Ces portraits font partie des tableaux du Louvre
est temps d'indiquer les modifications qui s'étaient introduites dans la manière de François Ciouet, modifications inaperçues pour lui et ses contemporains, mais sensibles pour nous , quand nous mettons en regard le portrait de François 11^ peint en 1547, celui de Henri II, qu'on peut dater de 1 553 S et le portrait de son fils qui fut exécuté en 1570.
Charles IX est debout, en pied; il a la tête couverte d'une toque; sa main droite, retenant des gants , est appuyée sur le dossier d'un fauteuil ; la gauche serre la poignée de son épée. Dans le fond, deux rideaux de soie verte sont relevés par le bas.
L'harmonie de ce petit tableau est générale, l'effet simple et clair, le modelé parfait , la touche fondue et perdue dans la couche de peinture excepté dans les cheveux , la barbe et les sourcils où elle exprime la ténuité du poil par la finesse des traits. Les yeux sont expressifs et doux; on sent la vie intérieure dans le regard, dans les narines, dans les lèvres, dans toutes ces parties délicates et nerveuses du visage qui traduisent l'émotion et se meuvent sous les yeux de l'artiste. Les mains sont royales dans leur délicatesse , élégantes de pose , vivantes par Tanatomie , par la contraction du mouvement et jusque par l'enchâssement des ongles. Minu-
1 . Je décris plas loin aB aaire portrait de ce priace peint par Jean Clonet ponr faire pendant au portrait de François l et qni fait partie des tableanx da roi de Hollande.
tieuse et adorable exactitude dans la reproduction du coâtume, de la collerette, du collier, de Tépée, de la broderie, des étoffes. Tout dans cette habileté d'imitation surpasse le possible et n'a de comparable et d'analogue que certaines figures de Jean Van Eyck, et cependant ce n'est plus ce peintre que rappelle cette peinture : il a passé dans la manière de Janet une sorte d'affadissement qui se fait sentir dans rharmonie trop générale du ton et dans le fondu trop complet de la touche. Il semble que ce délicieux portraitiste se soit donné la tâche difficile de rendre la nature telle qu'elle se présente avec son fini égal partout , n'ayant d'accent tranché ni dans l'elTet , ni dans la couleur, ni dans la touche. Il a réussi, en effet, à fondre, comme elle, dans une harmonie générale les détails les plus minutieux, et pour juger s'il a bien fait d'abandonner sa première manière , il faudrait s'attacher à quelque bon portrait peint par lui vers 1560. A ce moment, il n'avait rien perdu des traditions paternelles, et cependant il les avait modifiées selon ce nouveau système.
Janet reproduisit ce portrait ' avec quelques va-
I . Je parte plu loin de ces répétitions dn même original. Le tableaa dn Musée dn LoaTre ne nons fient pas de notre ancienne collection, et il ne figure pas sur l'inventaire BalUy k tété do portrait de Henri II ; il nous a été apporté de Vienne, après les conquêtes de 1809, et il est décrit dans le caialogoe de Meckel, n» 64, page SIS. Je ne l'en liens pas moins poor l'original peint par François Cionet, d'après qnelqoe antre portrait de loi, grand coaune natore; dire k la snite de laquelle de nos émoltoas, séditions ou rétolutlons, il passa k Vienne dans la eollecilon impériale, c'est ce que Je ne puis.
LES TROIS CLOOET. 419
riantes et ea le réduisant de moitié. 11 est curieux de voir comment, dans les mains d'un homme de talent, le moyen matériel n'est rien et se prèle à sa volonté. Sur une feuille de vélin avec des couleurs à Yean, il est parvenu à donner à ce petit portrait autant de grandeur , à cette aquarelle autant de solidité qu'à sa peinture originale.
