‹ La renaissance de l'ophthalmologieChapitre 6 sur 17 · Hermann Boerhaave · texte numérisé non relu

Hermann Boerhaave

Né au village de Voorhout, près de Leyde, en 1668, il était fds d’un prédicateur. Il étudia successivement la philosophie, les mathématiques, la théologie et la médecine. Devenu professeur de médecine à Leyde, en 1701, il fonda sa renommée universelle par ses deux ouvrages, Institutiones medicinae (1708) et Aphorismi de cognoscendis et curandis morbis (1709). A lui seul il valait toute une faculté. Il succomba, en 1738, à une affection du cœur. Son monument à Leyde porte sa devise: Simplex sigillum veri.

L. Heister déclare, au 7® chapitre de son mémoire sur la cataracte (p. 13 des deux éditions) qu’il a, au début de l’année 1708, communiqué le livre d’ Antoine et la nouvelle théorie à son ancien maître Boerhaave à un moment, où ce dernier professait des leçons sur les maladies de l’œil. Boerhaave se convainquit de sa véracité, l’étaya par des observations personnelles et la défendit ouvertement.

Le célèbre Hermann Boerhaave avait donc, en 1708, alors que la lutte autour de la doctrine nouvelle n’était point encore terminée en France, pris fait et cause pour elle dans ses cours publics i). Aux démonstrations d’ Antoine il avait ajouté les propositions suivantes :

«Le siège de la cataracte dans le cristallin est démontré par sa position : elle est toujours placée derrière l’iris. La cataracte ordinaire n’adhère pas à l’iris. En cas de cataracte complète toute la pupille paraît blanche. Il y a parallélisme entre la cataracte et la surface antérieure du cristallin. .Après l’abaissement l’humeur aqueuse est claire».

«Pour voir nettement les opérés de cataracte ont besoin d’un verre convexe. La démonstration cardinale de ce fait est donnée par l’anatomie. Les anciens se sont appuyés sur des hypothèses; ils n’ont pas assis leur jugement sur des dissections des yeux.»

La vraie doctrine du siège de la cataracte fut répandue rapidement par les élèves de Boerhaave.

G. Italie.

3 et 4. Valsai. va et Morgagni.

I. Valsava nous apprend dans sa deuxième Dissertation anatomique, écrite en 1717, publiée par 3Iorgagni en 1740, qu’il est sollicité à débattre

1) On a soutenu bien des fois que ce furent là les premières leçons sur l’ophtalmologie. C’est une erreur. Les Arabes avaient eu des professeurs d’ophtalmologie. Au moyen-âge de l’Europe Benevenütus avait enseigné à Montpellier et ailleurs son ophtalmologie. Nous possédons les leçons de Merguriali datant de l’époque de la Renaissance. Mais les conférences de Boerhaave étaient de loin les meilleures. — Dans le Handbuch der Geschichte (III, 1070, 1903) l’histoire de l’enseignement de l’ophtalmologie commence avec le 19e siècle! Puschmann (Gesch. d. med. Unterrichts, 1889, p. 335) donne quelques brièves indications sur le 1 8e siècle.

le siège de la cataracte par les controverses de l’Académie de Paris, ainsi .qu’à la demande du médecin ordinaire de S. M. Impériale.

Chez une femme la cataracte du côté droit avait été descendue à moitié ; à gauche elle s’était morcelée. La première avait remonté. De l’autre œil, elle avait avec le temps gagné un certain degré de vision. Après sa mort Valsalva constata dans l’œil droit, tout le reste étant normal, que le cristallin opaque avait été détaché de ses ligaments zonulaires, mais maintenu par eux en bas. Dans l’œil gauche il ne trouva plus de cristallin, mais son reliquat, sous forme de membranule dans le corps vitré, plus épaisse et plus opaque en son centre.

Chez un homme, qui se plaignait depuis un an de voir à travers un nuage, il trouva le cristallin jaunâtre et un peu trouble, facile à libérer de ses attaches zonulaires. La cataracte est un trouble de la lentille et c’est elle qui fait l’objet de l’opération. On ne pourrait abaisser une cuticule adhérante à l’iris. Il est judicieux d’attendre la maturité de la cataracte. On comprend de plus que les opérés de cataracte ont besoin d’une lentille de verre. Depuis 30 ans il . a ouvert des centaines d’yeux: il a trouvé souvent la lentille modifiée, le corps vitré trouble, jamais il n’a rencontré de membrane fermant la pupille. Les chirurgiens peuvent à présent exercer l’opération de la cataracte sur des yeux non malades (de cadavres humains et d’animaux).

