‹ La renaissance des arts à la cour de FranceChapitre 6 sur 127 · A LA COCR DE FRANCE. XXV · texte numérisé non relu

A LA COCR DE FRANCE. XXV

maDent et toujours vivace, à la cour de France, ou bien on faisait appel à ses voisins^ comme les cours du Midi, qui s'adressaient à ritalie, et comme les provinces de la France proprement dite qui, aii milieu du xv« siècle, se recrutèrent dans les Flandres, alors que la guerre et Tinvasion avaient momentanémeot concentré les arts et les lettres à la cour de nos princes français les ducs de Bourgogne.

Lorsque la bourgeoisie parvenue commandait de somptueux monuments, elle faisait hausser les épaules, non pas aux gentilhommes, ils riaient de ses prétentions, mais aux bourgeois eux-mêmes, qui n'approuvaient pas ces exceptions. Une tombe fort simple, composée d'une dalle gravée, suffisait aux plus considérables d'entre eux. Dans l'intérieur de leurs maisons ils avaient un tableau d'oratoire et. quelques rares portraits, un livre d'heures, quelques joyaux, de la vaisselle d'argent trèssimple, et tout était dit pour la protection accordée aux arts parla bourgeoisie. Quant au peuple, on me permettra de ne pas mettre en discussion son amour éclairé des arts. Ce qu'on a de mieux à faire est de n'en pas parler. Trop de pages de nos annales nous apprennent qu'il a marqué dans l'histoire de nos monuments avec la hache et la torche.

La carrière d'un homme de talent, par suite de ces circonstances persévérantes , n'a pas varié depuis l'origine de la monarchie jusqu'à nos jours. Quitter sa province, venir à Paris, à Tours

au xv« siècle, à Blois ou à Fontainebleau au xvi«, à Versailles au xvii», d'abord pour se perfectionner au contact des grands artistes et des bonnes traditions, puis, pour obtenir d'être attaché à la cour, y conquérir le premier rang et, à défaut d'un ' si grand succès^ se faire une réputation qui le désigne à la province; transporter au loin les traditions du goût et fonder une école ou du moins laisser après soi quelques imitateurs, telle est en France l'histoire de tous les artistes. Les preuves surabondent; je ne citerai qu'un exemple. I^ clergé de Troyes, en 1402, était inquiet sur la solidité de son église : il pouvait consulter son architecte ou les architectes à vingt lieues à la ronde, ils ne lui inspirent pas confiance: il envoie à Paris pourpar^ 1er à maistre Remond, maistre des œuvres du Roy y et scavoir à lui^ se il pourrait venir par deçà pour visi^ ter P église y lequel s'eoocusa et bailla maistre Jehan Prévost, son neveu , pour icelle visiter. Ijq célèbre Remond du Temple, bien vieux alors, ne se déplaçait pas pour si peu, et c'est ainsi que la cour avait dans sa dépendance une pépinière toujours peuplée d'artistes de tous genres, où la province prenait à l'envi les nouveaux rejetons de ses écoles ; mais les chances de se voiremployés au loin n'étaient pas les plus enviées par les artistes : une fois qu'ils avaient respiré l'air de la cour, ils ne pouvaient vivre que dans son atmosphère ; au moins il leur manquait, quand ils la quittaient, ces applaudis-

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scments flatteurs, parce qu*ils sont intelligents, et ces mille séductions que la cour prodigue et que rien ne remplace.

Les mémoires du temps, ceux de Benvenulo Cellini en particulier, nous apprennent ce qu'il y avait, à côté de la générosité de nos rois, d'attentions délicates et de prévenances honorables. Dès Torigine de la monarchie, se plaçant au-dessus des préjugés de leur temps, ils attachaient à leur personne les hommes de lettres et les artistes avec le titre de valet de chambre, qui fut dans Torigine la fonction intime des gentilshommes les plus fiers, et qui était encore au xv* et au xvi* siècle un titre honorable, donnant le droit d'approcher le roi et de le suivre. L'étiquette de la cour, fondée sur les traditions et sur les statuts des corporations, confondant les poëtes et les artistes avec les gens de métier, les plaçait tout au bas de l'échelle hiérarchique, et il n'y avait pas de galopin de cuisine qui ne passât fièrement, et sur l'état des officiers et dans les cérémonies, devant un peintre et un sculpteur quel que fût son talent. L'artiste et l'artisan, l'homme de génie et le manœuvre, n'ont fait qu'un, pendant tout le moyen âge et longtemps après, puisque nous devons descendre jusque vers la seconde moitié du xvn* siècle, pour voir s'établir la distinction formelle, et il ne fallut pas moins alors pour l'obtenir que la volonté du roi assistée de la puissance des plus hautes influences, toutes

