‹ La renaissance du matérialismeChapitre 19 sur 114 · UTOPISTES · texte numérisé non relu

UTOPISTES

lés du christianisme primitif; voire à celles des abeilles. Or si le communisme est le terme le plus élevé du progrès animal, il n'est qu'un des stades inférieurs de l'humanité ; nous le notons une fois pour toutes, aucun système du même genre n'est exempt de ce caractère anachronique. Tout communisme, si tempéré, si ingénieux qu'il soit, tourne le dos à l'histoire et au progrès ; il est contraire à l'évolution. C'est par là qu'ont péri la plupart des systèmes dit socialistes. Si tous n'ont pas présenté comme l'idéal définitif des sociétés le mir russe et le couvent chrétien, tous ont prétendu ramener l'homme au bas de la montée, pour lui frayer une voie nouvelle, sans tenir compte de la route suivie et des nécessités complexes qui l'ont tracée et la traceraient encore. Quand nous proposons de reprendre la tradition du xviii® siècle, nous ne faisons point abstraction d'un siècle et des déviations accomplies; nous conseillons seulement de redresser la direction future de l'humanité, de rattacher le tracé nouveau au point même où aurait abouti la ligne droite qui part de l'Encyclopédie, et qui n'est pas une pure entité; car elle s'est en réalité prolongée jusqu'à nous, parfois invisible , souvent manifestée par des tronçons , des amorces qui marquent son passage dans le lacis des traverses sans nombre. C'est un fleuve souterrain qui se montre par endroits et qui veut reparaître au jour.

Tout autre est la méthode des utopistes. Ils sentent le besoin d'une rénovation totale dans l'ordre intellectuel et politique ; ils se forgent une théorie, de toutes pièces à ce qu'ils croient, mais en réalité d'après les circonstances qui les entraînent, d'après le milieu qui les domine et les façonne au moment même où ils prétendent le supprimer avec ses causes et ses effets ; puis ils conforment hardi-

84 PARTIE I. — RÉACTION MÉTAPHISYQUE

ment à leurs visions l'histoire et la science. lis ne s'en proclament pas moins, avec la plus entière bonne foi, disciples de l'expérience, et ils ne s'aperçoivent môme pas que leur parti pris en a faussé d'avance les conditions et les données. C'est ainsi qu'ils refont, non seulement l'histoire et les sociétés, mais encore l'astronomie et la physique : sûr moyen, dira-t-on, d'inventer et de créer? Pas si sûr. Nihil ex nihilo. Leurs nouveautés sont faites et bourrées des vieilleries les plus surannées. Ils ne s'en doutent point : l'aveugle ivresse de leurs prétendues découvertes, de leurs formules cabalistiques, leur épargne cette déconvenue amère.

A titre d'exemples suffisants — ah uno disce omnes — prenons deux novateurs célèbres, Saint-Simon et Fourier. L'un et l'autre, avant tout préoccupés de substituer, par des procédés très différents, à la capricieuse diversité sociale l'harmonie de l'association universelle, ont soumis à une critique souvent judicieuse les systèmes et les institutions qu'ils prétendaient remplacer. Mais tous deux, dès qu'il s'est agi de constituer une philosophie, une conception de l'univers et de l'homme qui pût servir de base à leur édifice, ils n'ont pu que ressouder tant bien que mal les débris des doctrines si vertement condamnées et démolies. C'est là le point que nous voulons mettre en lumière. Nous ne toucherons à leurs théories sociales qu'autant qu'il le faudra pour éclairer notre démonstration. Toutefois, on nous permettra d'en apprécier sommairement le caractère, la valeur et les conséquences.

Il s'en faut que nous mettions sur la même ligne Saint- Simon et Fourier, Ménilmontant et le phalanstère.

Fourier est un génie halluciné, mais lucide et cohérent dans le songe. Le grand défaut de son invention, c'est de

se rencontrer rarement avec les données de la réalité ; c'est aussi de présenter comme une panacée universelle un traitement qui ne convient qu'à certains groupes et à certains tempéraments ; c'est, plus encore, d'être exposée dans une langue à peu près indéchiffrable au profane. Aussi les disciples de Fourier ont-ils été relativement peu nombreux. Sans doute, à des idées neuves correspond un vocabulaire nouveau ; mais les curieux seuls se donneront la peine de l'apprendre. Et quand ces idées se meuvent dans une sorte d'intermonde, on les laisse de côté comme les dieux de Lucrèce. L'attraction passionnelle, les séries qui distribuent les harmonies, les cardinales d'amitié, les pivots et sous-pivots, les gammes aromales et autres claviers dejneurent des énigmes dont on ne cherche pas la clé.

