‹ La renaissance des arts à la cour de FranceChapitre 4 sur 127 · A LA COUR DE FRANCE. XIU · texte numérisé non relu

A LA COUR DE FRANCE. XIU

plus élégantes, formaient dans la Cour royale le centre unique de Tautorité, de la gloire et de la beauté. La cour devenait forcément l'arbitre du goût, le protecteur des arts, le tyran de la mode. Langage, manières, costumes, et dans un ordre plus élevé, art, poésie, sentiments même, ressortissaient à cet aréopage d*autant plus puissant qu'il était unique en Europe. Nous pourrions montrer les trouvères à la cour de France prenant le dessus sur les troubadours, le modèle du langage cherché sur les bords de la Seine ou sur les bords de la Loire, selon que la cour habile Tun ou Taulre de ces ri« vages. Quenes de Bélhune s'excuse au xii® siècle de ne pas parler le langage de la cour, comme un poëte, quatre cents ans plus tard, aurait pu rougir de ne pas italianiser son style, à l'imitation du parler maniéré dont Catherine de iMédicis se défendait, mais qui, dans sa courte apparition, eut quelque influence sur la langue. Il suffît d'ouvrir les chroniques, de lire les romans et les poésies, pour trouver partout les preuves de cette domination dans Tempire du bon goût : que la cour réside à Paris dans le Louvre, ou sur les bords de la Loire dans les châteaux royaux ; qu'elle suive nos rois aux croisades ou dans les expéditions d'Italie; partout elle domine par la supériorité d'une intelligence vive et d'un certain atticisme qui, comme au temps des Grecs, était, quoi qu'on en eût, accepté de tout le monde. Mais, diront les gens rigides, vous nous vantez là

\iT LA RENAISSANCE DES ARTS

des mœurs bien légères, une morale passablement relâchée, une façon de dire un peu bien libre. J'en conviens: quand les seigneurs français réunis autour du Dauphin récitaient, en compagnie de Phi-^ lippe le Bon et de quelques officiers de sa cour, ces cent nouvelles nouvelles qui sont un des monuments de la langue française , ils se préoccupaient moins de la morale que de bien et gaîment conter; quand la reine de Navarre, après avoir composé dans sa litière, aux environs des années 1540-46, les charmants contes dont elle a enrichi notre littérature, les lisait dans sa cour au milieu de ses dames et filles d'honneur, tout ce jeune monde arrêtait, il est vrai , ses pensées sur des sujets peu moraux , mais il apprenait le secret de bien dire, Tart de se conduire et le talent de plaire, trois qualités précieuses. Les filles d'honneur, dans les cours étrangères, n'étaient pas des Lucrèces ; elles se racontaient ces mêmes anecdotes qui , depuis Boccace et le Pogge, circulaient dans le monde; seulement elles les disaient grossièrement, et quand, entraînées par Texemple, elles cédaient à la séduction, c'était sans grâce.

Quelque peu graves que soient ces déviations de la ligne droite, je m-accorderais à les condamner si la cour n'était pas et ne devait pas être un monde à part. Son personnel, voué à une vie de représentation, est pour ainsi dire condamné à une existence extérieure qui comporte un mélange des quali-

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