INCONSÉQUENCES ET CONSÉQUENCES
rhomme que le côté matériel, qu'une chose, et non une personne. » La première proposition est inintelligible, la seconde est erronée. Nous voyons dans Thomme, comme dans tout animal, min ensemble d*éléments organisés qui en font un être vivant, une personne pensante ; ees affirmations irréfutables de Tanatomic et de la physiologie nous rendent un compte suffisant dos penchants, des facultés et des œuvres de Thomme.
« Ou les hommes se gouvernent eux-mêmes par un principe spirituel et moral dont l'empire, partout reconnu, établit partout l'ordre, la paix, la justice et l'union, » (oh I l'ordre, la paix, la justice du Bas-Empire et du Moyen Age I) ; « ou ils sont nécessairement régis par une - force matérielle et coercitive qui maintient entre eux un ordre purement apparent et extérieur que briseraient à chaque instant, sans cela, l'antagonisme de leurs passions, la division de leurs esprits et de leurs intérêts. » Nous répondons (pie c'est justement dans l'antagonisme des passions/ des esprits, désintérêts, que réside l'équilibre social. Nous ferons aussi observer à M. Ghevé que, si les hommes se gouvernent par un principe spirituel dont l'empire est partout reconnu, ils sont gouvernés et régis par une puissance tout aussi coercitive qu'une force matérielle.
A propos d'un article de La Liberté sur les liens manifestes qui rattachent l'homme aux animaux, notre adversaire des Villes et Campagnes se livre à une hilarité qui exciterait aisément la nôtre. Il tire défaits physiologiques
parfaitement constatés des conclusions sociales fort inattendues : « Si l'homme n'est qu'un animal, moihs qu'un animal (restriction éloquente mais superflue), il n'y a en lui aucun élément spirituel, il ne peut y avoir pour lui
aucune liberté, car la liberté implique le choix de Tespr comme l'instinct animal la loi fatale de la matière î » Pu que nous y sommes, complétons le réquisitoire : « rhomme n'est que matière, il n'y a pliis, il ne peut pli y avoir de liberté humaine. Si l'homme n'est qu'un éti purement matériel, soumis aux lois nécessairement fati les et inéluctables de la nature physique, il n'y a plus, ne peut plus y avoir pour lui de distinction entre le bie et le mal, le vrai et le faux, le juste et l'injuste, la vert et le vice.
« Les Lacenaire, les Dumolard, les Lemaire, ne son point coupables, et ont simplement obéi à ces lois fatale et irrésistibles de la matière. Le matérialisme est la néga tion radicale, absolue, de tout enseignement, puisque 1 matérialisme est la négation de l'homme lui-même, ei tant qu'être spirituel, c'est-à-dire aimant, intelligent moral, libre. Voilà notre thèse : nous attendons qu'on li réfute. On ne le fera pas! » Et pourquoi donc, M Ghevé Tout d'abord, elle se réfute elle-même. Quand vous « in cUnez » l'homme « sous la loi morale qui le rend libre, ou vous ne vous comprenez pas vous-même, ou vous 1 soumettez à une loi aussi fatale et plus arbitraire qu celles de la matière ; ne nous parlez donc point de fata lité : vous avez la vôtre, et de plus, capricieuse. DébarraÉ sez-vous de la Providence, de la Grâce, de la Prescienc divine, et vous pourrez nous entretenir de liberté absolu et de morale libre, jusque-là, ne vous aventurez poin dans la philosophie, ouconversez seulement avec M. le do( teur Lemenant des Ghesnais, « directeur de l'asile des aU^ nés de La Rochelle. » [Le Monde, 17 mai.) Amusez-vous chercher ensemble : « Pourquoi, depuis six mille ans, (ou plus ?) « le chimpanzé, l'orang-outang et les autre
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ônges ejtisdem farinœ n*oiit plus donné naissance à des hommes, ou, en d'autres termes, pourquoi ils se sont arrêtés dans les transformations progressives qui engendraient des hommes. » Vous pourrez de même vous demander pourquoi il n'y a plus de Josué, pourquoi on n'arrête plus le soleil, pourquoi Saturne a deux anneaux, pourquoi la pluie tombe ou ne tombe pas, pourquoi les religions ne durent pas toujours, etc., etc.