Je ne veux pas dire que la construction de Fourier soit entièrement inhabitable ; elle peut rendre des services partiels. Des réductions du phalanstère ont été essayées, quelquefois avec succès. Les refuges, les orphelinats, les maisons de retraite, les sociétés de consommation, les colonies industrielles et agricoles gagneraient beaucoup à s'inspirer des plans si minutieusement dressés par l'ingénieux architecte. Enfin la belle devise qui est inscrite sur le fronton de la future Thélème : Travail attrayant^ recommandera toujours le nom de Fourier aux amis du progrès. Ce n'est pas là seulement une expression heureuse, une formule bienfaisante et féconde, qui marque aux éducateurs du peuple le moyen et le but; c'est encore une protestation pleine de sagacité contre le vieil anathème biblique. Fourier est le moins chrétien des utopistes. Nul ne l'est plus que Saint-Simon.

Saint-Simon est un cerveau confus, traveiç»^ 4^ q^çXo^^'î.

lueurs, malheureusement étouffées ou déviées dans une singulière atmosphère mentale où entrent à dose égale Terreur, le lieu commun et l'extravagance.

rDeux phrases bien faites : « A chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres » ; « L'âge d'or, f qu'une aveugle tradition a placé jusqu'ici dans le passé, est devant nous ; » une aspiration généreuse vers le progrès ; deux idées saines, mais incomplètes, l'une qui est un emprunt timide au matérialisme : à savoir la réduction j de la dualité humaine (esprit-matière) à une sorte d'unité \ à deux faces ; l'autre qui va directement contre sa doc- \ trine : loi des trois états — si elle ne lui a pas été suggé- 1 rée par Auguste Comte. Voilà tout ce qu'on peut extraire I de son fatras. Le reste est non avenu. Son éducation 1 catholique stérilise et dénature toutes ses conceptions. Saint-Simon se pose en révélateur, en prophète, en Messie. Il succède à Moïse, à César, à Jésus, à Mahomet. Sa panacée est une religion, un Nouveau Christianisme, qui n'est même pas raisonnable comme celui de Locke. Ses disciples sont des apôtres, des exaltés, des charlatans qui se gobent. Son Paul, qui est aussi un Jean, aussi dogmatique qu'apocalyptique, le Père Enfantin, a tiré de ses élucubrations vagues une bizarre et impérieuse théocratie, cent fois pire que l'organisme catholique. L'Église saintsimonienne peut être définie une hiérarchie de castes gouvernée par une hiérarchie de prêtres; à tous les degrés règne l'obéissance passive ; au sommet siège un pape infaillible qui s'est institué lui-même, sans garantie et sans contrôlé : c'est lui qui juge souverainement des capacités et des œuvres, qui distribue à chacun son office et sa récompense, qui fait d'un poète un savetier et d'un banquier un apôtre. Enfantin propose à la civilisation

moderne, comme le dernier mot de la sociologie, la confusion du gouvernement civil et du pouvoir spirituel, caractère des sociétés inférieures, vice qui condamne à mort l'Asie musulmane et qui aurait tué TEurope si elle ne s'était dégagée à temps des suçoirs de la pieuvre catholique. Tel est bien le dogme fondamental de la religion du progrès; et rien ne marque mieux la folie de l'entreprise que l'association de ces deux termes contradictoires.

Il s'en faut que Saint-Simon ait été un grand penseur ; mais combien il a souffert de ses interprètes I ce qu'il y avait d'acceptable dans ses vues, ils l'ont dénaturé ; ses indications utiles, ils les ont outrées jusqu'à la caricature. Saint-Simon reconnaît, après beaucoup de philosophes, l'unité de l'être humain ; Enfantin proclame la réhabilitation de la chair : l'idée sensuaUste dégénère en dogme sensuel. On sait quel ridicule a jeté sur la secte expirante le fameux Appel de la femme. Ce n'est pourtant que la mise en scène d'une loi sociologique très-bien exposée par Pourier, mais sans accompagnement de grosse caisse :

