PAINCTRES ET GENS DE MESTIER
<( Jehannot Glouet, painctre du Roy NDS., la somme de ij' xl livres a lui ordonnée par ledit S. pour ses gaiges par lui deservis durant Tannée commencée le premier janvier mil v* xxxiiij et finie le dernier jour de décembre mil v" xxxv, laquelle somme ledit commis a payé audict Glouet. »
Le nom de Jehannet substitué à Jehan se retrouve sur la médaille que j'ai citée : JEHANNET GLOVET PIGTOR FRANG.REGIS.
Nous n'avons jusqu'à présent que bien peu de ressources pour définir la manière et apprécier le talent d'un peintre qui par sa position seule a droit à des égards. Mais que ne devons-nous pas attendre du concours des amateurs quand nous faisons appel à leurs connaissances en donnant à leur critique des bases fixes et certaines! Maintenant que nous connaissons les limites de l'activité de tous les peintres de la cour depuis le xiii* siècle jusqu'à nos jours, sera-t-il si difficile d'attribuer à chacun, avec quelque certitude, les productions qui ren-
traieDt pour ainsi dire forcément dans leur domaine?
Je me contenterai ici d'attirer l'attention des connaisseurs sur deux portraits de François P' par Jean Clouet, Tun à cheval, de petite dimension, Taulre en buste, grand comme nature. Ils nous suffiront pour caractériser la manière de peindre et le talent de cet artiste. Le portrait à cheval représente le roi à rage de 30 ans; le portrait en buste doit être postérieur de 3 ou 4 ans , c'est-à-dire que l'un a été peint vers 1524, l'autre vers 1528.
François P' est à cheval , couvert de son armure de guerre, la tête coiffée d'une toque à plume, une masse d'armes dorée à la main droite ; il tient les guides de son cheval qui piaffe sous son noble cavalier en marchant vers la gauche. L'armure en fer damasquinée en argent, le harnachement du cheval en rouge, le cheval gris à crinière noire, race espagnole. A droite, un arc de triomphe; pour fond, un paysage. Haut. 32 cent. Larg. 26.
Ce tableau est placé dans la galerie de Florence sous le nom de Jean Holbein ; noms expliquerons plus loin l'origine de cette erreur et la raison de sa persistance. C'est une délicieuse peinture française, toute flamande encore dans sa vérité, dans sa minutie, un peu gothique aussi dans sa silhouette de bas-relief, mais vivante par l'observation heureuse, la finesse habile des détails, l'éclat argentin du coloris et la simplicité de l'effet.
LES TRUIS CLOUET. Vu
Ce portrait a été reproduit plusieurs fois dans l'atelier du maître, et Tune de ces répétitions s'est conservée dans la collection de M. Sauvageot, je pourrais dire dans son musée, si les dimensions du local et la modestie du savant propriétaire ne me défendaient toute autre désignation. La miniature sur vélin de grande dimension porte en général à la recherche et s'oppose à l'accentuation. Jean Clouet n'avait pas besoin d'être poussé dans ce sens ; mais, malgré ce défaut, on ne peut qu'admirer la finesse des traits de ce visage bien connu , l'habileté des détails, la savante anatomie du cheval, la vérité de sa tête , le feu de son œil ' . Sans doute le peintre trahit dans ce travail, encore plus que dans son tableau à l'huile, l'école du miniaturiste dont il est sorti , mais on sent en lui l'étoffe d'un peintre.
L'autre portrait de François P' est confondu aujourd'hui à Versailles dans la salle dite des Rois , au milieu d'une collection de caricatures royales sans noms. J'en ferai d'abord l'histoire.
Le père Pierre Dan eut vers 1640 l'heureuse idée d'entreprendre des recherches sur la construction et l'ornementation du château de Fontainebleau : « J'av creu, dit-il dans sa préface, que le temps qui ronge toutes choses et qui bien souvent des plus superbes palais en fait des masures que la seule antiquité rend vénérables, en pourroit un jour faire de mesme
I. Ou remarqoe plusieors ctaaDgemeiits daDS cette copie. La robe du cheval n'est piQS grise mais alezan clair ; François I't a le easqne en tète au lieu d'une toque, etc.
des bastimens de cette maison; » et il se mit à l'œuvre avec un esprit critique fort recomraandable en tout temps et assez rare dans le sien ' .
Il s'attachait particulièrement aux traditions, se fiait à elles et leur subordonnait son jugement après les avoir recueillies avec soin. Voici comment il s'exprime à la fin de son chapitre intitulé du Pavillon et cabinet des peintures : « Là sont aussi les portraits de François I" et de François II, qui sont de Janet, peintre fort renommé par la muse du prince de nos poètes. » (Ronsard, en marge.)
L'abbé Guilbert vint à la suite du père Dan, en 1731 . Sa description n'a de valeur que par sa date; elle nous permet de constater les changements survenus dans le château et dans ses collections après un siècle de quasi abandon. Le portrait de Janet était resté en place; voici comment il le décrit : 'c Dans le cabinet au-dessus de la porte en allant à la chambre de la reine, le portrait original sur bois de François 1" par Janet; il a trois pieds de haut sur environ deux pieds de large ^. «
Lorsque le roi Louis-Philippe eut l'heureuse idée de compléter son grand musée historique de Versailles par une galerie de portraits , on retira des
4. 11 habiuil le cbftteaa comme supérieur du couveni de l'ardre de la Sainte-Tri-' niti et RèdemplUm de* Captifs fondé au château de Fontainebleau , et ao retour de ses toyafres en Barbarie, 11 avait des loisirs; la rédemption, de son aven même, troatant fort pea d'assistaoce.