Assez de plaisanterie. L'homme, les faits nous le démontrent, n'est point isolé des autres êtres. Il partage avec ses inférieurs et ses congénères immédiats les désirs et les besoins, les facultés physiques et morales. Tous les êtres animés sont des personnes , libres dans la mesure où elles échappent aux forces extérieures ; leur liberté réside dans la conscience qu'elles ont de ne céder qu'à leur propre désir. L'esprit, depuis le mollusque jusqu'au mystique, depuis l'abeille jusqu'au savant et au poète, désigne l'ensemble des facultés attachées à la structure et aux combinaisons de la substance vivante. La morale, la distinction entre le bien et le mal, la justice, sont les résultantes, variables selon les pays, les temps et les races, de la nature humaine et de la société ; leur unique fondement est cette sensibilité individuelle qui nous donne l'idée du plaisir et de la douleur, idée que nous étendons, par réciprocité, à nos semblables. Les causes de la supériorité de l'homme doivent être cherchées dans les différences corporelles et cérébrales qui le séparent des autres êtres vivants, et non dans une destination extérieure, dans une volonté divine qui n'expUque rien et que rien ne justifie. Voilà à notre tour, notre thèse, et nous vous mettons au défi de la réfuter. Vous avouez votre impuissance puisque vous êtes réduits à vous indiguer. Gft ^owVNÇ^'è.
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journaux qui s'écrient : « L'athéisme n'est plus une sic pie opinion individuelle : il devient un fait social. » ( sont eux qui gémissent sur le toast porté à Leipsig : « A libre esprit qui n'est encore que dans l'avenir, mais qi bientôt s'affranchira... des chaînes du fantôme imaginai re I » Par vous, nous apprenons les éloquentes paroles d Charles de Gagern et du pasteur Zille, la déchéance di certaines formules maçonniques, enfin l'imminence di votre défaite. Nous vous pardonnons donc de granc cœur « cet esprit d'imprudence et d'erreur » qui parfoi vous fait oublier, je ne dis pas l'urbanité et le bon goût mais cette fameuse « charité chrétienne. »
§4.-11 août 1867
ï,Larroque et la Théophilanlhropio. — Sur la divinité de Jésus-Christ. — Questions secondaires et capitales. — Vices de l'éducation ciirétienne.
Défions-nous, lecteurs, des associations d'idées, môme les plus naturelles et les plus innocentes ; repoussons de nos raisonnements tout ce qui ne leur est pas absolument nécessaire. C'est par les digressions, si courtes soient-elles, que Ton donne prise à des susceptibilités méticuleuses. Un mot peut coûter deux pages. Nous aurions sans doute attendu quelque temps encore avant de vous recommander cette règle de conduite, si une expérience récente ne nous en avait révélé l'opportunité.
Au premier abord, eût-on cru que cette phrase :
« M. Prat, rival de M, Larroque, institue une sorte de
Théophilanthropie nouvelle », renfermât une demi-ligne
de trop? Et cependant il y a là trois mots, trois petits
mots, qui n'étaient pas indispensables au sens ; c'est
M. Patrice Larroque M-même qui s'est donné la peine de
nous les signaler, non sans un certain développement.
Maudite association d'idées !
La religion philosophique préchée au nom du panthé-
isme par notre excellent ami M. Prat, nous avait si à propos rappelé celle que M. Larroque nous annonce au nom du déisme! Cherchant un terme de comparaison pour mieux caractériser l'inutilité et Timpuissance probable de toute rénovation religieuse sans mystères et sans superstitions, nous avions si aisément, si justement évoqué le souvenir de feue la Théophilanthropie! Et voilà que M. Larroque ne veut point être rapproché de M. Prat, bien que le déisme de Tun et le panthéisme de Tautre aboutissent à des conceptions religieuses analogues I Et voilà surtout qu'il répudie (c'est son droit strict) tout rapport avec les Théophilanthropes, parce qu'ils sont tombés sous le ridicule ! Il craint, nous dit-il, que vous, lecteurs, vous ne le croyiez capable de rééditer « l'institution, fort peu sérieuse, de la Théophilanthrôpie ». En vain avonsnous pris soin d'écrire : « Une sorte de Théophilanthrôpie nouvelle » ; il craint. Fondée ou non, sa crainte existe, et trois mots en sont la cause. Maudite association d'idées! Ce n'est pas, au moins, que nous soyons fâché d'avoir attiré l'attention d'un homme aussi honorable et aussi convaincu que M. Larroque. Sans avoir rien fait pour donner le change sur ses opinions, nous le reconnaissons pour bon juge en sa propre cause ; et nous sommes prêts à lui accorder toutes les satisfactions qu'il désire. En attendant qu'une plume autorisée fasse connaître à nos lecteurs son Examen critique du Christianisme , titre sérieux au respect de tous ceux qui pensent librement, nous nous empressons pour notre part de lui donner acte de ses réclamations. M. Larroque €!st déiste, et non panthéiste, tout le monde le sait ; sa religion n'est point la Théophilanthropie, supprimée en 1801. Voilà qui est entendu. Pour faire plaisir à notre correspondant, nous
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reproduisons volontiers un passage de sa Rénovation reUgieuse où « après avoir énergiquement blâmé la Convention de ne s'en être pas tenue à son très sage décret sur la liberté des cultes, et après avoir mentionné la vaine représentation à laquelle présida Robespierre, en 1794 », il traite la Théophilanthropie de culte de théâtre.
