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La choroïde devient plus claire chez les vieillards

7. «J’ai découvert un petit canal tout autour du cristallin qui s’appelle canal circulaire godronné^).»

8. Le liquide sous la capsule du cristallin est différent de l’humeur aqueuse.

1) Soit 4 X 0,06 = 0,24 gramme. (Dans Vierordt, Daten, 1888, p. 78, 0,233 jusqu’à 0,325 gramme.) — D’après Mauchart (de hydrophthalmo, 1742, § 2, a) Plempius aurait évalué le poids de l'humeur acqueuse à 3 — 4 grains. Mais ce dernier ne parle que de 3 à 4 gouttes pour l’œil humain. Cela fait 0,12—0,16 gramme ou 2 à 3 grains (Ophthalmographia, p. 43, 1632).

2) ZiNN (Anat. oculi hum., IV, 3, 1755) l’a désigné sous le nom de C an al is Petit! (ou Petitianus), nom qui s’est conservé jusqu’à ce jour.

9. Le cristallin est moins bombé en avant qu’en arrière. (Pour la consistance et la couleur voir f.).

10. La capsule du cristallin ne prend point part au trouble du cristallin. On ne peut opacifier la capsule cristallinienne du bœuf par la congélation, par les acides, etc.

d) Dans un nouveau travail sur les dimensions des deux chambres (1728), Petit critique ses propres données et remarque que la congélation amène par elle-même des modifications dans leur profondeur. 11 construisit un instrument de mensuration très exacte (ophtalmomètre) ^).

L’œil ayant été soigneusement disposé, la règle divisée est amenée au contact du sommet antérieur de la cornée; ensuite, après avoir écarté l’œil, au contact avec le point terminal supérieur de son support. On a trouvé ainsi la longeur de l’œil. Petit, ayant coupé avec soin la cornée, a mesuré ensuite la longueur du sommet antérieur du cristallin au pôle postérieur de l’œil. En retranchant la seconde valeur de la première, il a arrêté la profondeur des deux chambres = une ligne et trois douxièmes. Après quoi il calcule géométriquement la profondeur de la chambre antérieure en considérant l’iris comme un plan.

Pour ce calcul il devait connaître le rayon de courbure R de la cornée.

A cet effet il découpa des arcs de cercle dans de petites plaques de cuivre, jusqu’au moment où il s’en trouva un s’adaptant parfaitement à la surface antérieure de la cornée. 11 détermina ainsi R = trois lignes et demie, trois lignes trois quarts (trois, quatre lignes). La chambre antérieure a alors une profondeur d’une ligne. De ce qu’un grain d’eau occupe l’espace de quatre lignes et six dixièmes de lignes cubiques, il résulte que la chambre antérieure contient environ deux grains et demi d’eau ; la postérieure, un grain et demi.

e) Si Petit n'avait pas tout à fait raison en affirmant que l’iris est plan, contrairement à l’assertion de Galien qui le veut convexe, il demeurait d’accord avec Vésale et inventait du moins un nouveau pi'océdé de

■I) Le noln vient de l’Abbé Bignon et dérive de l’assemblage des mots ôcpôaX- ’x'ji, œil, et (iévpov, mesure. Un demi siècle plus tard, Pellier de Quengsy, sans citer ses devanciers, avait décrit comme étant de son invention un ophthalmomètre maniable. On enlève, en son milieu, un petit morceau de la cornée d’un sujet récemment décédé. L’une des trois tiges très fines, glissant les unes le long des autres, est amenée au contact du sommet du cristallin A, la seconde jusqu’à l’iris B, la troisième jusqu’à la surface interne de la cornée C. Une vis fixe chacune d’elles en ces points. AB mesure alors la chambre postérieure et BC l’antérieure.

Tous nos confrères savent que le nom d’ophtalmomètre a été appliqué par , Helmholtz à l’admirable instrument destiné à la mesure des constantes optiques de l’œil vivant et que les oculistes scientifiques l’emploient quotidiennement, pour le bien de leurs malades, sous la forme pratique que Javal lui a donnée (Helmholtz, Arch. f. Ophthalm., I, 2, p. ■), ISSA. Physiol. Optik, pe Edit. p. 8, 2e Edit. 1896, p. H).

recherche: il élahlil une petite cuvette avec parois de verres plans; il la remplit d’eau, y plonge un œil humain frais, ou un modèle du même, et exclut ainsi la réfraction de la cornée, gênante pour l’observation. (11 est assez étonnant qu’il ne fit pas un pas de plus pour appliquer à l’œil humain vivant cette même cuvette, ainsi que Czermak l’a fait 1 23 ans plus tard ’) !