9. Description hlstoriqne des chitean, bonrget forest de Foniainebleao, inH3, % volnmes, 1731. Tome I , p. 489. Féliblen dit i la même époque : • On Toft i Fontainebleau le portrait qu'il a fait de François I«r. •
niagasios le portrait de François I*' et on le plaça dans la salle des Rois, en bien mauvaise compagnie il est vrai (je parle des peintures), mais sans trop le restaurer et en bon jour. Le livret se donna la peine de prendre dans Touvrage du père Anselme, à Tarticle François j premier du nom y des extraits bio^ graphiques dont on se serait passé, et pour tout renseignement sur Torigine , Tauteur et la provenance dernière de cette curieuse peinture , il donna l'indication suivante : Portrait du temps. Cette désignation accompagne tant d'affreuses copies modernes, qu'elle a perdu toute autorité; j'ai dû recourir à nos inventaires.
On lit dans l'inventaire des tableaux du roi, dressé en 1709 par Bailly :
« Un tableau , manière inconnue, représentant le portrait de François premier, à demi-corps, tenant la garde de son épée d'une main et de l'autre un gand , ayant de hauteur deux pieds dix pouces et demi sur deux pieds deux pouces de large , peint sur bois. Fontainebleau, cabinet doré. » Une note au crayon porte : « Jean de Mabuse , voyés le registre du citoyen du Rameau. »
Ce registre est V inventaire des tableaux du cabinet du roi, placés à la surintendance des bâtiments de Sa Majesté, à Versailles. 11 fut dressé en 1 784 par Louis- Jacques du Rameau, qui était alors peintre ordinaire du roi, membre de l'Académie et préposé à la garde des tableaux. H formait deux petits volumes in-4°
dont le premier est perdu , c'est-à-dire qu'il n'offre qu'une description très-abrégée. On lit à la fin du second volume sous le n^ 458 et parmi les auteurs inconnus : a François ¥% vêtu dans le goût de son siècle. Hauteur, 3 pieds ; largeur, 2 pieds 4 pouces.» C'est bien le même tableau , et une main différente de celle de Rameau a écrit en marge au crayon : Jean Mabuse.
Je me figure que ces annotations marginales datent de l'Empire et sont dues à M. Denon y qui fit rédiger le grand inventaire des collections impériales y alors que le musée Napoléon se composait de ce qu'il y avait de plus beau dans les musées de l'Europe. On lit en effet à l'article Gossart : «Jean surnommé Mabuse , de Maubeuge : 1964'. Portrait à mi-corps de François P' ; il a la main gauche appuyée sur le pommeau de son épée ; hauteur, 96 cent.; largeur, 73. Ancienne collection, estimé 1,000 fr. »
Denon avait rencontré en Belgique et en Allemagne les tableaux blafards de Jean de Maubeuge; et comme le portrait de François P' est peu coloré dans les chairs et vêtu de satin blanc , il se sera laissé entraîner à cette singulière attribution. Et cependant Mabuse ne fut célèbre dans son temps que parce qu'il avait entièrement dédaigné la peinture naïve et primitive qui fait le mérite de ce portrait ; son succès fut dans sa manière tout italienne, et il aurait été singulièrement inspiré, comme peintre
étranger, s'il fût venu importer à la cour de François I^^ un style de peinture qu'on répudiait à Fon* tainebleauy et que le roi tolérait exceptionnellement en faveur de son peintre et valet de chambre.
Ce portrait est pris de trois quarts , regardant à droite ; la tète est coiffée d'une toque , le costume est de satin gris-blanc brodé d'or ; le roi tient le pommeau de son épée de sa main gauche et des gants dans sa main droite. L'exécution est large et timide à la fois ; on sent le miniaturiste qui a l'habitude de passer au carton sans s'arrêter à la peinture intermédiaire, qui est la véritable et sérieuse peinture. Cette critique est la seule que^je ferai ; elle me permet désormais de louer presque tout: les contours, le modelé et la physionomie, si bien connus, du visage de François I*', l'exécution patiente des détails , minutieuse dans le rendu des poils de la barbe, des détails d'orfèvrerie et de broderies, l'exécution large des étoffes blanches et du fond de cuir rougi sur lequel se détache la figure. Les mains ont un mouvement naturel et une pose^ particulière aux portraits de Jean Clouet, mais elles sont refaites. Cette peinture est bien conservée , quoique restaurée en quelques endroits; l'effet général est satisfaisant, mais la figure est pâle et les yeux sont morts. Le peintre n'est pas coupable de ce dernier défaut. François P' avait évidemment les yeux pinces et le regard doux, couvert, un peu voilé.
Nous devons donc rendre ce portrait à Jean
Glouet. En 1 529 , Jean Bourdichou et Jean Pereal étaient morts ; lui seul était capable de peindre avec autant de talent et de rester aussi naïvement gothique.