« Je renvoie, dit-il, le lecteur qui voudrait en prendre une connaissance détaillée, au Code de Religion^ par J.-B. Chemin, Paris, an VII. Les Théophilanthropes y déclarent qu'ils n'abjurent ni ne contredisent les principes d'aucune secte : c'était protéger toutes les extravagances religieuses du passée sous un faux air de tolérance, ou plutôt c'était faire au fond une déclaration d'indifférence religieuse. Après avoir annoncé qu'ils n'auront ni sacerdoce, ni cérémonies, ils affublent leurs orateurs et lecteurs d'un costume (tunique bleu céleste, ceinture rose, robe blanche par dessus et ouverte par devant) ; ils dressent des autels d'opéra, sur lesquels ils déposent des fleurs et brûlent de l'encens ; ils empruntent enfin aux chrétiens toutes sortes de momeries. Leur culte dégénéra vite en allégorie glaciale, et il n'avait, pour mourir bientôt, nul besoin de l'arrêté du 12 vendémiaire an X ».
Reste à savoir si les hymnes et les prières thcophilanthropiques ne sont point nées du déisme et du spiritualisme rationnels (voyez Grégoire, Histoire des Sectes, et Magas,, 'pittoresque, 1861) ; reste à savoir si une religion quelconque peut se passer de signes extérieurs, de décors et d'allégories glaciales; enfin si toute rénovation religieuse ne doit point être considérée comme une sorte de Théophilanthropie nouvelle, sœur de l'ancienne, sinon par les principes, du moins par les résultats et les destinées. Cette appréciation, qui est et demeure la nôtre, ne dé-
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passe point les limites de la critique la plus polie et 1^ moins malveillante ; et nous pensons que l'incident e clos.
On nous fait l'honneur de nous demander l'avis de L Pensée nouvelle sur cette question : « Les premiers chrStiens croyaient-ils à la divinité de Jésus ? » Ce serait le cas de renvoyer notre curieux à M. Larroque, dont les travaux font autorité en ces matières, Mais puisque c'est à nous qu'on s'adresse, c'est à nous de répondre. Avant tout, nous recommandons à ceux qui veulent bien nous prendre pour guides ou pour promoteurs dans leurs recherches philosophiques, de donner le moins de temps possible à des études désormais indifférentes, ou du moins primées par des préoccupations plus opportunes. Il y a bien assez longtemps que l'on ressasse les dogmes et les mystères ; depuis un siècle la raison humaine les a laissés, éclopés et inutiles, sur la route du passé. Qu'ont fait les doctes travaux de V Exégèse ? Ils ont simplement apporté aux jugements de Voltaire et de Diderot une confirmation éclatante, mais dont ni Diderot ni Voltaire n'avaient besoin.
Qu'importe que les premiers chrétiens aient cru ou non à la divinité de Jésus? Le fait est que cette croyance
remonte évidemment aux temps évangéliques. Elle est sans doute demeurée à l'état vague tant qu'il exista des témoins de la vie et de la mort du Christ ; et cependant elle est déjà en germe dans les trois premiers évangiles, composés durant le dernier tiers du premier siècle ; Jésus s'y proclame fils de Dieu, Mais cette période antique n'était point celle de la discussion, et la divinité n'avait pas besoin d'y être affirmée. On ne s'inquiétait guère alors du rang respectif des personnes de la Trinité, ni de la con-
ti