Cette miniature a été mise en vente à la mort de M. Auguste, ancien pensionnaire de Rome, le 29 mai 1850, avec cinq autres qui appartenaient évidemment à la même suite, mais qui n'avaient pas toutes été traitées avec le même soin, ni par la même main. Ces six miniatures étaient elles-mêmes détachées d'une série dont nous connaissons déjà 1 2 numéros et qui a dû être plus nombreuse. Celles-ci sont venues se prendre dans les filets de M. Hope; le harpon de M. Ratier a saisi les six autres au passage, et au prix de 2,000 francs. Puisse le musée du Louvre être assez bien inspiré pour conserver à l'étude et à la France ces 1 6 miniatures, quand viendra la vente de ces riches amateurs. Les collections, ce noble pass&*temps , ont le mérite d'embellir la vie , elles n'ont pas le pouvoir de la prolonger ; et le musée du Louvre, qui ne périt pas, est leur héritier naturel , s'il sait, au moment solennel des enchères , distinguer entre les objets d'art ceux dont on retrouve toujours l'équivalent et ceux dont il faut attendre, pendant cent ans, les pareils.
Le portrait de la reine Elisabeth d'Autriche,
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peint l'année suivante (1571) lors de Tarrivée de cette princesse à Paris ^ marque encore davantage la pente que suivait Janet.
La jeune reine est représentée en buste et de demi-nature ; elle est coiffée de pierreries. Ses cheveux sont relevés sur le front, et ondulent à la mode du temps; la collerette et les manches sont goderonnées; la robe de soie, or et argent, est chargée de pierreries. Les deux mains , réunies Vune sur Tautre, occupent le coin gauche inférieur du tableau.
Effet général clair et harmonieux; modelé qu'on croirait plat, à première vue, tant il est fondu , mais qui se trahit et se détaille quand on le regarde attentivement ; la touche, perdue dans la peinture, s'accentue à peine dans les lumières, en donnant à la surface quelques rugosités. L'expression de vie douce et calme est surprenante d'intensité, les yeux merveilleux par la précision du dessin et la limpidité du regard ; la bouche pèche par quelques duretés dans la lèvre supérieure. Le détail du costume, des pierreries , des perles^ de la mousseline, ici moelleuse, là empesée, de l'étoffe or et argent, est admirable d'exactitude , surprenant de réalité ; les mains sont délicieuses dans leur forme délicate, quoique un peu molles dans le contour et le modelé, mollesse qui va bien à ces jeunes doigts effilés, aux extrémités rosées, aux ongles parfaits de forme : deux anneaux sont passés dans ces
doigts, on croit pouvoir les saisir, tant ils jouent habilement le relief.
Si à la même époque, presque à la même date , nous trouvons ce peintre délicieux peignant des bannières, nous ne devons pas nous en étonner, car nous avons déjà dit que cette confusion d'attribu* tions, héritée du moyen âge, se rencontrait en Italie comme en France. D^ailleurs, ayant déjà peint des voitures pour Henri II , François Glouet n'aurait pas rempli toute sa mission, s'il n'avait pas peint des bannières, des étendards et des cottes d'armes pour son frère Charles IX. Nous le voyons, en 1 570, à cette œuvre dans u le compte de AT* Alain Veau, receveur et paieur de Tescuirye pour une demie année, commencée le premier jour de janvier mil cinq cens soixante et dix.
« A François Clouet, peindre et varlet de chambre dudict seigneur, la somme de six vingt trois livres» à luy ordonnés, pour son paiement de plusieurs parties de son mestier qu'il a faictes et fournies sur le faict de ladicte escuierye, ainsi qu'il s'ensuit; assavoir :
(( Pour avoir faict et estoffé sur douze bannières des trompettes, chacune , six grandes fleurs de lys d'or fin à huille, qui sont Ixxii fleurs de lys, à raison de XXX s. pièce Cviij liv.
