartement. Jean Darlet, un vieux paysan de 106 ans, fut opéré le 22 décembre et, malgré son indocilité au cours des trois premières journées, entièrement guéri. D’autres et nombreuses opérations démontrent que le choix de la saison importe peu.
3. La cicatrice qui résulte de la coupe faite à la cornée, estelle un obstacle à la vue? Point, si l’on manie les ciseaux comme il faut et fait un pansement de même. Chez un cheval et un mouton sur lesquels son père (1750) fit des expériences sur sa méthode, les animaux virent bien après; cependant il restait un petit (demi) cercle blanc d’une ligne et demie. On ne doit pas défaire le bandeau trop tôt. Chez la plupart des opérés de son père, on ne saurait apercevoir, que les cornées aient été coupées dans la moitié de leurs disques. 1 2 cataractes ont été extraites depuis 6 semaines ; dans aucune des douze on ne peut apercevoir le moindre vestige d’une cicatrice. Progrès bien grands pour une méthode encore nouvelle.
4. La sortie de l’humeur vitrée peut-elle contribuer à la perte de l’organe? L’humeur vitrée peut s’échapper ou avant que la cataracte soit extraite ou après. Beaucoup dépend ici de l’opérateur. Sur 350 opérations, cet évènement survint 15 fois^). Une perte modérée d’humeur vitrée ne détermine nullement la perte de la vision. En 1751, à Strasbourg, une dame, âgée de 49 ans, fit un effort si grand que la cataracte sortit avec vivacité et une bonne partie de l’humeur vitrée l’accompagna. La guérison se fit sans encombre. Le 1 2® jour on lui présenta une épingle qu’elle désigna avoir la tête en haut. Une malade, âgée de 73 ans, avait perdu la vue depuis 12 ans. La cataracte du côté droit était en partie molle. La cornée ouverte, ainsi que la capsule, de l’humeur vitrée s’écoula. On suspendit un moment l’opération. Le noyau de la cataracte s’était échappé vers le haut du globe. De petites pinces saisirent la cataracte, mais ne pouvaient pas la tenir; une petite curette fut glissée au dessous, relevée avec adresse, amenant le noyau au dehors. Le 11® jour la malade vit bien et voit encore.
«Mon père étant privé de l’avantage de vous entretenir lui-même parles pénibles occupations dont il est chargé auprès de ses malades, s’est reposé sur moi du soin d’ajouter ces observations à ce que vous avez déjà publié dans vos journaux sur la nouvelle méthode.»
1) Dans 4 VsX des cas. C’est peu. Le chiffre prouve l’habileté de Daviel.
D) Lorsqu’il l’a jugé nécessaire, Daviel père a conduit avec plus d’énergie encore la défense de son procédé.
Nous devons au zèle d’archiviste^) de M. le Dr. Bureau, bibliothécaire de l’Académie de Médecine, la découverte et la publication du mémoire non imprimé que J. Daviel avait lu à l’Académie, le 2b novembre 1756, pour réfuter les deux propositions, à elle récemment adressées en vue d’améliorer l’opération de la cataracte, par de la Haye, Chirurgien de la Marine à Rochefort et Beuanger, oculiste à Bordeaux.
«Simplifier une méthode 2), c^’est-à-dire diminuer le nombre d’instruments employés pour l’exécuter, en rendre le manuel et plus prompt et plus brillant, devient un ouvrage dangereux si on en altère l’utile . . . Aussitôt que j’eus fixé mes idées sur la possibilité de l’extraction du cristallin cataracté, je déterminai les instruments propres à la mettre en pratique . . . Pour l’ordinaire on peut les réduire à quatre, savoir : une aiguille assez large dont la figure est celle du montant d’une fleur de lys, deux ciseaux courbes convexes, un autre petit instrument pour trancher et déchirer la lame antérieure de la membrane du cristallin et une curette. Suivant les méthodes de M. de la Paye, de la Haye et Beranger, le même nombre d’instruments est nécessaire, à l’exception des ciseaux. Cet instrument de plus 3) qui a trop inquiété jusqu’ici la plupart des oculistes, n’est point un défaut dans ma méthode, tant s’en faut; c’est par lui au contraire que j’obvie à tous les inconvénients que fait naître la figure, la grosseur et la mobilité différente des yeux . . . Dans l’usage des ciseaux l’opérateur agit toujours de la main droite (avantage très essentiel). Celle-ci, toujours solidement appuyée et jamais suspendue, lui laisse la liberté de diviser la cornée avec exactitude . . .