« En thèse générale, les progrès sociaux et changements de période s'opèrent en raison du progrès des femmes vers la liberté; et les décadences sociales s'opèrent en raison du décroissement de la liberté des femmes. — L'extension des privilèges des femmes est le principe général de tous progrès sociaux. »

Il va sans dire que la loi des trois états, théologique, métaphysique et positif, a été maudite et honnie par le pape de Ménilmontant ; renvoyant les religions à l'enfance de l'humanité, elle était la condamnation la plus formelle de l'aberration saint-simonienne. L'appareil théâtral, l'emphase des déclarations les çVm?» Yi^xv^'b's» ^V

les plus creuses, est la caractéristique de Téloquence saint-simonienne, écrite ou parlée. Cette manie se révèle dans l'abus des artifices typographiques. Les éjaculations d'Enfantin sont émaillées de capitales, de majuscules et dltaliques ; il semble que le Père demande la clarté à des signes matériels ; encore est-il parfois impossible de croire qu'il se comprenne lui-même ; on en jugera tout à l'heure par des citations textuelles.

Grâce à la nouveauté de ses anachronismes, grâce aux grands mots qu'elle jetait en pâture au mysticisme courant, l'Église saint-simonienne a séduit un assez grand nombre de curieux et d'enthousiastes. Ses prêcheurs parlaient à peu près la langue de tout le monde ; et le vide de la doctrine disparaissait sous leur phraséologie éclatante.

Chose bizarre ou du moins qui étonne au premier abord, le Nouveau Christianisme ne s'est pas, comme l'ancien, recruté parmi les pauvres d'esprit : ses fidèles ont été surtout des mathématiciens et des industriels. Pourquoi non ? Ceux-ci, les plus ignorants des hommes en fait d'histoire et de philosophie, étaient fatalement attirés vers une doctrine qui assimilait l'industrie au culte. Ceux-là sont particulièrement accessibles au sentimentalisme métaphysique. Qui opère sur des abstractions est tout prêt à spéculer sur des entités.

Le lamentable écroulement de l'église Enfantine n'a pas effacé les conséquences de son enseignement néfaste. La religion saint-simonienne a laissé ses adeptes ce qu'ils étaient, artistes, ingénieurs et financiers ; mais elle a ajouté à leur fureur industrielle une absence de scrupules, une admiration du succès, une soumission facile aux pires aventuriers, qui jugent la valeur morale

de la secte. Le sens du juste, du droit est oblitéré par une école qui subordonne la vie psychique et rationnelle à la vie affective, qui sacrifie l'individu à Thumanité, qui fonde la société sur Tautorité inspirée, sur Tarbitraire «l Tamour.

Existe-t-il une philosophie saint-simonienne ? Donnera4-on ce nom à un amalgame incohérent de panthéisme, de matérialisme mystique et de spiritualisme vulgaire , où nagent péle-méle les triades, les hypostases et les Éons ? Qui dit religion nie la philosophie. G*est en vain qu'on prodigue les hymnes à la science quand on parle au nom de la foi.

Quelques passages textuellement empruntés à l'exposé officiel de la doctrine (1854, Paris, Librairie nouvelle) nous dispenseront d'une analyse vraiment inutile.

« DIEU est un. DIEU est tout ce qui est : tout est en lui, tout est par lui, tout est lui. (Nul de nous n'est hors de lui, mais aucun de nous n'est lui. ) dieu , I'être infini, universel, exprimé dans son unité vivante et active, c'est I'amour infini, universel, qui se manifeste à nous sous deux aspects principaux, comme esprit et comme maUkre^ ou, ce qui n'est que l'expression variée de ce double aspect, comme intelligence et comme force^ comme sagesse et comme beauté. L'homme, représentation finie de l'être infini, est comme lui, dans son unité active, amour ; et dans les modes, dans les aspects de sa manifestation, esprit et matière^ intelligence et force, sagesse et beauté.

« Ah 1 ne craignez pas de la confesser cette foi ; dites hautement que vous êtes confiant dans votre amour pour vos semblables, dans leur amour pour vous ; dites que vous croyez à la volonté çiogc^^^vs^ <\fc

rhumanité ; dites que vous croyez que le monde, où cette volonté s'exerce, en favorise lui-même les développements ; dites encore que vous croyez qu'un lien d'amour unit étroitement, et d'une manière indissoluble , l'homme à ce qui n'est pas lui, et que ces deux parties d'un même tout, s'avançant ensemble vers une commune destinée, s'aident mutuellement de leur amour, de leur sagesse et de leurs efforts. Alors cette loi que vous venez d'exprimer ; cette loi que le savant n'a pas créée, et qu'il ne saurait même justifier que par sa foi en elle ; cette hypothèse d'ordre que conçoit le génie et qui sert de haae à la science ; cette loi universelle qui régit l'homme et le monde ; cette volonté puissante qui les entraîne sans cesse vers un meilleur avenir, nommez-la sans crainte :

c'est LA VOLONTÉ DE DIEU. •

« l'homme, manifestation de DIEU, DIEU lui-niéme dans l'ordre fini .... est un être collectif qui se développe.

