‹ La renaissance du matérialismeChapitre 48 sur 114 · LES DEUX CAMPS · texte numérisé non relu

LES DEUX CAMPS

mots comme Esprit et Matière, parlant de phénomènes, de forces, de lois, en somme, faiseurs d'entités à la façoa d^Ëegel et de Schopenhauer. Certes, de pareilles précautions leur permettent de tout dire et de faire rentrer peu à peu dans le domaine commun les faits démontrés : en cela, ils servent notre cause, qui est aussi la leur; nous leur abandonnerions volontiers le privilège des doutes commodes, si leur réserve n'était par exploitée par nos ennemis communs, si, chose plus triste, l'obsession interne des questions qu'ils éludent obstinément ne finissait point par troubler leur raison. Ne les laissons point rouler sur la pente où s'est perdu le grand esprit d'Auguste Comte ; sauvons-les d'eux-mêmes, en fermant toute issue à leurs tergiversations.

Le camp matérialiste, qu'il nous reste à décrire, ne se prétend point exempt des faiblesses humaines ; mais il cherche à en écarter la principale cause : la Foi, c'està-dire l'ignorance ; il ne croit donc point ; il ne jure pas hverba magistri; il apprend, il constate, il pense par luimême. Il essaye de ne pas prendre pour des phares les feux follets des marécages. S'il regarde le ciel, ce n'est pas pour y chercher le reflet de l'homme : c'est pour y découvrir les combinaisons du mouvement et les |)ropriétés de la substance. Il interroge les flancs de la terre sur la genèse des êtres terrestres, les entrailles des animaux et de l'homme sur le secret de leurs facultés et de leurs destinées. C'est dans les choses, et non hors des choses, qu'il cherche les éléments de leur existence. Enfin il travaille incessamment à enrichir .de faits certains le trésor de la mémoire et de la raison. De là son dédain absolu pour les faits supposés ; pour les divagations qui n'expUquent rien ; pour les croyances inutiles qui n'ont jamais modifié l'ot-

dre immuable des choses ; enfin, pour tout ce bagage céleste, pareil au ballon captif qu'un enfant attacherait à son chapeau ; nous coupons le fil, et adieu le frêle aérosâit. Là dessus grandes clameurs ; Tenfant réclame son joujou, la foule s'ameute, et nous risquons de passer la nuit au } violon. Nous voilà malfaiteurs, perturbateurs delà morale, ■ destructeurs du droit, de la justice, négateurs de la liber- | té, de la pensée I Que faire? S'en aller; ce serait le plus simple : comme nos adversaires reculent ou piétinent sur place, et que nous, nous marchons, il n'y aurait plus de combat, faute de combattants. Mais quoi I les matérialistes ont leurs faiblesses, j'avais bien raison de l'avouer; ils seraient trop parfaits s'ils n'étaient pas atteints de cette petite vanité que l'homme partage avec tous les animaux ; • nos ennemis sembleraient garder le champ de bataille, que nos prédécesseurs ont depuis longtemps conquis et dépassé : voilà pourquoi nous nous arrêtons par instant à examiner les traits impuissants qui sont tombés sur notre bouclier, ou à côté. Y a-t-il quelque perfectionnement, quelque nouveau système dans les projectiles de cette semaine? Hélas! non. Ce sont toujours les mêmes; on en jugera par quelques échantillons.

M. G.-F..Ghevé et M. Massol se sont mis à deux pour tirer ce cliché : « Si vous êtes conséquents, vous devez rayer les mots : droit, devoir, Justice, et aboutir à la loi de la force. » Nous les renvoyons, sans y rien changer, aux spiritualistes qui croient à la souveraineté providentielle de l'arbitraire divin. Laissez donc une bonne fois de côté le droit, le devoir, la justice, noms généraux de faits uniquement humains et sociaux qui n'ont rien à faire avec la métaphysique et ses entités.

« Les matérialistes » , dit M. Ghevé, « ne voient dans

Page 1