L’usage n’en est pas familier à tous ceux qui essaient de s’en servir . . . L’extraction elle-même n’est propre à abandonner que dans des mains habiles et expérimentées. C’est là surtout la pierre de touche où l’on peut les reconnaître. Avec des ciseaux, la cornée divisée lentement rend l’opération moins prompte (peut-être). Mais que servent ces faibles et agréables avantages, lorsqu’il faut les acheter aux dépens d’un bien réel ?...
Je ne sçai dans quelle vue M. Beranger veut aujourd’hui m’enlever de nouveau mes droits sur l’extraction de la cataracte, lorsqu’il a publié déjà
D Nous ne voulons point contester à l’historien Ch. Daremberg la justice que ne lui ont pas rendue ses compatriotes: il a d’abord (1870, Hist. des Sciences médicales, II, p. 1293) indiqué qu’il avait trouvé, cachés aux greniers, les actes de l’Académie de Chirurgie, mis en possession de l’Académie de Médecine à Paris. II a insisté sur le devoir de les classer et trier.
2) Voir Dr. Bureau, Ann. d’ocul. ClII, p. 83-90, 1890.
3) Cet instrument des plus qui a trop inquiété. . . M. Bureau ajoute: «U manque ici un mot dans le texte, le mot simple ou utile, sans doute.» On ne doit pas changer aussi vite le texte des manuscrits. Il y a plutôt une lettre de trop. Il faut lire de plus, ce qui donne le vrai sens.
dans un journal!) périodique qu’il renonçait désormais à ses prétentions sur cette nouvelle méthode. 11 quitte et reprend les mêmes prétentions avec une égale facilité, mais pour les reprendre devait-il choisir une Académie sous les yeux de laquelle ma méthode a vu le jour . . . ?
Le nombre d’accidents, dont M. Beuanger reconnaît les ciseaux susceptibles, pourrait me faire douter de ma prévention pour eux, si 450 expériences ne suffisaient pas pour le légitimer. Un succès presque égal à ce nombre d’opérations 2), me paraît la plus parfaite apologie que l’on puisse faire des ciseaux. Par eux j’ai pu réussir . . .
La cornée n’est pas meurtrie par les ciseaux ... Il n’est pas impossible de faire avec eux une section circulaire. L’opération n’est pas longue ni douloureuse. Il est impossible à l’opérateur d’entamer la conjonctive dans la section de la cornée. La main de l’opérateur n’est pas assujettie à des positions gênantes; la main s’appuie sur la face, le bras sur la poitrine du malade. Malgré l’écoulement de l’humeur aqueuse les ciseaux sont facilement actionnés et ne déterminent pas d’inflammation de l’iris. La cause d’une phlogose ... est le tiraillement violent que l’organe peut souffrir antérieurement, si un opérateur expérimenté ne sait ménager l’issue d’une cataracte lorqu’elle est trop grosse.
Tels sont les faits que j’oppose aux objections de M. Beranger ... Si l’extraction de la cataracte est susceptible de quelque perfection, c’est dans la manière de faire sortir le cristallin qu’il faut la chercher et non pas dans l’ouverture de la cornée faite dans un espace de temps plus ou moins court.
Si l’on avait pu parvenir à faire la section de la cornée avec exactitude à la faveur d’un seul instrument, ... cet honneur sans doute serait dû à l’instrument de M. la Paye, dont tous les autres ne sont à peu près qu’une répétition. »
Beranger reproche à l’instrument de M. de la Paye que le globe se flétrit aussitôt après l’issue de l’humeur aqueuse et que la cornée s’affaisse. A l’instrument -de DE LA Haye, (qui pourrait bien avoir été une lance très large à deux tranchants), il objecte qu’il pourrait blesser la cornée en haut et même la paupière, de sorte que du sang et plus tard du pus pourraient s’épancher.
Daviel repousse tout cela et ajoute : «j’ai opéré des malades qui avaient des fistules lacrymales: à chaque pansement les emplâtres étaient couverts de suppuration, les paupières en étaient humectées, la conjonctive ellemême, sans qu’il en soit résulté aucun inconvénient^).»
