‹ La renaissance des arts à la cour de FranceChapitre 21 sur 127 · FRANÇOIS CLOUET · texte numérisé non relu

FRANÇOIS CLOUET

Lorsque vinrent en France les maîtres célèbres auxquels Tltalie peroDettait de passer les monts, on leur demanda des portraits, el ils s'acquittèrent de cette tâche avec toute la fougue de leur talent. Lorsque le Titien eut dans les mains une copie faite au crayon' du portrait de François P, d'après quelque peintre français qui avait pris le roi de profil pour donner un type aux graveurs de médailles % il la reproduisit en l'animant de son âme , en la grandissant de toute la majesté de son pinceau ; mais cette vie si pleine, cette majesté si imposante, comparée au modèle par des yeux habitués à la réalité, sembla factice, apprêtée, de convention, et ces étrangetés choquèrent davantage, lorsque des mains moins habiles suivirent le même svstème. Cependant on admira toujours, parce qu'il était de bon ton d'admirer toute production italienne , mais on revint à nos peintres de portraits chaque fois qu'il s'agit de conserver la ressemblance d'un être chéri ; seulement, pour se faire pardonner cette prédilec*

I Une de ces copies se retrouve dans la collection de crayons de la bibliothèqoe do Coiucrvftloire dfs Arts et Métiers ; elle est mal exécutée , mais on comprend qu'une reproduction meilleure de l'original ait pu servir de base au portrait do Titien.

tion gothique, on cessa de prendre ces arlisles au sérieux. L'art du portrait, tel qu'ils le traitaient, fut considéré comme quelque chose d'inférieur et d'à part. Il se fit dès lors un classement particulier parmi nos artistes ; les uns, les plus glorieux, passèrent à Fontainebleau dans la phalange italienne; les autres, les plus modestes, restèrent à Paris et en province; un abîme était entre les deux camps. D'un côté, le grandiose et la fougue du génie, ayant pour récompense des applaudissements d'autant plus bruyants qu'ils étaient moins sincères; de l'autre, une patiente naïveté rencontrant une prédilection nationale et une sympathie de cœur autant que de goôt, qui nous portait involontairement vers nos peintres français.

Dans ce camp se trouvait le troisième des Clouel, François, qui hérita, avec le talent de son père et ses fonctions à la cour, du surnom de Janet , dont la renommée lui avait fait un nom de famille. Le succès, on le sait, est une affaire d'à-propos. Pour réussir, il faut à celui-ci soulever des montagnes, qui n'aurait besoin comme celui-là que d'un faible effort, s'il fût venu ici plus tôt, là plus tard. C'est l'histoire des Janet. Avec une supériorité incontestable, Jean Glouet, le second des Janet, eut moins de succès que son fils. Son mérite, sa gloire, est d'avoir pu lutter contre ces colosses venus d'Italie, d'avoir su conserver à ses portraits et à ses tableaux la place qui leur revenait au milieu des grandes

productions des maitres italiens et de leurs imitateurs français. Cette place était modeste. J*ai lu avec attention la plupart des poètes du temps; j'ai relu tout Marot ', et je n'ai pas vu que le nom de Jean Clouet fàt une seule fois cité dans leurs vers. Mais quand il quitta Tarène du combat, la lutte était terminée, la victoire était acquise ; son fils en recueillit les couronnes , car il déploya son talent à cette' heure de la critique qui sonne quand Fengouement se relire ; à cette échéance fatale où tout grand suc* ces s'escompte; à ce moment où, après avoir été ébloui, on commence à se servir de ses yeux pour voir, et de s^ propres instincts pour sentir, jouir et juger. Vers 1 545, les séductions de la grande peinture de théâtre et de convention commençaient à perdre de leur empire; le charme faisait doucement place à de la lassitude ; on regardait autour de soi et on s'étonnait de ne pas trouver un modèle vrai , un modèle possible à ces figures étirées, contournées, aux pieds effilés, aux doigs en tire-bouchon; on se préparait à réagir dans le sens de

I. CléAent Marol qnhu la France en 4544 et mourot dans l'exil Tannée snivante; il était entré en 4513 an service de Marguerite de Valois, sœnr de François I«r, e*est-ihdire qa'il était à la conr le collègae de Jean Clonet, dès 1593. Rien n'était donc pins naturel que de citer les productions du peintre de la conr, et cependant je n*ai pas trouvé dans ses poésies un seul nom de peintre. L'épighmrae 199, ell^-mème, semble éviter de citer un nom :

• Tu m'as donné au vif ta face paincte, Paincte pour vray de main d'excellent homme Si l'ay je mieux dedans mon co»ur empraincle. »

Dans un rondeau (LXI!) A la (Ule d'un paintire d'Orléamt, il ne nomme pas ce peintre. i

rimitaiion minutieuse et de l'exécution patiente; on se retournait naturellement vers François Clouet.

Il avait succédé à son père, vers 1545, dans sa charge et dans ses fonctions, et il donna des preuves de son talent dans les dernières années de ce grand règne. Je n'ai pas encore découvert de document qui rende authentique cette conjecture , elle n'est que probable. Il faut arriver à la mort de François P' pour trouver un renseignement précis sur les travaux de François Clouet ; nous le voyons alors occupé à mouler le visage de son protecteur et de son maître, s'efforçant devant le cadavre , avec toutes les ressources de Tart , de faire renaître cette face abandonnée par la vie. Laissons parler le comptable :

Pour Veffigie dudict feu roy,

w A François Clouet, paintre ordinaire du roy, 4c la somme de huict vingt seize livres, dix huict « solz tournois, a luy ordonnée, pour son paiement « de plusieurs parties de son mestier at antres frais a et despenses par lui faictes pour les causes, selon n et ainsy qu'il s'ensuit. Assavoir :

« Pour le voiaige dudict Clouet par luy faict en « dilligence sur chevaulx de poste depuis la ville ti de Paris jusques au lieu de Rambouillet où ledict (c feu roy alla de vie à trespas pour faire ce qui lui ce seroit commandé pour le faict desdicts obsèques « et funérailles x livres.

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rr Ledict Clouet arrivé audict lieu aurait esté corner mandé de mol 1er et prendre le traict du visaige <c affin de faire Teffigye dudict feu seigneur et pour « ce qu'il luy avoit convenu achatter huict livres (( de cyre jaulne, huille d'olive, et cocton pour lesa dits molles et faire le creux dudict visaige , pour

(( ce. G s.

