‹ La renaissance du matérialismeChapitre 15 sur 114 · LE CONCORDAT · texte numérisé non relu

LE CONCORDAT

plement. Mais désormais , les fonctionnaires laïques se trouvèrent liés, pour la forme d*abord (décrets do mes- Bidor), aux fonctionnaires ecclésiastiques : c'étaient des collègues. Ceux-ci se rendirent utiles. Il devint d'usage, puis de mode, de bon ton, d'échanger les procédés et les services. L'hypocrisie, lentement, intronisa le cléricalisme dans les classes dirigeantes. Le corps enseignant dut vivre en bonne intelligence avec le clergé, qui, très adroitement, par degrés, prit la haute main sur l'éducation de la première enfance, exploita le sentimentalisme féminin. Les menues pratiques rentrèrent dans la vie courante : baptême, première communion, confirmation, bénédiction nuptiale, devinrent choses aussi naturelles, aussi sous-entendues que la toilette quotidienne et les soins de propreté. On fit maigre le vendredi saint et le carême, comme on va aux bains quatre, dix ou cinquante fois l'an. La messe du dimanche fut un apéritif ordinaire, le sermon et les vêpres un goûter moral. Et encore aujourd'hui ces actes, plus ou moins, s'imposent par la routine, comme la vaccine par la raison.

Quant à la philosophie, force lui fut de compter avec la religion, d'en extraire à tout le moins un minimum compatible avec la raison. La théodicée, qui est un pont jeté entre la logique et l'absurdité, fut chargée de relier la métaphysique à la théologie. La morale cessa d'être uniquement la science et la règle (les relations individuelles et sociales ; elle reçut l'investiture de la théodicée et de la métaphysique, rattachée par l'une à une révélation réelle ou symbolique, soumise par l'autre à une entité rectrice nommée cons- . cience. L'homme n'eut pas seulement des devoirs envers

ses semblables et lui-môme ; il en eut, plus que jamais, envers Dieu, auteur de la prétendue révélation et inspirateur de la conscience. L'origine du devoir, qui est le contact des intérêts, la notion et la garantie mutuelle du droit, fut cherchée dans un code universel, antérieur aux lois, parfaitement inconnu, mais d'avance écrit dans tous les cœurs.

Gomme la morale était fondée sur le jugement de la conscience, la psychologie le fut sur l'observation de cette môme conscience par elle-même. La raison, acceptée comme une autorité irréductible, reflet mystérieux d'une mystérieuse raison universelle, substitua sa logique, c'est-à-dire ses procédés de raisonnement et les conclusions qu'elle tire de prétendus principes nécessaires, purs concepts verbaux, à la suite eff*ective et indiff'érente des phénomènes ; au lieu d'étudier la réalité constatée, elle fit le monde à son image et fantaisie.

Tout en prétendant enseigner aux sciences leur méthode et leur but, la philosophie se sépara entièrement de la science, et se constitua un intermonde à part, d'où elle régentait les choses, les faits et les hommes.

Tout en concédant une part et une valeur à l'expérience, elle ne l'appliquait qu'à faux, à des entités convenues. Ce n'était donc, au fond, ni à la connaissance de la réalité, ni à l'observation directe qu'elle demandait la confirmation de ses doctrines ; mais bien à la bibliothèque des systèmes : elle ne pouvait fournir comme preuves qu'un recueil de lieux communs extraits de toutes les rêveries, méditations, etc. des métaphysiciens.

Rapidement, il se forma une orthodoxie d'opinions superfideUeSj banales, où se faisaient jour les tendances

Page 1