« Pour avoir aussi estoffé et doré d'or fin à huille sur une cotte d'armes, pour ung poursuivant d'armes, douze fleurs de lys dont y en a six grandes au
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corps et six moyennes aux manches. . xv liv. » De ce moment % François Giouet disparaît des comptes sans qu'il soit possible de déterminer l'époque de sa mort ^ ou d'établir d'une manière positive qu'il quitta ce monde en abandonnant sa charge. Cependant ^ comme c'est au milieu de ses succès qu'on le voit remplacé par Jehan de Court, un artiste beaucoup moins connu ^ et qui n'a pu , sans qu'il en soit resté de -trace, conquérir une réputation de force à supplanter Janet, il est à supposer qu'il mourut jeune, en 1572^.
A cette date, François Clouet était encore aussi français que son père l'avait été au commencement du siècle ; seulement son talent avait perdu de sa sévérité sous l'influence délétère du succès et de la
I. Une assex paavre grevare porte en titre : ReiuUut Ckoppi$uu jurlacontuUui. JStat. sua 83. — Effigies ûimo 1570. — Jannet, pinzU. — /.-CA. PUpart, seulp. On ne retroa?e dans cette estampe ni la précision ni la vie des portraits de Fr« Cloaet: il faudrait examiner l'original.
S. Il est certain qa'ii ne vivait plus en 4574, car autrement, il aurait été chargé soit de la mission délicate et importante qae la reine confia à Nicolas Beiliard, peintre anglais attaché i la maison du duc d'Alençon (il s'agissait de rapporter de Suède lea portraits des filles du roi Jean), soit de celle que le roi Henri ill donna à un autre peintre, qui alla en même temps faire le portrait de Louise de Lorraine, soit enfin de la commission, hien secrète, de peindre une seconde fois les princesses suédoises, et cette fois en costumes irançais , semblables k ceux que portait la princesse de Vaudemont. Dans cette circonstance les peintres éiaient-ils i la hauteur de leur mission? il faudrait voir leurs productions pour décider.
3. Chercher ce nom dans le chapitre des peintres en titre d'oCBce.
4. Léonard Gauthier avait réuni, de celé et d'autre, 444 portraits originaux et ressemblants, qu'il grava sur une même planche, et qu'il mit en vente sons ce titre :
Pmrtralet» de pltuieurt lunnmea iUuitrtê qui oui fiary eu Fruuee depuU r«ii ISOO
Jutques à préseut.
Ce Jusques à prisent resterait à fixer. On peut, ï quelques années près, lui assigner la date de 1508. Le portrait de Frêuçais Ctouei dielJauett figure dans le nombre sous le no 441 entre Claude Garamont, le graveur de caractères, et Anthoine Caron, le peintre. Clouet a une forte barbe, et semlile compter cinquante ans. C'est k peu près r*ge qu'il avait au moment de sa mort.
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victoire. Il lui eiit été plus facile de lutter contre la grande concurrence italienne que contre lui-même, les défauts de ses ri vau x eussent soutenu ses qualités ; mais resté seul, il cessa de se regarder, et pour ainsi dire de se voirpasser. La manière, non pas celle qui vient de fimitation et à laquelle il était supérieur^ mais la manière qui s'infiltre d'elle-même à la suite des commandes banales et des travaux trop nom* breux, la manière le gagna , et, comme un voile, s'interposa entre ses yeux et son modèle. L'observation patiente, Tétude religieuse de la nature, firent place à une certaine habileté de main qui rend ses derniers ouvrages moins caractéristiques et par cela même plus difficiles à reconnaître au milieu des copistes habiles qui, sous sa propre dirèctioa, re* produisaient, soit en miniature, soit au crayon, ses peintures à Thuile , ses miniatures et ses crayons.
Loin de diminuer, en effet, la passion des portraits s'était étendue à toutes les classes de la so^ ciété. Non-seulement on faisait faire son portrait et les portraits de sa famille , mais il était de mode d'avoir sur sa table et dans son cabinet des livres de portraits, recueils qui commençaient ordinairement par des séries de rois et de reines , et qui se terminaient par les plus illustres contemporains. Madame de Boissy a peut-être le mérite d'avoir mis ce goût à la mode, et il fut si rapidement populaire, qu'on dut perfectionner les moyens de reproduction les plus rapides. Nous devons à cette douce manie des
rexueils de crayons très-précieux^ des coilections de miniatures adorables, et des suites de gravures charmantes. Les uns et les autres nous ont transmis en copies bien médiocres souvent, et quelquefois trèshabiles, des traductions altérées, mais enfin des traductionsd'unefouled*originauxàtoutjamaisperdus.