Il polémise en passant contre la dénomination de iris, au lieu d’uvée, qu’un anatomiste réputé voulait introniser, en 1721. Il fait en outre la juste remarque que l’œil vivant possède une certaine tension par l’afllux continu de liquides, résultat de la circulation du sang et de l’élasticité des tuniques oculaires, à laquelle se joint encore la pression des muscles.

Six heures après la mort, un œil humain pèse 142 grains, l’humeur aqueuse 4, le cristallin 4, les membranes 31, le corps vitré 104.

Addition 1. L’anatomiste célèbre, c’était Wixslov' (1669 — 1760. — Né en Fionie, il étudia à Paris et y devint professeur d’anatomie).

Nous avons rappelé que [pi; signifie chez Galiex la région du corps ciliaii*e et chez Rufus, la surface antérieure de l’iris. L’iris lui-même portait chez les Grecs le nom de paYosiOYjc, membi'ane en forme de baie. Les Ai-abes ont traduit ce mot par 'inabîja, en forme de grappe de raisins. C’était inexact, mais les traducteurs latins du Moyen-âge rendirent servilement le mot arabe par uvea, adjectif barbare de uva, le raisin. Ce nom est resté. On le l'etrouve au commencement des temps modernes. Dans Vésale tunica uvea désigne la deuxième membrane d’enveloppe de l’œil, choroïde et iris. Plus tard on entendit par là l’iris seulement. Depuis Winslow le nom d’iris s’est fait jour. Chez le grand Haller on trouve tantôt iris, tantôt uvée. Aujourd’hui la membrane en forme de baie porte le nom d’iris ou de membi’ane d’ai'c-en-ciel, qui ne lui convient nullement; et uvée répond à la couche pigmentée postérieure de l’iris, laquelle n’a rien de commun avec une grappe de raisins.

Htotl n’a pas réussi dans son Onomat. anatomica (1880, p. 388) à donner l’évolution de cette dénomination.

La nomenclature de la Société anatomique (Leipzig, 1895) a laissé tomber le mot d’uvea : elle ne connait que iris et stratum pigmenti iridis.

Addition 2. Le célèbre anatomiste Winslov expose-) que l’iris est convexe en avant, même quand la pupille est étroite. 11 glisse sur la lentille convexe. Il n’existe pour ainsi dire pas de chambre postérieure. Des coupes à travers l’œil congelé montrent entre l’iris et le cristallin, au voisinage de la pupille, un mince feuillet de glace.

Aujourd’hui les examens, à la loupe, de l’œil vivant, démontrent que WrasLOw avait pleinement raison.

Nous apprenons pour la première fois dans le même travail, que la pupille

ï) Orlboscope de Czermak. Comp. Prager Vierteljahrschr. f. pr. Heilk. XXXIL p. 154, issi et Helmholtz, Physiol. Optik, 2® Edit. 1896, p. 25. cLa cornée, vue de profil apparaît sous forme d’une vésicule transparente, cintrée; l’iris se montre comme un rideau qui s’en détache quasi comme un plan.»

2) Histoire de l’Académie Royale des Sciences, a. 1721, Mémoires, p. 310 — 322.

ne se trouve pas située exactement au milieu de la circonférence formée par la cornée, qu’elle est déplacée un peu vers le côté du nez. Cela ri’avait pas échappé à l’œil artiste du dessinateur

f) Le diamètre D du cristallin de l’adulte mesure quatre lignes (quatre lignes et un quart, quatre lignes et demie, trois lignes trois quarts), son épaisseur d est de deux lignes (deux lignes et un quart, une ligne et un tiers). Chez les enfants ces dimensions sont de trois lignes et demie, de deux lignes et demie.

Le rayon de courbure de la surface antérieure [Rv) est de trois à quatre lignes et demie (six lignes et plus) ; celui de la courbure postérieure [Rp] de deux lignes et demie, (deux lignes trois quarts, deux lignes et un tiers).

Son poids G, chez les adultes, est de 4 grains (4Y4, 4 V2> 3^/4). Chez les enfants de 8 à 10 ans, il est de 3 grains.

Chez un enfant de 8 jours Petit trouve: (r = 2 grains, jD = deux lignes trois quarts, d = deux lignes, Rv = deux lignes, Rp = une ligne et demie. L’œil et le cristallin du singe sont très analogues à ceux de l’homme.

