‹ La renaissance des arts à la cour de FranceChapitre 22 sur 127 · Voir Ant. Caron, inrini los peintres em titre d'oflfe · texte numérisé non relu

Voir Ant. Caron, inrini los peintres em titre d'oflfe

pieds de haut sur cent trente-deux pieds de long. On pourra objecter que c'était de la décoration ^ mais ce sont justement les qualités propres à ce genre de peinture , la hardiesse, la facilité , Tabondance, qu'on aurait été tenté de refuser à nos artistes.

François Clouet s'acquittait donc des devoirs de sa charge, qui avaient leurs alternatives tristes et gaies, comme tous les devoirs. Il est porté sur c( TEstat des officiers domestiques du Roy — durant Tannée commençant le premier jour de jueillet Tan mil cinq cens cinquante neuf et finie le dernier jour de décembre mil cinq cens soixante :

« A François Clouet, paintre dudict seigneur, la somme de six vingt livres tournoys pour ses gaiges à cause de sondict estât pendant ladicte demye année (30 oct. 1559), vi". »

A cette date, le peintre du roi avait atteint le point culminant de son talent, de ses succès et de sa vogue. Ronsard s adresse à lui :

« Peiu moy, Janet, pein moy, je te supplie, « Sur ce tableau les Iniauiez de m*amle « De la façon que je le les diray

(f Fay luy, premier, les cheveux ondele?., c( Serrez, retors, recrespez, annelez, « Qui de couleur le c^dre représentent.

« Que son beau front ne soit entre fendu, « De nul sillon en profond estendu :

« Mais quil soit tel qu*esl Peau de la marine « Quand tant soit peu le vent ne la mutine

« Tout au milieu par la grève descende

V Un beau riiby,

« Après fay luy son beau sourcy voutis

LBS TROIS CLOOET. 4 43

m D^ébène noir

« Mais last Janel, helas Je ne scay pa< « Par quel moyt-n , ny comment tu peindras (c De ses beaui yeux la grâce naturelle.

« Après fay luy sa rondelette oreille « Petite, unie, entre blanche et vermeille, « Qui sous le voile apparoisse à Tegal <c Que foit un lis enclos dans un crystal.

fc Après au vif pein moy sa belle joué, « Pareille au teint de la rose qui noue « Dessus du laict ou au teint blanchissant n Du lis qui baise un œillet rougissant. « Dans le milieu portraits une fossette» « Fossette non, mais d*amour la cachette. « Hélas Janet , |x>ur bien peindre sa bouche , « A peine Homère en ses vers te dlroit n Quel vermillon égaler la pourroit.

« Plus blanc que laict caillé dessus le jonc

V Pein luy le col

a Je ne scay plus, mon Janet, où j*en suis; « Je suis confus et muei : je ne puis « Comme j'ay fait, te déclarer le reste « De ses beautés qui ne m'est manifeste : « Las I car jamais tant de faveur je n*eu « Que d'avoir veu ses beaui tetins à nu.

tt Puis pour la fin portray luy de Thetis « Les pieds étroits et les talons petits, a Ha, je la voy, elle est presque portraite : «r Encore un trait , encore un : elle est faite. « Lève les mains, ha mon Dieu , Je la voy! ic Bien peu s'en faut qu'elle ne parle à moy. »

Je ne sais sî mon admiration , mon engouement pour la peinture des Janet, m^aveuglent sur la poésie de Ronsard , mais j'avouerai que ces vers m'enchantent; je retrouve dans cette description les traits particuliers aux beautés du xvi* siècle , leur costume, leur port et leurs grâces aussi. Les vers que

j^omets, faute d'espace, complètent la description du tableau de Janet, qui devait être une merveille, et qui a été rejoindre , dans le grand gouffre j tant d'autres merveilles.

Cette élégie peut avoir été composée vers 1560; Ronsard avait alors 36 ans et François Clouet 40. Muret y dans ses commentaires, fait cette remarque au mot Janet : « Ronsard prie en ceste élégie Janet, peintre très excellent (qui pour représenter vivevement la nature a passé tous ceux de nostre aage en son art) de pourtnaire les beautez de s'amie dedans un tableau. » Le savant Muret , qui faisait ainsi une sorte de débauche de son grave esprit, ou qui protestait^ en commentant les amours de Ronsard, (contre d'autres amours, beaucoup moins poétiques, qu'on lui avait reprochés à lui-même, vécut de 1526 à 1585. Les incidents de sa vie le poussèrent en Italie, mais il était en France en 1561 et 1562, à la suite du légat à latere , Qi^polyte d'Est. Est-ce pendant ce séjour qu'il écrivit ce passage sur Janet? Je serais disposé à le croire.'

