‹ La renaissance du matérialismeChapitre 29 sur 114 · LA JEUNESSE SOUS L'BMPIRB · texte numérisé non relu

LA JEUNESSE SOUS L'BMPIRB

encore le mal que vous avez fait à la France. Ralliés, vous n'avez pas fait Tempire ; mais, ce qui est pire peutêtre, vous l'avez soutenu, vous l'avez conduit jusqu'à ce faux apogée d'où nous avons croulé avec lui dans la défaite et le chaos. Vous ne séparerez pas votre cause de celle du Deux-Décembre.

L'empire a été un grand corrupteur de la jeunesse. C'est lui qui, après avoir confié ou laissé prendre aux fils d'Ignace la direction première de ses futurs magistrats, ofûciers, jockeys et coureurs de filles, ou d'affaires, c'est lui qui, recevant de bonnes mains les âmes toutes déformées, tout amollies, se chargeait de les pétrir, de les façonner à son image et à son profit. Il excellait à vider les crânes, à remplacer la substance cérébrale par on ne sait quelle mixture inconsistante et pourrie de vices, de frivolité, de chic. Des jeunes coqs, il faisait des cocodès, dignes partners de ces cocodettes, produits du boudoir et de la sacristie. Cette race a pullulé, pour le plus grand avantage du Figaro et de la Vie Parisienne^ de l' Univers et du Français, pour le plus grand embarras d'un gouvernement assiégé par les fils des petits crevés. L'instruction laïque obligatoire, et surtout la ferme résolution d'écarter simplement, sans phrases, de toute fonction publique la gent bonaparto-légitimo-cléricale, pourront seules achever la guérison de la société contemporaine ; mais elles l'achèveront sûrement.

La peste propagée par le régime impérial n'a pas épargné même les indépendants et les rebelles. Seulement elle n'a point passé Tépiderme. Gomme les philosophes de Couture assistant au banquet de la décadence, quelques-uns, tout en tendant parfois leur verre, ont vu passer l'orgie, ont traversé le miasme saus ç^w ^1^^^ \ttfe,^-

tés; mais ils en ont souffert. Leur jeunesse a langui dans Tattente. Leur activité a été supprimée. Ils sont arrivés à la maturité sans avoir exercé leur force, sans avoir vécu; et la vie ne se recommence pas. L'histoire pourra bien, en bloc, les honorer d'un regard bienveillant ; mais « le temps qui toujours marche » ne leur apportera point, au moins à la plupart d'entre eux, la compensation due à leur long sacrifice. Leur heure est passée. Qu'importe I II leur suffira d'avoir gardé intacte la dignité du caractère et de la pensée. Leur tête, qui grisonne aujourd'hui, ne se sera pas courbée. Ils n'auront subi ni la honte des complicités manifestes, ni la diminution morale des adhésions fructueuses.

Et puis, à tout prendre, leur rôle a-t-il été si nul? Leur abstention forcée n'a-t-elle pas ralenti et enrayé le recrutement des capacités nécessaires à la durée de l'empire ? Leur sourde protestation n'a-t-elle pas lentement retourné le suffrage universel? N'est-ce pas leur exemple qui a déterminé l'hostilité croissante des nouvelles couches électorales, soupçonnée et redoutée de Rouher en 1869? C'est contre eux que l'impératrice a décidé la guerre. Ce sont eux qui auraient fait la république, si l'année ter- ,rible ne s'en était chargée.

Ces intransigeants, ces irréconciliables, entraient dans la vie au moment où le coup d'État vint couper la route sous leurs pas. Les incidents de la révolution à laquelle ils avaient assisté sans la comprendre leur avaient laissé des souvenirs, avaient développé en eux des aspirations, des instincts démocratiques. Ils virent avec stupeur s'écrouter l'édifice dont ils comptaient poser le couronnement. Tandis que leurs aînés, frayant le chemin à leurs cadets sautaient plus ou moins allègrement le sanglant

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