Le cristallin des enfants, comme celui des jeunes animaux, est mou ; il devient un peu plus diir, en restant uniforme, vers 15 — 20 ans; à l’âge de 20 à 23 ans, la partie centrale (le noyau) commence à devenir plus dure. Cette consistance s’étend successivement jusqu’à la surface.

Le cristallin de l’homme est transparent et incolore jusque vers 25 ans. 11 prend alors une teinte jaune pâle délicate au centre; avec les années elle vire au jaune pur et s’étend vers la périphérie. Le cristallin d’un invalide de 81 ans ressemblait à de l’ambre transparent. (Voilà des faits importants que nous mettons encore à profit aujourd’hui pour nos opérations de cataracte).

g) La capsule a été niée par quelques anatomistes. Elle est pourtant facile à démontrer. Elle n’est pas soudée au cristallin. La capsule postérieure est plus mince que l’antérieure. On ne trouve des vaisseaux sur la capsule antérieure que chez le fœtus. Malgré l’assertion de Hovius, il n’existe pas de vaisseaux dans le cristallin. D’après Antoine, le cristallin est la seule partie de notre corps qui n’est reliée aux tissus voisins, ni par des nerfs ni par des vaisseaux. La capsule retient le cristallin dans son chaton ; elle empêche l’accès de l’humeur aqueuse, c’est-à-dire le gonflement du cristallin: ella ne laisse entrer que le liquide nutritif. Morgagni a trouvé une humeur dans la capsule. Si l’on égratigne un cristallin humain, après l’avoir pesé, et essuie soigneusement cette humeur avec une éponge; on

D Comp. le Pentaistheseion de Casseri, Venise -1609, PI. V, Fig. 6; Eüstachiüs Tab. anatom., Rome 1714, PI. 40, Fig. 6 et 8. Taylor, Mechanismus, 1750, § 44. — Himly, Bau und Verrichtung d. Regenbogenhaut, in Ophth. Beob. 1801, p. 45.

trouve, lors d’une nouvelle pesée, une perte d’un 1/2 grain. Dans les opacités de la capsule antérieure il s’agit d’un accollement ; la capsule ellemôine reste transparente.

h) Les nouveau-nés ne fixent pas. Cela peut tenir à la rétine ou aux milieux réfringents. On ne trouve rien dans la première.

Ce sont l’épaisseur de la cornée et la faible quantité d’humeur aqueuse existante qui déterminent la faiblesse de vision des nouveau-nés. Ils ont déjà des contractions de la pupille. A l’àge de six semaines la cornée est plus brillante, la chambre antérieure plus profonde, la pupille plus large: les enfants commencent à regarder les objets qui les entourent.

Les chiens et chats nouveau-nés ont les paupières soudées les 8 à 9 premiers jours. Chez les premiers la cornée est trouble; elle est claire chez les autres. Le trouble de la lentille dans les têtes de veau répond à un phénomène cadavérique, déterminé par le froid ; il disparaît par une augmentation minime de la température. Les veaux, agneaux, porcs ouvrent les yeux immédiatement après la naissance; leurs yeux sont clairs, mais moins brillants que chez des animaux plus âgés. Les poussins, au sortir de l’œuf, suivent leur mère et voient leur nourriture. Chez les serins et d’autres oiseaux les paupières sont fermées o à 6 jours. (Faits à utiliser pour la théorie empirique de la vision).

i) L’ancien doyen de la Faculté de Paris, Philippe Hecqcet, avait écrit en 1827, dans ses Remarques sur l’abus des purgatifs . . ., que le cristallin se trouve au milieu de l’œil et que la cataracte était une cuticule. Lorsque Petit voulut lui démontrer la vérité il lui répondit qu’il n’avait ni le temps ni l’envie de l’écouter. Petit donne de nouvelles preuves de la situation antérieure du cristallin. Lorsqu’avec une lancette on perce l’œil à un tiers de ligne de la limite cornéenne, en dehors et du côté du nez, et que l’on conduit une aiguille par les deux ouvertures, on constate que celle-ci repose devant le cristallin. Si l’on fait la même opération trois lignes derrière le bord cornéen, on constate que l’aiguille se trouve très-près derrière le cristallin.

L’illustre Heister a démontré que la cataracte est l’opacification du cristallin. L’auteur a trouvé beaucoup de cristallins troubles sur le cadavre, mais jamais il n’a vu de cuticules. L’aiguille à cataracte traverse toujours le cristallin.

Des lignes, apparaissant dans les cristallins troubles, ont été considérées comme les plis d’une cuticule, mais ce sont des stries non rayées. De pareils cristallins peuvent être abattus complètement, ainsi qu’il l’a expérimenté chez un vieillard de 70 ans.

