LB CONCORDAT
caput mortuum. C'était pour lui une simple machine politique qui mettait à son service une hiérarchie puissante et ralliait à sa fortune les éléments réactionnaires dispersés, effarés, mais non détruits par la Révolution. Peu lui importait la sincérité des anciens ou des nouveaux fidèles, et celle du clergé pas davantage. Dans le catéchisme rétabli et savamment augmenté, il ne voyait qu'un moyen de sanctifier l'obéissance à la personne et à la famille de l'empereur. C'était le seul article de foi, la seule orthodoxie dont il se souciât.
0 puérilité de ce calcul profond I Ce n'est pas le Concordat, ni le catéchisme impérial qui ont fondé là religion napoléonienne; le despotisme, les victoires et les désastres suffisaient à cette tâche. Quant à la prétention d'inféoder à l'Etat, pour la dominer, une puissance qui s'est toujours considérée comme supérieure à toute autorité civile, elle n'a guère réussi au nouveau Charlemagne, ce qui est indifférent ; mais elle a suscité à la France les plus humiliantes et, parait-il, les plus inextricables difficultés. Si bien qu'après soixante ans d'empiétements cléricaux, le Concordat demeure la pierre d'achoppement de la République ; en ce moment môme, où il serait si facile de le dénoncer, où cinquante lignes bien rédigées débarrasseraient l'État de toute intrusion ecclésiastique, le fin du fin paraît être d'utiliser l'obstacle que les évéques les moins ingambes sautent à pieds joints, et qui arrête le développement de nos institutions laïques. — Il no us\ paralyse, d'accord ; mais il peut gêner nos adversaires (C'est la théorie du grand mal pour un petit bien). Sur cette pierre nous établirons un clergé national — , celui-là sans doute qui a si heureusement béni les arbres de liberté I La République de 48 a
rencontré ce caillou dans son ornière, et elle a versé du coup. Nos modernes concordataires sont des politiciens, matois, et les moins chrétiens des hommes. Gela entendu, (( qui trompe-t-on ici? » Nous craignons qu'il n'y ait beaucoup d'illusion dans leur calcul, beaucoup de dangers dans leur prudence. Convaincus, à bon droit, que l'opportunité est la règle de toute saine politique, ils s'habituent à croire à l'excellence des voies indirectes, ils se défient du chemin le plus court, comme s'il l'on était tenu de prendre le plus long quand on peut faire autrement. Le temps est proche où l'évidence même leur forcera la main. Toujours est-il que l'existence du Concordat nuit à l'accord, à la cohésion si nécessaire de l'armée laïque, et entretient la division dans les rangs des défenseurs de la société civile. A qui la faute? A l'homme qui, violemment, a rétabli la religion parmi les facteurs officiels du gouvernement. Mais si le Concordat est le plus grand des crimes . politiques dont Napoléon demeure responsable devant la postérité, c'est aussi la plus redoutable atteinte portée à la santé intellectuelle de la France:
Tout se tient dans l'organisme social, et c'est précisément le désarroi moral jeté dans les âmes par le Concordat qui en aggrave et en perpétue les efîets délétères dans l'ordre politique.
Rappellerons-nous quels sentiments accueillirent cet acte plus nuisible encore qu'inutile ? la dérision des généraux, la stupéfaction du peuple, l'indifférence générale ; il ne pouvait réjouir que l'Église et la réaction. On s'était, même dajis les coins les plus dévots, accoutumé à la pleine liberté de conscience. Peu à peu, ceux qui avaient gardé des instincts pieux retournaient aux sacrements ; le reste, la masse, s'en passait purement et sim-