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tés les plus estimables, les plas solides, avec des dehors mondains et légers. Se recrutant dans Télite de la nation, il s'entretient traditionnellement dans des habitudes galantes autorisées par une morale facile, mais régularisées par des principes d'honçeur. Croyez-moi, supposez à cette époque un Brantôme de la bourgeoisie écrivant aussi indiscrètement que le Brantôme de la noblesse, vous prendriez en estime les légèretés de la cour. La liberté dn langage, qui dénoterait dans les classes inférieures une licence de conduite coupable^ n'indique chez les seigneurs qu'une façon de Tesprit. C'est le bien dire et le tout dire poussés dans les voies les plus scabreuses. Là où le bourgeois tombe lourdement dans le précipice, Thomme de cour, comme le chamois sur la crête des rochers, évite les dangers, franchit d'un bond la difficulté, et vous force d'écouter en souriant ce que vous auriez refusé d'entendre , dit dans des termes différents et d'un autre air.
Ces habiletés, je le sais, n'excusent pas, elles déguisent le maL Eh qu'importe? Les goûts de la cour, ses mœurs, ses scandales même étant renfermés étroitement dans un cercle tracé par l'étiquette, ^ longtemps et presque jusqu'à la fin du xvm* siècle, on s'est raconté hors de la cour, les fredaines, des jeunes seigneurs, les coniplàisances des grandes dames d'une manière si romanesque, que Ton n'a pas plus songé à les imiter qu'on ne se sentait entraîné par une nouvelle deBoccace. Tout cela
était si loin, séparé par Tétiquette comme par le temps, que ces récits semblaient être du domaine de rimagination. Lorsque de nos jours, la cour^ devenue bourgeoise, n'a plus été défendue par les formidables barrières de l'étiquette ; quand épiciers et marchands, costumés en gardes nationaux, ont été, reçus aux Tuileries, nos princes et la cour ont compris qu'il fallait réformer des habitudes qui ne seraient plus comprises. Ils ne conservèrent des mœurs de Tancienne cour que la noblesse des sentiments, Télégance du langage et des manières; aussi les cinq mille invités aux grands bals, curieux de voir de près le laisser-aller de la cour , ont élé bien ^.urpris de trouver dans le palais des Rois le modèle des vertus de la famille associées au plus noble amour de la patrie.
Cette cour n'existe plus. Les Tuileries sont désertes, mais Paris a hérité, par une infiltration lente et continue, de ces goûts d'élégance, de cette distinction de manières, de ce choix d'expressions. Paris est pour les étrangers aujourd'hui, ce lieu de délices, be modèle de bon goût que la cour de France a offert pendant tant de siècles à la noblesse de toute TEurope; seulement, tandisque la cour, parsa composition d'élite, maintenait les bonnes traditions, la société d'aujourd'hui marche sans guide, et il ne peut échapper aux moins clairvoyants que le bal de Mabille sans le contre-poids du bal de la cour, que le langage de la tribune et la lecture des jour-
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naux sans le correctif du langage de bon ton et du style 'pur, vont mener au galop le convoi de la politesse et de la langue françaises.
Si, pénétrant plus avant dans le détail, nous recherchons par quels procédés la cour de France in* fluait sur les arts, nous en trouvons les raisons dans les lignes précédentes. Elles peuvent se résumer ainsi : la puissance, la richesse, et par^dessus tout Tautorité d'un jugement exercé et sAr; voilà pour Tinfluence; voyons les résultats. Nous les trouvons dans le style de l'architecture qui subit, au xm* et au XVI* siècle, ses deux plus radicales réformes au milieu de Tlle de France, dans le domaine privé de nos rois. Le gothique n'offre rien de plus parfait que la Sainte-Chapelle, la renaissance n'a rien de plus achevé que la façade intérieure du Louvre et la tribnHie de la salle des gardes. La sculpture, ce grand art, Fart sérieux, n'avait encore rien produit qui pût être comparé à la sculpture des Grecs et des Romains, lorsque se forma au xiii* siècle, en France, j'entends dans la France, domaine et résidence de nos rois, une école admirable, dont il faut apprécier le mérite dans le milieu d*où elle est sortie et qui, même à-côté de ce qui s'est produit depuis six cents ans et en face de tout ce que la recherche des antiquités a fait sortir de terre, conserve encore sa haute valeur.