Son nouveau procédé d’opération éloigne la cataracte de la pupille pour

’■ 1) Camp. Aelian, N. A, 3, 23.

l’amener dans la partie antérieure du fond de l’œil. L’aiguille pratique d’abord une ouverture dans la capsule par derrière et en bas, puis elle est légèrement retirée et amenée en avant au dessus du centre de la cataracte et celle-ci est éloignée de la prunelle et déprimée en arrière.

Petit parle dans sa 3® lettre du morcellement de la cataracte molle, qu’on ne peut abaisser.

Coup d’œil rétrospectif

sur la stabilité de l’ancienne théorie de la cataracte et sur sa transformation finale.

Parmi les maladies des vieillards il est question, dans les aphorismes d’IIippocRATE, des -,'Xou7.cuaiïç, c’est-à-dire de troubles bleuâtres dans la pupille. La cataracte des vieillards est entendue; mais il n’existe pas encore de théorie de la cataracte. Nous trouvons les explications suivantes dans Aërios, tirées du canon grec de l’ophtalmologie (Demosthène, 1®” siècle de notre ère): «La cataracte {ùizoyjoiia) est l’épanchement d’une excrétion qui se coagule dans le voisinage de la pupille ; devenu complet, il empêche la vision.» «Le glaucome (Y?.au7.(üotç), le véritable, est une décoloration du cristallin, prenant une teinte bleu d’eau, avec dessiccation et coagulation. L’autre espèce de glaucome dérive d’une formation de cataracte dans laquelle l’excrétion intrapupillaire se solidifie et se dessèche au maximum.»

A mettre en parallèle avec une donnée de Rufus, (au début du 2® siècle de notre ère), consignée dans Oribase et Paul: «Les anciens ont tenu le glaucome et l’hypochyme pour une seule et même maladie. Ceux qui vinrent après, tenaient le glaucome pour une affection de l’humeur cristalline qui prend une teinte bleu d’eau en se durcissant; et l’hypocbyme pour un épanchement de liquides qui se coagulent entre l’iris et le cristallin. Tous les glaucomes sont incurables. Les hypochymes sont curables, mais ils ne le sont pas tous.»

Pour être complet extrayons encore ce passage de Paul (VI, c. 21): ♦ Tous les cataractés ont la perception de la lumière. Mais les amaurotiques et ceux qui souffrent de glaucome absolu (àTroyÀau/ojhsvTsç), n’ont pas de perception lumineuse.»

Notre jugement ne peut concevoir comment les Hellénistes, les Alexandrins, sont arrivés à embrasser cette doctrine. On peut supposer qu’après l’introduction de la ponction, dont l’origine et l’époque d’apparition nous sont complètement inconnues, ils ont été amenés à une séparation pratique des opacités, curables et incurables, développées dans le domaine pupillaire. L’hypochyme, placé immédiatement derrière la pupille, soit dans le segment antérieur de cette chambre postérieure, si profonde d’après eux, ils le séparaient anatomiquement du glaucome, siégeant dans le cristallin, leur véri-

table organe de la vision. Cette notion ne dérivait point de dissections

oculaires: elle était purement doctrinaire et transmise comme elle était née.

La croyance à l’autorité joua un grand rôle. Si les Grecs de plus tard avaient pu se résoudre à jeter par dessus bord le mot consigné

dans les écrits hippocratiques, l’erreur n’eût pas été si profondément enracinée.

Le canon arabp de l’ophtalmologie a emprunté ces notions sur la cataracte à l’école grecque, partant de même les idées sur la signification de l’incurahle «bleuissement».

En tous cas au cours du 9® siècle, (dans Tadit B. QunnA, que Sal.\h AD-DiN cite au 13®), il est question d’une enveloppe recouvrant la cataracte. Vers l’an 1000 de notre ère, 'Ammâu donne l’explication suivante: La cataracte est un corps recouvert d’une membrane comme celle de l’œuf. (11 siège à l’endroit de l’ouverture de la membrane irienne). Mais nul autre auteur ne le suit sur ce terrain de clarté.

Alkoati, cela va sans dire, et Benvenutus également ne dévient point du sentier canonique des Arabes.