1) Dans son Mémoire, envoyé le 20 décembre 1757, Beranger déclarait que son procédé ne s’écartait pas sensiblement de celui qu’il avait communiqué deux ans plus tôt (1755), La priorité de Daviel était déjà établie en 1 748. Tout doute à cet égard été levé en 1751. En 1752 l’Académie elle-même l’avait reconnu.
2) En ce passage de rhétorique nous dégageons volontiers Daviel de l’obligation d’indiquer exactement le chiffre des pertes.
3) Nous savons qu’en cela Daviel a eu une chance particulière.
Venons maintenant à l’examen du couteau de Beranger supposé préférable à l’usage des ciseaux. J’en ai fait l’e-ssai sur les yeux de cadavres et constaté ce qui suit: l’humeur aqueuse s’échappe entièrement. . .;
le globe est porté par la direction de l’instrument vers le nez; 3° la seconde ponction s’approche toujours plus près de la pupille que la première; 4° l’iris s’est trouvé coupé quelque fois, surtout du côté du nez; o® la convexité de l’instrument tournée vers la cornée coupe cette membrane en bec de flûte ... 11 faut que l’opérateur soit ambidextre; il pourra à peine exécuter la section lorsqu’il rencontrera des yeux petits, enfoncés dans l’orbite.
J’ai réfuté les faibles objections que M. Beranger a opposées à mes ciseaux: pour les défendre les faits ont été mes guides; et pour les attaquer, M. Beranger n’a donné que des idées que malheureusement ne s’accordent pas avec l’expérience.
Que l’Académie juge maintenant si l’on doit rejeter ma méthode.»
L’Académie de Chirurgie n’a rien imprimé dans ses mémoires sur cette question litigieuse. Mais nous verrons bientôt, — ce qui a échappé au Dr. Bureau, — que le compte rendu de Louis, favorable à Daviel, fut agréé à l’unanimité par l’Académie, le 9 décembre 1756.
E) La lettre que Daviel adresse à Hoin, de Dijon, le 15 décembre 1759 est d’un haut intérêt. Elle a été imprimée dans le Mercure de Franêe, de janvier 1760.
«La cataracte radiée en raison de sa mollesse a toujours été considérée comme difficile à abaisser. Sx. Yves l’a déjà décrite (p. 196) et l’a tenue pour un trouble de la membrane de la concavité du vitré. Lors de l’extraction j’ai trouvé que les stries radiaires que j’avais observées à travers la prunelle, appartiennent exclusivement à la couche postérieure du cristallin. Il existe aussi des cataractes entièrement dures avec des stries. Les deux espèces se laissent bien extraire. Après une section de la cornée, j’extrais les cataractes horsées liquides à l’aide d’une petite pince.»
Les cataractes traumatiques peuvent également être extraites. Quatre exemples sont cités. Pour trois le traumatisme était tout récent et l’œil fort enflammé. Après la section cornéenne le cristallin sortit de lui-même ou avec l’appui de la curette. Les trois malades guérirent et lurent avec le verre à cataracte n. 4. C’est à tort que les chirurgiens redoutent cette opération. Il faut la faire de bonne heure, avant que les adhérences s’établissent.
Le corps vitré demeure clair après l’opération de la cataracte; mais il ne forme pas, comme on le croyait jadis, une convexité en avant, car presque toujours, après l’abaissement comme après l’extraction de la cataracte, la pupille retombe en arrière. La concavité du corps vitré devient entièrement plane, comme H. (1759) l’a justement observé, il ne reste qu’un anneau circulaire, ce que D. a établi également, en 1750, après une opération de la
cataracte chez un agneau. Un peu de matière cataracteuse demeure sous la capsule.
«L’extraction de la cataracte doit toujours être préférée à son abaissement. Les gens raisonnables partageront à l’avenir cette manière de voir. En six mois j’ai extrait 80 cataractes, avec un seul insuccès seulement et cela par la faute du malade. Mais il faut s’en tenir à mon procédé. Sans doute le désir de passer soi-mèrae pour l’auteur, et l’apparente facilité d’opérer plus aisément avec un instrument unique, flatte quelque peu l’amour-propre; ce désir-là a fait perdre bien des yeux déjà.