La cataracte n’est pas toujours, ni pas souvent, une membrane entre la pupille et le cristallin : c’est toujours un obscurcissement de l’humeur cristalline.

IL Les lettres anatomiques (n° XVIII et XIX) de Morgagni, datées de 1739, appartiennent aux écrits les plus importants sur la nouvelle doctrine de la cataracte. Nul historien moderne n’y fait allusion. Elles rapportent (p. 356-377) les remarques de Morgagni sur le 2® mémoire de son cher maître Valsalva (de l’an 1717), mémoire où celui-ci s’est prononcé pour le siège cristallinien de la cataracte.'

Valsalva et Jean Marie Lancisi (1654-1720), professeur à Rome, firent répéter par des opérateurs exercés l’épreuve de Fabrice d’Aquapen- DENTE, consistant à faire la ponction de la cataracte sur l’œil de cadavre. Un résultatjdentique, la perforation du cristallin, s’ensuivit.

Morgagni avait, dès 1723^), accepté l’explication de l’obscurcissement du cristallin comme cause de la cataracte, mais pas absolument écarté la

l) Adversar. anatom. VI, LXXIV. Pour rechercher la curabilité de la cataracte, il y recommande la pression de l’équateur bulbaire dans l’obscurité, aux fins de provoquer le phénomène de la vision lumineuse (phosphène). Comp. Mongagni, <de sedibus et caus. morb.» XIII, I4, B. I, p. 208, et la dissertation de G. Langguth, «de luce ex pressione oculi», sur laquelle je n’ai pu jusqu’ici

forraatiou d’une membranule et par suite une inflammation intérieure. Il déclare (1739) ce qui suit;

«La cataracte siège habituellement dans le cristallin, le plus souvent dans sa substance, parfois dans sa capsule, parfois dans les deux. L’opacification de la capsule en a souvent imposé aux chirurgiens et leur a fait prendre la cataracte pour une membranule.»

11 ne peut se résoudre à dénommer glaucome la maladie encore peu connue du corps vitré.

«S’il existe une cataracte membraneuse, ce n’est pas la ponction habituelle de la cataracte qui peut l’abaisser, sans que le cristallin soit blessé. Les cataractes heureusement opérées n’étaient point des membranes.»

En prenant la défense de la nouvelle théorie, Morgagni rendit un service signalé à son pays. Il résulte d’une lettre écrite à Heister par ValisNiERi, le 20 septembre 1717, et datée de Padoue, que les opérateurs italiens de Norcie en tenaient pour l’ancienne.

Il n’est pas étonnant que Woolhouse relève, encore en 1726, cette particularité : avec une joie orgueilleuse il s’appuie sur une lettre de l’oculiste P. P. Lapi dalle Preci, imprimée à Rimini, en 1722, et sur le livre de l’oculiste Marini, imprimé à Rome, en 1723.

Les citations superficielles de Woolhoüse peuvent être complétées en consultant Haller (Bibl. chir. 11, p. 6 1 et 83): P. P. Lapi, lettera essaminando una lettera del Cocchi gli mostra cdcuni errori; tra gli alteri esser falso che l’umor cristallino sia sempre la vera sede délia suffusione. Rimini 1722, 4®. Girolomo Marini, pratica délia piu difficili operazioni di chirurgia, che rigardavano il litotomo ed oculista. Roma, 1723, 8®. (Haller ajoute: De Cataracta, quam facit membranaceam eamque naturam in centum propriis curationibus se percepisse ait.)

Du côté de Morgagni et de la vérité se rangèrent quelques autres Italiens dont il sera fait une courte mention (d’après Haller).

5. Le chirurgien de l’Hôpital S. Marie Nouvelle à Florence, Antoine BenevoLi, publiait dès 1722, en la même ville, les Lettere sopra due osservazioni fatte intorno aile cataracte: chez deux individus dont il avait abaissé la cataracte, il trouva le cristallin opacifié dans l’angle du corps vitré. Il donne les raisons pour lesquelles la cataracte doit toujours siéger dans le cristallin, notamment l’étroitesse de la chambre postérieure, la dureté de la cataracte, le chemin parcouru par l’aiguille, la possibilité d’un retour à la position première, l’absence de régénération ou néoformation d’une cataracte heureusement abaissée.

