‹ La renaissance des arts à la cour de FranceChapitre 116 sur 127 · PIERRE PAUL RUBENS · texte numérisé non relu

PIERRE PAUL RUBENS

Si Quintin Yarin avait décoré la galerie du Luxembourg, nous aurions 21 tableaux de moins à porter au compte de Rubans dans le livret de notre musée , mais ces vingt-une grandes toiles n'en auraient pas moins été exécutées, pour d'aulres palais, d'après d'autres compositions. Ainsi le voulait, à partir de 1614, non pas la gloire de Tartiste, non pas le génie des arts, mais la constitution de cet atelier-fabrique d'Anvers qui a devancé de deux siècles les prodiges de la vapeur. Et qu'on ne croie pas que je veuille déprécier la galerie du Luxem-

I. Beeherehes sur la Vie et le» Owraget de quelquee peMres pre»i»eiaus ie VtMeienne France^ par Pb. de Cbenneyières-Poiiitel. Paris, in-8o, 4847, page S 17.

f . Isaie Fonmler et plosiears peintres ont trarailié dans ee palais da Lozeniboarg ; Deniet et dix antres ont été encooragés par Louis XIII ; je les laisse en dehors de oe travail, comme ils sont réellement hors de mon cadre. Dans Tintrodaetion de mon Histoire de l'Académie royale de Peinture et dans la nouYelIe édition de la Description du palais Mazarin, je les passe en revue.

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bourg, elle est exéculée avec autant de soin et de talent 9 elle est tout autant de la main du maître, que pas un de ses grands tableaux , postérieurs aux premières . années de son retour à Anvers. Je dirai même qu'elle a plus d'ensemble , et dans quelques figures du roi et de la reine, plus de tenue grandiose qu'aucune autre de ses toiles. Mais en6n l'œuvre de Rubens (quelques 2,000 tableaux) serait diminuée de 21 numéros, et notre compatriote Quintin Varin aurait marqué sa place, s'il avait eu réellement on lui le feu du génie qu'allume Toccasion, cette étincelle divine. Lorsque les tableaux curent été déroulés et furent placés dans la galerie, sous la surveillance de Rubens lui-môme, l'admiration n'eut pas un contradicteur, elle n'en devait rencontrer aucun. Les biographes affirment que la reine chargea immédiatement Rubens d'exécuter une nouvelle suite de 21 tableaux, de mémedimension , représentant la vie et les hauts faits de Henri IV. Cette commande n'a pas été aussi prompte, aussi formelle. Dès 1626, Rubens parle du contrat passé avec lui, mais il ne comptait pas beaucoup lui-même sur la validité de cet engagement, car il s'inquiète vivement du bruit qui court que Marie de Médicis veut confier sa seconde sralerie à un Italien. '

4. II écrit à Valafës, de Broxelles; le 13 février 1(»6 : • Ho maraviglio di qnello cbe VS. mi scrive che il signor Cardinale (de Richelieu) voglia daoi qaadri di niia mano, cbe non s'accorda con quello che lui scrive il siguor ambasciator di Fiandra, che le piilarc de la seconda galleria délia Regiiia, non ostante il contratlo mio, siano allogaleadnn piltore ilallano. 4S di febralu 1626. >

Il revient plnsienrs fois k la charge» qaesiionne , et s'inquiète, puis il se rassure

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Pendant trois années, la reine fut distraite de ses goûts de magnificence par la lutte violente qu'elle engagea avec le cardinal de Richelieu, sa créature devenue son maître. En 1629 % une paix fourrée autorisait Tespoir du repos et permettait au cardinal d'écrire à la reine» du milieu des camps, les conseils fort pacifiques et les prévenances galantes que voici : *

par eetta raison : qoe M. l'aoïbassadeiir est sooTCDt ml informé et que le cardinal ne lai commanderait pas deox tableanx s*il deyait lui Jouer ce mauvais tour.

4. Rubens écrit lui-même a P. Dupuy, en 1630, qu'il n'est qu'au eommeneemeta 4e cet ouvrage, et il semble répondre a une insinuation : • Et pour le présent, je ne scay pas qu'il y ait aulcon diiïércnt entre nous, sinon quelque malentendu louchant les mesures et symmétrie de ceste galerie de Henry le Grand. Je vous supplie d'entendre s'il y a quelque rayson en mon endroici , me remettant entièrement à Yosire Jugement. On m'at envoyé les mesures de tous les ubieaux dès le commencement, — ^ (j'ay) fort avansé quelques pièces des plus grandes et importantes, comme le triomphe du roy au fond de la galerie ; depuis mons. l'abbé de Saint Ambroyse me retranche deux pieds de la baulieur des tableaux et aussi il hausse tant les frontispices sur les huys et portes, qui percent en quelques endroicis les tableaux, que sans remède je suis contrainct d'estropier, gaster et changer quasi tout re que j'ay faict. Je confesse que Je l'ay senti fort et plaint à Mons. l'abbé même, le priant pour ne conper la leste au roy assis sur son chariot triumphal, me faire grâce d'un demy pied et aussy lui remonstrant Fincommodité de l'accroyssement des portes susdites. J'ai dict k la ronde que tant de traverses, au commencement de eest ouvrage, me sembloyent des mauvais augures pour espérer un bon succès , me trouvant abattu de courage, et k dire la vérité, aulcunement dégousté par cesnouveauiez et changemens, a mon très grand préjudice et de l'ouvrage mesme lequel diminuera grandement de splendeur et lustre par ces retranchemens : toutefois , si on les eult ordonnez de la sorte, dn commencement , on pouvoit faire de la nécessité vertu. • Rien n'était donc positivement arrêté en 4619, et le cardinal pouvait intervenir. Marie de Mèdicis, pour son malheur, ne s'éuit pas soumise a l'autorité politique de Richelieu, mais [lour sa gloire, elle dédaigna ses conseils d'amateur et maintint a l'auteur de la première galerie l'exécution de la seconde. Le sort, ou ses fautes, voulurent qu'elle allât mourir dans la ville et dans la chambre où Rubens avait vu le jour. Les tableaux commencés par l'artiste restèrent dans son atelier et ils figurent dans le riche inventaire des objets qui furent vendus après sa mort. Il faut lire les lettres inédites de Rubens, publiées par MM. Gachard et Emile Cachet, pour bien comprendre l'ardeor du peintre d'Anvers k rechercher les commandes et sa prodigieuse fécondité pour satisfaire aux demandes qui affluaient des quatre coins do monde. 11 émane de celte correspondance une odeur de gros sous fort nauséabonde , on fera bien de relire ensuite les lettres du Poussin.

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