On voulait anéantir mes ciseaux. Un oculiste i) a soumis à l’Académie un mémoire qui me fut communiqué et auquel je répondis. Un compte rendu de Louis suivit : «Il est difficile de démontrer que la séparation de la cornée se fait mieux qu’avec des ciseaux appropriés. Nous avons à peine pu retrouver les cicatrices. L’opération de Dayiel est parfaite. L’essai qui consiste à l’exécuter aussi bien, mais avec moins de difficulté, est digne d’éloges, mais il n’a pas réussi jusqu’ici. J’ai essayé tous les procédés et donne la préférence à celui de Dayiel.» (Paris, 9 octobre 1756). Ce compte rendu fut accueilli le 9 décembre 1756 à l’unanimité des voix et repris dans les registres. La Société de chirurgie la plus célèbre de l’univers s’est prononcée pour moi. Pincettes, crochets, couteaux, autant d’instruments dangereux. Ma récompense, ma complète satisfaction consisteront dans le fait d’avoir aplani la vraie route vers la guérison de la cataracte et assuré l’avantage du Public.»
F) Il faut considérer comme un pur discours élogieuxla lettre qu’ANORÉ Cantwell écrit, le 17 mars 1761, à James Parson à Londres et que l’on trouve reproduite dans les Philos. Transact. pour l’année 1762.
Dayiel a le premier exécuté l’extraction de la cataracte de la chambre postérieure. Son procédé a merveilleusement facilité la guérison de ce mal. L’extraction de la cataracte est surtout importante, lorsque la capsule antérieure est opaque ; remarquable est l’extraction de la lentille dans son sac capsulaire lequel représente un sphéroïde épais et mou. Lorsque la capsule est opaque, en cas d’abaissement de la cataracte, le malade demeure aveugle. Que la cataracte, abaissée en apparence, tienne par un point encore à la capsule, elle doit remonter.
Si la paroi postérieure de la capsule est trouble, on est obligé de la retirer aussi. Il y a alors danger de prolapsus du corps vitré.
G) C’est une chose digne de remarque que Dayiel lui-même, à la fin de sa vie et au seuil de la vieillesse, imagina et exécuta un autre procédé de section cornéenne, en Yme de mieux éviter le prolapsus de l’iris.
i) 11 n’est question que d’un oculiste ici, et de deux dans le mémoire de Daviel repris sub littera D.
Dans les Acta Ilelvetica physico-niedica de l’année 1762 se lit le compte rendu d’un témoin oculaire, le Dr. Applks, de Lausanne, à propos de l’extraction de la cataracte que Daviel fit, le 3 septembre 1761, sur l’œil droit de M. Forel, un Suisse de 48 ans, que M. von IIalleu avait envoyé dans ce but à Paris.
«M. Daviel se trouvait en face du malade et un peu plus haut, son fils tenant la paupière supérieure, lui-même maintenant la paupière inférieure avec la main gauche; il saisit de la droite un petit couteau courbé, pointu et tranchant, fit l’incision dans la cornée de haut en bas, à une ligne de la marge en commençant à l’angle interne. 11 prit ensuite de fins ciseaux courbes et agrandit l’incision en forme de triangle, de bas en haut, de sorte que la section entière, en y comptant les deux cotés du triangle, mesurait 5 lignes. Le cristallin sortit facilement. L’opération dura 5 à 6 minutes et ne fut
guère douloureuse. L’œil vit à l’instant. > Fig. 8. La figure 8 ci-contre fait voir com-
ment DEWECKERse représente la section.
Dans son éloge de Daviel, Mouand nous informe que le grand nombre d’instruments et des incisions aux ciseaux ne plaisaient plus finalement à M. Daviel et qu’il avait cru devoir attribuer la cause de plusieurs accidents à la forme oblique de la plaie, nécessairement liée à la section en demi arc de cercle. A l’instant il imagine la création d’une fenêtre dans la cornée par deux sections horizontales et une section perpendiculaire. Comme ce procédé ne lui procure pas assez d’avantages, il limite l’opération à deux sections, dont l’une est faite avec un petit couteau courbé fort délicat, l’autre avec des ciseaux émoussés. De ces deux sections dérive l’existence d’un lambeau triangulaire dont la pointe est tournée vers le côté temporal^). »
Nous apprenons par le Mercure de France (juillet 1762)2) qu’en 1762, ^en séance publique de l’Académie de Chirurgie, le secrétaire Morand lut un mémoire de D.aviel déjà souffrant d’aphonie: il traitait des nouvelles améliorations introduites dans sa méthode d’opérer la cataracte.