favorables à la création de TAcadémie de peinture et sculpture contre les prétentions des maîtres peintres et sculpteurs. Au xvi* siècle, comme au moyen âge, le roi ne pouvait échapper à ces rigueurs de l'étiquette qu'en attachant à sa personne rhomme de talent qu'il voulait distinguer. Le titre de valet de chambre tirait de ce mauvais pas Fartiste, humble protégé, et le roi, noble protecteur. Ce titre relevait au-dessus de tous les officiers domestiques, et le plaçait immédiatement à la suite de la maison ecclésiastique et militaire. Après le Concordat, François l^^ fit plus encore, il donna des abbayes à ses peintres et à ses architectes, il les nomma ses aumôniers. C'était peutêtre un abus, au moins aux yeux du clergé; pour nous, c'est la preuve d'une attention délicate et d'une générosité sans bornes^ qui répondent au penchant naturel de ce grand roi pour tous les hommes de talent.

Je remplirais un volume entier d'anecdotes touchantes et de mots heureux, s'il s'agissait de prouver que nos princes ont été, sans discontinuer, et pour tous les arts, des protecteurs dévoués et délicats. Ils l'ont été à toutes les époques, et jusqu'à nos jours, où nous avons vu un Roi consacrer 38 millions de sa liste civile à l'encouragement des arts, à l'embellissement de nos monuments. Mais ce roi est tombé, me dira-t-on, et ses adversaires les plus acerbes étaient des hommes de lettres qu'il

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avait comblés de faveurs ; ses détracteurs les plus amers étaient ces mêmes artistes dont il vivifiait Tatelier. Si votre assertion était fondée, il aurait trouvé dans ces hommes de cœur des défenseurs contre la calomnie, et au moment du danger une garde contre l'émeute incendiaire. Faut-il voiler sa face quand on rappelle ces souvenirs, et douter du cœur humain en assistant à ces ingratitudes? Jugeons mieux les hommes. Disons-nous que les arts étant toujours jeunes, les artistes ont toujours été des enfants. Là est l'excuse, Je n'en veux pas d'autre.

Peu importe quelle reconnaissance inspire un bienfait, le mérite du bienfait reste le même. La France doit à ses rois ses meilleurs artistes, elle leur doit aussi ses plus belles collections : à François P' les tableaux de Raphaël, de Léonard de Vinci, de ^ Michel-Ange, du Titien , et vingt statues antiques en comptant la Diane ; à Louis XIV, les meilleurs lots de la vente de Charles V; à Napoléon victorieux le musée des chefs-d'œuvre du monde entier; à Charles X les collections qui portent son nom , et la Vénus de Milo ; à Louis-Philippe le musée de Versailles. Tant que les arts eurent pour limites le sanctuaire de la religion ou l'enceinte de la cour, nos rois faisaient peindre les églises, ils les meublaient dessaintes reliques ou de leurs tombes monumentales, et ils réservaient pour leurs appartements les peiatares profanes, les portraits et les tapisseries à personnages;

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mais dès le xiii^ siècle, ils ont des bibliothèques publiques, c'est-à-dire de véritables musées des chefsd'œuvre dô tous les arts , la chanson de geste et le roman écrits de la main la plus belle, ornés de peintures délicieuses , et reliés avec le concours de Forfévre-émailleur et du joaillier. Dès le xv* siècîe^iils forment des collections de tableaux y de sculptures et de curiosités, et les ouvrent au public capable de les apprécier, rendant Taccès de la salle des antiques du Louvre toujours plus facile à mesure que le goût des arts prend plus d'extension. Bientôt le nombre des amateurs de tableaux n'élant plus compatible avec les visites autorisées dans leurs appartements, et les fresquesde Fontainebleau ne suffisant plus aux études, ils font, chose sans exemple, abnégation de leurs propres jouissances, décrochent les tableaux de leurs murs« et désignent les galeries du Luxembourg pour musée public, oùTétudesera permise, sans distinction de rang, à tous ceux qu'anime la vocation des arts. Plus lard encore, le Luxembourg devenant trop étrpit» le palais du Louvre lui vient en aide, et dès lors les résidences royales ne conservèrent plus que des tableaux insignifiants ou d'anciennes copies. Ainsi se forma peu à peu, et selon les besoins, cette grande collection du Louvre , devenue par la volonté de nos rois, la plus noble part des richesses de la nation, après avoir été le plus beau joyau de la couronne.

Il est vrai, personne ne Tignore, que ce sont les

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