Cette école a ses chefs-d'œuvre à Paris et dans les églises à vingt lieues à la ronde. Quand, après avoir
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décliné , elle recouvra dans la seconde moitié du XV* siècle un caractère à la fois noble et gracieux, c'est à Dijon , en travaillant pour le duc de Bourgogne, à Nantes pour François de Bretagne , à Toursv pour Louis XI, à Gaillon pour le cardinal d'Amboise, qu'elle reprit son essor. Elle était encore alors supérieure à sa rivale d'Italie; aussi put-elle sans grands efforts opposer plus tard aux maîtres italiens, en plein xvi* siècle, Tampleur et la noblesse d*un Jean Cousin , l'élégance et la pureté de Jean
, Goujon, la grâce délicate et fine de Germain Pilon. Tous ces beaux génies, remarqaons-Ie bien^ quelle que soit la province qui leur a donné le jour, vinrent à la cour demander aide et protection. Saint-Denis, les Célestins, vingt églises et autant d'abbayes, se meublèrent avec les magnifiques monuments que les rois firent exécuter, ou qu'à leur exemple la cour commanda. Les peintres , dignes de ce nom , ont
. tous aussi vécu à la cour, les plus habiles onl figuré sur les états de l'hôtel du roi, de la reine et des princes du sang» et Touvrage, auquel ces pages servent d'introduction, prouve surabondamment que pas un talent n'a été négligé par eux. Aussi la cour fuselle de tout temps la pépinière inépuisable, la source intarissable où la province vint chercher les peintres et les sculpteurs dont ac* cidentellement elle avait besoin. L'industrie eut sa part dans cette noble protection toutes lesfoiç qu'elle confinait aux arts : les tapissiers de haute lisse et
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les brodeurs, les orfèvres el les émailleurs, les armuriers et les relieurs, les potiers, ciseleurs et. graveurs, comme Tauteur des faïences anonymes de Henri II, ou modeleurs délicats, comme Bernard Pa^ lissy, eurent leurs appointements fixes sur les états des officiers domestiques du Roy, et souvent leurs ateliers dans les palais royaux. Je ne parle pas des poètes et des savants; les vers deceux*-là, les dédicaces de ceux-'ci nous apprennent qui les stimulait, qui les inspirait.
On trouve bien dans d'autres États la puissance royale encourageant de ses faveurs le talent des artistes; mais, par un privilège spécial , la cour de France , seule , a su encore imprimer aux arts un cachet particulier et les assujettir à son goût. J*ai dit qu'en architecture elle favorisa le style gothique; il av£(it pour elle tout le charme d'un souvenir, puisqu'il lui rappelait, dans ses lignes principales et son élancement, l'Orient, les croisades, les mosquées ravagées , le Saint-Sépulcre conquis. Deux siècles plus tard, elle rapporta d'Italie, non pas, comme on l'a cru , une renaissance toute faite, mais le goAt sialutaire de l'art antique, et elle l'imposa à la France, alors que nos artistes se complaisaient dans le rococo du style gothique , un art à bout de voie. A la sculpture elle donna , au xm* siècle, ses vêtements si nobles dans la simphcité et la sobriété de leurs plis, ses armures guerrières, ses mfties coifi^ures, et par-dessus tout ces poses dé mode à la cour,
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dojit la noblesse est peut-ôlre un peu conventionnelle f dont les airs ont leur côté affecté ^ mais qui servent à dater les monuments. Or, remarquons-le bien , car il y a ici un trait caractéristique, l'équivalent d'un argument décisif, ces attitudes ne sont ni dans la nature, ni dans les règles du beau étudié théoriquement y elles sont prises dans les mœurs; mais pour être imitées aussi généralement par les artistes, il faut qu'dies aient été de mise générale, et la cour de France seule pouvait dicter de pareilles lois, j'entends imposer de pareilles modes. Ces airs, ces poses, varient à peu près tous les siècles, et leur renouvellement concorde avec la venue de quelque jeune reine ou l'élévation d'une maîtresse puissante. Voici ce qui me conduit à cette opinion. Un changement de costume, une variété de mode, coïncide toujours avec ces modifications dans les poses et dans les airs. La mode, alors enchaînée autant par la résistance et la durée des étoffes magnifiques que par la lenteur des communications, ne pouvaitselivrer à ces évolutions quotidiennes, encouragées aujourd'hui parlesjournauxetpar le bon marché des vêtements; elle variait sans cesse à la cour dans des détails, pour nous imperceptibles , mais elle ne transportait au dehors que de loin en loin les grands bouleversements. Nous pouvons suivre ceux-ci sur toute Téchelle des productions de fart, depuis la miniature jusqua la grande sculpture. Prenez un manuscrit du xur siècle, un coffret émail lé de la môme épo-
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que, une plaque gravée en creux, un ustensile de toilette ou de cuisine, depuis le 'peigne jusqu'aux couteaux et aux chenets , et comparez les figures souvent très-profanes qui les ornent avec les figures de prophètes et de saints de nos cathédrales, comme avec tous les objets à Tusage de la piété, n'est-ce pas la même pose sur la hanche, le même sourire dans la même tête penchée, de forme un peu carrée, et, quant aux costumes, identité complète? Faites la même expérience pour le xv* siècle, toutes les carrures se rétrécissent, la gorge s'eiïace, le ventre vient en avant, et chez les hommes le corps semble une masse huchée sur deux perches ; j'exa* gère à dessein, je ferme les yeux sur les exceptions remarquables, je prends Tensemble de la production, et si je compare avec les sujets de sainteté un des nombreux portraits originaux de nos rois, de nos reines , et de leurs seigneurs, je vois la parenté la plus intime. En descendant à une époque plus récente, il devient futile d'insister. Diane de Poitiers donna aux artistes ses proportions, sa taille, sa tête et son port, et ce modèle servit à toute Técole de Fontainebleau , tellement que les peintres italiens qui, comme le Primatice, peignaient dans leur pays des femmes de proportions ordinaires, entrèrent dans ce courant aussitôt qu'il leur fut imposé.