«11 place la cause du prolapsus de l’iris dans la section oblique à
1) Morand dit: dont la ligne de base est dirigée vers le grand angle (le côté nasal).
2) Après de nombreuses et pénibles recherches, Dujardin (J. des Sciences méd. de Lille, p. 593, 1893) a trouvé ce texte finalement, ainsi que L. de Wecker nous l’annonce triomphalement.
Mais le même texte du Mercure de France est inséré dans la dissertation de Lachmann, de Gœttingue (1821) d’après Leblanc, Précis d’opérations de chirurgie, t. I, Paris 1 775.
travers la cornée, nécessairement liée à la forme du demi arc de cercle. La forme la plus avantageuse à laquelle il tient irrémissiblement, c’est la triangulaire représentée par deux sections qui vont perpendiculairement à travers l’épaisseur de la cornée; l’inférieure est pratiquée à l’aide d’un cou- Fig. 9.
teau courbé, l’autre par des ciseaux.»
Les Mémoires de l’Académie ne rapportent rien de cette communication de Dayiel. La figure 9 ci-contre montre comment L. de Weckeu se représente les sections.
II) Le «Compte rendu sur deux cataractes adhérentes» de D.ayiel, dans les bulletins de l’Académie suédoise des Sciences pour 1759, nous a été amicalement transmis par O. Becker.
La première observation concerne le peintre François de Voge, le même, qui devait, quatre ans plus tard, dédier à son bienfaiteur l’image allégorique qu’il fit graver sur cuivre par Noël Lemire. O. Becker l’a retrouvée et l’a fait reproduire en photographie pour en faire hommage aux participants du 7® Congrès international d’ophtalmologie (Heidelberg, 8-11 août 1888)1).
«Le 24 mai 1756 le peintre François de Voge, âgé de 24 ans, et totalement aveugle aux deux yeux depuis deux ans par suite de choroïdite, se présente à moi. Il avait été opéré de l’œil gauche par abaissement, sans résultat. L’œil droit était de volume normal, la pupille ondulée; des franges pendaient en avant au pourtour de la pupille rétractée et resserrée comme une petite bourse. Dans celle-ci se voyait une coloration partie foncée, partie jaunâtre, tout à fait inégale ; d’où je déduisis aussitôt la consistance osseuse de la cataracte . . .
Après que j’eus ouvert la cornée de la manière ordinaire, je pris une aiguille plane et constatai une dureté notable au milieu de la pupille. Lorsque j’eus décollé de proche en proche la cataracte de la pupille, malgré sa grande étendue, je me vis forcé d’inciser l’iris deux fois en bas, de renverser le lambeau en bas, ce que je fis à l’aide d’une petite cuiller en or . . . Je fis alors sortir par pression cette cataracte de dureté osseuse. Le malade s’écria aussitôt qu’il voyait ... Le traitement consécutif fut le traitement ordinaire et le cours de la guérison se fit sans incidents.»
1) Comp. notre planche VII. L’Invention montre le temple de Mémoire à Daviel que conduit son Génie. A côté de l’Invention on voit la Pratique. Derrière elle flotte la Gloire illuminée. C’est ainsi que Jules Hedou explique cette allégorie (Noël le Mire, Paris, 1 875, p. 49.,
En regard<ant l’image de M. de Voge nous concluons qu’il a reconquis une acuité visuelle excellente.
Nous apprenons d’autre part que Oaviel ne craignait plus, comme il ^ l’exprimait en 1751, (dans sa 7® lettre à Caqué), de blesser l’iris en opérant la cataracte; qu’il l’entamait avec résolution en cas de besoin.
Mais ne paraît-il pas un peu comique dans son exagération, ce passage de l’un des discours prononcés lors de l’inauguration du monument de Daviel à la Barre, le 15 septembre 1871 ?
