‹ La renaissance du matérialismeChapitre 34 sur 114 · POLITIQUE ET PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

POLITIQUE ET PHILOSOPHIE

du matérialisme était des plus florissantes. Tout le jeune parti républicain, dans les régions moyennes et dans les couches populaires, professait les opinions exposées par la lAbre Pensée et la Pensée nouvelle. Les réunions publiques, les assemblées électorales ne séparaient pas l'athéisme et le matérialisme de la politique radicale. Plus d'un candidat, plus ou moins irréconciliable, s'étonnait en vain d'avoir à répondre à la question sacramentelle : Êtes-vous athée et matérialiste ?Jja plupart s'en liraient en invoquant la liberté de conscience, en essayant de désintéresser la politique de la philosophie : théorie parfaitement fausse sous une apparence spécieuse, que Ton réédite aujourd'hui. D'autres, comprenant mieux Tinlime liaison des idées et des actes, se déclaraient au moins positivistes. C'était, à tout prendre, un euphémisme suffisant. Car ces gens avisés n'entendaient point s'avouer disciples rigoureux d'Auguste Comte, ni se rallier à un système ; ils employaient un synonyme décent et vague ; au fond, ils admettaient que la méthode, expérimentale est le seul guide de la vraie politique comme de la saine philosophie. Ils reconnaissaient que, dans la lutte vitale contre le cléricalisme, l'arme la plus sûre est celle qui supprime le principe même de la théocratie, la religion, et le principe de la reUgiosité, l'anthropomorphisme métaphysique. La politique moderne doit sans doute tenir compte des préjugés, mais avec la volonté ferme et avouée de les éliminer. Il ne faut point qu'elle perde jamais de vue son but, qui est la C(5nstitution définitive de l'ordre laïque.

Il est remarquable que nos désastres ont jeté en môme temps le désarroi et dans la politique et dans la philosophie ; le recul ou plutôt l'hésitation a été parallèle. Tandis que les diverses formes du rationaUsm.e : s\s\\:vlw^-

132 PARTiE I. — RÉACTION MÉTAPHYSIQUE

liste, idéaliste, criticiste, etc., et les spécialités enfermée! dans leur province, les tâtonnements sans conclusion, lei nuances ondoyantes, reprenaient possession du domaine de la pensée, tandis que Texpérimentation elle-même e la théorie évolutionniste se pliaient aux réticences d*un< sorte de bouddhisme indécis ; à la même heure, la nécessité, puis rhabitude et la manie des compromission altéraient la netteté du programme républicaiji. Et, trai qui n'est pas moins notable, au relèvement de la France, i la reconstitution de nos forces et de notre tempérament correspond un double retour vers la politique et la phi losophie radicales. Partout se reforment des groupes qu réclament l'application plus rapide et plus énergique de principes républicains ; et partout ces avant-gardes ar borent le drapeau de la libre pensée. .

Ce drapeau est le nôtre. Il est juste, il est opportun puisque ce mot est à la mode, de rappeler aux génération qui le relèvent l'œuvre et le nom des humbles combattant qui ne l'ont jamais abandonné. Nous l'avons déployé ei face de l'empire encore puissant, nous l'avons conserv intact au milieu de nos malheurs et de notre gâchis fu sionniste, clérical et sénatorial. Le groupe initial créé ei 1866, battu par l'orage, a résisté aux dispersions, aux d^ fections, à la mort ; il s'est accru et rajeuni. Il n'a laiss passer aucune occasion de manifester sa vie persévérante La Ligue des droits de Paris, les élections municipales l'élection Barodet, le centenaire de Voltaire, la grand édition de Diderot, cette Bibliothèque Reinwald qui res suscite l'Encyclopédie tuée par l'invasion prussienne, l'é closion récente des sociétés de Libres Penseurs, tels son les événements, les entreprises politiques, scientifiques littéraires qui procèdent plus ou moins directement, plu

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