Les disputes sur le siège de la cataracte prirent également en Italie une tournure violente. Le chirurgien Pierre Paoli reprocha à Benevoli de n’avoir apporté aucune contribution à la question et d’avoir plagié Heister (Lettere . . .

mettre la main. — Ce n’est point Serres d’üzes (183:i) qui a trouvé les phosphènes par pression, bien qu’on les ait occasionnellement célébrés comme une découverte française.

esser falso che l’umor crislallino sia sempre la vera seda délia sulTussione,

Benevoli répond par le «manifesLo sopra alcune accuse contenute in un certo parère del S. Pieïuo Paoli, Florence 1 730». II y donne comme une observation personnelle l’absence de régénération de la cataracte abaissée; il démontre qu’il a fait connaître et s o n procédé et s e s observations anatomiques.

Paoli réplique encore, cela va sans dire, et Benevoli écrit, en 1732, ses «giusti ficazioni dalle replicate abuse del S. P. Paoli», Florence, 4®. D’autre part Paoli avait dans sa première lettre attaqué l’auteur suivant.

6. Le Florentin Antoine Célestin Cocchi, Professeur à Naples, le même à qui nous devons la courageuse édition de la biographie de Benvenuto Cellini, publia, en 172 1, ù Rome, une »epistola ad Morganum de lente crystallina, vera suffusionis sede».

Tous deux, Benevoli et Cocciii sont déjà remémorés dans la biographie de Heister de 172 5.

En 1749, Billi déclare, dans la première ophtalmologie italienne, que personne ne doute plus de l’exactitude de la nouvelle théorie sur la cataracte.

La cataracte de Morgagni.

De nos jours on désigne encore sous ce nom une cataracte, produit de l’âge avancé surtout, et qui contient dans sa capsule une écorce entièrement ou à demi fluide et dans celle-ci un noyau consistant, jaunâtre, un peu mobile, le plus souvent descendu. Il convient de faire ressortir que Morgagni n’a pas découvert cette forme de cataracte: il l’a décrite d’après les données de Platner^),

«J’ai trouvé dans l’œil di-oit d’une vieille femme à l’intérieur de la capsule du cristallin une quantité de liquide laiteux et dans celui-ci une lentille opaque, fortement rapetissée, à peine de la grossem' d’une lentille comestible.

Au point de vue clinique St. Yves avait déjà décrit cette forme de cataracte (1722): en abaissant la catai'acte d’un prêtre «une liqueur blanchâtre abondante se répandit dans l’humeur aqueuse qui la troublait, mais qui n’empêcha pas d’abaisser le corps solide qui l’enveloppait.» Il se forma une membrane, contre laquelle six semaines plus tard l’aiguille intervint. Le malade y vit fort bien. St. Yves attendit deux ans pour opérer l’œil congénère. L’opération eut les mêmes péripéties.

Les deux observations d’ Antoine sont analogues.

Il faut rectifier l’assertion de H. Hirsch d’après laquelle Hoin 2), un oculiste estimé de Dijon, aurait le premier fait allusion, en 1 764, à la cataracte Morgagnienne.

1) Programma, quo anno 1 736, d. XVII. Martii sectionem publicam cadaveris indixit. La description est répétée dans chir. rat., Lips. 1745 (§ 1 308, p. 889) de Jo. Zach. Platner, d. et prof, med., et citée par Morgagni (epist. anatom., p. 359).

2) Mercure de France, Déc. 1764. Le titre du mémoire de Hoin e.st le suivant: «Essai historique sur les différentes opinions concernant la nature de la cataracte». Je fais observer que Hoin ne fait pas allusion à la cataracte que nous désignons sous le nom de Morgagnienne, mais qu’il considère l’humeur de Morgagni comme la matière essentielle de la plupart des cataractes connues. A. Hirsch n’a pas tenu compte de ce périodique rare; il a emprunté la citation au traité de Janin (1772).

0. Becker n’a pu dêterminei' par qui le nom de cataracte de Morgagm a été pour la première fois mis en avant. Il suppose qu’une description i) d’un cas par Morgagni lui-même y donna naissance. Ce n’est guère admissible.

Morgagni trouva dans l’œil d’un homme de 40 ans, — qui avait contracté pendant sa jeunesse un leucome variolique de cet organe, diminué de volume et totalement aveugle, — un trouble de la capsule et dans celle-ci quantité de liquide clair, ainsi qu’un noyau petit et blanchâtre.

Ce n’est pas cette observation, c’est une autre qui devint le point de dépai’t de la dénomination en litige.