Gothique, je Tai dit ; le mot est lancé , je ne le retirerai pas. Quoi! dira-t-on, François I" aura gardé près de lui , comme peintre en titre d'office , un homme aussi arriéré ! Ce prince qui aimait Tart italien en dépit des tristes souvenirs que devait ranimer tout ce qu'envoyait Tltalie, ce protecteur des maîtres habiles de Rome et de Florence aura patiemment posé devant un Jeannet, mi-Flamand mi- Français ! Oui, sans doute, et j'étonnerai plus d'un amateur en lui apprenant que le grand roi, dans son insatiable curiosité, dans son goût pour la perfection, quelle qu'en fût l'origine, avait envoyé acheter des tableaux flamands ' en même temps qu'il commandait des tableaux italiens et achetait des sculptures antiques. C'est de ce nouveau point de vue qu'il faudra envisager et apprécier cette nature distinguée et cette noble influence. Examinons donc comment Jean Clouet avait pu, au milieu de
1. A défaot da nom des peintres aaxqaels Jean Dubois achetait les tableaux da roi , on ponrrait les nommer sar la simple description du svûet qu'ils représentent :
• Jehan Duboys, marchant, demouraut à Envers, la somme de sept tingu dix neuf livres, dix buict sols toomoys pour son payement des parties qui s'ensuyvent, c'est assavoir-'Ixxiij livres xvi s. pour troys tableaulx en loillc esqnels sont figurez assavoir en l'on les Fantosmes de sainct Anthoine, en l'autre une danse de paysans et en l'autre ung homme faisant ung mbec de sa borcbe— xxvi^ livres xiiij s. pour deux tableaulx de la passion faictz à buille— Ivij livres viij s. pour quatre autres tableaulx aussi faicts à huille en l*un desquels sont portraicts deux eniïans eulx baisans ensemble; en ung autre ung enfant tenant une teste de mort et en l'autre une dame d'honneur à la mode de t'iandrcs portant une chandelle en son itoing et ung pot en
Talmosphère de la cour tout imprégné de Tair italien de Fontainebleau, rester fidèle aux traditions flamandes de son père, traditions fécondes auxquelles ritalie a dû ses meilleurs peintres primitifs , TAlleroagne son Martin Schôn, le maitre d'Albert Durer, et la Suisse son Holbein , digne d'être le maitre de tous.
Pour comprendra la singularité et le mérite de cette persistance dans les anciennes données de la peinture française, telle qu'elle s'était modifiée sous l'influence flamande, il faut dire en peu de mots ce qu'était devenu l'art en France à la fin du xv* siècle* Les élèves des frères Van Evck avaient suivi jusqu'en Italie les chefs-d'œuvre de leur puissant maitre et répandu partout les principes fécondants de son école ; mais faibles et timides , semblables à ces peuples barbares qui subissaient l'influence des nations civilisées vaincues par eux, ils avaient cessé d'être flamands sans devenir Italiens, c'est-àdire qu'ils avaient abandonné l'imitation consciencieuse et l'exécution patiente pour adopter les façons expédilives du génie, mais pour leur malheur
l'aotre, lesqoels tableaolx dessas dicis, ledict seigneur a acbaptez et d'iccalx laymesmes faict pris avec ledict DolMys à ladlcte somme et iceulx à ceste fin faict mettre en son cabinet du LooTre poor son service . • Le 2 décembre 1639. Compte des MeDOS-Piaisirs. (Arcfa. gén. div. bist. vol. 100.) Je trouve en outre dans le compte de l'épargne de 4528 cet article malheureosement trop laconique : • A maistre Victor Brodeau,* secrétaire de la Royne de Navarre la somme de deux cens cinq livres tournois qui lui a esté ordonnée par le Roy N. S. le 15 septembre 152K pour convertir et emploier en l'acbapl et provision de certains tableaulx, poortraiciz et autres menus oavraiges que ledict seigneur luy a commandé recouvrer et acbapter pour son plaisir et service au pays de Flandres où ledict seigneur l'envoyé présentement et dont il ne veult cy estre faicie autre menr ion. *
sans génie. Ces transfuges repassèrent les monts; ils firent accepter partout la renaissance italienne avec d'autant plus de facilité que la transition fut moins brusque ; et lorsque nos rois , même avant cette promenade en Italie que la noblesse de France fit à la suite de Charles VIII , appelèrent à eux de vrais peintres italiens, on les regut sans défiance, et leur manière fut acceptée sans grande contestation. On sait comment poussé toujours plus rapidement dans ce courant de la renaissance italienne qui entraînait TEurope entière, François P' attira à lui les premiers peintres, les plus habiles sculpteurs, mettant sous les yeux des artistes français tous les moyens de séduction et les plus beaux morceaux de Tantiquité et les plus belles inspirations du génie moderne, et, ce qui séduira toujours l'imagination de l'artiste , la pensée placée au-dessus de l'exécution , et des procédés expéditifs mis au service des inspirations de premier jet.