Il était réservé à Canamusali, ce niais rebelle à la critique, si fréquemment cité au cours du Moyen-âge, de confondre une membranule (sabel, avec la cataracte: I, c. 2 : «Sabel id est cataracta, et quatuor sunt secundum quatuor humores. (VI, c. 1 Appendice) : Cataracte sunt quatuor secundum quatuor humores, et generantur in oculis supra pupillam. Sunt quatuor t uni ce oculorum propter fumositates quae sunt in stomacho et cerebro: et propter hoc decurrunt humores ad oculos et faciunt cataractes.»

Canamusali a introduit la modification des idées reçues et inauguré leur dépravation ultérieure.

Chez les arahistes latins tels que Guillaume ue Saliceto (1210-1270) et dans Guy de Ciiauliac (1363) la membranule fait son apparition. Le premier dit dans sa Cyrurgia I, c. 1 0 : De Pano generato ex descendentia aquae in oculo et vocatur catarrhacta.

Le second trouve l’explication suivante: «Cataracte est certaine tache panniculeuse dans l’œil, devant la prunelle.»

Guy distingue trois temps ou degrés: d’abord la «fantaisie» (la vision de flocons); en second lieu l’eau descendante; en troisième lieu, la cataracte, qui empêche la vue, — le pannicule développé.

Depuis cette époque la membrane était solidement ancrée dans l’esprit des médecins, et cela jusqu’à la renaissance de l’ophtalmologie. 11 suffit de citer Amuroise Paré, G. Bartisch, Fabrice d’Aquapen- DENTE. L’idée qu’on se faisait de la membranule, avait fait naître l’indication de l’enrouler autour de l’aiguille à cataracte et de l’abaisser ainsi i). Ce fut avec un effet rétroactif qu’on endossa aux anciens grecs la théorie erronée

D Hist. de l’Acad. R. des Sciences, Année 1706, Paris 1708, p. 13.

de la cataracte-membrane. Le célèbre IIeisteu ne fut pas seul coupable. Le savant Albert de H.^ller i) encourt le même reproche, de sorte qu’il ne faut pas s’étonner des appréciations concordantes de SfiARp2), de Daviel, de J. Beer.

A. IIiRScn a certainement raison en écrivant: «L’histoire de la cataracte nous enseigne la puissance d’un préjugé enraciné», mais il se trompe en admettant que la connaissance de la structure anatomique de l’œil, spécialement les notions sur la position de l’uvée et du cristallin, eussent dû conduire les médecins du 1 6® siècle dans le bon chemin. Un coup d’œil sur la figure ci-contre d’une section de l’œil, empruntée à l’anatomie de Vesale, de l’année loiS, livre de réputation mondiale, rend encore fidèlement la conception hellénistique-arabe de la chambre postérieure d’une profondeur inouïe. Elle suffit pour comprendre combien les médecins d’alors devaient être enclins à croire en Galien 2): l’aiguille à cataracte, après avoir

Figure 3.

perforé les tuniques de l’œil, arrive dans un large espace et peut se mouvoir en cercle, en haut et en bas, en avant et en arrière, sans toucher au cristallin.

C’est en 1600 que Fabrice d’Aquapendentk a pour la première fois, autant que je sache, figuré la position exacte du cristallin dans l’œil humain^). Il avait démontré antérieurement dans sa Chirurgie que, dans la ponction usitée de son temps pour abaisser la cataracte, le cristallin devait forcément être blessé et il conseillait de pénétrer dans l’œil plus près du bord cornéen.

Bien qu’il eût enlevé à l’erreur un double voile, il ne sut pas reconnaître la vérité, car il fait confluer au sein du cristallin les rayons péné-

1) Elementa physiol. V, S. 398, e: Oribas. et veteres omnes . . . morbum qui manu sanatur, cataractam dixerunt et a membranula derivarunt.

2) Galen was perhaps the first ... in defining the Cataract to be a film situated behind the iris. {1769).

3) De l’utilité des parties, X, col. 4, à la fin.

U De oculo, c. 8. — Léonard de Vinci a été plus prés de la vérité. Ses dessins toutefois n’ont été publiés que de nos jours.

Irant dans l’œil. Le cristallin est pris par lui pour l’organe de la vision. Les médecins et chi rurgiens étaient malheureusement fort ignorants des lois de l’optique.

Le grand Kepler i) excuse Félix Plater, très méritant dans les théories de la vision, des fautes par lui commises en optique, attendu qu’il est médecin. L’honnête Maître Antoine concède, en 1707, que, d’ordinaire, les chirurgiens sont si peu ferrés en optique, qu’ils ne comprennent même pas les termes usités dans cette science.