Le grand anatomiste 2) avait enseigné en 1723 dans ses Advers. anat. qu’il avait vu fréquemment sortir un peu de liquide clair en ouvrant la capsule du cristallin d’yeux frais de veau ou de bœuf. Il croit avoh* constaté un phénomène semblable chez l’homme et il est d’avis que, lorsque la sécrétion de ce liquide vient à cesser, le cristallin devient sec et trouble, comme il arrive au cristallin extrait et livré à la dessiccation^). Chez les vieillards une moindre quantité de ce liquide est sécrétée

L’opacité du cristallin vient de là. Mais il est des opacifications du cristallin résultant d’une fluidification, telle la cataracte laiteuse.

Les médecins et savants de ce temps, portés pour la pathologie humorale, ont admis avec entrain l’existence de cette humeur et l’ont gratifiée du nom de celui qui l’avait découverte. Ils ont déduit de sa dessiccation l’opacification dure du cristallin; de son augmentation et obscurcissement, la forme liquide de la cataracte, qu’on connaissait depuis longtemps, voire du temps des Grecs et des Arabes, sous le nom de cataracte laiteuse, cataracte purulente.

Janin renseigne, en 1772, sur une extraction du cristallin, chez un homme de 39 ans. Après la section cornéenne et l’ouverture de la capsule il s’écoula d’abord un liquide laiteux; la couleur blanche de la cataracte se mua ensuite en une couleur jaunâtre et, par les pressions, il sortit un noyau jaunâtre, aplati.

Le même parle d’une femme de 50 ans, chez laquelle, à la déchirure de la capsule, ne se dégagea qu’un liquide muqueux. L’œil pouvait voir sans le secours de verres convexes 5). Janin croit, à tort, que ni le cristallin ni la capsule n’ont été opacifiés ni avant ni après l’opération, que cette cataracte a été simplement due à un manque de transparence de l’humeur de Morgagni. Il rappelle que M. Hoix a prétendu à l’Académie de Dijon®) que la plupart des cataractes dépendent d’une corruption de l’humeur de Morgagni. Il s’abstient d’en publier des preuves.

1) De sedibus et causis morborum III, p. 324, E.pist 63, 6.

2) Advers. anat. VI, p. 90, A. LXXI.

3) Deinde eâdem tunicâ in vitulis etiam bobusque sive recens sive non ita recens occisis perforatâ pluries animadverti, illico humorem quendam aqueum prodire: quod et in homine observare visus sum, atque adeo credidi, hujus humoris secretione prohibitâ, crystallinum siccum et opacum fieri, ut in extracto exsiccatoque crystallino contingit. — Morgagni distingue ici le noyau (nucléus) des couches externes de la lentille. Palluci (17ü2) a rendu courants les mots noyau et écorce.

4) Epist. anat. p. 359.

5) Gendron analyse aussi un cas de ce genre, 1769, p. 392.

6) Mercure de France, Déc. 1764 (p. 149).

Pelliku de Quexgsy^) relaie le cas de l’un des yeux d’un sujet de 22 ans. 11 concorde avec le deuxième de Jamx et fut aussi erronément interprété : après l’expulsion du mucus, le cristallin transparent demeure dans l’œil. Mais l’auteur n’avait «poursuivi la cure que pendant plusieurs journées» ^).

Presque au même moment où Percival Pott^) expliquait que l’humeur de Morgagxi, ainsi dénommée dans ces cataractes, est le résultat de la dissolution de masses lenticulaires, notre compatriote Aug. Gottlieb Richtek^) publiait, en 1 773, leur vraie signification: «11 arrive parfois que, dès l’ouverture de la capsule, une quantité considérable d’un liquide laiteux s’échappe et qu’une petite lentille vienne ensuite: la quantité du liquide, et la petitesse anormale de la lentille rendent probable l’hypothèse que les couches externes de la lentille se sont dissoutes.»

Un progrès pratique se revèle, en 1786, avec le jeune Wexzel^). Il s’étend sur la cataracte, qui a son siège dans l’humeur de Morgagxi. 11 trouve, au lendemain de l’expulsion du liquide laiteux, une lentille transparente (le noyau) entre les lèvres de la plaie cornéenne. L’œil guérit et se servit ultérieurement de verres convexes. II en fut de même après l’opération d’un petit enfant. 11 pratiqua l’extraction de la lentille ci'istallinienne immédiatement après l’écoulement du liquide, chez deux paysans, et conseille de procéder ainsi de façon constante ; il recommande également dans les cas douteux de faire au cours de l’opération un essai avec les verres convexes®).

Voilà pour les faits.

Le nom de Cataracta Morgagniana, cataracte de Morgagxi, se trouve, en 1817, chez J. Beer'^), d’abord pour la cataracte laiteuse; plus tard®) il range la cataracte de Morgagni parmi les liquides-dures; il admet que l’humeur de Morgagxi est liquide, que la lentille est plus ou moins dure.