« Pour la despense de bouche dudict Clouet et ce d'un sien serviteur durant ung jour entier qu'ilz « vacquerent audit Rambouillet pour faire ce que

<( dessus XX s.

a Pour quatre postes, par ledit Clouet courues, de- « puys ledit Rambouillet jusques audict Paris où il fut (( commandé retourner en dilligence pour besouce gner à ladicte effigie et aux armoiries dudict feu

« seigneur * .... x livres.

f< Pour le sallaire de trois hommes qui ont béer songné par l'espace de huict jours entiers avec «r ledict Clouet pour luy ayder à .faire le modelle « d'icelle effigye et de deux paires de mains les (c unes clozes et les autres joinctes et pour chacune « journée desdicts hommes, xxx s. cy-^xxxvi liv. «Pour la, despense de bouche dudict Clouet et « desdicts troys hommes durant lesdicts huict jours <c qu'ils ont vacqué à faire ladicte effigye à raison de « xxx sols, cy par jour, pour ce. • xiiii livres. « En terre à potier pour faire ledict mo-

(c délie VI sols.

i< Pour ung sac de piastre pour faire le creux du-

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« dict modelle ii s.

ce Pour quinze livres de cyre pour mouller ladicte w effigye, cy iiii liv. x s.

w Pour deux journées de deux hommes qui ont « aydé audict Clouet a moller ladicte effigye a raiu son de xxx solz pour chacune journée desdits « hommes, pour ce vi livres.

« Pour la despense de bouche desdicts deux « hommes et dudict Clouet durant lesdits deux « jours xlvnj s.

c( Pour le poil dont a esté faict la barbe et les w cheveulx de ladicte effigye ix liv.

ce Pour le masticq dont a esté attachée ladicte ce barbe et les cheveulx x s.

« Pour les coulleurs, pinseaulx et huille de pew trolle qui a servy à estoffer et donner couleur a « ladicte effigye et ausdictes deux paires de mains (c cv devant déclarées I s.

(c Pour le sallaire de deux hommes qui ont vac- « que et servy audict Clouet, durant deux journées, c< l'un pour lui ayder et l'autre pour broyer les « painctures ausquels fut payé comptant assavoir, (( audict broyeur quinze solz et à celuy qui luy ayde (c xxx s iiij liv. X s.

« Pour la despense de bouche desdicts deux (C hommes et dudict Clouet durant lesdictes deux a journées, à raison de xxxiij sols par jour, pour «ce xlviii s.

c( Pour l'achaptet payement d'une casse de boys

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(f qui servit a enfermer ladicle effigye, ensemble i< pour la noircireure d'icelle. . . xxij s. vi d

(( Pour le payement d'un homme qui a taillé le a septre royal et la main de justice qui ont depuis a servi à ladicte efSgye v s.

« Pour avoir doré, d'or fin, ledict septre royal et i< la main de justice et les avoir semé de fleurs de « lys taillées et icelles mises et applicquées sur les- « dicls septre et main de justice. . vi liv. xv s.

« Pour le sallaire et despense de ung homme qui a a vacqué, par l'espace de troys journées et demye, « à faire le corps d'éclisse pour servir à mettre la- (< dicte effigie, assavoir : pour son sallaire onze sols « tournoys, pour sa despense de bouche huict solz « tournoys par jour et dix solz tournoys pour Face chapt et paiement de Tozier qui convenoit avoir « pour faire ledit corps d'éclisse, pour ce. Ixxvi s. vi d.

« Pour le sallaire d'un bastellier qui amène par « eaue ladicte efBgie et corps d'éclisse depuis Paris <c jusques à sainct Gloud xv s.

i< Pour les peines, sallaires et vaccations dudict c< Clouet durant quinze jours entiers qu'il a vacqué « à faire et moller icelle effigye. • Ivi s. vi d.

Payement de painctres.

« A François Clouet, painctre dudict feu seigneur, « la somme de trois cens quatre vingt quatre livres, « cinq solz tornoys, à luy ordonnée pour son paye-

(c ment de plusiears parties de sondict mestier, se- « loQ et ainsi qu'il s'ensuit. Assavoir :

(c Pour soixante douze fleurs de lix dorées, qui « furent mises aux douze banières de i'hostei dudiet tf feu seigneur, à chacune desquelles y a six fleurs <( de lix d'une part et d'autre^ contenant environ ung (c pied chacune d'icelle, à raison de xv solz pièce ce Inij livres.

c( Pour six vingt douze fleurs de lix qu'il a faictes u sur les cottes d'armes des heraulx d'armes dudiet tf feu seigneur, sur chacune desquelles y a douze <( desdictes fleurs de lix assavoir trois devant au- (c tant sur le derrière et autant sur chacune manche, c à raison de v sols pour chacune. • xxxnj liv.

(C Pour la paincture qu'il a faite pour six ensei- « gnes , assavoir deux pour les cens gentilzhommes M de l'hostel et quatre pour les quatre cens archers M des gardes, à raison de xlv livres pour chacune « desdictes enseignes d'iceulx gentilshomihes et ce XXX livres pour chacune des autres, ij^x livres.

« Pour la paincture qu'il a aussi faicte sur l'enu seigne des suisses de ladicte garde, xxxv livres.

flr Pour la paincture qu'il a pareillement faicte sur « cinq sacquebuttes dudiet feu seigneur, xxij liv. x s.

(C Pour avoir doré de fin or et estoffé des deux et costés l'escu aux armoiries de France qui fut if porté le jour desdicts obsèques devant le corps a d'icellui fou roy xij liv.

«c Pour son remboursement de pareille somme

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« qu'il a payée à ung tailleur eu boys ()ui a faici et a taillé ledict escu vi liv. vx s.

« Pour la ferrurre dudict escu. • . • 1 s.

« Pour avoir noircy et verny les six tances qui c< servirent aux six enseignes qui estoient portées « devant ledict corps. Ix s*

(c Pour avoir noircy le coffre ouquel estoit le ic corps dudict feu roy 1 s.

M Et pour avoir aussi noircy par ledit François « Clouet le chariot d'armes dedans lequel estoit (c porté le corps dudict feu roy ensemble les quatre a roues et cordaiges d'icelluy Ix liv.

« Audict François Clouet , paînctre cy devant i< nommé y la somme de deux cens quatre vingt ti douze livres dix solz tournoys, aussyàluy ordon- « née pour son paiement des autres parties cy après ce déclarées, qui ont esté nu)derées et arrestées à « icelle et montans ensemble trois cens trois livres, ce onze solz tournois. Assavoir :

ce Pour la terre à poictiers qu'il a convenu avoir ce pour faire les trois effîgyes des feu roy et de mesi< seigneurs les dauphin et duc d'Orléans^ • xx s.