Je prévois des objections de la nature de cellesci : Vous exagérez l'influence de la cour, vous no*
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tenez aucun compte des grandes créations du clergé, des écoles de province , des monuments élevés par la bourgeoisie. Peut-être bien même viendra-t-on m'opposer le goût des beaux*arts si manifeste dans le peuple. le répondrai en peu de mots : A des époques éloignées , la royauté et le clergé ne faisaient qu'un, l'Église n'aurait pu distinguer le plus zélé de ses protecteurs. Au xu* siècle, la contribution pécuniaire offerte par la cour était minime, comparée à ce généreux concours d'un peuple tout entier qui échangeait avec joie son dernier sou contre le salut de son âme, garanti par quelques indulgences. Le clergé sut inspirer ce grand mouvement religieux, et il trouva, au milieu même des moments les plus difficiles 9 des ressources inépuisables dans la piété. Ce mérite lui appartient; mais, ce compte une fois réglé , étudions la nature de l'artiste. Sortis à peine de l'école byzantine, qui avait su, même en France, imposer à ses élèves la soumission aveugle aux prescriptions hiératiques, les artistes français cherchèrent autour d'eux des modèles. Il s'agissait , en secouant les entraves, de remplacer l'imitation servile des types traditionnels par des compositions fidèles encore au sentiment religieux , mais renouvelées , rajeunies par l'inspiration. Or, pour trouver l'inspiration dans un cloître , il faut y être venu chercher le recueillement et lexaltation du sentiment religieux, après avoir vécu dans l'agitation
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du monde, aa milieu du mouvement de la rue, en race des beautés de la nature. Architecture, sculpture, peinture, qui que vous soyez, arts de l'imagination, vous êtes entrés dans le clottre, vous n'y êtes pas nés. Les artistes pouvaient à la rigueur trouver dans l'abbaye les modèles d'un martyr, du Christ défaillant et de quelques saints rangés en procession; mais rhistoire de PAncien et du Nouveau Testament, les légendes même, sont un composé de toutes les passions humaines^ et la manière dont les sculpteurs et les peintres ont rendu les scènes palhcliques de ce vaste cycle prouve qu'ils avaient vécu do la vie passionnée du monde, traversée de gloires et de misères.
Si le clergé avait dirigé l'artiste, il l'aurait retenu , comme l'a fait le clergé grec , dans la règle des byzantins, et par respect pour la tradition il aurait fait reproduire les voûtes en plein cintre; au sculpteur il eût interdit les poses de la Vierge imitées des poses à la mode ; au peintre , il eût défendu de donner à Salomon, à Pilate et à ses officiers les costumes des seigneurs de la cour; il aurait enfin élevé une barrière devant ce mélange de la vie réelle, de l'inspiration mystique et des types traditionnels, qui esta nos yeux le charme et la valeur de l'art au xifi% mais qui était un scandale pour les gens orthodoxes. A ceux qui nieront celle domination mondaine, nous répondrons : lisez les plaintes qui s'élèvent de partout contre Tenvahis^-
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sèment du sanctuaire par respritdu siècle, ou bien, sans prendre tant de peine, cherchez ces caricatures de moines, ces nonnes dévergondées et toutes ces scènes bouffonnes et joyeuses introduites sans pudeur jusques dans le chœur de vingt églises. Apprend-on ces gaillardises dans le clottre? Je ne saurais le croire. Je veux voir dans ces licences de vrais tours de page et des caprices d'artistes. Ces hommes d'imagination , après avoir vécu dans l'atmosphère de la cour, ont vainement encapuchonné la folle du logis ; elle a jeté le froc aux orties, elle a repris ses habitudes.
Du clergé passons aux écoles de province ; nous entendons par école un grand centre d'activité productive, tantôt créé par la construction d'une grande église, tantôt encouragé par la résidence de puissants vassaux dans leurs domaines. La construction d'une église, quelque lente que vous la supposiez, s'achève enfin, à moins que, fauted'argent, elle ne reste inachevée; d'un autre côté, la résidence des grandes familles dans les provinces est momentanée , elle dure tout au plus deux générations. Les écoles de provinces brusquement arrêtées dans leur essor, faute de travaux , se sont donc dissoutes successivement, et on n'en pourrait pas citer une en France dont la durée ait rempli un siècle. Dès Tapparition de nouvelles circonstances favorables, il se produisait dans ces petits centres une renaissance locale qui puisait ses éléments au centre per-