« L'amour, avons-nous dit, c'est la vie dans son unité ; Vintelligence, la force, ne sont que des modes de sa manifestation. Toute connaissance, toute action, ou, si l'on veut, toute théorie, toute pratique, émanent de I'amour et reviennent à lui : il en est à la fois et la source, et le LIEN, et la fin. Les hommes en qui l'amour est dominant, c'est-à-dire, en définitive, chez lesquels la vie est. à l'état normal, sont donc naturellement les chefs de la société, et comme l'amour embrasse à la fois le fini et l'infini, que c'est toujours Dieu qu'il cherche et que dans l'avenir ce sera toujours Dieu qu'il trouvera, il s'en suit que les chefs de la société ne peuvent être que les dépositaires de la religion, que les prêtres.

« Que si l'on entend par théocratie l'état dans lequel la loi politique et la loi religieuse sont identiques, où les

chefs de la société sont ceux qui parlent au nom de dieu, assurément, et nous n'hésitons point à le dire, c'est vers une THÉOCRATIE NOUVELLE quc l'humanité s'achemine.

« Trois ordres dans le sacerdoce : le PRÊTRE général ou SOCIAL, le prêtre de la science et le prêtre de Vindusirïe,,. Le prêtre social, le prêtre de I'unité, révèle à l'humanité sa destination générale... Le prêtre de la science et le prêtre de l'indtcsirie, après avoir reçu leur mission, leur consécration, du prêtre social, rappellent aux hommes qu'ils dirigent la destination de l'humanité sous l'aspect où ils l'aiment et la comprennent plus particulièrement.

<( C'est le prêtre qui gouverne ; il es4 la source et la sanction de l'ordre... Il intervient à la naissance de chaque homme ; il le consacre à dieu et à Thumanité, et, après avoir découvert la vocation, la grâce qu'il a reçue en naissant... il lui confère la fonction qui lui était destinée et détermine ainsi ses devoirs et ses droits. 11 continue à le suivre dans la ligne où il l'a placé, et l'y fait avancer en raison de ses mérites. Enfin, quand le temps du travail est passé pour lui, il l'admet au repos et lui attribue, dans cet état, la part d'AMOUR, de considération , de richesses, que ses travaux lui ont méritée.

« La LOI VIVANTE ne se trouve qu'aux époques organiques, et alors la loi c'est I'homme ; toujours elle a un nom, et ce nom est celui de son auteur... Dans l'avenir, toute LOI est la déclaration par laquelle celui qui préside à une fonction, à un ordre quelconque de relations sociales, fait connaître sa volonté à ses inférieurs, en sanctionnant ses prescriptions par des peines et par des récompenses,

« Vous verrez, vous sentirez que Tindépendange qu'on nous vante n'est que servitude et fataliièy el ççoi^Y^ \^%\^.^

de I'autorité que nous annonçons est celui de la liberté. de la providence.

« Moïse di promis aux hommes Iol fraternité universelle, Jésus-Christ Ta préparée; Saint-Simon Idi réalise, Enfir TÉglise vraiment universelle va naître ; le règne de Césai cesse... ; désormais I'Église universelle gouverne le tempo rel comme le spirituel^ le for extérieur et le for intérieur, \a science est sainte ; Y industrie est sainte,,. Des prêtres, de, savants y des industriels : voilà toute la société. Les chef des prêtres y les chefs des savants y les chefs des industriels , voilà tout le gouvernement. Et tout bien est bien de V Eglise et toute profession est une fonction religieuse, un gradi dans la hiérafchig sociale... Le règne de Dieu arrive sui LA terre. Toutes les prophéties sont accomplies. »

Ces belles choses ont paru longues. La répétition infa tigable des mêmes mots, des mêmes formules, des mémei insanités prouve, à satiété l'indigence de la pensée saint simonienne.