« Pour le sallaire de dix huict hommes qui ont ce besongné durant trois jours et trois nnicts ausc( dictes efiKgyeSy à raison de xlv sols par jour et ce autant pour chacune nuict. . • nij° ix livres.

ce Pour la despense desdicts ouvriers durant lesce dicts trois jours et trois nuicts. • . xij liv.

(c Pour six sacs de piastre qu'il a convenu avoir

<c poar faire les creux tant desdictes effigies que \< des mains xij s.

(( Pour le sallaire de trois hommes qui ont aussi « besongné durant deux jours à faire les creux, V tant des mains que des effigyes, à raison de xxx (( sols à chacun par jour ix livres.

a Pour le sallaire de trois autres hommes qui ont « broyé le papier pour mouller lesdictes efBgyes i< et mains par l'espace de deux journées à raison (( de XV s. pour chacun par jour> . iiij liv. x s.

« Pour le sallaire de six hommes qui ont aussi i( besongné, par Tespace de trois jours, à mouller « lesdictes effigies et mains, à raison de xxx s. à M chacun par jour xxvij liv.

ce Pour quatre livres rongneures de pappier pour « mouller lesdictes effigyes xx s.

(( Pour du sain doulx à gresser les moulles. x s.

« Pour une esponge pour mouller lesdictes effi- « gyes V s.

« Pour le boys et charbon qu'il a convenu avoir a pour sécher lesdictes effigies et mains. luj liv.

« Pour le poil qu'il a convenu avoir pour faire u les barbes et cheveulx desdictes effigies, xiij liv. x s.

« Pour les painctures et colles , pinceaulx, huille a de petrolle et autres estoffes qu'il a convenu (( avoir pour lesdictes effigyes et mains, x livres.

(rPour le sallaire de quatre hommes qui ont (c aydé durant trois jours à estoffer lesdictes effi- (c gyes et mains, à raison de xxx s. a chacun par

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« jour xvm' liv,

«Pour quatre casses de boys pour mettre les « quatre effigyes à raison de xx s. pièce, iiij liv.

(f Pour la Doircisseure desdits casses. . xx s.

« Pour avoir fait porter lesdictes casses et effi- (( gyes jusques à Nostre Dame des champs, viij s.

« Pour le sallaire d'un homme qui a aydé audict « Clouety durant deux jours, à acoustrer lesdictes « effigyes, à raison de xx s. par jour. • . xl s.

« Et pour les peines, sallaires, journées et vaca- « cions dudict Clouet, tant d'avoir besongné jour et « nuict auxdictes effigyes, que à la sollicitation des. a autres ouvriers iiïj"x livres. »

Il y aurait lieu de faire ici un long commentaire sur ce passage des comptes royaux; mais on le trouvera, quant à la cérémonie elle-même, au chapitre des Obsèques et Funérailles, et quant à la part qu'y prit François Glouet, il suffit d'appuyer sur un ou deux points. Ainsi notre peintre prend Tempreinte de la figure de François l"; il en fait aussi le trait , c'est-à-dire un estampage en cire et un dessin. Cela terminé à Rambouillet , il revient à Paris en toute hâte pour travailler nuit et jour au moulage, et, pour cela, il fait un bon creux en plâtre et en terre à potier et une épreuve en papier mâché; il colorie cette effigie à Thuile, d'après son dessin, assisté de ses souvenirs, et il la complète avec une barbe et des cheveux postiches. Il exécute en outre deux paires de mainsy moulées sur nature,

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dans deux mouvements différents^ nécessaires pour les diverses cérémonies, puis enfin il dirige l'ouvrier qui fait le mannequin en osier destiné à sup porter le costume et à conserver à Teffigie la stature naturelle du feu roy. Il fut chargé , en outre, de toute la peinture de Téglise, des fleurs de lis sur les bannières, des enseignes destinées aux gentilshommes, aux archers de la garde et aux suisses. Ajoutons qu'il exécuta aussi les effigies de, messeigneurs le dauphin et le duc d'Orléans, les deux enfants de François I*% descendus dans la tombe avant lui, effigies faites d'après quelque portrait original de Jean Clouet pour le dauphin , mort en 1 536 et d'après ses propres dessins pour le duc d'Orléans qui avait cessé de vivre en 1545.

Cette triste tâche accomplie, François Clouet s'appliqua à reproduire fidèlement les traits de François II, désormais dauphin de France. Il mit dans cette étude toute la naïveté première et la fleur de son talent. On sait qu après dix années de stérile mariage, Catherine de Médicis accoucha d'un garçon le 19 janvier 1543. Ce prince fut le roi François II et répoux de Marie Stuart. En 1547, c'était un enfant charmant dont la nature distinguée trahissait Torigine. Son portrait ' est pris de trois quarts , regardant à la droite du spectateur , les mains appuyées Tune sur Taulre. La tète de ce

I, MiMée d'Anter». n^ea. HiRtenr 16, lir^roris.

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jeune enfant est enveloppée dans un serre-téte blanc, recouvert par une toque noire bordée de plumes de cygne ; et ornée sur son large bord de dix aiguillettes d'argent et d'xxiïe enseigne d*émail, représentant saint François à genoux , dans son costume gris, devant le Christ peint en rouge. Quelques mèches de cheveux blonds s'échappent du serretête et sortent sous la toque. Le jeune prince est vêtu d*un juste*au-corps jaune à crevés blancs que recouvre un surtout dont on voit les manches de velours rouge. Une chemisette et des manches de mousseline blanche brodées et bordées de noir, complètent ce qu*on voit du costume. Un petit médaillon sur lequel est tracée la lettre M pend à son col par un mince petit filet de soie. Toute la figure se détache sur fond verdàtre.

Ce portrait délicieux réunit déjà toutes les qualités de François Clouet^ les qualités à la fois sérieuses^ presque sévères et gracieuses. L'effet général est clair, il est lumineux , le regard vivant , limpide et doux comme il appartient à l'enfance. Le modelé en pleine lumière est un souffle qui traverse une vapeur, et cependant il suffit, tant il est bien compris et accusé avec bonheur, il suffit au faible enchâssement des yeux , à l'accentuation du nez , à l'arrondissement de toute la face. La ligne du nez semble un peu droite, la bouche un peu régulière, Tensemble peut-être trop digne et trop noble, mais on n'oubliera pas que François Clouet peignait le

Dauphin de France , qu'il venait de terminer Teffigie du roi François I*"*, qu'il avait sous les yeux le roi Henri II. Quoi de plus simple que d'associer à la plus scrupuleuse imitation certains goûts d'élégance^ certaines recherches rétrospectives. Le peintre delà cour avait bien quelques-unes des obligations du courtisan y et était-ce dépasser les limites du rôle que de chercher dans les traits de cet héritier du trône, et de forcer un peu, la ressemblance avec un père et un grand-père. On lit dans le fond , au haut du portrait, l'inscription suivante, tracée en lettres d'or : Françoi Dauphin ^

De Tannée 1 547 à l'année 1 551 , existe une lacune dans la biographie de François Clouet. Je la comblerai probablement dans la suite de mes recherches, je crois inutile de la remplir aujourd'hui par des conjectures. Libre à chacun de faire les siennes.