Je citerai encore ce charment sonnet , le 1 78' du premier livre dès amours :

« Je sens portraits dedans ma sou?enance , Tes longs cheveux el ta booohe et tes yenx, Ton doux regard, ion parler. gracieux.

Ton doux mainiien, ta douce contenance.

Un seul Janet, honneur de nostre France, De ses crayons ne les portrairoit mieux , Que d*un archer le trait ingénieux M*a peint au cœur leur vive rcmembrance.

Dans le cœur doncqiie, aa fond d'an diamant, ray son portrait, que je suis plus aimant Que mon cœur mesme. 0 vive portraiture! De ce Janel Tartifice mourra :

Dedans mon cœur le tien me demourra, Pour estre vif après ma sépulture. »

Muret ajoute : « Janet ^ peintre du Roy, homme sans controverse, premier en son art. » Et cependant Muret revenait d*ltalie; avait-il cherché en vain, dans cette patrie des arts, une vérité aussi gracieuse, une grâce aussi naïve.

Toute la pléiade chanta ce déh'cieux peintre, et it ne faut pas croire, parce qu'elle le disait sans rivaux, qu'il fut sans confrères. Loin de là, sous la même influence qui l'avait vu grandir, s'était élevée une foule de peintres qui avaient leur public et leur cercle d'action , soit dans une classe de la société à Paris , soit dans une ville en province. Ces artistes, moins habiles sans aucun doute, et surtout moins en vue que Janet , auraient pu l'imiter servilement; quelques-uns se résignèrent à ce rôle, mais plusieurs d'entre eux eurent assez la conscience de leur art pour faire moins bien en continuant à faire autrement. Qu'on se donne la peine de chercher dans les crayons de la Bibliothèque nationale les portraits des enfants de Catherine de Médicis, dessinés presque en même temps, vers 1562 ',

4. Ces poriraits d« Charles IX, de Henri III et de Margoerite de Valois portent, éerit d'nne ancienne matn qni n'est cependant pas contemponine : Pour le premier, « k l'eage de I3 ans. • Pour le second. • k l'eage de treze ans. •

on conviendra que ces portrait-s ont un charme, une douceur, une harmonie très-séduisanle, et cependant Tabsence de fermeté et de caractère individuel ôtera toute idée de rapprochement avec Janet. Quel était ce peintre? On pourrait faire semblable question à propos de vingt peintures différentes.

La vogue , déesse capricieuse , fut fidèle à François Clouet, même au delà de la mort. Il est donc naturel qu'au moment où ses succès étaient incontestés, Charles IX<, succédant à son frère, fut trop heureux de pouvoir conserver à son service, et parmi ses domestiques, un peintre aussi célèbre. Ses fonctions restèrent ce qu'elles étaient, et il s'en accommoda malgré sa célébrité, consacrant tout son temps à reproduire les traits de son roi, de la famille royale et des personnages de la cour, soit à Thuile, soit en miniature, soit au crayon. Nous avons conservé grand nombre de ces portraits ; ils prouvent tous qu'il était supérieur à ses contemporains , et si la reine mère, afin d'avoir un peintre, s'attacha EstienneDumonstier ', c'était sans aucune prétention de rivaliser avec son fils.

Arrêtons-nous un instant devant les portraits de Charles IX et delà reine Elisabeth d'Autriche^. Il

Pour le troisième, ik Teagc de ImictaDS. >— Les aatres sont faciles à reconoaltre, le faire en étant toat particoMer; et comme il se trouve parmi eox le portrait de Susanne Olivier de Leaville, mariée à Sébastien le Hardi, seigneur de la Trousse, née vers 4574, si cette attribution e?i exacte, ce peintre aurait encore travaillé vers 4M8.

I. Voir plus loin, le ciiapitre des peintres eu litre d'office. Compte de la Roynepour l'année 4569, et an Louvre le portrait de cette reine, no 4293, placé k tort sons le nom de Cionet dit Jœt.

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