Aussi tout céda : un sculpteur de la trempe de Michel Colombe, un peintre fort et fécond comme Jean Cousin, un miniaturiste délicieux comme Fouquel. Janet seul résista, et quand je dis Janet, je cite le maître par excellence , car il avait pour adhérents fidèles une foule de peintres provinciaux pour lesquels la renaissance italienne fut un mot sans être une chose. Que signifiait cet entêtement? Que prétendait cet homme ! Il voulait rester français.
Rester français , c'était n'accepter presque rien de rinfluence italienne , c'était résister à l'engouement général. Jean Clouet puisait celte force de résistance dans sa conviction. Ayant pris la nature pour guide , il la suivait sans se laisser éblouir par la lumière éclatante et factice qui jaillissait de FontainebleaUy sans être étourdi par le bourdonnement enthousiaste qui n'entourait que les œuvres italiennes ou leurs imitateurs. Son mérite, dans cette résistance obstinée, est peut-être moins grand qu'on ne serait disposé à l'admettre. Les peintres italiens du xv^ siècle auraient exercé sur lui une vive séduction, car il y a une certaine parenté d'origine flamande et de conviction religieuse entre Janet et ces vieux maîtres ; même fidélité au modèle, même étude de la nature, c'est-à-dire du portrait, jusque dans les compositions les plus compliquées , même soin des détails, même exécution précieuse. Le Pérugin, pour prendre un contemporain, n'avait pas dévié de cette fidélité; son élève Raphaël ouvrit la voie indiquée mais fatale de ce grand développement de l'art; il se créa un idéal. Porte dorée, porte séduisante, porte fatale, par laquelle de rares et grands génies auraient pu passer, mais qui devait se fermer sur cette foule trop faible pour résister aux dangereux entraînements. Jean Clouet était accessible aux influences, mais, comme toute âme convaincue, il n'admettait que les bonnes influences, celles qui , loin de heurter des principes et des
croyances arrêtées, vieDnent avec une nouvelle puissance créatrice les grandir et les corroborer ; aussi voyons-nous, dans certaines modifications de sa manière et de celle de son fils , poindre quelque chose des grandes qualités d'un Léonard de Vinci , ce peintre géant fait pour inspirer et perfectionner en même temps un peintre de miniature comme un peintre d'histoire; cet artiste ravissant dont les qualités réunies semblaient présenter à notre école le cours complet des enseignements qu'elle pouvait comprendre et suivre sans de trop grands efforts, et qu'elle ne devait jamais dépasser sans danger de se perdre.
Et ici nous nous arrêterons un instant, car nous avons à cœur de venger la mémoire de François P", du grand roi, comme l'appellent par excellence tous les artistes du temps. On ne lui accorde d'ordinaire que ce mérite banal d'un luxe royal qui convie un grand nombre d'artistes comme il entretient de nombreuses gardes. Le roi de France avait plus en lui , il était doué d'une véritable distinction de goûts et d'instincts. Comment se refuser à lui reconnaître cette qualité quand on considère le choix des artistes célèbres qu'il appelle du dehors? En connaît-on un entre tous dont l'immense talent fût mieux adapté au goût, aux tendances, aux qualités de notre école nationale que l'admirable pinceau du maître Florentin?
Le XV* siècle avait poussé par des efforts admi-
LES TROIS CLOLET. 29
rables, au pinacle de l'art, trois grands artistes , résumé brillant de sa marche ascendante, Perugin, Jean Bellin et Léonard de Vinci. Sur ce sommet périlleux trouvèrent place encore trois grands génies, Raphaël, Michel-Ange, Titien; mais de cette hauteur, combien était diflerente la vue qui s'offrait à leurs yeux ! D'un côté , c'est la montée pénible qui. provoque la lutte ardente ; de l'autre , la descente facile qui entraîne les chutes éclatantes. Ici , une foule d'artistes naïfs, enthousiastes, pleins de sève et de feu ; là , une procession monacale de copistes monotones qui cherchent l'originalité dans l'exagération , et ne trouvent en fait de nouveauté que le rebut; d'un côté enfin, la jeunesse ou la renaissance ; de l'autre, la vieillesse ou la décadence.
S'adresser à Léonard de Vinci en 1515, c'était faire acte de juge profond de l'art. Malheureusement le chef de la vieille école était vieux luimême , et notre soleil n'avait pas de rayons assez vifs pour ranimer sa pensée éteinte, pour réchauffer ses doigts glacés. Rome avait vu la dernière flamme de ce foyer si longtemps ardent ' ; mais cet
1. S*il ne prodaisit rien k Paris, il rapporta d'iialie le tableaa qai semble avoir élè poor loi plus qn'on objet d'art, ce portrait de Mona Lissa, femme du Florentin Praneesco del Giocondo, qn'il mit qnatre mois, d'antres disent quatre ans, à peindre, se complaisant dans cette élnde d'nne physionomie graciense et sooriante, mille fois plus diflldle à rendre que la beauté sévère aux contours précis, aux formes arrêtées. 11 faat lire Yasari pour se rendre compte de la célébrité de ce portrait, il suffit de le reprder avec attention, après avoir échappé à un premier désappointement, pour comprendre qu'elle est fondée. (Musée du Louvre, no 1093.)