En 1551*54, nous trouvons François Glouet occupé à peindre des devises et les croissants lacés du roi Henri II sur le coffre d'un chariot. On ne se méprendra pas sur la nature de cette occupation , devenue de nos jours un métier. On avouerait connaître bien peu les habitudes du moyen âge , conservées et maintenues pendant presque tout le xvi* siècle, si l'on s'étonnait des occupations si variées

I. Ce portnit, si important à cause de sa date, a été acheté en Hollande par M. F. van Ertbom, en 4833; il bit aiûosnThoi partie da Masée d'Anvers et se voit dans la salle qui réunit tous les précieox ubleaox légnés k sa ville natale par cet amateur aussi généreux que distingué. Le Catalogue de 1819, suivant en eela les indications du donateur et une inscription tracée sur le cadre, l'attribue à Jean Holbein. Je discuterai, plus loin, cette fausse attribution.

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d'un peintre, si Ton trouvait insolite cette obligation de tout faire. Ce fut et c'était encore la position des artistes dans tous les pays ' , un peu plus , un peu moins, selon les contrées et les hommes, selon les protecteurs et les protégés; c'était encore la règle commune. Voici ce document :

a A Francisque de Carpy , menuysier itallien , demourant à Paris, la somme de 77 livres dix sols toumoys pour son payement de la menuyserie par luy faicte pour ung chariot branslant qu'il a garny d'un grand coffre de bois appelé mect , de petits coffrets, sièges, tables et autres choses nécessaires.

« A Françoys Glouet, peintre dudict seigneur, la somme de vingt livres tournoys pour son paiement d'avoir peint et figuré de fin or et argent durant ce présent mois (mars) le dedans dudict coiTre appelle mect, y avoir peint plusieurs croissants lacez et

I Aa moyen Age la confoslon était complète , l'histoire des dncs de Boargogne foarmille de preuves de la somnission emllère des artistes Aa xti* siècle, en Italie, c'était aussi aox grands peintres qn'on s'adressait pour décorer les meubles; en 1599, Andréa del Sarto, J. da Poniormo, Fr. Granacci et II Bacbiacca se partagèrent la lAcbe d^orner le lit et les meubles de la chambre des nonveau époux Pietrofraneesco Borgherini et Marguerite Acciajuoli, et ils rivalisèrent de talent dans une suite de re présentations de la vie de Joseph. Les plus grands artistes de l'Italie concouraient aussi à la décoration des voitures. Vasari en donne quelques exemples Ainsi, en 1513, lors de l'élection de Léon X , on construisit deux voiturrs de triomphe sur les plans de Andréa Oasxi. Pontormo , un grand peintre , représenta en grisaille des scènes de la mythologie partout où la peinture pouvait prendre place.

En 1516, i la Salnt-Jeau et i l'occasion de la fête de la ville, on voulut promener dans Florence les dèputaiions des villes voisines; des voitures furent consiruiies, et les artistes du plus grand talent se chargèrent de les orner de peintures; Andréa del Sario peignit une voiture. Ou pourrait encore citer Albertinelli, Fninciabigio, etc.,qa ue dédaignèrent ni les écossoiis. ni les armoiries, ni les enseignes. Ce dernier genr d'occupation fut aussi du domaine d'Andréa del Sarto: en 4518, il peignit k Florenre un Jacob, avec son bâton de pèlerin et deux enfants près de lui, sur la bannière de la confrérie, dont il était membre.

chirrres faicls aux. devises d'icellui seigneur ' de laquelle somme ce dict receveur lui a faict paiement comptant, comme appert par sa quittance signée à la requeste de M. Claude Guyot, notaire et secrétaire du Roy, le deuxième jour de juillet Tan mil cinq cens cinquante quatre ^. »

A cette époque (1553), il peignit un délicieux portrait en pied du roi Henri II , et il faut s'arrêter devant ce chef-d'œuvre. Le roi est déjà vieux quoiqu'il n'ait que trente-cinq ans, ou plutôt il est devenu lourd, ce qui est même chose au point de vue de Télégance. On sent dans la force de son encolure, dans le poids de sa tête, dans Taplomb de ses jambes, que les allures de la jeunesse ne vont plus à cet homme ; on sent aussi la puissance de vie qui anime encore ce corps robuste.

Le roi est debout, la main gauche appuyée sur la hanche au-dessus du pommeau de son épée ; de la main droite , il tient ses gants ; sa tête est coiffée d'une toque à plumes frisées. On distingue une boucle à Toreille gauche. L'ombre portée du corps s'étend

1. Noaseonnalssons ces erolsstnts lacés; bms sa?OM ft qoelle betaié s'i ces detlies qni par u ingéDieax effort coBfoiidaient enaenble la pankm aëoltère al la fidéitté e<N|jBgale aOn de satisfaire la gateaierto en respectant les eoBVCMBces. Bnmdme parle quelque part • de ces litières tant dorées, tant soperbemeit couvertes et peintes de unt de belles devises, les coches et carrosses de iBéne, et les baoqae- ■écs si ricbeawnt enbaraacbées. •

9. « Compte seitièine de M. J. de Lyonne reeeveor et payeur du fbiet de Tescurye du Roy nostre Sire durant une année entière, eomnaneée le preuiier jour de janvyer nil cinq cens cinquante un; et Onie le dernier Jour de décembre ensuivant mil dnq («ns cinquante deux. » Le paiement a pu se faire deux ans plus tard que le compte ou peut-être un f^gmentde compte de ISM aura été maladroitement fondu dans le compte de ISSI , comme il y en a malhearensement plus d'un exemple dans les archives générales.

sur on parquet de marbre à compartiments. Dans le fond du tableau pendent deux rideaux de satin vert; celui de gauche est noué par le milieu et relevé.

