‹ La renaissance du matérialismeChapitre 17 sur 114 · NÉO-CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

NÉO-CATHOLIQUES

inutile, de les condamner après coup, car il n'y en a plus. Certes, au point de vue doctrinal, rien de plus faux que leur thèse : L'Église et la liberté sont conciliables. Mais aussi rien de plus dangereux, de plus perfide, partant de plus utile à l'ambition réactionnaire du Saint-Siège. C'est par eux que les doctrinaires et les riches bourgeois ont été ramenés dans le giron et convertis à l'ultramontanisme. Il a fallu toute l'infaillibilité de Pie IX pour méconnaître ce qui crève les yeux, pour déchaîner de ridicules foudres sur les plus habiles alliés de la théocratie. Nul ne peut ignorer que les pires cléricaux d'aujourd'hui, les Falloux, les Buffet, les Broglie avec leur menu fretin d'écrivassiers venimeux, procèdent du catholicisme libéral inventé par Lamennais, Lacordaire et Montalembert.

De ces trois hommes qui ont fait beaucoup de bruit, et que couvre maintenant

 quelques pieds sous terre un silence profond,

les deux moindres ont fait amende honorable ; ils n'avaient point le tempérament des hérésiarques et des schismatiques. Montalembert, bon écrivain, à ce qu'on dit, et surtout orateur disert, n'a été qu'un brouillon indécis. Au malheur d'avoir aplani la voie à Bonaparte, il a joint la honte méritée de s'être rallié en vain au crime de Décembre. Obscur, humilié, il est mort d'ambition déçue, de regret plus que de remords. Qui songe à Lacordaire, au tribun blanc et noir dont les déclamations attiraient la foule des badauds? Qui jamais feuilletera ses conférences, qu'on nous lisait le soir, à Sainte-Barbe, pendant quelques minutes, pour nous préparer au sommeil? J'en ai gardé le vague souvenir de quelques phrases bizarres, d'un certain arbre de liberté greffé sur les racines gra-

nitiques de la foi. Toute cette creuse éloquence aboutit à la restauration d'une congrégation non autorisée. Et de tant d'ordres éteints, lequel va-t-il choisir ? précisément le plus fameux — famosus — celui qui a inventé et propagé l'inquisition, celui qui criait : « Tuez tout. Dieu reconnaîtra les siens I » Singulière aberration du libéralisme. Par la grâce de son patron Dominique, Lacordaire est mort fils dévot et soumis de l'Église universelle.

Lamennais fut un autre homme. Parti de l'orthodoxie la plus entière et la moins tolérante, il a passé par l'hérésie, et les censures ecclésiastiques l'ont jeté hors de l'Église. Placé entre la raison et la foi, il a eu la chance et l'honneur de choisir la liberté. Mais, sans oublier le respect qui est dû à l'un des plus nobles précurseurs de l'ère républicaine et démocratique, force nous est d'avouer quïl a vainement lutté contre son éducation première. Il est sorti du catholicisme, il a cru en sortir. Il est entré dans le camp de la pensée indépendante, mais en y portant avec lui la « soutane intérieure » qu'il n'a jamais pu dépouiller. Il est resté chrétien, biblique, mystique, religieux avant tout. Il a éjaculé les Paroles d*un croyant. Le génie, hélas ! ne guérit pas les déformations cérébrales. Je me rappelais avec admiration certaines pages sur l'évolution des arts ; un écho me revenait de ces larges périodes, de ce style solide et magnifique. J'ouvre YEsquisse dune "philosophie, et, dès l'introduction, qu'est-ce que je trouve? l'existence de Dieu, les causes finales, l'assentiment universel, tout le bagage spiritualiste et chrétien, et, brochant sur le tout, une expUcation de la trinité. Il ne s'agit plus du Père à barbe blanche, de l'Esprit-colombe, du Verbe fait chair (et encore ?). La nouvelle trinité, consubstantielle comme

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