Mais voici que les cartes tournent : Travers ®) déclare hypothétique la formation de la cataracte par opacification de l’humeur de Morgagxi (182 4).

J. Sichel a donné dans son Iconogr. opht. (l8o2 — 1859, p. 178) une description exacte des cataractes liquide et morgagnienne: il s’agit d’un ramollissement de la lentille, avec ou sans conservation du noyau.

Chose remarquable, A. de Graefe (1 85 4)^®) ne s’est pas servi, en décri-

1) Recueil de mémoires et obs. sur les maladies qui attaquent l’oeil .. . Montpellier 1783, p. 304 (88. observ.).

2) Arlt a observé plus longtemps, chez un sujet de 11 ans, le trouble et le gonflement, finalement la dissolution du noyau (II, p. 2371. Ce n’est qu’à celte forme qu’il donne le nom de cataracte de Morgagxi, bien que la descente du noyau chez les vieux cataractés lui fût connue.

3) Chirurgie, II, p. 419, 1787.

4) Von der Ausziehung des grauen Stars. Gottingen 1773, p. 7 et p. 4.

5) Vom Star, Nuremberg 1788, § 21, p. 145. Comp. aussi le Dict. ophtalm. de W., 1808, 1, p. 128.

6) Aujourd’hui nous nous servirions de l’éclairage oblique et de Tophtalmoscope. J’ai jugé un jour nécessaire, d’en passer par là chez un sujet de 40 ans; il ne sortait après la section cornéenne que des masses visqueuses, et en petite quantité. Les suites furent excellentes.

7) Augenkr., II, p. 291. Comp. Plenic, Augenkr., 1 778, p. 258.

9) Diseases of the eye, 1824, p. 213.

10) Arch. f. Ophth. I, 2, p. 273.

vant minutieusement la descente du noyau au sein de l’écorce liquéfiée, de la dénomination de cataracte de Mougagni, bien qu’elle lui ait été familière par la suite. Dans l’édition française du traité de Mackenzie (t 856)i) la terminaison de la cataracte de Morgagni est décrite de la manière encore en usage aujourd’hui, et sous la dénomination de cataracte fluide dure.

A cette forme O. Becker attache dans sa célèbre monographie, Zur Anatomie der gesunden und krankcn Linse (1 883, p. 178), les dénominations de «Cataracta hypermatura lluida, Cataracta Morgagniana ... Si l’on désigne toute cataracte dont la couche corticale est liquéfiée sous le nom de Morgagnienne, on la rencontre à tous les âges et même à l’état congénital . . . Chez les individus âgés on trouve toujours, dans la couche corticale liquéfiée, un noyau descendu. »

D. Angleterre.

7 et 8. John Taylor. \V. Cheselden.

Les contemporains de la lutte autour de la cataracte, par exemple Jo. Zach. Platner, attachaient quelque valeur à l’assentiment du célèbre Anglais John Taylor.

Celui qui étudie son «Nouveau mémoire des maladies de l’humeur cristallinienn e (Londres, 1736)» est passablement désillusionné. Taylor s’étend longuement sur les recherches et conclusions du Dr. Petit. De son chef il ajoute l’assurance de n’avoir jamais vu une cataracte membraneuse dans la chambre postérieure. La vraie cataracte dérive de la pression des muscles oculaires ; la fausse débute avec une hyperémie pour finir en un trouble de la capsule et une liquéfaction du cristallin (cataracte boursée, laiteuse, purulente). Sous le nom de glaucome Taylor comprend le gonflement du cristallin, avec diminution de la chambre antérieure, dilatation de la pupille, pression sur l’organe direct de la vision, cécité absolue. Avec la perte de la perception lumineuse les violentes douleurs préexistantes ont cessé. Le cristallin finit par devenir vert-pâle.

8. William Cheselden, le distingué chirurgien de Londres, est l’inventeur de l’iridotomie. A son Anatomie du corps humain, parue à Londres en 1713, et qui eut 12 éditions, il ajouta, avec d’autres observations chirurgicales, celles qui ont trait à la cataracte ou opacification du cristallin. Il a ainsi contribué à répandre la nouvelle doctrine dans son pays. (Sa figure du cristallin opacifié, sur la planche XXXVI de l’édition allemande, est misérable.)

Il n’est pas exact de dire que Benjamin Bell (1749 — 1806) contribua à faire triompher cette vérité. Haeser l’indique (II, 710) et Magnus le répète. Le jour où Bell naquit, tous les doutes étaient levés à cet égard.

