‹ La renaissance du matérialismeChapitre 50 sur 114 · DIVINITÉ DU CHRIST · texte numérisé non relu

DIVINITÉ DU CHRIST

tradiction qu'impliquent la croyance en un seul Dieu et l'idée de trois formes divines ; non, le baptême s'administrait au nom du Père, du Fils, du Saint-Esprit ; et cette simple formule suffisait pour entrer dans l'église des fidèles. Il n'y avait pas de dogmes, pas de théologie, nul souci d'établir un lien entre les idées incohérentes et contradictoires que chaque néophyte retenait de ses anciennes habitudes d'esprit. L'amour de Jésus était toute la foi et toute la loi.

Lorsque la première ivresse se fut dissipée, quand la raison eut repris son empire sur quelques chrétiens instruits, rien ne voila plus à leurs yeux l'extrême infériorité delà mythologie nouvelle et surtout les défis vraiment naïfs que ses mystères portaient au sens commun. Les uns cherchèrent à expliquer, à concilier, les autres rejetèrent absolument quelques points obscurs ou inintellL gibles. Heureux s'ils eussent assez examiné les détails pour rejeter l'ensemble ! Mais chacun s'arrêtait et s'aheurtaitàune minime question, qui prenait aussitôt une importance capitale. Chaque hérésie a été un effort interrompu de la raison; les hérésiarques n'ont jamais compris qu'il n'y a pas de compromis entre l'erreur et la vérité, et que la vérité était du côté de Gelse, de Julien, d'Érasme, de Rabelais, de Diderot ; dans l'emploi de l'activité humaine, et non dans l'extatique recherche d'un salut imaginaire ; dans la libre et patiente expérience, et non dans le credo quia àbsurdum^ éternelle réponse des religions aux révoltes du bon sens, procédé aussi commode que banal pour couper court aux légitimes curiosités et atrophier l'intelligence 1

Quoiqu'il en soit, la Trinité fut de bonne heure battue en brèche, surtout du côté oii le Fils siège à la droite du

Père. Quant au Saint-Esprit, son existence a toujours été si peu réelle ou si secondaire qu'il a été rarement attaqué, si ce n*est dans ses rapports avec les deux autres personnes. Le Père est tout naturellement demeuré en dehors du débat. Gomme Jéhovah, comme Allah, il est l'hypothèse-mère, le pivot inattaquable du monothéisme. Nous écartons ici les doctrines de Manès, qui sont dualistes et panthéistes. Mais plus on croyait fermement à un seul Dieu, plus il était malaisé d'en accepter un second. Aussi les Ébionites et en général les chrétiens judaïsants ne voulaient-ils voir en Jésus qu'un prophète, un messie, un fils de l'homme, envoyé de Dieu; les Docètes, pour admettre la divinité du Christ, étaient obligés de prétendre que son corps mortel n'avait été qu'apparent. Pour les Gnostiques, nés du platonisme alexandrin, Jésus n'était pas l'unique fils du grand Démiurge ; et de nombreuses émanations de la force suprême pouvaient l'avoir précédé, comme d'autres pouvaient le suivre. A ces hérésiea et à une foule d'autres qu'il est inutile de mentionner ici, l'Église constituée en corps et appuyée sur une majorité ignorante, répondit par l'étrange théorie du Verbe empruntée aux élucubrations d'Hermès Trismégiste, enfin et surtout par les symboles détaillés de Nicée et de Jérusalem. Le troisième, le quatrième, le cinquième siècles tout entiers, tristes siècles dans l'histoire de la pensée, au lieu d'être employés à combattre et à civiliser les barbares, se consumèrent en vaines récriminations contre et pour la divinité du Ghrist. La formule deum verum et deo vero, qui se retrouve dans les symboles de Nicée, de Gonstantinople, d'Antioche, de Jérusalem (iv* siècle), a mis fin aux doutes; elle n'a pas créé la croyance à la divinité de Jésus, elle en a seulement créé le dogme.

Page 1