Il n’est que trop compréhensible qu’ils n’accordèrent qu’une médiocre attention à la nouvelle doctrine de Quarré-Lasnier-Rolfinck (vers 1650): elle leur enseignait que dans l’opération de la cataracte le cristallin, devenu opaque, est l’organe abaissé. Pour eux le cristallin était l’organe de la vision.

Au commencement du 1 8® siècle, lorsque grâce au zèle éclairé de Brisseau, grâce à la claire démonstration de Maître Antoine, la nouvelle théorie avait reçu la sanction de l’illustre Académie des Sciences de Paris, une grande difficulté surgit, à cause du culte exagéré des noms anciens, sanctifiés par des milliers d’années.

Le fait ne pouvait plus être nié: le corps abaissé dans l’opération était bien le cristallin. Eh bien! l’on avait alors devant soi un glaucome, seulement celui-ci ne serait pas aussi incurable que ne l’avaient cru les anciens. Mais c’était là plus qu’une querelle de mots^).

Le grand Morgagni lui-même ne put se libérer entièrement de ces entraves. Il n’ose pas franchement appeler «suffusio» le trouble du cristallin, moins encore «glaucome» le trouble du vitré. Objectivement il était tout à fait impartial: lorsqu’on 1716 la plupart des chirurgiens se refusaient à opérer une dame de qualité, attendu qu’elle avait un trouble du cristallin évident pour chacun, donc un glaucome, il se mit énergiquement en devoir d’opérer et eut la satisfaction de voir, qu’après l’intervention, la dite dame récupéra une acuité visuelle satisfaisante. Il se prononce sans détours aucun: «le trouble affectant la vision et curable par l’abaissement, peut siéger dans le corps du ci'istallin, dans sa capsule, ou dans les deux.»

De la Peyronie et Morand étudièrent, en 1722, les cataractes membraneuses, cataractes rares nées de l’opacification de la capsule cristallinienne. Petit démontra, en 1730, que la capsule se trouble surtout par l’accollement de substance corticale, non par une modification de sa propre

1) Paralip. in Vitell. c. V, 4. II, p. 259 et 260.) Platerus visionem ait fieri retiformis tunica ministerio; cristallinum .... efücere, ut res majores appareant . . . . videbis clarissimum virum non longius a vero abesse quam quantum professione medicum, qui mathematica non dedita opéra tractat, abesse consentaneum est.

2) Journal de Trévoux 1712, p. 1278: on pourrait conclure que ce n’est qu’une question de nom. Nullement: la question est sérieuse.

substance. IIoin‘) trouve, en 1749, dans un œil opéré de cataracte, le cristallin calaracté descendu dans la profondeur du corps vitré, une cataracte membraneuse à l’endroit normal du cristallin: il fondait la théorie de la cataracte secondaire et créait du coup la notion et le nom.

«Quoique la cataracte abattue par la méthode ordinaire remonte souvent, cela n’arrive pourtant pas toutes les fois qu’on le croit. On se laisse tromper par les apparences ; on ne distingue pas une nouvelle cataracte qui a succédé à la première, une cataracte membraneuse que je nommerai secondaire . . . secondaire, parce qu’elle doit son origine à l’opération que l’on fait pour en guérir une primitive.» Elle se produit par inflammation, après l’opération de la cataracte lenticulaire, et doit être distinguée de l’opacité de la capsule, peu fréquente, accompagnant la cataracte du cristallin.

Un siècle entier, de 1640 à 1740, avait suffit à peine pour établir, par un nombre suffisant d’observations, que la cataracte consiste le plus souvent en un trouble du corps cristallinien, rarement en celui de la capsule.

Le progrès devint beaucoup plus rapide, lorsqu’après la découverte de l’extraction de la cataracte, l’objet en litige arriva journellement aux mains des observateurs experts.

Dans la plupart des cataractes le trouble des couches corticales est l’essentiel. Hoix l’avait reconnu, en 1763, bien que la formule de ces couches répondît encore pour lui à l’humeur de Morgagni.

Deux faits heureux font trancher le début du 18® siècle sur les deux précédents: l’emploi général des lunettes après l’opération de la cataracte et l’apparition de chirurgiens, spécialement voués à la pratique de l’oculistique.

Cet emploi général des lunettes nous paraît naturel aujourd’hui. A cette époque ce fut un progrès inouï ; ce fut aussi un bienfait pour l’humanité.

11 faut s’accommoder de cette vérité, à laquelle certains esprits se montrent si rebelles: à l’époque des Romains, des Grecs et des Arabes, à la fin du Moyen-âge européen, tous les opérés et, jusqu’au début de l’époque moderne, beaucoup ou la plupart ont dù forcément se contenter de l’amélioration relative de l’acuité visuelle, conférée par l’opération en dehors de l’emploi des lunettes, et à peu près suffisante pour la libre orientation.

