‹ La renaissance de l'ophthalmologieChapitre 4 sur 17 · Même observation en · texte numérisé non relu

Même observation en

3. Un peu après un pauvre cataracté mourut en l’hôpital. Antoine ouvrit l’œil et trouva la cataracte représentée par le cristallin opaque.

4. En Novembre 1691 il abaissa la cataracte dans les deux yeux d’une pauvresse. La cataracte gauche remonta quelque peu. L’opérée vit avec les deux yeux et mourut de pneumonie au mois de décembre suivant. .A l’autopsie l’œil droit fit voir à l’endroit du cristallin un soulèvement du corps vitré. Le cristallin se trouvait fixé sous l’iris, tenant au corps ciliaire. La cataracte était brune, demi transparente, entourée de flocons {< accompagnements de la cataracte»). Mêmes constatations à l’œil gauche. Ainsi il est donné de voir sans cristallin. La cataracte n’est pas une cuticule qui se forme dans l’humeur aqueuse; c’est une altération du cristallin. Les anciens d’avant Galien avaient raison d’estimer que la cataracte et le glaucome étaient une seule et même maladie, mais la dernière est incurable.

Il n’est pas étonnant que la démonstration complète, sobre et méthodique de son membre correspondant produisît sur l’Académie une impression plus profonde que ne l’avait fait la première dissertation du jeune Brisseau, en l’an 1705: ce’ dernier n’avait fourni que deux observations, accompagnées d’un nombre respectable de considérations. Antoine ne parle pas de Brisseau. Il n’en dit rien non plus dans sa deuxième édition. Son livre avait été transmis au censeur (1704), avant l’apparition du premier mémoire de Brisseau. Il est dédié à l’abbé Bignon, «l’un des quarante de

français écrivent souvent <Maître Jean», ce que j’ai déjà réfuté ailleurs (Centralbl. f. pr. Augenheilk. ■1907, p. 9).

1) Rohault avait lui aussi construit un œil artificiel, (1672); Haaiberger, également (1696); de même l’illustre Huygens (1629—1695). Il y fait allusion dans sa Dioptrique, dont il avait rassemblé les matériaux dans sa jeunesse et qui ne parut qu’après sa mort (Leyde 1 703). Heister (1713) décrit les améliorations apportées par son collègue, le professeur de physique F. H. Müller, à l’œil artiliciel.

2) 111 c. 13, p. 181 ... Exempto crystallino visionem nihilo minus celebratum iri, verum non tam distincte, quam nunc . . .

l’Académie Françoise >. Peut-être a-t-il été remis ou porté à la connaissance de l’Académie avant sa publication.

La nouvelle doctrine mise au jour par le jeune et ardent Brisseau et par Antoine, auteur clair et riche d’expérience, fit une impression inouïe et déchaîna une controverse fort vive parmi les chirurgiens et les anatomistes. Elle devait tourner au profit de la science. Elle eut de nouvelles et nombreuses conséquences pour l’art et qu’on n’aurait pu obtenir si aucune voix discordante ne s’était élevée.

L’Académie française des Sciences.

«Asile de la médecine de corporation», «société réactionnaire de savants réunis en corps de métier qui, chose incompréhensible, négligèrent pendant trois années le pas le plus considérable à faire en avant pour éclaircir la question de la cataracte: ...» C’est dans ces termes que parlent de l’Académie française des Sciences O. Becker, H. Magnus, A. Hirsch. Ils ont eu tort.

Celui qui étudie l’histoire de ce corps savant et les mémoires publiés au cours des années 1706, 1707, 1708, constatera une différence énorme entre les publications du célèbre mathématicien Phil. de la HireI), plus apte à s’orienter dans les sections de cônes que dans les essais d’opérations de la cataracte sur les yeux de hœuf, et celles de l’un des plus distingués chirurgiens de l’Hôtel-Dieu, Jean Mer y 2). Celui-ci était sans nul doute à la hauteur de son art et de l’anatomie, mais n’avait guère besoin de confesser la faiblesse de ses connaissances en optique 3): il était aisé pour le lecteur de s’en convaincre.

Ni l’un ni l’autre n’était complètement armé pour élucider ce problème ardu. Les seules connaissances d’optique, sans celles de l’anatomie et de l’ophtalmologie, disait Brisseau^) au jeune de la Hire, ne suffisent pas pour trancher la question.

Le secrétaire de l’Académie, de Fontenelle, a retracé au cours de cha-

1) ‘iGiO — ■ITIS Membre de l’Académie depuis -ifiTS. Auteur des Sections coniques. Le fait découvert par Mery, qu’en plongeant un chat sous l’eau, on perçoit nettement l’entrée du nerf optique et la choroïde avec toutes ses couleurs et tous ses vaisseaux, a été élucidé par de la Hire en 009; au point de vue optique, la réfringence de la cornée se trouve exclue.

