ESSAIS DE JOURNAUX
higaè, tantôt promettant d'éterniser, tantôt menaçant d'abréger l'occupation romaine. Il trouva bon de les inquiéter par une certaine tolérance à l'égard des dissidents et des libres penseurs. A la cour et dans les succursales du palais, jusque dans le Sénat, on tolérait, on admettait des sceptiques, des impies, voire des naïfs gallicans. Laisser parler les incrédules, c'était faire sentir à l'Église le besoin de la protection officielle. Sans reconnaissance aucune, la philosophie bénéficia de ce jeu de bascule."
Quelques métaphysiciens de camps divers purent librement soutenir que la morale est indépendante des religions et des catéchismes. Leur thèse, historiquement contestable, mais vraie au point de vue rationnel, attaquait un des
. préjugés que l'Église a le plus d'intérêt à maintenir.A côté de la Morafe indépendante, des revues plus volumineuses
► publiaient des études d'une tout autre portée. La Revue germanique, succursale du Temps, donnait place à des travaux d'exégèse et de m34hologie comparée. La Philosophie positive propageait, dans un cercle assez restreint, la méthode scientifique d'Auguste Comte ; MM. littré et Wyrouboff* y publiaient d'excellentes études sur la morale , la psychologie , la physiologie , non
; sans un certain appareil systématique et rébarbatif qui
I éloignait les profanes.
La génération nouvelle, à vrai dire, la masse de la jeunesse pensante, ne trouvait dans ces publications que des satisfactions partielles et insuffisantes. Elle goûtait ici l'opposition à l'Église, là des informations précises sur des sciences nouvelles et sur le mouvement des esprits à l'étranger, partout le sentiment libéral qui l'animait ellemême. Toutefois elle n'était ni avec les rationalistes de
la vieille école, ni avec les admirateurs excessifs de 1*A11 magne , ni avec les disciples, fidèles bieji qu'hérétique d'un philosophe dépassé déjà sur la voie qu'il avait o verte.
Elle était, avant tout, ennemie de la bondieuserie et ( tout ce qui pouvait y ramener. La métaphysique était s bête noire. Les utopies, pour la séduire, avaient trop m; réussi. Si elle lisait avec délices les prosopopées athées d Proudhon, elle se défiait presque autant de sa dialei tique hégélienne que de ses théories économiques. Toi système lui était suspect. Elle demandait la table ras( l'étude directe et de plus en plus profonde de la réalit< seule base où l'on pût asseoir une conception exacte d l'univers et de l'homme, des rapports de l'homme avec le choses, du citoyen avec ses semblables et avec la société Elle était foncièrement matérialiste, et cela avant d'avoi pris conscience de ses tendances , avant de connaîti Buchner, Moleschott, Vogt, Wirchow. Et c'est là ce qi explique le succès de Force €{ Matière^ de la Circulatio de la vie. Ces livres trouvaient ici des cerveaux disposé à les comprendre ; ils y réveillèrent la pensée ; ils rappe lèrent à la France engourdie que Diderot, que d'Holbact Helvétius, Lamettrie l'avaient jadis conduite au poii où arrivaient seulement les penseurs des autres pays.
Nous devons beaucoup aux Allemands et aux Anglais Ils avaient marché pendant que nous piétinions dans 1 routine, dans le sang et dans la boue. Mais il ne fat pas oublier que le^positivisme est né en France ; il fai rappeler sans cesse que, pendant nos orages et nos stagna tions, Claude Bernard constituait la physiologie. Boucha de Perthes, Lartet, Broca fondaient l'anthropologiÉ enfin que les théories originales de Ghavée, les travail