L'effet lumineux de cette peinture a un léger reflet métallique comme le tableau de Jean Van Eyck à Bruges qui représente le chanoine Yander Paele, et cependant le ton général est harmonieux et brillant, quoique tendant au verdâtre. La touche est fondue dans l'épaisseur de la couleur ; les lumières, vivement accusées comme si le modèle avait posé dans un atelier éclairé de haut , sont posées en relief, en coups de pinceaux fermes et précis ; les cheveux , les sourcils et la barbe sont rendus avec minutie dans le mouvement et la ténuité propres à ces difTérentes natures de poils. La barbe se détache dans sa coupe régulière avec quelque dureté sur le col de la chemise de mousseline blanche brodée d'or^ Les yeux ont une expression vive et profonde; ils se meuvent dans Fenchâssement du crâne, sous la contraction du sourcil gauche qui est particulier au visage de Henri IL On peut trouver dans l'expression de cette figure de la vigueur matérielle , une nonchalance morale , de la noblesse de senti* ment et aussi de la bonté ^.

Tout l'ensemble de cette petite merveille offre

I. Celte direié, loin d'être on défaut, est nn ef et naturel, fldèlemeat rends, et qal le reprodait dans le bosto do même prince, scnlpté par Jean Goujon (Masée do Loavre, nooTelles salles de la Renaissance, cheminée de Villeroy).

S. Ce portrait est ioserlt snr rinveoUlre Bailly de 4709, il éUit k cette date dans la petite galerie dn roi k Versailles.

une peinture flamande, flamande primitive^ découlant en ligne directe, on dirait presque sans intermédiaire, de Jean Yan Eyck ; c'est aussi une peinture française par l'éclat, la tournure, le charme et Télégance. L'influence italienne est nulle : pas une règle de convention n'y est observée, pas un procédé expéditif n'est suivi ; il n'y a pour ainsi dire pas de manière, c'est la réalité dans sa puissance la plus étonnante, et le souvenir qu'on en conserve est tellement grand et saisissant , que devant l'habile amplification de M. Gérôme ' , qui a reproduit cette miniature , dans les proportions du modèle, on recherche dans sa mémoire si l'original de François Clouet n'est pas, lui aussi , peint de grandeur naturelle. Cette puissance particulière à tous les chefsd'œuvre, quelle que soit leur réduction microscopique, puissance dont les médailles et pierres gravées de l'antiquité donnent des témoignages si frappants, tient ici à cette particularité, que le tableau du Louvre n'est certainement qu'une répétition en miniature d'un original , grand comme nature, qui n'est pas parvenu jusqu'à nous'.

1 . Ce portrait a été commandé par le roi Lonis-Piiilippe pour orner la diambre dite de Henri IL

S. Sons le no 1714, et soos le nom de François Clonet, on a placé dans l'attiqne de Versailles, collection des portraits hislorlqnes, une copie ancienne da grand original de lanet, aujourd'hui perdu; c'est nn portrait en buste, grossièrement peint, qni ne peut être une amplification du petit portrait do Louvre, et qni est bien certainement une reproduction de même grandear que le vrai original. Nous avons dans la galerie du Louvre, soos le n<>4S9S, une aatre copie du temps, grandeur de demi-nature et en buste. Elle porte au bas une inscription qoi prouve qu'elle appartenait \ l'une de ces nombreuses séries qui furent exécutées, pour ainsi dire, en fabrique, et défrayèrent la passion des rollecteors.

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Ainsi occupé et aux petites et aux grandes bj^sognes, s'acquittant également bien des unes et des autres 9 François Clouet était entouré d'une grande considération. Nous en avons de nombreux témoignages. Le maréchal de la Yieilleville raconte ce qui suit dans ses Mémoires ^ que son secrétaire a trouvés tout rédigés dans cette forme indirecte et faussement modeste dont Sully nous a donné le plus grave et quelquefois le plus risible échantillon. M. de la Yieilleville était appelé près du roi Henri II à Villers-Cotterets, en 1 558 :

« Je ne me veulx arrester aux faveurs , caresses et honneurs qu'il receust du roy, de la royne et généralement de toute la cour qui furent fort grandes; mais celles de la royne estoient au nombre des premières , à cause des médailles d'or qu'il avoit données aux princes et chefs des troupes d'Aïlemaigne, qui estoient venues à Théonville et qu'il l'avoit tant favorisée que de mettre son portraict de Taultre costé de celuy du roy, son seigneur et mary dont elle luy en sceust un merveilleux gré. Mais le comble de son contentement fut que luy en ayant faict, M. de Yieilleville, présent des trois poids et espèces, elle se y veid si au naturel représentée, que le plus habile painctre de France ne l'eustsceu mieulx portraire avec le pinceau, par la confession même de Janet, le plus excellent ouvrier de ce temps là ^ »

4. Mémoires de la vie de François de Seepeaox, sire de VieilleviUe, maréchtl de 1. 7

En 1559 y François Clouet figure au nombre des officiers de Thôtel du roi, qui reçoivent une gratification de draps; son nom est mal écrit par le scribe, mais il ne peut y avoir doute :

« A François Gloudet, paintre du feu Roy, sept aulnes et demye dudict drap.

(Quatrième et dernier compte de Targenterye du Roy pour Tannée finie m. v^ lix, pour le quartier de juillet, aoust et septembre.) »

Rien près de cette date, nous le trouvons occupé une seconde Fois à mouler le masque de son second maitre et à colorer cette empreinte pour servir à son effigie. Je lis cet article dans : « le Roole des parties et sommes payées pour les obsèques et pompes funèbres du feu roy Henri H en 1 559.

« Et premièrement à François Clouet , peintre et valet de chambre dudit seigneur — à scavoir vingt solz en plâtre, huile et pinceaulx pour mouler le visaige et effigie d'icelui deffeunct roy — douze livres dix solz pour vingt cinq livres de cire blanche — emploiée pour ladite effigie — quarante huit solz pour six livres de céruse pour mettre avec ladite cire blanche. »

Plaçons à cette date les portraits de François II '

ITraDM, composés parViiiceiii Carloix, son secrétaire. Par», iii I2, 1737; tome IV, p. 4S5.