Le saint Jean Baptiste passa la Manche an xviio siècle, Louis Xlll l'envoya en présent à Charles I«t. A la vente de la collection de ce malheureux roi , Jabach le racheta (voir le Palais Mazarin, noie 75} ponr 3,.'(00; il passa dans la collection du
effort semblait avoir épuisé ses forces productives. La gloire de Michel- Ange, sa rudesse, son manque d'égards, avaient conduit le vieux maître à un pénible retour sur lui-même ; il vit la grande roue qui, en nous entraînant, élève de nouvelles générations, de nouvelles-gloires; il ne vit pas que celle&Kîi seraient entraînées à leur tour, et que, de ce grand naufrage du passé, la postérité n'amène au rivage que les puissants et les forts.
Léonard de Yinci mourut dans les bras de son roi qu'il appelait son maître % et il nous fut donné d'enterrer à Paris l'art italien du xv* siècle.
Après cet essai malheureux, François I*' regarda autour de lui, et qui voulut-il donner pour maître à notre art d^ns son enfance naïve? le naïf et sublime Raphaël , évitant avec sagacité la violence de Mi-
cardînal Mazaiin, ensaiie dans le eabinet du roi , de là au Louvre, on ii Ûgnre sous le no 1084. C'est un admirable spécimen des grandes qualités du maître.
Sainte Marie et sainte Anne. La grâce est cherchée plus encore que troutée, et Détail une exécution qui n'a pas deux origines possibles, on ne rapporterait delà vue de ci' tableau qu'une impression déplaisante. Il faut accepter les erreurs de la part des plus grands hommes, l'histoire l'apprend ; les peintres ne font pas exception, elles défauts de ce tableau appartiennent à Léonard de Vinci aussi bien que ses grandes qualités. M. Waagen pousse bien loin le droit que lui donnent ses connaissances en contestant l'authenticité de ce tableau; on compromet son autorité en en abosant. (C'est le no 1085 du Catalogue.)
Un portrait de femme. Dans sa description de Fontainebleau, le P. Dan affirme que ce portrait représente une duchesse de Mantoue, d'autres croient que c'est le portrait de Lucrèce Crivelli: ce n'est certainement pas la belle Ferrunnière, mais c'est un magnifique portrait. (No 4091 du Catalogue.)
Je passe les autres tableaux sous silence (nos lœe, 1087, 1088, 1090).
I. Il en est de ce trait comme des mots les plus célèbres, on a prouvé qu'ils n'étaient pas vrais, quelquefois même qu'ils n'étaient pas possibles; mais j'ai donne assez de preuves de mon amour de l'exactitude pour qu'on nie permette cette petite fantaisie. Léonard de Vinci mouraui dans les bras du roi de France, me plaît comme agréable fiction, et c'est une des plus innocentes. Il est de fait qu'il quitta ce monde le 3 mai 1519, au château de Clou â Amboise.
LES TIIOIS CLOCET. 31
chel-Ange et l'abondance du Titien. Déjà depuis plusieurs années, il insistait près de ses commissionnaires , les plus grands seigneurs de Tltalie , pour avoir des tableaux du divin maître '. En 1 51 7, il lui avait commandé un saint Michel pour décorer la chapelle ou la salle de son ordre; le saint Michel arriva resplendissant de divine tierté ^. Le roi de
4. Les mosées da Vatican , de Dresde, de Florence, de Madrid, de l'Angleterre, offrent de bien belles œavres de RapbaSI, mais aucun ne présente one suite plus intéressante pour l'élude dn maître et offrant de meilleures garanties d'authenticité.
De la première manière. — 4500-i!S05.
1189. — Le Petit Saint Micliel.
H 90. — Le Petit Saint Georges.
1197. — Portrait d'homme.
De la seconde manière. — 1S07MSI0.
1189. — La Belle Jardinière.
U86. — La Vierge au Linge.
1196. — I.e Portrait de Raphaél.
De la troitième manière. — 1510-1590.
1198. — Le portrait du comte B. Casiiglione (1516). H 93. — Raphaél et son Maître d*armes.
Je ne discuterai pas avec M. Waagen Tattribniion flaiteuse, flatteuse pour F. Francia,da no 1197; qoand j'aurai vu quelque œuvre de ce maître qui approche de cesflnes et grandes qualités, je souscrirai volontiers à la substitution : Raphaël ne perdra rien en perdant ce portrait, F. Francia y gagnera beaucoup. J'abandonne volontiers 5 Jules Romain le n» 119S, mais je niainiiens vrai le n» 1193. Je ne vois dansceite belle peinture ui le portrait de Raphaél ni celui de son maître d'armes; je n'y rherr-herai ni les traits de Marc Antoine, ni ceux de Pontormo , mais je me refuse, quelque grand cas que je fasse de Sebastien del Plombio, à lui accorder ces physionomies modelées avec tant de bonheur; il a dans sa peinture d'autres mérites, il n'a pas eeux-lii. Le non 91 est bien certainement une copie ; mais elle n'a été payée si cher en 18S1 que parce qœ c'était une mauvaise copie, les habiles ont prouvé son authenticité an moyen de ses défauts. —Cette digression sur les tableaux de Raphaél était rédigée longtemps avant la publication du catalogue de M.Villoi,qul lui a fnii perdre tout son mérite; on s'expliquera ainsi les citations des anciens numéros que le savant conservateur aurait dà associer aux nouveaux numéros qu'il adoptait. Je n'ai pas le temps de revoir ces notes.