I) II, p. 38t.

Eibschbero, La Renaissance de l'Ophtalmologie.

E. En France.

9. M. Sauveur-François Morand ouvre derechef le branle (1697-1773). Chirurgien célèbre et co-fondateur de l’Académie de Chirurgie de Paris, il y avait ouvert les discussions avec son mémoire sur les cataractes: il démontre que la cataracte siège dans le cristallin ; des cataractes membraneuses ne se montrent qu’à la suite de l’opacification de la membrane cristallinienne, en avant du cristallin, ou de la membrane du corps vitré, derrière le cristallin. En deux yeux, qu’il a disséqués après l’opération de la cataracte, il trouve les cristallins abaissés dans le vitré, la capsule en place.

10. Charles de Saint-Yves, né en 1667, débuta à 17 ans, ainsi qu’il l’a déclaré lui-même, dans la pratique de la chirurgie. A 22 ans, il se tourna vers l’ophtalmologie, d’abord dans la maison St. Lazare, appartenant à la corporation chirurgicale de St. Corne, jusqu’en 1711, époque à laquelle il érigea lui-même un institut ophtalmique. Le Dictionnaire biographiquei) nous informe qu’en l’an 1708 il a pratiqué 571 opérations de cataracte par extraction. L’erreur est double: 1. il s’agissait d’abaissements de la cataracte; 2. il y en eut 71 en tout.

En 1723 St. Yves déclare que depuis 30 ans il a abattu chaque année entre 60 et 80 cataractes. Cela fait 2000 cataractes.

Je conclus d’un passage de son livre qu’il n’était pas ambidextre Il mourut en 1736.

A. Terson^) l’attaque, mais sans raison: «bien qu’il eût tracé la voie à Daviel, et permis à Mery de donner l’idée de l’extraction, par ses extractions de cataracte luxée, il sembla malheureusement peu disposé à la fin de ses jours, à adopter les méthodes nouvelles.» La même chose se trouve dans la préface du Recueil de Pellier de Quengsy ^). Comment le pauvre St. Yves eût-il pu soupçonner que 1 2 ans après sa mort la première indication de l’extraction de la cataracte habituelle, non luxée, serait faite par Daviel ?

Le Nouveau traité des maladies des yeux (Paris, 1722) de St. Yves appartient aux travaux les plus importants de notre art.

Les observations principales relatives à la cataracte sont les suivantes :

«Par vraie cataracte j’entends avec la plupart des modernes, l’humeur cristalline altérée et non une membrane formée dans l’humeur aqueuse, comme l’ont voulu les anciens.»

2) p. 157: l’Opérateur n’étant pas en main, à moins qu’il ne soit parfaitement ambidextre.

3) Arch. d’Ophtalm. XIX, p. 330, 1899.

4) 1789, p. XIII.

«Des expériences sans nombre ont fait reconnaître l’erreur de ces derniers; cependant on voit encore plusieurs personnes, qui partisans de l’antiquité, s’obstinent à soutenir l’opinion de ces hommes sages ... Ils aiment mieux chercher des raisons dans les auteurs . . . que de se rendre à des expériences évidentes.»

«J’ai été comme eux un assez long temps dans l’opinion que la cataracte guérissable par l’opération était toujours une membrane qui s’était formée dans l'humeur aqueuse; ruais deux réflexions que j’ai faites m’en ont entièrement déti'ompé. »

«Lorsque la cataracte commence, elle est profonde ... En observant de temps en temps, ... on remarque que le cristallin s’avance vers le trou de la prunelle; et la Aoie diminue de plus en plus jusqu’à ce que la cataracte se soit avancée proche la prunelle.»

«Ma seconde réflexion est tirée de l’opération même de la cataracte bien mûre, car lorsqu’on pique l’œil et que l’on enfonce l’aiguille, il arrive quelquefois qu’elle entre dans le milieu du corps qui forme cette maladie; . . . en relevant l’aiguille on aperçoit à son extrémité par la prunelle un corps opaque, de la forme du cristallin, qui tient à l'aiguille ...»

Il existe d’autre part une fermeture membraneuse de la pupille à la suite d’inflammation interne (de l’iris).

La capsule antérieure du cristallin peut aussi se troubler.

Finalement la membrane du corps vitré, au niveau de la dépression concave qui reçoit le cristallin, peut perdre sa transparence. Cette opacité prend souvent la forme stellaire').