Seize cents ans séparent la première allusion faite à l’opération de la cataracte par Celse et la première mention des lunettes à cataracte par Daça DS Valdès. Licencié et notaire de l’inquisition à Séville, il a publié, en 1623, le premier livre connu sur l’emploi des lunettes, y faisant connaître que tous ceux dont on avait abaissé la cataracte avaient besoin pour voir au

D Mercure de France, 1764, Déc., p. 146 et Acad. R. de Chir., Il, p. 425, 1753.

loin de II à 12 «forces» i) convexes et de 20 pour la vision de près; .

et cela pour toute la vie ultérieure, sans aucun changement. Le digne '

licencié, sans faire grand bruit de sa communication, ne trahit point par j

une seule syllabe le point de savoir si la question était nouvelle, ni comment les choses se pratiquaient avant lui. Il ne risque pas au surplus le ,

moindre coup d’œil sur la réfraction de l’œil opéré de cataracte, l’œil j

aphaque. i

La pratique devança la théorie. Avant que l’on sût ce qu'était la cataracte et ce qu’était l’effet de l’opération, on trouva les verres correc- j teurs appropriés.

Le deuxième ouvrage sur les lunettes, publié par Manzini, à Bologne, en 1660, traite de la cataracte comme d’une humeur visqueuse, que l’aiguille repousse dans les profondeurs de l’œil, mais il a très justement attribué aux lunettes à cataracte un rayon de courbure appréciable^) de 0,085 mètre, <

c’est-à-dire une réfringence de près de 12 dioptries (ou 11,5 d’après Alber- '

TOTTi).

La science et le savoir des opticiens pratiques ne fut pas aussi rapi- ; dement le lot des chirurgiens et des opérateurs de cataracte. ;

Dans Franco et Güillemau, dans Bartisch et Banister, pas plus que dans Mercurial[ et chez les deux Fabrice, nous ne trouvons la moindre indication relative aux lunettes de cataracte. Il n’en est pas même question ; chez les célèbres physiciens du 17® siècle, Gassendi et Rohault. j

Les choses changèrent brusquement de face. Il nous faut enregistrer j ici une lacune dans nos connaissances historiques.

Au moment où, en 1708, s’engage la lutte principale autour de la ;

cataracte, chacun des participants, Brisseaü, le médecin^ Mery, le chirurgien, ‘

l’oculiste Antoine, le mathématicien de la Hire, tous savent du coup que j

l’opéré de cataracte a besoin d’une «loupe» pour mieux voir. Ils en parlent |

comme si la chose était depuis longtemps connue. On sait bientôt que les > myopes, délivrés de la cataracte dont ils sont atteints, n’ont pas besoin après l’opération d’une loupe aussi épaisse pour voir au loin ou qu’ils peuvent s’en passer complètement ; qu’il en est parmi eux aptes à voir au loin sans lunettes et mieux qu’avant l’éclosion de la cataracte. ^

Malgré tout, cette importante doctrine ne pénètre pas de suite dans ^ les traités et manuels d’ophtalmologie. Ni Antoine (1707), ni St. Yves (1722) i ne traitent des verres à cataracte. Chez le dernier on trouve éventuellement (p. 270) une remarque à ce sujet; «Je fis voir à l’opéré des lettres et des figures avec une lunette à cataracte.» ^

1) Les forces («die Starken») ne paraissent pas s’écarter beaucoup de nos dioptries.

2) Selon l’échelle de proportion dessinée.

Figure 4.

Le premier chirurgien qui ait établi la question des verres à cataracte avec une précision suffisante et montré à l’aide d’une figure i) la réfraction dans les yeux opérés de cataracte et privés de cristallin, fut notre compatriote Heister (1713). Son ouvrage a représenté l’essentiel de la doctrine de la cataracte dans le premier tiers du 1 8® siècle.

On peut du moins conclure ainsi des .louanges répétées que lui a décernées le Dr. Petit.

.Nous ne risquons guère de nous tromper en admettant que les opérateurs de la cataracte, au 18® siècle, quittant la plupart du temps le théâtre de leurs exploits avant la fin de la cure post-opératoire, se souciaient fort peu du choix des verres à cataracte et abandonnaient ce soin aux opérés eux-mêmes et aux marchands de lunettes. En ce qui concerne la détermination individuelle de celles-ci, on se montrait encore fort modeste. Un médecin (vers 1790) donne à son beau-père, opéré de la cataracte, les lunettes qu’il a héritées de son oncle, également opéré de la cataracte-).

