‹ La renaissance de l'ophthalmologieChapitre 2 sur 17 · PRÉFACE DU TRADUCTEUR · texte numérisé non relu

PRÉFACE DU TRADUCTEUR

Lorsque mon ancien maître, le Prof. Ilirschberg, me fit l’honneur de me confier la traduction d’une partie de son œuvre historique, La Renaissance de l’ophtalmologie, j^’acceptai avec empressement cette mission, malgré d’ahsorbants devoirs académiques.

Pouvait-on ne pas applaudir à la naissance d’une édition française de cet ouvrage, sachant que l’auteur, mû par un sentiment de justice historique, y donne une preuve réelle de courtoisie internationale ?

Puisse cette courtoisie régner sans conteste dans la République des Sciences, bien autrement étendue que le plus vaste des Etats politiques.

Une autre raison me guidait: je me souvenais de l’hospitalité scientifique que mon éminent collègue de Berlin m’avait réservée, il y a plus d’un quart de siècle. J’avais à cœur de contribuer modestement à une œuvre juste, en glorifiant un homme de génie, né sur le sol français, en célébrant Jacques Dayiel, le protagoniste de l’extraction de la cataracte.

Daviel a sa statue. C’est justice. La postérité reconnaissante commémorera quelque jour, par le marbre ou l’airain, le nom de Brisseau, modèle de foi et de persévérance scientifiques, combattant heureux des antiques hérésies touchant le siège de la cataracte.

Je pensais d’autre part à la somme de gratitude toujours due à mes anciens maîtres des hôpitaux et cliniques de Paris, les fils du génial Brisseau et de l’immortel Daviel.

Juillet 1908.

DANIEL VAN DUYSE.

Introduction.

En abordant l’étude de la Renaissance de l’ophtalmologie, notre esprit se reporte vers ses origines et suit la succession des étapes de son développement.

Ainsi que la plupart des sciences de notre civilisation l’ophtalmologie est née chez les Grecs: naissance tardive, à l’époque hellénistique, avec .\lexandrie comme berceau.

Nous ne savons guère ce que les Hellènes ont dû à ces peuples de culture ancienne, appelés barbares de par leurs langues «incompréhensibles» ni ce qu’ils empruntèrent aux Egyptiens et aux Asiatiques occidentaux. Nous ignorons s’ils ont ramené de contrées lointaines de l’Inde l’opération de la cataracte entièrement inconnue aux temps florissants de la période hellénique. Pour éclaircir ce point, de nouveaux documents doivent être versés au procès.

Le canon classique de l’ophtalmologie, tel que Démosthène l’avait consigné par écrit au siècle avant notre ère, est irrémédiablement perdu pour nous. Mais les compilateurs et les analystes de la médecine grecque nous en ont conservé tant d’extraits qu’un jugement demeure toutefois possible à son endroit. Il est favorable.

Ce système d’ophtalmologie n’est pas à comparer avec la géométrie d’EucLiDE. Le parallèle avec le concept demi-populaire de la géographie de Strabon semble plus licite.

Le concept de Strabox est la plus vieille source connue de nos jours, où la science en réveil ait puisé des forces créatrices: elle a fourni la notion de la forme sphérique de la terre, des divisions par zones, la graduation du cercle et une description, quasi valable encore, des pays méditerranéens. Elle a donné peu ou rien quant aux contrées lointaines.

Le canon hellénistique de l’ophtalmologie nous rend compte de la forme réelle et de l’action de l’appareil visuel, ainsi que de ses troubles principaux; il nous livre une description scientifique des maladies extérieures, visibles de l’oeil, avec leur thérapeutique et la nature des interventions chirurgicales. La science renaissante des peuples les plus divers y a puisé au cours des époques suivantes, pendant près de deux millénaires.

Hibschberg, La Renaissance de l'Ophtalmologie.