Les portraits aux crayons de deux ou trois couleurs furent les plus recherchés et avec raison , car ils rendaient assez fidèlement le caractère et le charme des peintures originales. On en mit en circulation un nombre incalculable, et force nous est d'en dire quelque chose, afin de leur assigner leur véritable place, notre opinion étant qu'on a fait dans ces derniers temps trop d'état de ces crayons.
Si on s'était contenté d'en apprécier le charme fugitif, le mérite comme copies aussi exactes que le permettent les faibles ressources de trois crayons; si même on s'était principalement attaché à faire ressortir l'utilité et l'importance de ce musée iconographique, j'aurais souscrit à cet engouement; mais on a voulu en faire un art à part et juger, d'après ces faibles reproductions, la valeur et la puissance de notre école de peinture du seizième siècle. Ici, je proteste hautement. Il n'entre pas dans ma pensée d'adresser ces reproches à M. Niel, l'estimable auteur d'une collection de crayons rer produits merveilleusement bien et des notices piquantes qui les accompagnent. M. Niel a trop bien étudié son sujet pour tomber dans l'erreur que je
crois devoir signaler aux amateurs; malgré les exigences de la monographie , en dépit de Fentraînement un peu aveugle d'une préoccupation unique , je ne vois rien dans ce qu'il a écrit jusqu'à présent qui élève ou qui étende la spécialité du crayon au delà de ses vraies limites. Peut-être qu'en mettant dans les mains du public ses consciencieux facsimilé , il aura donné , par le fait de leur publication, plus d'importance aux crayons qu'aux peintures originales elles-mêmes; mais c'est là un tort bien pardonnable, et on le réparera en reproduisant avec autant de soin et de succès les portraits peints à l'huile.
Il me reste à exprimer ma conviction que Jean Clouet n'a jamais fait un seul crayon, et je serais disposé à croire que François Clouet lui-même n'a employé ce genre léger, facile, expéditif, que pour se répéter, après avoir peint à l'huile le portrait original d'après nature. Si quelque production de son habile main pouvait modifier mon opinion , ce serait, sans aucun doute, le crayon que possède M. Reiset, dont le bonheur égale la finesse du jugement. Le bonheur ! Dans les acquisitions d'objets d'art tout aussi bien que sur le champ de bataille, il ne va qu'aux forts et aux habiles. Voici comment mon savant collègue parle de cette petite merveille dans la description abrégée de ses dessins ' :
4. Description abrégée des Deittus de diverses écoles, appartenant à M. Frédéric ReiMU Paris, in-1«, 1850.
« N° 253. François Clouet , dit Janel. Portrait d'une jenne princesse. Elle est vue en buste et de trois quarts, la main droite posée sur la main gauche. Des colliers de perles ornent son cou , ses cheveux et sa poitrine. Le corsage de la robe est bleu , les manches sont rougeâtres. — Au crayon rouge et noir, lavé d'aquarelle et de gouache et rehaussé d'or dans certaines parties de l'habillement.
(( Hauteur 0,295, largeur 0,215.
Ce dessin a été apporté de Turin, il y a quelques années. »
M. Reiset oublie de dire qu'on l'attribuait en Italie à Holbein. Il est difficile de déterminer laquelle des filles de Catherine de Médicis, à l'âge de 15 ans, est représentée dans ce portrait, mais il n'est pas douteux que Janet soit l'auteur de ce crayon, et il l'a dessiné peut-être d'après nature ^ certainement d'après un des portraits qu'il aura peints vers 1561-1568.
