MOTS FÉTICHES
l'expression des premiers eflforts du langage pour embrasser le monde extérieur, le commencement de la science même, plein d'observations naïves et de justes intuitions; tandis que l'autre, factice et solennel, absorbant tout dans une volonté créée à l'image de la nôtre, repousse avec mauvaise grâce tout ce que l'expérience accumule contre lui de preuves sans répliques. Les mythologies ont été dans Tordre et la logique ; le culte des entités et des abs- Iractions vides n'a produit que des systèmes immobiles et hostiles à toute activité de l'esprit, à tout développement des connaissances; admettant bon gré malgré le surnaturel, le miracle, la grâce, il fait de l'homme un ilote de la providence, un jouet, de quoi ? de sa propre chimère. Les chantres védiques savaient du moins qu'ils faisaient les dieux ; leurs mythes étaient des métaphores variables dont le sens ne leur échappait pas. C'est cette clairvoyance qui rend leurs hymnes si précieux dans l'étude de la mythologie comparée-; interrogeons-les, et presque toujours ils nous feront sourire des amphigouris de nos modernes augures.
§3.-2 juin 1867.
Les deux camps. — Les prétendues incou séquences et conséquences du matérialisme.
Nous le disions, et nos adversaires l'avouent, il y a aujourd'hui deux camps : « les deux camps définitifs de la lutte engagée au sein de l'humanité, » le camp des entités et le camp de l'expérience, le camp de l'inertie traditionnelle et le camp des libres recherches, le camp du passé et le camp de l'avenir.
Le premier de ces camps, pour adopter et développer l'image que nous présente \q Journal des Villes et Campagnes (23 mai 1867), renferme ou groupe aux environs de ses vieilles fortifications scolastiques des sectes nombreuses, ennemies apparentes, mais réunies sous la bannière commune du spiritualisme et du sentiment religieux. Nous connaissons cette double devise dont les deux termes pourraient sembler contradictoires : car la croyance à une libre substance spirituelle jure avec cette humble appréhension de l'inconnu qui fait le fond du sentiment religieux ; mais toutes les erreurs se tiennent. En faisant de la pensée, qui est la puissance combinée des organes qu'un cerveau concentre, une essence étrangère à la substance, à la