Etablissant le fait des modifications permanentes que détermine dans l’œil l’extraction de la cataracte, Te>o.\ dit, encore en 1816:

«L’action de l’art de guérir finit ici, celle de l’opticien commence.» Il indique ensuite les chiiïres exacts de -h 5 lignes à 4 lignes pour la vision au loin, de -f- 3 à -|- 2 lignes pour celle de près.

Quant au deuxième fait, qualifié tantôt de fort heureux, il consiste dans l’apparition de nombreux chirurgiens habiles et un peu plus sédentaires: ils se consacrent principalement ou exclusivement à l’ophtalmologie et pratiquent eux-mêmes de nombreuses opérations

1) Le faisceau de rayons partant du point éloigné K se réunit d’abord derrière la rétine dans l’œil aphaque, au point B. L’œil demande une lentille de verre complémentaire pour réunir exactement ce faisceau sur la rétine. Si l’œil était allongé, de sorte que B se trouvât sur la rétine, comme dans la myopie avancée, il n’a pas besoin d’un verre à cataracte pour voir au loin. Il voit mieux au loin sans verre qu’avant la formation de la cataracte. (Heister, de cataracta, c. XLVIII.)

2) Pellier de Qüengsy, Précis, I, p. 170.

Hirscbbkrg, La Renaissance de l'Ophtalmologie. 5

de cataracte, notamment en France où, à côté des inciseurs et des barbierschirurgiens, la vieille corporation chirurgicale de Saint-Côme^) avait acquis au 17® siècle une importance notable et croissante.

Lasnier en était un des membres. Il a déjà attiré notre attention.

Les 200 opérations de cataracte faites au 16® siecle par Pierre Franco avaient été un sujet d’étonnement pour nous. Au début du 17® siècle nous voici en présence du chirurgien de Aigillon, d’Orléans, qui prétend avoir rendu, au cours de trente années, la vue à plus de 2000 personnes, par l’abaissement de la cataracte. Charles Saint- A'ves soutient, en 1723, que pendant le même laps de temps, il a abattu annuellement 60 à 80 fois la cataracte. Maître Antoine, à en juger par le grand nombre de cataractes rares observées et décrites par lui, a exécuté un aussi grand nombre d'opérations que les deux opérateurs précédents, pour ne pas parler de l’anglais Wool- HOUSE qui se glorifiait, en 1717, après vingt années de pratique, à Paris, d’avoir fait plusieurs milliers d’opérations de cataracte.

L’inculte Moyen-âge s’est évanoui. La nature est fréquemment interrogée: les réponses ne se font pas attendre.

Les autres pays se meuvent sur le terrain de l’ophtalmologie. En Allemagne, en Hollande, en Suisse, en Angleterre et en Italie la vie scientifique est proclamée par des milliers de voix. Et des opérations surgissent dont les Grecs et les Arabes n’ont rien su: telle la création de la pupille artificielle, appelée à elle seule par son importance, par son influence sur le bonheur de la vie, à entrer en concurrence avec l’opération de la cataracte. Des procédés opératoires sont figurés, qui améliorent sensiblement le sort de l’humanité, comme l’extraction de la cataracte sénile, l’une des découvertes les plus considérables de toute la chirurgie.

Des efforts sérieux sont tentés parallèlement pour procurer aux chirurgiens une éducation plus élevée.

En l’an 1724 se fonde, en l’Hôpital de la Charité à Berlin, le Collège médico-chirurgical pour l’éducation des médecins militaires et des chirurgiens. En 1732, l’Académie de Chirurgie est fondée à Paris, appelée à jouer un rôle si prédominant dans le perfectionnement de l’ophtalmologie. Un cours particulier des maladies des yeux et de leurs cures y est inauguré par les soins du président de La Martinière. Enfin, en 1745, fut créé à Londres le Collège des Chirurgiens.

1) L’histoire de ce collège se trouve dans les recherches critiques et historiques sur l’origine, sur les divers états et sur les progrès de la chirurgie en France. A Paris. Chez Charles Osmont, Imprimeur de l’Acad. R. de Chir. 1754 (40, 535 p.)

Nous avons une Histoire critique chez M alg aigne (Ambroise P are, I, p. CXX, 1840).

IHrschberg, La Renaissance de l’Ophtalmologie.

Planche II

Voir page 67.

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Librairie Wilhelm Engelmann à Leipzig.

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