On retrouve ici les données fondamentales de Tamblyopie et de l’amaurose, de la presbytie et de la myopie, de la nyctalopie et de l’héméralopie qui sont demeurées debout près de deux mille ans. Dépouillées de leur étiologie enfantine, empruntée à la pathologie humorale, elles n’ont pas vieilli tout à fait. En leur logique netteté et leur bref énoncé, elles l’emportent sur le style érudit de plus d’un de nos traités modernes. Voici les maladies des paupières et de la conjonctive, dont nous parlons encore, — l’ophtalmie, c’est à dire «l’inflammation de la conjonctive», avec ses trois degrés, le trachome avec ses quatre degrés et son traitement mécanique encore en usage, les ulcères de la cornée. Ces derniers sont rangés dans un système septimal, si artificiel qu’on le dirait emprunté au système planétaire d’un peuple antique, cultivant l’astronomie. Voici encore les inflammations palpébrales avec le chalazion et l’orgelet, l’ec- et l’entropion et les affections des cils: la plupart d’entre nous les opèrent encore sans le savoir suivant les procédés hellénistiques. N’oublions pas les fistules lacrymales et enfin, last not least, la cataracte. Sans doute elle fut faussement interprétée comme le résultat d’une exsudation entre la pupille et le cristallin, mais on la guérit avec l’abaissement, mis en œuvre depuis près de vingt siècles. Passé à l’arrière plan depuis l’extraction, usitée depuis 150 ans, il est encore pratiqué de nos jours, en des cas très exceptionnels, il est vrai.

Dans le canon des Grecs on ne trouve que peu d’indications sur les maladies internes, maladies «cachées» des yeux. Ce n’est guère moins qu’au temps du classique Joseph Beer, à l’aurore du 1 9® siècle. A citer avant tout la dilatation, le rétrécissement et l’occlusion de la pupille; le réflexe insuffisant à la lumière, indice d’une maladie du nerf optique, l’amblyopie et l’amaurose.

Plus les peuples des temps postérieurs se sont tenus à ce canon, en se l’appropriant par l’expérience, sans laquelle l’étude des maladies n’est qu’une chimère, plus l’ophtalmologie fut en honneur parmi eux et mieux étaient dirigées les cures ophtalmiques.

L’opération de la cataracte est toujours le baromètre du niveau élevé ou bas de la culture ophtalmologique.

En dépit de la haute culture intellectuelle de l’Empire, il faut refuser aux Romains toute réalisation d’un progrès quelconque sur ce terrain comme en toute autre branche de l’art de guérir.

Les Arabes eurent leur Renaissance, par les Grecs. Il en fut de même 500 ans plus tard pour les peuples d’Europe. L’ophtalmologie arabe dérive tout entière de l’ophtalmologie grecque. Les Arabes ont toutefois surpassé leurs maîtres : ils ont créé des traités d’ophtalmologie, en grand nombre, les plus vieux venus jusqu’à nous, brillant par la disposition systématique et le bon ordre, basés sur l’anatomie et l’expérience acquises. Leurs découvertes ont enrichi la science que leur avaient transmise les Grecs. N’avaient-

ils pas complété les descriptions géographiques par leurs propres voyages? Ils ont d’auti'e part cherché à parfaire leur système; ils n’ont pas oublié les cadres dans lesquels rentrent les maladies in ter n es, les maladies de la rétine, de la choroïde, du corps vitré. Durant les ténèbres du Moyen âge ils ont été les pères nourriciers de l’ophtalmologie et ses maîtres en Europe.

L’auteur passe sous silence les progrès accomplis en Europe au cours du Moyen âge.

Même à l’époque de notre Renaissance, au début des temps modernes, on a à déplorer une disproportion inouïe entre le degré fort élevé de la culture générale et le niveau très bas de l’ophtalmologie.

Bien que la doctrine de la vision ait été fondée à nouveau au début du 16® siècle, cent ans devaient s’écouler jusqu’à la Renaissance de l’ophtalmologie. La lutte pour la cataracte l’introduisit définitivement. La victoire remportée sur Galien et gagnée pour la vérité, inaugure l’époque moderne.

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