5. Ce grand tableau est trop connu pour qu'il soit nécessaire d'en faire la description et d'en signaler les beaMtés un peu théiirales; ce n'est pas ainsi qne l'école naturaliste se figure qu'un terrasse le diable, mais aussi saint Michel n'est pas
France fit remellrc au peintre italien une somme double de celle qu'il demandait ; Raphaël ne voulut pas rester en arrière de cette générosité royale : il peint sa grande Sainte-Famille % la plus parfaite de ses compositions y et il l'envoie à Paris. Bientôt après 9 une sainte Marguerite, demandée par le roi en souvenir du nom de sa sœur, précéda l'arrivée d'un portrait vivement attendu.
L'Italie , fière de ses beautés , plaçait unanimement au-dessus de toutes les autres une beauté par excellence : Jeanne d'Aragon était sans rivale. Le cardinal Jules de Médicis (plus tard Clément VII) voulut que le roi en fût juge ; il demanda son portrait à Raphaël et l'envoya à Paris ^. Noblesse des
obligé de s'y prendre comme on fort de la Halle. Ou lit sar la bordure du vèiemenl • Raphaël. Vrbinas. pingebat M.D.WII. > Il a été peint sur bois, le resiaarateor émériie Picaolt le trausporta sur toile en 1733. Je ne parle pas des restaoratioDS qu'on a reprochées à toutes les administrations. C'est une bleu ?ieiile chanson. Ce tableau porte le no il 87.
1. Un musée qui possède re tableau peat se comparer à tous les autres, et défier le pins grand nombre, c'est la plus précleose production de la dernière manière do grand artiste. Peint avec le sentiment de la reconnaissance pour reuiercier un grand roi de ses nobles procédés, il porte partout les caractères d'ane œuvre de prédilection. On lit sur la bordure du vêlement de la Vierge : • Rapliaèl. Urbinas. pingehat MDXVlll. ■ (No 1184 du Catalogue )
On connaît la gravure d'Edelinck, aoire chef-d'œ>ivre; on ne connaît pas tontes les bonnes copies de ce tableau célèbre, mais il en passe chaqae année dans les ventes, et ce ne sont pas to^joars les meilleores, qui ont la prétention de détrôner notre original.
S. Ne faut-il pas croire que Jeanne d'Aragon , épouse d'Asranio Colonna , prince de TagUacozzo, duc de Palliaiioet connétable de Naples, devait i l'auraitde sa blonde chevelure et k sa grande position quelque chose de la célébrité que lui valurent ses charmes T S'il n'en était pas ainsi il serait difOcile d'expliquer tout ce bruit k l'ocrasion d'une flgure qui rappelle un peu la poupée, même sous ie pinceau de Raphaël.
A part cette absence d'expression , on pourrait encore reprocher ^ l'exécution nue certaine doreté dans les contours, et quelque chose de creux dans le ton générai. Mais nous renonçons k exprimer une admiration ainsi limitée et condriionnelle.
On sait que le médecin Augustin Niphus on Nifo a réuni, eu 1529, et pnblié eu
LES TROIS Cf.O0ET. gj 33
traits, charme de Texpression, beauté des cheveux, de la taille, des mains. Un modèle parfait, et pour peintre un Raphaël. Tel est le chef-d'œuvre que nous admirons au Louvre avec quatorze autres tableaux du même mattre '•
4531 le recoeil de (oolesles pièces de poésies composées k la lonauge de cette beaoté. Ûnand on est entré dans It littératore dn xyi« siècle, on bit pen de cas des élof es, et la littératore italienne de cette époqne ne donne pas an sonnet la valear de la rareté : ■ Aogostini Niphi medici ad illnstrisslmam Joannam Aragoniam Tagliaeoccii princlpem de Amore liber. Logdnni BataTomm apod Davidem Lopesde Haro.» 4644,in-l9. La première édition est de Rome, in-4o, 4531.
Les copies de ce tablean sont nombreases, et les prétentions très^rrogantes, cela devait èire. M. de Forbiii , directenr dn mnsée , dut refoser la permission, qu'on sollicitait avec instance, de faire entrer dans les galeries du Louvre une copie fameuse pour la comparer avec Toriglnal. On comprend que si la permission avait été accordée, la copie se serait vantée d'une substitution pour mieux se donner les airs d'un original. On fera bien de traiter ainxi toutes les copies.