«Et dussé'je m’attirer les imprécations de tous les oculistes de l’empire Germain ; la statue de Graefe dût-elle s’écrouler sur la place publique de Berlin; je tiens à le proclamer hautement, avec l’accent d’un homme qui aime sa patrie et admire ses grands hommes : Daviel a pratiqué cent ans avant de Graefe l’extraction avec iridectomie. »
I) Dans sa lettre de Mars 1762 à Haller i) D.aviel écrit:
«L’iris est peu sensible. Je l’ai incisé en maintes circonstances sans le moindre accident. J'ai même souvent excisé des morceaux de cette membrane lorsqu’elle était enclavée dans un ulcère de la cornée ; et les malades n’ont pas perdu la force visuelle . . .
Le hasard m’a démontré que l’on peut inciser l’iris sans danger, lorsque le cristallin cataracté est devenu trop grand et trop dur, ou lorsque la pupille ne peut se dilater; j’ai été quelquefois obligé d’exciser toute la partie inférieure de l’iris dans l’opération de la cataracte. Dans les 43 opérations de cataracte que je fis à Reims, l’un des cristallins était si grand et si dur, la pupille si étroite et si peu dilatable, que son anneau se fendit jusqu’au cercle ciliaire intérieur, du côté temporal : la cataracte sortit alors facilement; semblable à de l’ivoire poli, elle était de grandeur inusitée et dentelée dans son pourtour.
Ce cas imprévu qui eût consterné tout autre, ne m’effraya nullement, bien qu’il se produisît chez une septuagénaire, sœur d’un chirurgien de Reims, dont l’œil était aveugle depuis 7 ans par le fait de la cataracte. Après l’opération je pansai la malade de la manière ordinaire. Elle n’eut point à souffrir, ni au moment même ni après; elle guérit en 15 jours et depuis lors a toujours bien vu. La pupille avait toutefois perdu les deux tiers de sa mobilité.
J’observai aussi que le jeu de la pupille n’est pas indispensable à une bonne vue. Je possède là-dessus plusieurs observations que je publierai
1) Journal de Médecine, Chirurgie et Pharmacie etc. Par M. Vandermonde, Dr. en méd. . . ., ancien Prof, en Chirurgie Françoise . . . XVI, Mars 1762, p. 2A5-250:
Réponse de M. Daviel, chirurgien ordinaire et Oculiste du Roi, à la Lettre de M. le baron de Haller, du il novembre 1761, insérée dans le Mercure de France du mois de Février 1762, p. lAü.
Ilirsfhhr/y^ |,;i Pvonaissanco ilo l’Opiilalmologio.
Planche VI
Voir page 128.
uru/'c//r/t (>//' /\ o\-j
Pti/' ,r/v/ //tu- r/ //;
,/cj- ,n,iinj tu /r//içeil hv Dirtc/cnf un tniut urcrr-'
Dan^t n-j T uun^iu'^r /rurtsparrn/f.r J>ont / .x-tL eu/ ,-n/„urc :
1) t/ltti'/ uuic/e n/zn uon
(' K^iinç ù'Oif/>/c i7uir/Koiî(r or7c .'V preneur
Ihl/h
vXSÊm S
clans mon livre. Pour que la vue soit bonne, il suffit que le fond de l’œil soit sain. La pupille de M. de Yoge est absolument déformée et immobile; cet habile peintre ne voit pas moins bien . . .
J’ai fait l’opération de la cataracte chez 22 aveugles-nés; nul d’entre eux n’a reconnu les objets qu’on lui présentait après l’opération sans les toucher des doigts et apres qu on les eut présentés et dénommés à plusieurs reprises ... Si quelques malades distinguaient sûrement les objets après l’opération, c’est qu’ils n’étaient pas aveugles-nés et avaient toujours vu un peu, comme M. de Forel par exemple.»
Revue sommaire du développement ultérieur de l’opération de la cataracte depuis Daviel jusqu’à nos jours.
Les premiers changements et son introduction générale.
L’extraction de la cataracte fit une profonde impression sur les chirurgiens de ce temps’). Elle eut l’approbation générale et souleva l’enthousiasme de certains opérateurs. Quelques uns, prévenus 2) et grincheux 3], firent de l’ahstention.
Malgré le plaidoyer raisonné de Daviel les ciseaux furent rejetés et la section cornéenne se fit avec un couteau à cataracte.
