TRINITAIRES
l'autre, c'est Dieu, Tunivers et rhomme — si nous avons bien compris — à moins que ce ne soit la sagesse, la création el la créature, ou l'homme, la femme et Tenfant, ou bien encore la majeure, la mineure et la conclusion ; car la logique aussi a sa trinité. Que ne peut-on ranger par trois? Ce serait un livre piquant que Thistoire des trinités et des trinitaires chez tous les peuples et dans tous les temps. L'Inde fournirait sa trimourtiy ses trois mondes, ses idoles aux trois yeux; TÉgypte, ses triades incestueuses ; la mythologie classique, son Jupiter, son Neptune et sonPluton; le magisme, son Zervan-Akérène, sonOrmuzd et son Ahrimane ; le christianisme alexandrin, ses trois hypostases et les élucubrations d'Augustin, etc. ; le druidisme, ses proverbes ternaires ; le comtisme enfin, son grand fétiche, son grand être et son grand milieu. On verrait défiler les trinités métaphysiques; sentiment, entendement, raison; passé, présent, avenir; les trois termes du syllogisme, voire même la série proudhonienne; un appendice pourrait réunir toutes les victimes du (t Numéro Deus impare », dévots du nombre 7, martyrs du nombre 19 (les Bâbistes), en finissant par Fourier qui compte par 32 : sa folie est paire. La croyance aux vertus des nombres, un des dogmes du mysticisme mathématique, a hanté bien des cerveaux profonds depuis Pythagore. La trinité est autrement vieille que le christianisme. Les Lamennais, les Pierre Leroux, et bien d'autres, encore vivants, qui se sont ingéniés à en renouveler la formulé et le sens, n'ont fait que résumer les aberrations d'une longue suite de siècles, que développer les germes parasites déposés en eux par l'éducation religieuse de l'humanité.
Du moins Lamennais, Pierre Leroux, Jean Reynaud,
tout imbus qu'ils soient restés de néo-platonisme ou d'hégélianisme chrétien, se sont émancipés, autant qu'il était en leur puissance, du dogme catholique. Que dire des néo-catholiques indépendants et républicains qui se sont épuisés à tirer du catholicisme la Renaissance et la Révolution, à faire coïncider l'histoire et la science avec les mystères et les théories catholiques ? Quelques-uns , Bûchez, Francis Huet , Arnaud de l'Ariège, Frédéric Morin, ont été des citoyens utiles à leur pays. Mais leurs idées, sinon leurs œuvres, demeurent non avenues. Leurs noms seuls surnagent, marquant la place d'un petit groupe isolé, au-dessus de l'obscur oubli où a disparu déjà leur maître laborieux et méconnu, Bordas-Desmoulin. Ne troublons pas leur repos.
Ces variétés chrétiennes et métaphysiques ont livré au spiritualisme vulgaire des batailles acharnées, elles ont remporté sur lui des victoires brillantes et utiles. Luttes « du vol voce contre le vibrion ! » Ces inimitiés violentes , sincères, ne nous apparaissent plus que comme des nuances effacées par le temps. Entre ces fiers ennemis réconciliés dans la poussière des bibliothèques, notre simplisme constate plus d'affinités que de divergences. Ce sont les Grecs et les Troyens d'Homère ; ils combattent avec les mêmes armes, ils parlent la même langue, ils emploient la même méthode, les mêmes raisonnements ; ils s'entendent et se comprennent. Ils ont des ancêtres communs, des propriétés indivises qu'ils se disputent, une conception identique de l'homme et du monde.
De l'éclectisme aux utopies sociales, l'écart est plus grand sans doute ; mais les transitions sont nombreuses et manifestes. Le communisme icarien, que nous omettrons, n'est qu'un recul ; il nous reporte aux communau-