La philosophie de Fourier est beaucoup plus étudiée beaucoup plus riche en applications de toutes sortes qu< celle de Saint-Simon et d'Enfantin. Elle amusera les gem de loisir par ses divagations ingénieuses. Mais son origi nalité réside surtout dans l'inattendu de la forme et dan: la fantaisie du raisonnement. Quant au fond, il est foum par les doctrines connues ; la plus grande part en revien au panthéisme, à peine déguisé en unitéisme, Fouriei n'est ni moins déiste, ni moins humanitaire, ni moin! trinitaire que Saint-Simon. Sa conception des choseî est donc tout aussi creuse, tout aussi négligeable que h précédente ; mais elle ne tourne pas au dogme ; elle n( conclut pas à une religion, à une théocratie. Elle demeur( laïque et par là compatible avec la science, la liberté ei

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le progrès. On n'a que faire de ses rêveries baroques; mais combien elles sont innocentes, si on les compare à la monstrueuse chimère du cléricalisme saint-simonien 1 C'est un grand mérite pour Terreur, que d'être simplement superflue.

Un saint-simonien dissident, Jules Lechevalier, fuyant le dogme et l'Église, chercha jadis un refuge dans le fouriérisme. Il y trouva tous les principes, toutes les idées qui l'avaient séduit et longtemps retenu dans l'école voisine, mais exposés avec précision et sans char^ latanisme. Le livre où il a proclamé sa nouvelle foi nous fournira tous les traits de notre esquisse sommaire ; il nous est venu tout à point pour faire toucher du doigt l'affinité fondamentale des deux doctrines, au point de vue philosophique, et aussi le point de départ du système particuUer de Fourier. Citons d'abord :

(( Cabanis mourant disait qu'il ne s'agissait plus que de savoir « s'il fallait ramener la volonté à l'attraction, ou « l'attraction à la volonté. » M. Fourier tranche le nœud par un mot parti du cœur ; il ramène l'attraction à la VOLONTÉ; mais c'est pour appliquer au sentiment, à la volonté, à la passion, la loi mathématique appliquée seulement à l'attraction mécanique. Attraction passionnelle. Voilà le mot de la grande énigme ; voilà la clé des destinées générales, la loi des mondes et de l'humanité : la volonté de Dieu.

« Dieu, la foi entière en sa providence, en sa bonté, telle est la donnée primitive dont part M. Fourier... Les attributs de Dieu sont: 1** la direction intégrale du mouvement ; 2^ économie de ressorts ; 3° j ustice distributive ; 4® universalité de providence ; 5° unité de système.

« L'attraction passionnelle se réûécMl el ^vscA.^. feVfôt-

nellement sur elle-même. Le mouvement est miroir de lui-même..,; mais, autour du foyer qui rayonne sans cesse, il y a des nuances diverses ; il y a la hiérarchie des mouvements. Le but de la science humaine est Tétude de ces mouvements divers de Tâme universelle... L*étude complète du mouvement donne quatre branches principales, s'ordonnant par rapport à un mouvement unitaire complexe ou pivotai : 1° le mouvement matériel ; 2** le mouvement organique ;3° le mouvement aroma^ (l'arôme représente Tensemble de ce que la physique nomme les fluides impondérables, électricité, magnétisme, etc.) ; 4° le mouvement instinctuel ; 5° le mouvement social ou passionnel.

« Ainsi, s*écrie M. Pourier, sur cinq branches dont se com - « pose le mouvement universel, on n'en connaît qu'une, « la MATÉRIELLE, qui est la moins importante des cinq, et « encore n'est-elle connue que depuis Newton, qui nous « en a expliqué les effets et non les causes. Et pourtant, « la théorie de l'attraction matérielle ayant conduit à « déterminer les lois d'une branche du système de la « nature, on devait consulter le même interprète quant « aux autres branches de lois restées inconnues, et induire « de l'unité de système que, si le calcul régulier de l'at- « traction matérielle avait expliqué le mécanisme des har- « monies matérielles de l'univers, on était fondé à augurer « que l'étude régulière de l'attraction passionnelle, par « analyse et synthèse, déterminerait de même le méca- « nisme de l'harmonie des passions. » — On aurait dû conclure que l'homme est unitaire 'ou analogue avec les harmonies connues de l'univers : — avec l'harmonie mathématique , avec l'harmonie planétaire,' avec l'harmonie musicale.

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