4. Brauiôme a fait un chef-d'œuvre de son discours m sur Marie Stuart. Il croyait que Charles IX aurait épousé sa beile-sœur, si, à l'époque de son fatal dépari, il se fût trouvé en âge de se marier : t Car je l'en ai veu tellement amoureux que jamais il ne regardoil son portrait qu'il n'y tint l'œil tellement flxé et ravy qu'il ne l'en pouvoit jamais oster et s'en rassasier et dire souvent, que c'esioit la plus belle princesse

LES TROIS CLODET. 99

et de Marie Stuart, et les grands tableaux des so* lennités officielles, où figuraient insolemment les deux Guises y ses oncles. Janet suffit à la tâche difficile de rendre le charme de cette beauté et Tétiquette de ces cérémonies ' •

II ne faudrait pas, en effet, restreindre la mission du portraitiste à la reproduction d'un modèle, assis ou posé debout devant lui. Les conditions du portrait peuvent se retrouver dans des compositions compliquées, quand la ressemblance des modèles, l'arrangement des poses et Timitation des détails font supposer que le tableau , dans toutes ses parlies, a été exécuté d'après nature et d'après des personnages connus. La Paix de Mutister, par Terbourg, et la Leçon d'anatomie de Nicolas Tnlp, par Rembrandt, sont les successeurs immédiats de ces compositions de Janet.

Ces tableaux officiels, à en juger par leurs dimensions, furent destinés, dès Torigine, à orner une galerie; en 1709 noiis les possédions encore, ainsi que le prouve l'inventaire dressé par ordre de M. le duc d'Antin. En voici le titre et le chapitre concernant Janet :

((L'inventaire général des tableaux du Roy fait en 1 709 et 1 71 0 par le s' Bailly , garde desdits tableaux suivant les ordres qui luy en furent donnez.

qof nasqait jaDiats aa monde. • François Clooet seal avait pu entreprendre cette diflicile liifhe ei l'acromplir.

4. Je |iarle de ces portraits dans le dernier paragraplie. Je ne cite iei qoe les tableaux qni servent à fixer la biographie des Clooet.

Remis la présente copie au s' Stieniart chargé du netoyement desdits tableaux.

(c Louis Antoine de Pardaillan, de Gondrin, duc d'ÂDtin , pair de France — surintendant et ordonnateur général des Bâtimens et jardins du Roy , Arts, Académies et Manufactures royales.

« Avons fait remettre au sieur Stiemart , peintre du Roy, le présent inventaire des tableaux de Sa Majesté, afin qu'il les connoisse, qu'il prenne grand soin de les netoyer et entretenir en bon état de pro« prêté, que dans le transport, qui s'en fera, d'un lieu en un autre, il prenne conjointement avec le sieur Bailly, garde desdits tableaux , les mesures et les précautions nécessaires pour qu'ils ne puissent être gâtez et que, dans les temps que nous lui ordonnerons, il fasse netoyer les peintures des platfonds tant de la galerie de Versailles que des apartemens.

« A Paris le 6 juin 1 722

« Le Duc D'Antin « Par mondit seigneur. Marchand. »

On lit ce qui suit au chapitre : École françoise^ fol. 185.

Jeanet.

« I. Un tableau représentant le portrait d'Henry deux, en pied, figure d'onze pouces, ayant dehauteur un pied un pouce sur sept pouces de large , peint sur bois dans sa bordure dorée. A Versailles, petite galerie du roy.

LES TROIS CLOUET. -lOl

(c II. Un tableau représentant des soldats qui donnent un assaut à une forteresse, et sur le devant, un homme armé tenant son épée à sa main. Figures de petite nature, ayant de hauteur cinq pieds et demy sur quatre pieds et demy de large, coupé à oreille par les bouts. Au Luxembourg, cabinet doré.

c< III. Un tableau représentant un galerie ; sur le devant est un homme armé et un autre homme au- * près, habillé de jaune avec des manches et des bas blancs. Figures de petite nature , ayant de hauteur cinq pieds et demy sur huit pieds neuf pouces de large, coupé à oreille par les bouts. — Idem.

a IV. Un tableau représentant la Reine Catherine de Medicis, habillée de blanc, en présence d'un cardinal recevant un anneau d'un ambassadeur qui a une fraise au col , avec un petit manteau et la main sur son épée, accompagné de plusieurs figures et derrière une tapisserie remplie de fleurs de lis. Figures de petite nature, ayant de hauteur cinq pieds et demy sur sept pieds et demy de large. — Idem.

(( V. Un tableau représentant le roi Henry II et la même Reine Catherine de Medicis, se donnant la main l'un à l'autre; d'un costé est un cardinal et de l'autre plusieurs figures, entre autres un nain, tenant une montre et un bouquet de fleurs. Figures de petite nature, ayant de hauteur cinq pieds et demy sur sept pieds et demy de large. — Idem.

« VI. Un tableau représentant la même Reine

402 LA REIfAISSANCE DES ARTS.

Catherine de Medecis, habillée d'une robe blanche avec des fleurs de lis d'or^ recevant Tanneau d'un homme vêtu d'un manteau violet avec des gants blancs, en présence de cinq cardinaux, et plusieurs autres figures de petite nature, ayant de hauteur cinq pieds et demy sur sept pieds et demy de large. — Idem.

ce VU. Un tableau représentant la même Reine, habillée de noir, tenant par la main un jeune homme armé; un cardinal est auprès d'elle, un homme armé est au bas qui salue la Reine et derrière luy des soldats rangez en bataille. Figures de petite nature , ayant de hauteur cinq pieds et demy sur sept pieds et demy de large. — Idem.

« YIII. Un tableau représentant le cardinal de Lorraine, ayant Tétole et le surplis, recevant un homme revêtu d'une cotte d'armes bleue, prosterné derrière un homme tenant un chapeau avec une plume blanche. Figures de petite nature , ayant de , hauteur cinq pieds et demy, sur sept pieds et demy de large.

« IX. Un tableau représentant le même cardinal archevesque de Rheims, assis sous un dais, qui met une couronne sur la tête de Henry second à genoux, couvert d'un grand manteau d'étoffe d'or, doublé d'hermine en présence de plusieurs cardinaux. Figures de petite nature, ayant de hauteur et largeur cinq pieds en carré. »

De tous ces tableaux, le premier seul a passé de la petite galerie du Roi, à Versailles, dans la galerie du Louvre. Que sont devenus les autres? Peints pour Henri II, François II et Charles IX, comment ont-ils été au Luxembourg prendre place, et une place qui semble leur avoir été réservée dans la boiserie primitive, puisqu'il n'est pas question dans l'inventaire de la bordure qui les encadre? J'ai vainement interrogé les traditions ; j'ai cherché sans plus de succès dans l'ouvrage de M. de G isors quelques détails sur ce cabinet doré, quelques renseignements sur l'origine de cette précieuse collection. L'historien du palais de Jacques de Brosse ne semble pas se douter que Tun ou l'autre ait existé. Voici mes conjectures : Marie de Médicis dut transporter au palais du Luxembourg, elle dut y développer à l'aise, les goûts dont elle n'avait fait que l'essai au Louvre. Nous pouvons nous faire une idée du cabinet doré du Luxembourg par la description que nous a conservée Sauvai du cabinet doré de l'appartement des reines mères au Louvre :