Tout en rejetant les crayons dans le domaine des copistes de profession, j'admets, comme on le voit, des exceptions, car je n'ignore pas que Jean Holbein dessina à Bâle des portraits et des études au crayon ; ils ont fait trois fois mes délices, et je n^oublie pas davantage qu'attaché dès 1528 au roi Henri YIH, il fit, pendant près de vingt ans, le bonheur de son maitre en reproduisant tous les personnages de sa
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cour avec un admirable talent et une naïveté primitive ^ qui persista avec autant de fermeté, quoique avec moins de mérite, que celle qu'opposa Janet à des influences bien autrement considérables. Mais ce fait lui-même est exceptionnel , et on peut attribuer à un goût particulier du roi et à son désir de former rapidement une collection % le choix d'un mode expéditif rendu séduisant par le talent de son peintre favori.
A partir de 1560-70, je crois entrevoir des crayons dessinés d'après nature, et il n'est pas douteux que les successeurs de Janet dans son titre, et leurs contemporains, firent des portraits directement sur papier. Nous avons des crayons ^ signés par Benjamin Foulon , François Quesnel ^ et la nombreuse famille des Dumonstier; mais je n'entends pas qu'on applique à ces œuvres lâchées, blafardes et fardées les éloges que j'ai donnés à l'art français 4.
4. Oa sait le sort de ces 89 crayons, de ces 89 merveilles qni vinrent en France apE(^ la mort d'Holbefn, comme poor se placer en parallèle avec les produits naïfs de notre école de peintare, denx sœars dont la Flandre a été la mère commune, et qni conservent ane grande ressemblance, malgré l'éducation différente qu'elles ont reçue et les voies diverses parcourues par elles. Ces dessins ont repassé le détroit. J'en parle encore, dans le volume suivant, an chapitre &6S Monuments perdus pour la France.
<• Nous avons à Paris, en dépit de tous nos malbeors, les séries les plus complètes et les plus remarquables; j'en dis quelques mots plus loin. La Bibliothèque nationale, la plus riche, compte, en trois volumes, trois cent trente-neuf crayons; elle a retrouvé dernièrement 14 autres crayons des Dumonstiera, et entre autres un portrait admirable d'Anne d'Autriche, dessiné en 4693; enfin elle laisse s'estomper et se perdre, dans ses portefeuilles de portraits, une vingtaine de très-bons crayons qui devraient être réunis è part et conservés avec soin. Je ne parle pas d'un volume de M dessins de Lagnan, ce sont des caricatures dont je ne comprends pas le mérite. ^
3. Quant à B. Foulon, qui signait Foulonius , et ii F. Quesnel , j'en parle dans le chapitre des Peintres en titre d'office.
4. L'Estoile fait grand état d'un crayon de Poltrot, qu'on venait voir dans son cabi-
La -gravure prend le troisième rang dans la reproduction des portraits. Si les crayons étaient des copies, quelquefois des amplifications de peintures sérieuses, les gravures nous représentent des copies de crayons et presque toujours des copies en miniature. Est-il nécessaire d'insister pour prouver que les graveurs^ quelque habiles qu'ils fussent, ne pouvaient peindre eux-mêmes d'après nature ^ et qu'on n'aurait confié ni à leurs pauvres ateliers, ni à leurs mains noircies par l'outil, des peintures originales aussi précieuses? Ils faisaient quelquefois eux-mêmes les copies dont ils avaient besoin ; le plus souvent ils se procuraient chez les faiseurs en renom les crayons les plus remarquables, soit par la ressemblance, on y tenaitbeaucoup, soit par une certaine grâce à la mode qui assurait le débit de leurs délicates et habiles reproductions. Lisez les quatrains qui accompagnent ces petits portraits , si habilement gravés , par Thomas de Leu , Léonard Gauthier, J. Wierix , J. Granthome, Golzius et les autres, vous verrez qu'ils sont composés pour les crayons et jamais pour la peinture originale. Ainsi, au bas du Strozzi de Thomas de Leu :