2) 1645 — 1722. Ses travaux ont trait à la description de l’oreille, à la lithotomie, à la circulation du sang chez le foetus. Son travail sur le mouvement de la pupille acquit une grande importance. Parmi les modernes il a été l’un des premiers à recommander avec énergie l’extraction de la cataracte. Nous reviendrons sur ces deux points. Le même Mery écrit: «Rohault, Brisseau, Antoine déclarent que l’on peut voir sans cristallin; d’autres philosophes et d’autres opérateurs estiment le contraire.» Il ne prend pas position dans cette importante question.

3) 1708, Mémoires, p. 243.

cune des trois années précitées la manière de voir de l’Académie et cela dans un article non signé. Il rend fidèlement pour chaque année les idées des divers auteurs: il le fait dans une prose, que je souhaite voir adopter par nos écrivains de l’histoire de l’ophtalmologie, — mais sans exprimer de jugement personnel, sans connaissance approfondie du sujet. Doit-on s’en étonner chez un auteur et un orateur nourri de jurisprudence? Il s’ensuit que ces publications ont une inégale valeur.

A aucun moment l’Académie n’avait cherché appui auprès de Galien: elle s’était basée sur l’autorité de tous les chirurgiens ayant acquis de l’expérience dans l’abaissement de la cataracte.

Tant que ses déclarations rendirent le sentiment du vieux de la Hire, l’Académie n’a pas prétendu que la lentille cristallinienne est l’instrument de la vision. En l’année 1708 on lit: on peut voir sans cristallin, qui a toujours passé pour le principal instrument de la vue.

En fin de compte l’Académie avait, au cours des trois années précitées, entrevu la vérité.

Quel temps énorme s’est écoulé avant que le monde médical, avant que les facultés de médecine de Paris et de Montpellier se soient décidés à admettre la découverte de la circulation du sang par Harvey, avant que les chirurgiens et oculistes aient été en état de saisir la théorie de la vision de Kepler?

Que le jeune Brisseau, — il n’avait pas encore opéré la cataracte, — n’ait pas réussi en 1705 à recueillir aussitôt les suffrages de l’Académie pour sa théorie de la cataracte, voilà qui n’est point pour nous étonner.

I. Dans l’année 1706 des comptes rendus de l’Académie, il se trouve un mémoire du Sieur de la Hire, le père: «Remarques et réflexions sur la nature des cataractes qui se forment dans l’ œil» i), et dans l’Histoire de l’Académie 2], une publication non signée s’appuyant sur ce mémoire: «Sur les cataractes des yeux.»

M. DE LA Hire expose: «On a toujours jugé que le glaucome répond à un trouble du cristallin, la cataracte à une pellicule qui se forme dans l’humeur aqueuse; on a tenu le glaucome pour incunable, attendu qu’on ne peut rendre au cristallin la transparence perdue. Des chirurgiens adroits ont rangé la cataracte avec une aiguille dans la partie basse de l’œil et rendu celui-ci à son usage ordinaire.

Quelques médecins soutiennent à présent que ce ne sont pas des pellicules ou membranes qu’on abaisse, mais le cristallin opacifié lui-même . . . Je répondrai à cela que s’il était possible de déplacer le cristallin en le dé-

■1) p. 20— 24 des Mémoires de l’Académie Royale des Sciences, du 17 Février 1706.

2) p. 1 2 et suiv.

tachant du ligament ciliaire, le glaucome ne serait plus une maladie incurable et par conti'e la cataracte membraneuse deviendrait une maladie imaginaire.

Il y a peu d’apparence que tous les chirurgiens se trompent sans exception sur ce qu’ils font. On ne réussit pas à abaisser le cristallin de l’œil du bœuf, sans qu’il ne bouche une partie ou la totalité de la pupille.

Une objection contre le sentiment de la cataracte, formée de pellicules, est que ceux à qui l’on a abattu la cataracte, sont obligés de se servir d’une loupe pour voir distinctement les objets de près . . . Mais on nous a exposé qu’il y avait des personnes voyant fort bien après l’opération sans se servir de loupe. Il se peut faire que dans quelques sujets l’humeur aqueuse ne laisse pas d’être encore un peu trouble ... et qu’ils sont obligés de se servir d’une loupe pour faire passer* plus de rayons dans l’œil, qui ne laissent pas de s’assembler toujours sur la rétine, si l’on approche l’objet un peu plus près . . .

Quelques uns disent que la cataracte n’est qu’un épaississement des premières enveloppes du cristallin i), — quelle main assez adroite et quels outils faudrait-il avoir pour arracher cette peau opaque de dessus le cristallin ?

Plusieurs personnes voyaient très bien les objets après l’opération . . . mais quelques jours après ... ils ne voyaient plus rien . . . quoiqu’il ne parût point au dehors que la cataracte fût remontée.

Si l’on ouvre la membrane qui couvre la cataracte, tout le cristallin se plisse et se ride ... et empêche la vue. Ce plissement se fait quelque temps après l’opération.»