« Marie de Medicis pendant sa régence fit dorer une chambre dans l'appartement des Reines mères, et n'oublia rien pour la rendre la plus riche et la plus superbe de son temps : elle fut ornée d'un lambris et d'un plafond ; on y employa un peu d'or et de peinture : Dubois , Freminet, Evrard , le père Bunel , tous quatre , les meilleurs peintres de ce tems là, déployèrent tout leur art, autant par ému-

lation enire eux^ que pour faire quelque chose qui plût à cette princesse : Evrard peigoit les plafonds, les autres travaillèrent aux tableaux qui régnent au dessus du lambris doré , dont la chambre est environnée, et quelques peintres Florentins firent d'après nature les portraits des héros de Medicis qu'on voit entre ces tableaux. » (Sauvai. II, 34.)

C'est bien la disposition que devaient avoir les grands tableaux de François Clouet dans le cabinet doré du Luxembourg, et pourrait -on s'étonner qu'elle se les appropriât, quand on voit avec quelle volonté , quelle ténacité elle s'empare des marbres qu'on avait destinés au tombeau des Valois , malgré les plaintes et les oppositions des puissants religieux de Saint-Denis. Cependant, lorsque Malingre, en 1640, décrivit le palais du Luxembourg, il semble n'avoir pas vu les tableaux : « De ce même costé (à droite) est la chambre de la Royne, belle, grande , et carrée , enrichie d'une cheminée admirable garnie de deux gros chenets d'argent — De cette chambre on entre au cabinet , le plus riche qu'il se puisse voir. Le plancher est fait de marquetterie de bois , la cheminée d'un ouvrage très rare et tout doré, le lambris fait de pièces de menuiserie de rapport doré, les vitres de fin cristal, et au lieu de plomb pour les lier, la liaison est toute d'argent. » Sauvai avait réuni des notes sur le palais du Luxembourg; il voulait décrire a comme il convenait», dil^il (page 1 89, tome ii), cette grande habi-

LES TROIS CLOLET. ' iOi

taiion ; mais ses éditeurs n'auront pas retrouvé ses notes , car c'est à peine s'ils ont réservé un article (tome m, p. 7) au palais de la reine Marie de Médicis.

Germain Brice, en guidant les étrangers dans ce palais, semble uniquement préoccupé de la galerie de Rubens, qu'il décrit longuement, après quoi il se contente de dire : <t Le reste des appartements de ce palais n'a rien de fort extraordinaire. On y verra seulement des plafonds chargés de quantité de sculptures très richement dorées, où il parott un soin et un travail extrême. » Cette phrase n'était pas dans la première édition de 1 684 , elle est prise dans l'édition de 1706, la cinquième, qui corres* pond avec la date de l'inventaire Bailly , et elle se répète uniformément dans les suivantes. L'excellent Germain Brice, auquel M. Brunet n'accorde pas même un article dans la table générale de son Manuel qui admet tant de livres de bien moindre valeur que la description de Paris; Germain Brice, dont M. Querard fait un grave bénédictin , un Dom '; Germain Brice, enfin, notre guide continuel, n'était pas homme à passer sous silence huit grands tableaux de Janet, mais il ne pouvait pas tout voir, et, jusqu'à la dernière édition qu'il surveilla luimême, il n'en parle pas. Après sa mort, survenue le 18 novembre 1727*, sa Description de Paris

i. II est de fait qa'il portait t'babil ecclésiastique, mais uniquement comme abbé, car il n'entra jamais dans les ordres. Il eut nu parent qnî se Ht bénédictin. 3. 11 avait 74 ans.

s'épuisa 9 et, en 1740, le libraire s'adressa à Mariette pour qu'il corrigeât et complétât une nouvelle édition. Le célèbre connaisseur se chargea du travail , le mena jusqu'à moitié, et puis l'abandonna ; Tabbé Perreau termina l'ouvrage, qui parut en 1752. Dans le troisième volume de cette édition y page 400, on lit ce qui suit :

<c Avant que d'arriver à la chambre de la reine , il faut traverser un grand cabinet où sont disposez dans tout le pourtour différens tableaux qui représentent, plusieurs sujets de l'histoire des princes de la maison de Medicis. Ce sont, à ce que l'on croit, des copies que la reine Qt faire à Florence d'après des tableaux de Gôme Roselli et d'autres peintres contemporains qui sont dans le casin de saint Marc. Ils sont cependant singuliers, à cause de ce qui y est exprimé. I. Le premier en entrant représente le mariage de Henri Dauphin , depuis roy de France, avec Catherine de Medicis, qui fut célébré à Marseille par le pape Clément VU en présence de François L IL Le second est l'entrevue de François de Medicis, prince de Toscane, avec Jeanne d'Autriche fille de l'empereur Ferdinand premier, qui devint, peu de temps après , son épouse. lU. Ferdinand premier, grand duc de Toscane, épousant Marie de Medicis au nom de Henry lY. lY. L'embarquement de Marie de Medicis pour venir en France ; on y voit cette princesse prête a entrer dans une des galères du Roy richement équipée. V. I^ tableau sui-

vant est placé sur la cheminée , il représente une expédition faite par les troupes du grand duc sur les infidèles. Vf. Tableau au dessus de la porte de la chambre de la reine ; on remarque le pape Pie V qui donne la couronne de grand duc de Toscane à Cosme premier. VII. Représentation fort exacte et très détaillée des cérémonies qui furent observées à l'occasion de l'échange des deux reines sur la rivière de Bidassoa en 1615. YIII. Combat naval entre les galères de la religion de saint Etienne et celles des Turcs. IX et X. On ignore les sujets du neuvième et du dixième tableau : Dans le premier un prince rend hommage à un souverain pontife y et dans le second un général prend congé d'une princesse de la maison de Medicis pour aller se mettre à la tête de l'armée. »

Il importe, au risque de perdre le fil conducteur, . d'observer ici les règles de la critique. L'inventaire du Louvre a été rédigé par Bailly, en 1709, avec toutes les ressources d'une tradition bureaucratique qui se transmettait dans l'administration de la maison royale, et de documents qui s'étaient conservés dans ses archives. L'attribution des tableaux du Luxembourg à Jannet offre cette première garantie, sans compter que Bailly, qui était expert, leur associe le portrait de Henri II, reconnu par nousmême pour un Jannet incontestable. En 1752, un écrivain quelconque, et non pas Mariette^ qui n'eut part qu'à la révision de la première moitié de

4 os LA RENAISSANCE DES ARTS.

l'édition, trouve bon de parler des tableaux du cabinet doré ; il en décrit dix, et dans ce nombre :

Le n* 1 correspond au n*" 5 de Bailly; Le n*' 3 » au n* 4 » •

Le n° 4 » au n*' 3 »

Le n° 5 » au n° 2 »

Le n^ 1 0 » au n° 7 »

Sans faire de distinction entre eux , le nouvel éditeur les attribue tous à Cosme Roselli et à d'autres peintres contemporains.