« Le peintre ingenieus eu Slrosse au vif icy La Candeur et valeur au vif a peint aussy
nel; • 23 février 4608: Qoatre seigneors alemans viennent voir ma collection. Ils firent cas de ma petite Mort de Pavie qoi est one pièce rare, do crayon de Poltrot qoi toa le duc de Guize devant Oriéans. — Ce crayon, • dit-il ailleors, t est an vif et bien fait; il est sorti dn cabinet de feue madame la princesse de Gondé qui seule l'avoit. » Il avoue plus loin qu'il en exisuit deux répétitions. Il inscrit aussi dans son journal ce détail : t Le 48 juillet 4608: M. de Gerocour m'a donné , ce jour, le pourtrait de Lipse, fort bien fait, par le laquais de M. du Puy, œuvre rare de laquais. •
Gomme voir on le peut et miens et d'avaniage Au reste ce craioor D*estant que le visage. »
Va sur un autre, gravé en 1581 par L. Gauthier:
<c Le vif crayon de Serralier scavant N*est pas icy mais en Tesprit vivant Bien nue tu vois en ceste pourtraiture Emprains Paltas et Themis et Mercure. »
Fn. DB Bbllbforbst.
Ces deux citations suffisent , et en examinant ces gravures, on admirera le talent qui sut rendre sur un métal dur, avec un instrument aigu, tranchant, le modelé plat, la douceur du travail et Téclat du ton, qu'alités caractéristiques de ces crayons '.
Après François Clouet il se fait un vide ; il semble que ce nom en s'éteignant emporte avec lui un secret. Nous avons pourtant quelques artistes provinciaux dont la célébrité perce, soit dans les vers de la pléiade , soit dans les correspondances et mémoires du temps. La persistance de ces peintres dans le genre français est digne de remarque , sans être bien méritoire , n'ayant été sollicitée au changement ni par les mêmes influences étrangères, ni par Tentralnement du public. Il y aura lieu de reconstituer pour chacun d'eux une biographie spéciale , et pour les œuvres qui leur sont propres, un inventaire particulier, deux tâches difficiles sans être impossibles , et qui concourront à établir que ,
1. Gherehez le ponnlt de It laarqaise de Verneoil, gravé par J. Wierix, en 1600/ et celai de Marie de Médieir, avec son air d^ax, jeone, éloanè, ao costame, I la coifftare florentine.
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avec rexlinctioi) des Janel, il se fit un vide, un moment de silence. Personne, dans ce moment solennel , n'était de force à suivre la route tracée ou à ouvrir une nouvelle voie. Il faut qu'un Porbus nous rapporte de Flandre des traditions analogues pour que nous retrouvions quelques-unes des qualités du mattre ' •
Sans doute Tart du portraitiste ne devait pas mourir en France; il y eut seulement une halte d'abord, et puis une transition ^. Le portrait trouva plus tard parmi nous d'éloquents interprètes , c'est une autre langue ; elle est expressive encore, elle devient apprêtée, brillante, fastueuse, elle prend tous les tons, mais ce n'est plus la langue des Janet, le vieux parler gaulois de ces grands maîtres.
I. Voir au Uuvre les portraits de Henry IV, do (ik7 et 648. Dès la première exposition pabliqae d'onc |«rtie des tableatix du roi dans le palais du Luxembourg, en 1750, on plaça l'au de ces porlrails en pied en pendant du portrait de Heuri II ; on lit dans le Catalogne : N'o 57. Jeanuet : Le portrait de Henry IL N» 58. Fr. Porbns : Le portrait de Henry IV.
Catalogue deê Tableaux ducabvuet du Roy au Luxembourg, quatrième édition, Paris, 10-49.1751.
S. Voyez le portrait de Catherine de Médicis au Louvre, no 4293, et celui de la narqoise de Vemeull ( provenant de la collection de V . Sanvagcot ), )i Tbôtel de Clany; ce dernier portrait est très-restauré.