Nous n’osons pas soutenir que ceci est absurde ou en contradiction avec la doctrine de la vision. Peut-être M. üe la Hire et son aide Ghomel manquaient-ils d’une certaine dextérité pour opérer les yeux d’animaux, et leurs connaissances des opérés de cataracte laissaient-elles à désirer: ceux-ci se servent d’une loupe pour la vision au loin!

Dans la publication colligée par les soins du secrétaire de l’Académie les considérations de M. de la Hire furent rendues de façon plus grossière encore et déclarées suffisamment péremptoires pour l’ancienne doctrine.

Brisseaü^) répond avec raison: 1. les opérés de cataracte voient aussi sans loupe, mais ils l’emploient lorsqu’ils veulent voir de fins objets ou voir exactement de petits objets de près; 2. dans l’œil sain de l’animal le cristallin est plus mou que la cataracte dans l’œil humain; 3. il est sou-

H La Ciurriere, Chirurgie, 1690. A. Hirsch cite d’après ce travail (p. 226): La cataracte ne commence à se former que par une petite pellicule qui se détache du crystallin et qui flotte dans l’humeur aqueuse, de la Vaugyon dit la même chose dans ses Opérât, de chir. (Paris 1698, p. 348).

2) p. 219 — 260, dans la partie finale de son ouvrage.

haitable que l’on ouvre devant l’Académie un œil de cadavre, porteur d’une cataracte.

IL L’année suivante des comptes rendus de l’Académie apporte deux mémoires de Meuï et de la Hiiie, le fils, ainsi qu’une étude non signée sur la cataracte.

1. Le glaucome et la cataracte sont-ils différents l’un de l’autre? par M. Mery ^).

Mery consigne les observations suivantes, à l’encontre de la nouvelle théorie :

a) Un marchand de Sedan, âgé de 40 ans, perdit la vision de l’œil gauche à la suite d’un trouble plâtreux survenu dans son cristallin. Une inflammation violente se déclara, le cristallin glaucomateux s’étant porté devant la pupille entre la cornée et l’iris.

Lorsque le cristallin descend (derrière la pupille), l’œil est indemne de douleur; il s’enflamme par contre fortement lorsqu’il tombe en avant. Frère Saint Yves fit, le 20 Février 1707, une section transversale à travers la cornée et .éloigna avec la cuiller le glaucome, qui se brisa. Après la guérison je trouvai l’œil malade un peu plus gros que l’œil sain et la pupille égale des deux côtés. L’œil opéré était aveugle, l’autre voyant. Le cristallin est donc nécessaire à la vision. Le glaucome et la cataracte sont deux maladies différentes.

b) Chez un prêtre, dont la cataracte avait été abattue depuis longtemps, celle-ci avait remonté et était tombée devant la pupille. Je remarquai chez lui une cataracte membraneuse arrondie et mince, placée entre la cornée et l’iris.

c) Le 28 Mai 1707, M, Littré montra à l’Académie une pièce dans laquelle une pellicule opaque (cataracte) bouchait le trou de la prunelle, le cristallin ayant conservé jusqu’après la mort toute sa transparence.

L’opinion des modernes est donc fausse et dangereuse. Si la cataracte n’était que le cristallin obscurci, il serait inutile de l’abattre, puisqu’étant abattu, les malades restent privés de la vue comme auparavant. Toutefois je n’oserais pas (en raison des observations de M. Antoine) assurer que le déplacement du cristallin cause toujours la perte de la vue. . . . Si la cataracte (la pellicule) n’est pas unie à la pupille, on peut l’abattre comme à l’ordinaire, ou la tirer en dehors par une ouverture faite au bas de la cornée transparente. >

2. Remarques sur la cataracte et le glaucome, par M. de la Hire, le fils 2).

Si en abattant seulement la cataracte on change si fort la configu-

U Mémoires, p. 491— SOI, 23 Août 1707.

2) Mémoires, p. 553 — 555, 7 Déc. 1707.

ration de l’œil, ce qu’on remarque par la réunion des rayons qui se fait beaucoup plus loin quelle ne se faisait auparavant, quel changement n’y ferait-on pas si on abattait le cristallin, sachant qu’il cause une très grande réfraction aux rayons qui passent au travers? . . . Mais je crois cependant qu’avec quelques secours étrangers (les verres convexes) on peut rétablir la vision, quand même on aurait abattu le cristallin, pourvu que les humeurs aqueuse et vitrée conservent leur transparence . . . Leur mélange n’est pas nuisible. Les deux humeurs ne causent pas des réfractions diflérentes aux rayons, ce que démontre l’expérience faite avec l’humeur vitrée de l’œil du bœuf, mise dans une fiole sphérique, ayant environ un pouce de diamètre et remplie d’eau. Quoique cette humeur fût plus pesante que l’eau, on ne laissait pas cependant de voir au travers de ces deux liqueurs les objets dans leur figure naturelle.

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