Histoire de l*aris, tome li, p
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lui et a)éme le meilleur de cette galerie. Tous les autres portraits sont de la main et du dessein de Buuel. Il peignit d'après le naturel ceux des personnes qui vivoient de son temps. Pour déterrer les autres , il voyagea par tout le royaume et prit les (copies des) stucs des cabinets^ des vitres, des chapelles et des églises où ils avoient été peints de leur vivant. Il fut si heureux dans sa recherche , que dans cette galerie il n'y a pas un seul portrait de son invention , et par le visage et Tattitude, tant des hommes que des femmes qu'il y a représentés, on juge aisément de leur génie et de leur caractère. Sa femme le seconda bien dans son entreprise. Gomme elle excelloit à faire les portraits des personnes de son sexe, ceux des reines et des autres dames, pour la pluspart, sont de sa main et du dessein de son mari.
« Les rois sont velus assez simplement, et le tout à la mode de leur temps et conformément à leur âge. Les reines ont leurs habits de pompe et de parade, si bien qu'avec ces vétemens différens et bizarres qui faisoient sans doute la principale partie de la galanterie et de la propreté de leur cour, ils nous paroissent si ridicules, qu'on ne peut s'empêcher de rire. »
Je ne sais si j'ai besoin de faire remarquer ces voyages à la recherche des portraits authentiques peints dans les églises, sur les vitres, dans les cabinets; ce scrupule dans la copie, cette imitation consciencieuse jusque dans les détails du costume, et
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surtout cette critique de Tépoque où les portraits anciens ont été peints d'après nature, époque assez judicieusement fixée au règne de saint Louis. Toutes les conditions d'exactitude, telles que nous croyons les avoir fixées, avaient été trouvées et observées il y a près de trois siècles.
A la même époque, les peintres eux-mêmes faisaient collection de leurs portraits, soit en gardant les originaux, soit en les répétant avant de lés livrer, soit enfin en copiant les bous portraits peints par leurs confrères. On lit dans Brantôme : « La reyne mère (Catherine de Médicis) s'habilloit toujours fort bien et superbement, et avoit tousjours quelque gentille et nouvelle invention. Bref, elle avoit beaucoup de beautez en soi pour se faire aimer, sur quoy estant allée un jour voir à Lyon un peintre qui s'appelloit Corneille , qui avoit peint , en une grande chambre, tous les grands seigneurs, princes, cavaliers et grandes rey nés, princesses, dames et filles de la court de France : estant donc en ladite chambre de ses peintures , nous y vismes cette reyne paroistre peinte très bien en sa beauté et en sa perfection, habillée à la françoise d'un chaperon avec ses grosses perles et une robe à grandes manches de toile d'argent fourrées de loup cervier, le tout si bien représenté au vif avec son beau visage, qu'il n'y falloit rien plus que la parole, ayant ses trois belles filles auprès d'elle; à quoi elle prit fort grand plaisir à cette veue et toute la compagnie qui y estoit
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s'amusaiU fort à la contempler, admirer et louer sa beauté par dessus toutes : elle mesme s'y ravit en la contemplation , si bien qu'elle ne put en retirer ses yeux de dessus , jusques à ce que M. de Nemours lui vint dire : « Madame , je vous trouve là fort bien pourtraite, et n'y a rien a dire. Il me semble que vos filles vous portent grand honneur , car elles ne vont devant vous et ne vous surpassent point. » Elle luy respondit : « Mon cousin, je crois qu'il vous ressouvient bien du temps, de Tâge et de rhabillement de cette peinture : vous en pouvez bien juger mieux que pas un de la compagnie , vous qui m'avez veue ainsi , si j'estois estimée telle comme vous dites et si j'ay esté telle comme me voila ^ » L'étonnement de la reine prouve assez qu'elle n'avait pas posé pour ce portrait, copié d'après quelque original, peint vers 1550, à l'époque de sa grande beauté. Ses filles non plus n'avaient pas servi de modèles à Corneille : il avait successivement reproduit les portraits originaux à mesure qu'il se les élait procurés ^ ; seuleiàent une certaine habileté d'exécution et un grand ensemble faisaient valoir
I . Braotôme, Bames iltustres, dise, ii, p. 49, lome 1 , édiiion de U Haye« 1740, in -13.
S. On verra plos loin qae je suis disposé à donner à Corneille de Lyon nnc nombreoM série de portraits prcsqne tons de même dimension « et qni se disUngaent par on certain talent d'exécution et l>eanconp de charme. Le petit portrait de François /"r, ro^ de France, no 95 du Musée du Louvre, représente ce prince à vingt ans, c'esl-k> dire en 4544; à cette époque, Corneille de Lyon, bien probablement, ne peignait pas encore. Il se sera servi plus tard de quelque portrait dont la ressemblance n'était pas le mérite, et sa copie s'en est re>seniic , car excepté l'inscription , rien dans ce portrait ne rappelle la figure bien connue de François I*''. il avait une lacune à remplir dans sa série d'héritiers de la couronne ou de ducs d'Anguuléme, et il l'aura comblée vai.le que vaille.