‹ La renaissance du matérialismeChapitre 21 sur 114 · FOURIER · texte numérisé non relu

FOURIER

tion. D'une analogie séduisante, spécieuse, entre l'attraction sidérale et Fattraction passionnelle, qui suggère la croyance non moins spécieuse à l'unité fondamentale de mouvement, on passe à des comparaisons chimériques entre la gamme et la hiérarchie des facultés humaines ou des fonctions sociales. Puis, le déisme et Tanthropomorphisme (ce qui est môme chose) aidant, on renverse les termes et les rapports ; on explique l'attraction sidérale par l'attraction passionnelle, on façonne l'univers à l'image de l'homme et de Dieu, qui est la raison divinisée. On imagine trente-deux planètes parce que l'homme a trente-deux dents, et le clavier trente-deux touches. Et notez bien qu'Aristote et Kant ne raisonnent guère autrement quand ils établissent dix ou quinze ou un nombre quelconque de catégories universelles et nécessaires, parce qu'ils ont ramené à un pareil nombre de concepts toutes les formes de la connaissance et du raisonnement. L'analogie anthropomorphique est le dada de tous les métaphysiciens. Les timides, les prudents chevauchent au pas, ou au petit trot ; les hardis s'abandonnent aux ivresses d'un galop effréné. Affaire de tempéramment. Autour de ceux-ci le monde tournoie, les distances s'évanouissent, les horizons se pénètrent, les formes se confondent et s'amalgament ; une. mouche qui passe en deçà du point visuel prend les proportions d une baleine. C'est l'hallucination de Mazeppa Ué sur le fougueux cheval des steppes. Que sert alors d'explorer en entier le domaine de la science ? de se ralHer à la vérité expérimentale ? A force de ne pas croire la nature bornée aux moyens connus et de simplifier les ressorts, on imagine ce qu'on prétendait observer, on prend des préjugés pour des principes, et pour Ta\?>oxvw^T£v^xv\, \^^ abus de mots. Tout rentre dans le lourbiWoxv ^e;\\vwv\fe.

La « Philosophie de tout le moode. » — Religiosité, panthéisme mystique, christianisme humanitaire. — Affinités formelles de la poésie et de la religion. — Le Dieu des poètes : Victor Hugo, Lamartine, Musset. — Le a Dieu des bonnes gens ». — ce Merci, mon Dieu! »• — Le bon prêtre, la bonne religion, le sans-culotte Jésus, dans les romans d*£ugène Sue*

Nous avons vu à Tœuvre les orthodoxes de la banalité, les ravaudeurs de systèmes, les inventeurs de dogmes, les* constructeurs de hiérarchies sacerdotales et de colonies sociétaires. Tous partent du même principe, de la vieille triade : Dieu, univers, humanité. Ceux qui vont le moins loin en avant ou en arrière de la société contemporaine, ceux-là, bien qu'assaillis, raillés de toutes parts, demeurent les maîtres de l'enseignement et les instituteurs officiels de la pensée.

Maintenant, quelle fut, de 1815 à 1848, la philosophie de ceux qui n'en ont pas, lettrés ou illettrés ? savants spécialistes attelés à un ciron, acharnés à un os ou à un caillou, voués à un gaz ; poètes qui traduisent dans une langue particulière les voix des êtres et celles qu'ils prêtent aux choses ; eirtistes qui vivent à la surface du monde, réduisant tout à des couleurs, à des formes ou à

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