ASSEZ DE THÉOLOGIE
ïotre correspondant nous opposerait en vain le symbole copte, où le Père est appelé le seul vrai Dieu ; l'est un reste isolé de Thérésie ébionite. Pour nous, il tst évident que la divinisation du Christ n'a souffert lucune difficulté chez les païens convertis. Habitués par e faux système d'Évhémère et par les récits des poètes )u des mythologues à considérer leurs dieux comme d'anîiens rois, d'anciens héros, c'est-à-dire d'anciens hommes jue leur génie élevait au ciel, ils ont facilement associé Jésus au Père comme ils faisaient de Bacchus, d'Hercule, l'Apollon, de Mercure et de tous les autres fils de Zeus. 3a place seule a été discutée ; c'était affaire de rang, de legré, de forme.
Quand donc laisserons-nous de côté ces querelles théologiques, ou du moins, quand les subordonnerons-nous pleinement aux graves questions que nous pose chaque jour notre état moral et social ? Quand donc serons-nous persuadés que l'authenticité ou l'inauthenticité des évangiles. L'opinion des hommes qui vivaient il y a deux mille ans, la dialectique spécieuse ou fausse des Pères, ne sont de rien ni à nous qui vivons aujourd'hui, ni môme à la valeur propre du christianisme? La valeur d'une religion est dans ses résultats et non dans ses dogmes . Ce qui fait la beauté de la mythologie antique, c'est son parfait accord avec les esprits qui l'ont créée, ce sont les chefsl'œuvre qu'elle a inspirés à l'art et aux lettres, ce sont les génies et les hommes qu'elle a formés, un Homère, un Bésiode, un Eschyle, un Aristote, un citoyen d'Athènes, ît même de Rome. Que faut-il inscrire à l'avoir du chrisianisme ? Que faut-il inscrire à son débit (excusez ces termes de comptabilité ; ils sont de notre temps) ? Eh 3ien! si eji regard de l'actif, nous inscrivons le passif,
quelle colonne sera la plus remplie? Là est la question, la vraie, la seule. Nous nous contentons de Tindiquer aux lecteurs qui nous /demandent leur voie, et nous ne doutons point qu'ils n'en atteignent bientôt la solution. Mais il est temps et grandement temps. Jugeons et passons.
Travaillons de toutes nos forces à Témancipation des esprits ; arrachons-en les fantômes et Tencombrement des plantes parasites à moitié mortes, pour y semer en un sol nouveau les germes des moissons attendues en vain. Faisons table rase, et rajeunissons par une plus forte culture les âmes épuisées, énervées, indifférentes. Que voyonsnous autour de nous? Des femmes spirituelles parfois, mais absolument frivoles en tout ce qui ne touche point à •la fortune de leurs maris et à l'économie de leur ménage ; des jeunes filles ignorantes ou faussement instruites, poupées à ressort, mannequins à crinolines, têtes à chignons, gravures de modes ambulantes, prêtes à tout pour étaler leurs queues de paon sur de moelleux tapis ; des hommes en qui la lassitude a tué la dignité ; des jeunes gens qui s'amusent avec des bêtes [Bis-moi qui tu hantes y etc.) ; d'autres qui ont pris pour maître le Formichel de Victorien Sardou ; tous, les brouillons et les sérieux, épouvantés devant le mariage et les charges sociales. Qui nous a fait cette génération ! Quelle éducation est coupable de cette nullité, et de cet amoindrissement du cerveau? Celle qui, à ses plus belles heures, n'a su prêcher que l'extase et le mépris de la terre, l'humilité, l'obéissance, la résignation passive? ou celle qui voudrait désormais, par les virils enseignements de la science, réveiller l'amour du travail, redresser la déviation de l'intelligence si longtemps estropiée sur un lit de Procuste, enfin retremper la vitalité humaine ? Dans celle-ci est le salut du monde ; si l'autre n'est