Dans sa réponse à la soi-disante ciâtique de Mauchart, St. Yves fait remarquer que Woolhouse s’est trompé en disséquant un œil opéré de la cataracte: il a pris le corps vitré ramené en avant pour le cristallin normal et transparent et tenu pour une membrane ce qui n’était que la lentille rapetissée et descendue.

1 1 . Dr. Petit.

Petit, «le médecin», fut l’un des plus zélés défenseurs de la nouvelle théorie: il ne favorisa pas seulement la diffusion de la théorie de la cataracte et son traitement chirurgical; il fit mieux connaître la fine anatomie de l’organe de la vision. L’anatomie topographique de l’œil, indispensable à l’enseignement scientifique de la cataracte, est créée par lui. Il nous a fourni beaucoup de faits importants et essentiels relatifs à l’œil. Tout en prêtant un puissant appui à la nouvelle doctrine, la sphère d’action des travaux de Petit rayonnait loin au delà de l’ophtalmologie.

I) Nous savons aujourd’hui que c’est là une cataracte corticale postérieure. Daviel avait observé correctement cette particularité (1759).

FnANÇois-PounFOuu du Petit.

Né en 1 064, à Paris, il prit ses degrés à Montpellier (doct. P.), et continua ses études à Paris. 11 servit à l’armée, à Namur^), et plus tard dans les hôpitaux militaires, à Paris. 11 devint, en 1722, membre de l’Académie des Sciences dont les Mémoires des années 1723-1730 contiennent ses plus importants travaux. 11 mourut en 1741-^).

Il ne doit pas être confondu avec .Iean-Louis Petit, de Paris (1674 — 1760), le premier chirurgien de son temps, auteur du Traité des Maladies chirurgicales et des opérations qui leur convi ennent, ouvrage posthume, publié par DE Lesne, Paris, 1 774 (3 vol.). C’est le même qui, aux Pâques de 1 708, avait extrait, par une section cornéenne, une cataracte tombée dans la chambre antérieure, observation communiquée à Brisseau 3). (St. Yves avait déjà fait cette opération en 1707).

Occupons nous un instant de la teneur des travaux de François-Poür- FOUR DU Petit ou Petit, le médecin, ainsi qu’il s’intitule lui-même. Ils ont encore aujourd’hui une remarquable importance pour les sciences médicales.

a) «Presque tous les savants sont aujourd’hui (1725) convaincus que la cataracte répond à une opacification du^ oristallin. Il serait beau de savoir à quelle époque vécut l’homme assez intrépide pour plonger dans l’œil humain l’aiguille destinée à abattre la cataracte. La vieille description, que nous a laissée Celse, est des plus obscures-*). Celse dit qu’il faut introduire l’aiguille entre le noir (de la prunelle) et l’angle temporal; soit à trois lignes et demie du bord cornéen en faisant tourner l’œil à opérer du côté du nez ; soit deux lignes trois-quarts sans cela. La plupart des auteurs sont imprécis en indiquant le point de ponction. Antoine dit «deux lignes,» (WooLHousE de même; St. Yves indique «une ligne»). L’espace ■\ide dans lequel pénètre l’aiguille selon Celse et ses successeurs, est imaginaire: c’est le corps vitré. L’aiguille pénètre alors au travers du cristallin, ouvre le plus souvent sa capsule antérieure et déprime la cataracte dans le corps vitré.»

Les figures, que Petit donne à l'appui du texte, sont dessinées au double^) de la grandeur des dimensions exactement arrêtées par lui ; elles montrent le ligament suspenseur de la lentille sous forme d’une couche double enfermant un canal encore désigné sous le nom de Petit. Les dimensions fixées par Petit méritent d’être rappelées:

Le diamètre transversal de l’œil humain est de dix à nze lignes et

1) C’est de cette ville qu’il écrivit le 17 Fév. 1 708 à Brisseau, qui publia la lettre dans son livre (p. 1 60—1 62).

2) Biogr. Lexikon der Àrzte, IV, p. 542, 1886.

3) Brisseau, Traité de la cataracte . . . p. 1 65 — 168.

4) Le jugement est bien droit. Comp. notre Hist. de l’Opht. dans l’antiquité, T. XII, p. 245, 286, XIIl, p. 217. Celse ravit les théoriciens, surtout les jeunes. (Comp. A. Corn. Celsus, de W. Friboes, Brunswick 1906).