H. Waagen range ce tableau de Raphaël parmi les douteux ; il faut alors brûler l'bîstoire et tout ce qui s'appelle garanties d'authenticité pour mettre k la place l'autnrité exclushe des conjectures. Sans m'embarrasser dans ces toiles mensongères que le besoin de la criiiqne façonne à sa guise, je citerai un article des comptes du Roi pour les années 4533 à 4540 :
« A Francisque de Bouiiongne, peintre , la somme de 44 livres, pour avoir vacqué dorant le mois d'octobre à laver et nettoyer le vernis à quatre graus tableaux de paininres apartenans au Roy de la main de Raphaël li'Urbin : assavuir le Saint-\licbei, la Sainte-NarRueriie et Sainte- Anne et le portrait de la vice-royne de Naples. ■
4. 11 faut citer dans le nombre des tableaux de Raphaël qui nous furent envoyés directement par loi, la petite Sainte-Famille, no 4488 et n» 4063 ? Féliblen donne ce renseignement : « Ce tablean a été longtemps dans la maison de BoisI, oit il avoit été laissé par Adrien GoufDer , cardinal de Boisi , k qui Léon X donna le chapeau , fan 454S, et qn'il envoya légat en France en 1519. On dit que ce fut un présent que lui fit Raphaël en reconnaissance des bons offices qu'il lui avoit rendus auprès do roy François !•'. Quoi qn'il en soit, ce cardinal le gardoit précieusement, et Raphaël luimême avoit pris soin qn'il fftt bien conservé , car II est couvert d'un petit volet de bois peint et orné d'une manière aussi agréable que sçivante. » Tome I, p. 335. Eniretkiu 9ur Uê Vies ien Peintre*, édit. in-13. Le nouveatf catalogue dn Musée, par M. Villot, ajoute : > On ignore le sort de ce volet qui a disparu depuis long-temps. » Ch tableau passa dans les collection» dn dae de Rouanez et de Lomenie de Brienne avant d'entrer dans le cabinet de L^nis XIV, il était ^ Versailles en 4699 (F. Le Comte Cab. de Sing. Il, 54). M. Waagen raitribue à Garofalo, heureux Garofalo! (Tome III. p. 449), M. Passavant, moins hardi dans ses conjectures, n'élève aucun doute sur son authenticité. (Tome II, p. 3iO).
Un dernier tableau de Raphaël nous apfiartenait. Jules de Hédicis, àla prière de Léon X, obtint de François l«r, en 4515, révéché de Narbonne. Reconnaissant de celte faveur et traitant son évèehé comme il aurait voulu être traité luiHiième , il
Ces productions et Timmense célébrité du peintre faisaient désirer plus vivement sa venue. Malheureusement, aux avances du roi, à ses désirs, Léon X opposait plus que la jalousie nationale et sa prédilection personnelle. 11 objectait l'intérêt de la religion. Raphaël n'était pas seulement le plus grand peintre de Rome; nommé architecte de Saint- Pierre, il avait une mission presque sainte ; il élevait à Dieu le plus grand temple de la chrétienté.
On ajourna donc cet espoir. Alors François I"
commaïub à Raphaël un grand lableau de la Transflguraiion pour la décoration du uiaiire-aulel de sa caibédrale.
Si Raphaël n'eùi pas été traversé dans son travail par d'antres occupations, le lableau aurait été terminé en I5f6. et certainement il serait en France; malheureusement pour nous, Raphaël y travaillait encore et allait mettre la dernière main à ce chef-d'œuvre lorsque la mort rompit ses pinceaux. Au milieu du deuil général et pour ne pas augmenter dans Rome la tristesse d'une si grande perte, le cardinal Jules de Médicis décida que ce magniflque tableau, le chant du clgnc du grand artiste, resterait dans la capitale du monde chrétien, et il nous envoya, comme compensation, la Résurrection du Lazare , peinte par Sébastian del Piombo.
Raphaël mourut donc eu peignant ce chef-d'œuvre. Mourir à trente-sept ans , an milieu de celte grande gloire, était-ce justice du ciel? Peut-être. Pour la renommée du peintre, il fallait clore brusquement cette sublime carrière et l'arrêter au pied de la Transflguration. Entre le Sposalizio et ce lableau, il y a tout un monde; poussez plus loin et vous avez le précipice. Des organisations comme celle du Titien peuvent durer un siècle entier; les eiïets de sa couleur et les théâtrales dispositions de ses flgurcs comportent dans une certaine région du talent des combinaisons infinies, mais la perfection une fois atteinte, le champ, s'il ne se rétrécit pas, a des limites si délicates, qu'il est facile et souvent tentant de les dépasser. La Mort, cruelle protectrice, a défendu Raphaël de tout écart, et Ta laissé dans l'histoire des arts comme un modèle unique. De quoi mourut-il? On aliribue laçante de sa mon à une dèhaache de femme, dit Felibien à Eymandre, pour lui enseigner en même temps l'histoire des peiutres, et l'art de parler de leur mort avec délicatesse. M. Passavant fait une plus décente supposition, et il en avait le droit , puisque aujourd'hui, de même qu'au temps de Simon Fornari et de Vasari, on n'a sur ce point que des conjectures : Wahrachtinlich halle er tich bei seinen Unlersuchungen und Aupiahmen in Roms Ruiiien em Infliges Fieber zugezogen, « Il s'était probablement attiré une lièvre chaude dans ses recherches au milieu des ruines de Rome , occupé à eu lever les plans. > (Tome I, p. 3J4.) J'aime ce probablement . L'activité fébrile qui détruit le corps en exaltant la pensée va bien â ce grand gcuie, aucun genre de débauche ne convenait à cette nature d'élite.