Le premier couteau à cataracte est décrit par de laFaye^), le 11 novembre 1752, le second par Sharp, de Londres, qui le premier opéra avec le sien sur le vivant, dès le 7 avril 1753. Vinrent alors, (outre le couteau inutilisable de Poybt, de Paris, 1753) celui de Warner, de Londres 1754, avec tranchant droit et dos convexe; de Beranger, de Bordeaux 1755- 1756; de Tho. Young, d’Edimburg 1756; de Tenon à Paris 1757 (pareil à celui de de la Faye, mais plus mince et un peu plus court); de Pamard d’Avignon 1759. Puis ceux de Wenzel, de Richter®), les couteaux triangu-
1) * J’ose vous assurer que jamais découverte n’a fait plus de bruit que la mienne,» écrit Daviel, le 2 mai 1753, à Caqué de Reims.
«Les avantages de l’extraction du cristallin dans l’opération de la cataracte sont aujourd’hui généralement connus,» écrit Pamard dans son premier mémoire soumis à l’Acad. de Chir. en août 1739. Dans le troisième, d’octobre 1763, il remplace les derniers mots par «ne sont plus contestés en France.»
2) Pousse, Büchner, Nannoni, Méjan.
3) Pallucci, Taylor.
4) Pallucci, dont les publications, je le concède à Daviel, sont insensées, a inventé un couteau-aiguille (Acad, de Chir., 11, p. 353) qu’il a figuré en 1762. C’est en vain que l’on cherche dans ses écrits les opérations faites avec cet engin.
5) Que Richter ait volé à Wenzel son couteau à cataracte, c’est là une affirmation audacieuse de ce dernier, déjà tenue pour telle en 1785, mais que SuLZER a rééditée cent ans plus tard. (Ann. d’ocul., nov.-déc. 1895).
Hirscubebg, La Eenaiasance de l’OpMalmologie. 9
laires de Barth et Beeu. La courtoisie de l’historien s’arrête devant le couteau à ressort de Gueuin. Eciiold, Dumont, Becquet, van Wv (1792, 1802), Assalini (1792) imaginèrent de leur côté des améliorations!
11 n’y eut point d’opérateur renommé, qui n’y allât pas de son propre couteau à cataracte pour lui donner la préférence. Pfotenhauek a été en mesure de décrire dans sa dissertation de 1805, imprimée à Wittenberg, 49 couteaux à cataracte; Lachmann, dans sa dissertation de 1 821 , en réunit 69 : quelques uns lui manquaient encore !
Malgré les violentes attaques auxquelles Daviel fut en proie, il faut accorder au couteau de Beranger (fig. 1 0), si grossier qu’il soit, qu’il con-
Fig. -10.
tient en germe les avantages que l’on peut attribuer aux couteaux plus perfectionnés de RichterI) et de Beer. «11 est un peu plus large, dit Beranger, que la moitié du diamètre de la cornée (soit trois lignes) et remplit la section à mesure qu’elle s’achève. L’humeur aqueuse ne peut s’écouler que progressivement et lentement. L’iris est retenu et ne prolabe pas devant le tranchant.»
Sharp (1753) avait déjà réclamé à peu près les mêmes avantages pour son couteau: «La lame du couteau s’élargit progressivement vers le manche. Par conséquent les points de ponction sont si exactement remplis par la lame, que peu d’humeur aqueuse s’échappe avant que l’on ne commence la véritable section.»
L’extraction de la cataracte de Daviel reçut d’emblée un accueil favorable dans tous les pays civilisés. En France outre les chirurgiens déjà nommés (la Faye, Moreau, Garenüot, Beranger, Teno.n); les frères Grand- Jean 2), le grand oculiste Pamard, Pellier de Quengsy, Janin, les auteurs de
1) Richter voit en Beranger, — et à bon droit, — l’homme qui a réellement amélioré la technique de Daviel. Il a représenté le couteau de Beranger et la section à réaliser dans son mémoire sur l’extraction de la cataracte (Ausziehung des grauen Staars, 1773.)
2) Daviel était «oculiste du Roi en survivance de M. de Luze». Ses successeurs comme oculistes du Roi furent les frères Grandjean. Ils opéraient d’après la méthode de Daviel, mais ils dilataient la plaie avec un couteau émoussé en
«iwiW,
40, 41. Pellier de Quengsy, 1783.
hJ
52, 53. de Santa Anna.
Lisbonne 1703.