5) Nous les avons réduites.

demie ^), le plus souvent dix lignes et demie à dix lignes trois-quarts. L’axe oculaire a une demi-ligne de plus, la cornée étant plus saillante que le globe. En effet le diamètre, c’est-à-dire le double du rayon de courbure de la cornée comporte de sept lignes à sept lignes et demie (huit) ; la largeur de la cornée est de cinq lignes (quatre lignes trois-quarts, cinq lignes et demie). La chambre antérieure a une profondeur d’une ligne; la postérieure d’un quart de ligne (un huitième de ligne, une demi-ligne), mais davantage vers les côtés; sa largeur est de cinq lignes à cinq et demie. La pupille mesure une ligne et demie à trois lignes. La largeur du cristallin est de quatre lignes (trois lignes et demie, quatre lignes et demie) ; son épaisseur est de deux lignes. La surface antérieure a un rayon de courbure de six lignes (sept lignes et demie); la surface postérieure un rayon de trois lignes.

L’exactitude de ces mensurations force notre admiration.

Petit tire de ses recherches une conclusion; il faut ouvrir la capsule postérieure et exprimer la lentille par cette ouverture.

(Ferreix a écrit, sept ans plus tard, notamment en -1732, qu’il avait déjà exécuté ce procédé en '1720).

Bien qu’elles aient été accueillies par ses contempoi’ains, les remarques historiques de Petit sur l’antiquité sont fort attaquables. Hébophile d’Alexandrie aurait trouvé le siège de la cataracte dans le cristallin et l’aurait abaissée, et cela sans ai'rière pensée, attendu que d’après sa manière de comprendre les choses la vision se produit par l’impression de la lumière sur la rétine. Ce ne serait que plus tai’d, que le cristallin a été considéré comme le siège de la vision.

En revanche Petit ne laisse pas échapper la contradiction que l’on trouve dans Galiex (De l’utilité des parties, T. X, chap. 4, chap. 6): d’une pai’t le cristallin touche l’iris et de l’autre l’aiguille à cataracte se meut dans un espace libre situé entre eux. Petit place Avicenna 200 ans avant Fabrice d’Aquapendente.

Petit s’est trompé également en ce qui concerne le futur. Il assui’e qu’on ne pourrait extraire le cristallin opaciflé sans détruire complètement l’œil. Il ne lui a pas été donné de voir la réfutation de cette assertion: il moiu’ut en 1741, avant que Daviel ne parût. 11 ne faut pas prophétiser !

b) Nous avons vu qu’on s’est servi au cours du 17® siècle, pratique devenue courante au 18®, de la congélation pour déterminer la position exacte des parties internes de l’œil.

Dans les études sur les yeux congelés, publiées par lui, Petit surpasse tous ses devanciers.

Les adversaires du système nouveau, défendu par Brisseau, Antoixe

Figure 2.

1) Une ligne = 2,2 millimètres.

et Heisteu, s’imaginent erronément que la chambre postérieure est plus spacieuse, ([ue l’antérieure : ils s’appuient sur la figure de Vésale entre autres.

Les yeux frais, énucléés à l’homme et aux animaux, isolés des tissus ambiants, sont suspendus à un fil passé à travers le nerf optique, soumis à l’action d’un froid intense ( — 13^ R.), puis hémisectionnés suivant leur axe. La glace de la chambre antérieure mesurait une demi-ligne, deux tiers de ligne, jusqu’à une ligne, et finissait sur le côté suivant un bord aigu. La glace de la chambre postérieure mesurait un huitième à un sixième de ligne, et allait s’épaississant vers le bord du cristallin jusqu’à un sixième ou un quart de ligne.

D’autre part les yeux frais congelés perdent de leur poids. Il en résulte des difficultés d’appréciation. Toutefois la chambre postérieure ne semble, chez l’homme, contenir qu’un tiers de l’humeur aqueuse.

Le poids moyen de l’ensemble de l’humeur aqueuse est de quatre grains ’). La chambre postérieure contient conséquemment un grain et un tiers et, comme elle a cinq lignes de largeur, elle ne peut être que fort étroite. Le corps vitré de l’homme est de 20 fois aussi grand que le volume de l’humeur aqueuse.

c) 1. Le sympathique (intercostal) envoie un rameau à l’œil par l’intermédiaire de la branche qui accompagne la carotide.

2. Chaque nerf optique contient des lames (faisceaux) des deux moitiés du cerveau.

3. Les yeux de l’homme sont sphériques; il en est qui ont une ligne de longueur de plus qu’en largeur.

4. Le pourtour de la coimée est toujours circulaire; à la surface externe la conjonctive passe à un tiers de ligne, à une demi-ligne (même une ligne) sur la cornée en haut, parfois également en bas.

5. Normalement il n’existe pas de vaisseaux cornéens; chez le fœtus non plus.

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