LES TROIS CLOD£T. 35
examina parmi tous les tableaux envoyés d'Italie où était le talent supérieur. Son choix s'arrêta sur Andréa Vannuchi qu'on appelait del Sarto. Cet artiste était alors dans la force de son talent ^ si tant est que cette nature molle ait eu jamais de la force ; sa manière de dessiner^ qui empruntait à Michel-Ange quelque chose de sa grandeur , sa couleur éclatante, qui tenait le milieu entre les grands coloristes, et par-dessus tout sa grâce, durent plaire au roi , de même que ces qualités convenaient à notre sol et auraient pu y exercer une grande influence.
Andréa del Sarto ' vint à Paris ; il y fut comblé
1. Vasari semblait devoir être le biographe officiel d'ADdrea del Sarto. Elève de ce peintre, contemporain, témoin et admirateor de toates ses prodoctions, II écrivait ses propres mémoires en traçant la vie de son maître. Gomment se fail-ll que Biadi [SolizU inédite délia vUa d* Andréa del Sarto, raccolte da manoscritti e documenti aatentici. Firenze, in^So, 1830}, et aprës lui Reomont (Andréa del Sarto. Leipzig, in-13, 1835.) ont pa rectifier autant d'erreurs, combler autant de lacunes; sans compter que les érudits italiens Bottari, délia Valle, etc. , avaient apporté chacun quelque document nouveau qui fixait une date, établissait un fait. C'est que l'histoire est plus exacte que les contemporains trop rapprochés des événements pour apprécier l'importance de l'exactitude , trop famiUers avec les hommes pour s'attacher à la minutie de leurs actions.
Je renvoie donc à Vasari, qui toutefois ne nons donne pas positivement la date du voyage d'Andréa del Sarto en France. Il nous dit, et cela revient an même, qu'il peignit à son arrivée le portrait du dauphin peu de mois après sa naissance, or le Dauphin :
Ce beau Dauphin tant désiré en France
Cl. Marot, Bal. ix.
naquit le 28 février 1547.
Andréa del Sarto conduisit avec lui à Paris son élève Andréa Sguazzella , et il le laissa en partant. Ce jeune peintre, faible imitateur de la manière de son maître, fut chargé de quelques travaux, ha lavorato, dit Vasari, m Francia m palazio fkor di Parigi cke e cosa mollo lodata (tome IX, p. 106). il y avait au château de Samblançay près de Troyes plusieurs tableaux de sa main qui avaient appartenu au seigneur, ancien superintendant des finances sous François l^^^. En 1537, Benvenuto CelUni, lors de son premier voyage à Paris, logea quelque temps chez Sguazzella, a un tanto la settimana (1, p. 435). Depuis celte date nous le perdons de vue, et nous n'avons de lui qu'on tableau douteux ( Musée du Louvre, n» 468 ).
36 LA RENA188AKCB DES ASTS.
d'égards^ de soins et de richesses. Pour répondre à tant d'attentions y il fît le portrait du Dauphin % la Charité ' qui est au Louvre et plusieurs autres tableaux^; puis il nous quitta, chassé par cet ennui qui prend aux méridionaux, promettant de revenir avec sa femme et de rapporter des tableaux et des statues. Il emporta l'argent du roi et ne revint pas. L'influence du Primatice pouvait encore s'exercer utilement sur Fart français ; son coloris clair et son dessin élégant ne contrariaient pas nos instincts ; aussi trouve-t-on de ses qualités dans la peinture de François Clouet. Mais un Bosso devait-il servir de modèle , pouvait-on adopter les conventions de Técole de Fontainebleau ou se mettre à la suite de cette émigration d'imitateurs serviles que les deux peintres rivaux , Primatice et Rosso , apportèrent dans leur bagage ; c'était adopter des procédés expéditifs qui répugnaient à nos peintres, des règles toutes faites qui les révoltaient, et un ensemble d'allures cavalières qui n'allaient ni à leurs natures, ni à leurs convictions. D'ailleurs, ayant calculé la
I. Le portrait soifit-il le sort de rorfgioalî La destmclion de ron fut-elle la conséqoence de la mort si malbearease de TaoïreT Je l'Ignore, car ce portrait royalement payé, longtemps cher i François I«r, n'est pins dans les collections de TÉiat.
s. C'est le no 856 da Catalogne, il porte cette inscription : Andretu Surlvê Florentinvê me pinxU, M.D XVIIL C'est nn de ses meilleurs tablcanx sous le rapport de Texécution, et le grand bruit qu'on a fait d'une restauration maladroite S'efface en même temps que s'adoucit la crudité de toute restauration dans sa flralcbeur.
3. Dans ce nombre, on pourra compter le no 4925 du Catalogne, si Ton suit l'opi* nion asfez fondée de H. Waagen. Ce portrait de Baccio Bandinelli peint par Sébastien del Piombo, selon le Catalogue, ne serait ni le portrait de ce sculpteur, ni un tableau de ce peintre: les raisons de l'habile connaisseur me paraissent acceptables ^tome 111, p. 430.)
longueur de leurs ailes, Jean Clouel et son ûls avaient mesuré la portée de leur vol et s'étaient donné le portrait comme une' tâche modeste, sa* chant bien au fond qu'un portrait parfait est la plus haute mission de Tart.