Cosme Rosselli, peintre florentin, faisait fort bien les portraits et les scènes animées de nombreux personnages ; mais Vasari, qui écrit sa vie et parle de ses ouvrages, nous apprend qu'il mourut en 1484 , à rage de 68 ans. Cest donc une erreur de l'éditeur ; il a voulu écrire Mathieu Rosselli, qui peignit en effet, vers 1610-20, plusieurs tableaux représentant des sujets tirés de l'histoire des Médicis S et mourut en 1650. Mais comment Bailly aurait-il confondu les productions d'un élève des Carraches avec la fine peinture de François Clouet? Pareille erreur n'est pas admissible. Il faut, pour sauver l'honneur de l'éditeur de la Description de Paris, supposer qu'entre l'année 1 709, date de Tînventaire, et l'année 1752, date de l'édition, il se

\. Callolen a gravé qaelqaes-ans , j'ai vu au eabioct des estampes de la Bibliothèque nationale des épreuves de ces gravures amenées k différents états; on a offert ^ la direction du Musée du Louvre, en 1819, racqulsiiion des planches.

sera fait des changeinents dans le cabinet doré. Quelques tableaux de Janet auront été retirés pour faire place à des tableaux de Roselli^ qui se trouvaient dans d'autres parties du palais. Et qu'importe! Que sont devenus ces tableaux? Pouvonsnous espérer retrouver sous quelque lambris^ sous la toile ou le badigeon les huit nierveilles de François Clouet? Vaines illusions ! nos révolutions ont passé par là. La première avait besoin de cachots , en 1793. La guillotine n'allait pas aussi vite que les arrestations^ et on convertit alors les appartements du Luxembourg en prisons pour y enfermer les Girondins, Héraut de Sechelles, Danton et tant d'autres. Je vois d'ici les mains sanglantes qui arrachent ces délicates peintures, ces représentations des cérémonies royales^ et jettent au feu leurs ais de bois. Auraient-ils été mieux traités, ces précieux tableaux , alors que les cinq directeurs prirent, en 1795, possession du palais, ou bien quand les consuls s'y installèrent, et, après eux, le sénat conservateur? Non, certes, et la violence des uns aurait eu pour corollaire la peur et l'indifférence des autres ' .

Janet, peintre d'histoire, abondant, varié dans la composition, se présente sous un aspect nouveau

4. K. de Gisors s'exprime ainsi dans sa Description du Loxembourg : « A l'époqie où le Directoire fit exécater pour son instaliation des inYsax considérables dans l'enceinie do palais, l'arcbiterte Clialgrin avait recueilli avec soin les boiseries et les panneaax qoi oniaient jadis, entre antres appartements, l'oratoire et les archives de la régente Marie de Médicis. >

Ces boiseries peintes et dorées ont servi à bmbrisser la salle dite du livre d'Or; il n'y a rien de Janet, il n'f a m^mc rien de son époqoe.

que nous envisagerous, dès que nous aurons retrouvé celte suite de peintures , ou lorsque nous pourrons constater l'authenticité du tableau placé aujourd'hui dans la collection de M. le comte de Carlisle , au château Howard , près de Yorck. M. Waagen l'attribue sans hésitation à François Clouet et le décrit ainsi : « Catherine de Medicis avec ses enfants François II , Charles IX , Henri III et la princesse Marguerite. Figures grandes comme nature et en pied. Peint avec beaucoup de soin dans son coloris pâle, et exécuté avec une finesse toute particulière dans les mains. Un tableau supérieur à tout ce que le Louvre possède de ce peintre de portraits français, le meilleur en son temps. »

Les anciennes tapisseries pourraient seules nous familiariser avec la grandeur, la facilité, l'abondance des compositions de nos vieux maîtres français; mais ces tableaux tissés, d'ailleurs assez rares, ne nous donnent qu'une idée fausse de leur talent, parce que les esquisses conçues et exécutées sur cartons, dans les conditions propres aux métiers de haute lice, reconnaissaient des obstacles et des limites que ces mêmes peintres n'auraient pas rencontrés sur la toile. Les verrières de nos églises se prêtaient mieux à l'abondance de leurs idées, à la grâce de leurs compositions, a l'éclat de leur coloris. Malheureusement les vitres sont fragiles, et, depuis l'enfant qui leur déclare la guerre avec la pierre de sa fronde, jusqu'à Thomme fait qui les détruit avec la

LES TR0I8 CLOUBT. ^ \ I

hache de 1 émeule, elles ont partout trouvé des van* dales. C'est encore, à tout prendre, cet art tout français qui nous transmet le plus complètement le talent de nos peintres, qui lève le plus indiscrètement le coin de ce rideau derrière lequel est cachée la grande activité de nos artistes des xv*-' et xvi® siècles^ Voyez Couches, Rouen, Gisors, Écouen, Montmorency; visitez mille églises dont la France entière fit au xvi* siècle son musée de peintures brillantes et harmonieuses , et vous comprendrez combien nous sommes devenus étrangers au cercle d'action dans lequel se mouvaient tous ces artistes distingués , puisque nous pouvons douter de leur talent , méconnaître leur abondance productive et récuser leur prodigieuse multiplicité. Ainsi, pour ne citer qu'un nom, qui a eu Thonneur de servir de but à des recherches approfondies, Antoine Caron ne nous est-il pas représenté comme un^peintre de portraits, exécutant timidement et par hasard quelques dessins dans le goût italien? Mais M. de Montaiglon ignorait que ce peintre exécutait des tableaux de bataille de quinze pieds de long '. Lors de rentrée du roi à Paris, en 1 570, Nicolas Labbé et Camille Labbé, son fils, deux peintres également inconnus, peignent sur la frise de la salle seize tableaux d'histoire et de figures poétiques, d'après les indications des poëtes Ronsard et Dorât. Or, cette frise avait dix

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