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Chapitre IL

L’opération de la pupille artificielle.

Remarques préalables. Il est déjà question du rétrécissement de la pupille dans le canon grec de l’ophtalmologie. Le canon arabe a l’occlusion terreuse, dure de la pupille, celle-ci n’étant plus perceptible; il n’admet pas de guérison possible. Sept siècles devaient en effet s’écouler avant que l’opération curative ne fût découverte. C’est à l’Anglais Cheselden (1728) que nous devons d’être entrés dans une voie nouvelle. L’opération produisit une sensation profonde et provoqua l’admiration générale^),

William Cheselden,

dont le nom est inscrit en lettres indélébiles dans les chroniques chirurgicales du 18® siècle, est né, le 19 octobre 1 688, à Sommerby, dans le Leistershire. Il reçut une bonne instruction classique et vint, fort jeune encore, en apprentissage chez le chirurgien M. Wilkes, à Leicester, pour passer ensuite chez M. Ferne, chirui'gien de l’Hôpital St. Thomas, à Londres. En 1 703, il était l’élève de l’habile chirurgien et anatomiste William Cowper. En 1711, il se mit à enseigner luimême l’anatomie et fut, à la suite d’une dissection non autorisée de cadavre, dans l’obligation de se disculper, en qualité de membre de la corporation des barbiers-chirurgiens, devant le Conseil de ce collège. En 1718, il devint chu’urgien-assistant ; en 1719, chirurgien au St. Thomas Hospital et peu après, médecin ordinaire de la reine Caroline et membre (Fellow) de la Royal Society. En 17*29, il fut élu correspondant de l’Académie royale des Sciences et, en 1723, aussitôt après la fondation de l’Académie Royale de Chirurgie à Paris, il devint le premier membre associé étranger de cette compagnie. En 17 34, il était chirurgien au St. George’s Hospital et, en 1737, chirurgien en chef de l’Hôpital de Chelsea. Ce poste tranquille, il l’occupa jusqu’à sa mort, le 10 avi’il 1752.

Cheselden était l’ami du poète Pope, du peintre Richardson, du naturaliste Sir Hans Sloane. Il devint aussi l’ami de Morand, le secrétaire de l’Académie de Chirurgie de Paris, que celle-ci envoya à Londres pour y étudier la lithotomie des Anglais. Sharp, l’élève de Cheselden, alla à son tour à Paris. Cette fréquentation et cet échange d’hommes réellement marquants, fut des plus fertiles pour la chirurgie des dçux pays.

L’ouvrage capital de Cheselden est son Anatomy of the human body (1713, Londres). Accepté avec enthousiasme par ses compatriotes, il était encore désigné comme ouvrage classique, en 1 790, par le Prof. Rlumenbach, de Goettingue. Le livre avait eu douze éditions. Les éditions dernières contiennent d’importantes remarques pour la chirurgie et l’ophtalmologie. Le progrès pratique capital, réalisé par Cheselden, consiste dans l’opération de la pierre vésicale.

1) Morand; «L’Astronomie assure une sorte d’immortalité à celui qui par hasard découvre une étoile, en lui donnant son nom: nous pouvons bien décerner le même honneur à un chirurgien qui, par son génie, a sçu découvrir le Ciel entier à un aveugle né.»

sujet sur lequel il publia, en 1 723, le Treatisc of the higli operation of the stone. Il préconisa ultérieurement la taille latérale: des 62 malades, opérés en quatre années de temps, un seul était mort. Mohand rapporte que Che- SELDEN avait accompli devant lui une opération de ce genre en 54 secondes. Mais Che- SELDEN, ce chirurgien parfait, avait des défaillances que quelques uns de nos grands opérateurs de cataracte n’ont pas davantage pu surmonter. 11 les décrit lui-même à la fin de son Anatomie (IV, c. 7, voir lithotomie): «Si je me suis acquis de la renommée dans cette opération, j’ai dû la payer chèrement. Nul n’a ressenti autant d’anxiété et de malaise avant une opération que celle-ci ne m’a infligé. Mais une fois à. l’œuvre, toute sensation désagréable disparaissait. Si j’ai été plus heui’eux que d’autres dans mes opérations, je ne l’attribue pas à des connaissances transcendantes, mais à cette circonstance favorable d’avoir un naturel que rien ne déconcertait et une main qu’aucune opération ne faisait trembler. »

Dans le domaine ophtalmologique Cheselden s’est acquis une renommée immortelle par la découverte de l’opération de la pupille.

L’opération de Cheselden.

L’histoire de la découverte de l’opération de la cataracte est entourée d’une obscurité profonde. Il n’y a pas lieu de s’en étonner, la première donnée sur elle remontant à près de 2000 ans. L’opération de la pupille remonte à peine à 200 ans et pourtant sa découverte n’a pas encore été clairement exposée.

Les anciens auteurs^), appartenant au premier tiers du siècle précédant, qui ne pouvaient pas même connaître la conclusion provisoire du développement de cette opération, exposent les divers modes de procéder, les utilisables et ceux qui ne l’étaient pas du tout, comme ayant la même valeur, les discutent dogmatiquement, et les décrivent en vue de la pratique; ils nous accablent sous le poids d’une multitude de particularités au milieu desquelles le doute et l’obscurité le disputent à l’erreur.

Les confrères modernes, du dernier tiers du siècle précédent, ne considèrent que la donnée finale pratique de ces efforts; ils ont perdu de vue le début historique, lis ne touchent point à la question, (tel Arlt dans la première édition de Ghaefe-Saemisch], ou n’y font que faiblement allusion comme Snellen dans la seconde édition de cette Encyclopédie (IV, II) ou CzERMAK dans son traité des opérations de l’œil. Ils n’ont pas suffisamment apprécié l’énorme travail intellectuel consacré à cette matière par le 18® et le 19® siècle; cette remarque est applicable à la chirurgie de l’œil de Terrien, Paris 1902.

Il convient donc de remonter aux sources 2):

1) Himly, Kr. d. Auges (1816, 1845) II, p. 127ff. Sprengel, Geschichte der Chirurgie, II, p. 159, Halle 1819. Blasiüs, Akiurgie, II, p. 166, Halle 1831. Jüngken, Augen-Operat., Berlin 1829, p. 600. Cauron du Villards, Maladies des yeux, II, p. 396, Bruxelles 1838.

2) Comp. Hirschberg, Centralbl. f. pr. Au genheilk., 1892, f, de Janvier.

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