‹ La renaissance du matérialismeChapitre 33 sur 114 · LIBRE PENSÉE, PENSÉE NOUVELLE · texte numérisé non relu

LIBRE PENSÉE, PENSÉE NOUVELLE

veaux jusqu'à ce qu'ils aient, sur tous les terrains, triomphé de la superstition et de la métaphysique. Au reste, le déguisement ne trompait personne ; notre appel aux souscripteurs, le nom des signataires, suffisaient à constater notre identité. Voici le début de celte pièce :

« Bien que le jugement qui a frappé un des rédacteurs et le gérant de la Libre Pensée n'ait pas prononcé la suppression de ce journal, nous avons dû on cossor la publication, tant par défaut d'imprimeur (juc par des motifs sur lesquels nous devons nous ab!=tenir d'insister. Désireux de continuer à propager et à <lcfendre des idées (jui nous sont communes avec vous,... nous fondons, sous le titre de Pensée nouvelle, un journal destine î\ soutenir les doctrines dont s'inspirait la Libre Pensée,,, Couderoau, Louis Asseline, André Lefevre, docteur Letourneau.

Rien donc n'était changé, sinon peut-iMre Tallure et le ton. Les tirailleurs et les enfants perdus étaient décidés à marcher en ordre, à mesurer leurs mouvements et à tempérer leur langage. L'entreprise était sérieuse et viable. L'affaissement sensible de l'empire, en nous promettant une sécurité relative, conseillait une prudence sans faiblesse et une fermeté sans bravades. C'est ce que comprenaient à merveille les esprits convaincus et avisés qui nous honoraient de leur collaboration et de leur amitié, les Bertillon, les Buchner, les Thulié, les Paul Lacombe, les Pouchet, les Mortillet, les Clémence Royer, les Mario Prolh , les MuUem, les Siérebois. Parmi eux, on le voit, il en est bien peu qui n'aient marqué dans les lettres, les sciences ou la politique. Tous sentaient la portée de l'œuvre, tous avaient conscience de leur valeur.

Les deux années qu'à duré la Pensée nouvelle compteront parmi \osp\us heureuses de noire exiftleivce. i^ wo\i.^

130 T>ARTIB I. — RÉACTION MÉTAPHYSIQUE

vois encore, dans une petite chambre de la rue des Noyers, lisant les articles, nous distribuant la besogne, discutant le sujet du Bulletin, arrêtant les termes des répliques urgentes. Chacun était sur la brèche, nous faisions face de tous côtés, soit à nos adversaires courtois*, les rationalistes de la Morale indépendante et de la lÀbre Conscience, soit à nos tièdes alliés les panthéistes et les'^ positivistes, soit à nos ennemis directs, les mystiques et les cléricaux, dont les incartades bourraient notre pimer aux injures. D'excellentes recrues avaient gros^ nos rangs. Le concours d'Assézat, d'Yves Guyot, dlssaura^^ de Jules Soury, de S. Morin-Miron, Abel Deroux, Gelliott- Danglar,- nous permettait d'aborder avec . compétence toutes les questions de pénalité, d'économie politique, d'art, d'exégèse.

La publication se poursuivit donc régulièrement durant deux années entières. Elle n'avait pas été inquiétée. Les quelques milliers de francs nécessaires à la vie d'une feuille qui n'avait aucuns frais de rédaction auraient pu se trouver encore. Mais diverses considérations nous décidèrent à porter ailleurs notre effort. Asseline avait su nous assurer la plus grande part dans la direction philosophique de ÏEncT/clopédie générale. Nous pouvions là développer avec ampleur et dans son vrai milieu une doctrine qui veut être la conclusion des sciences. Quant à notre polémique, nous l'abandonnions avec regret, mais pour la transporter dans quelques feuilles politiques où plusieurs d'entre nous étaient accueillis. Nous n'étions plus chez nous sans doute ; mais en nous mêlant au mouvement, nous associions le matérialisme aux revendications de la liberté, nous en étendions le champ et l'influence.

Dans les deux dernières années de l'empire, la situation

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