‹ La renaissance du matérialismeChapitre 53 sur 114 · VELLÉITÉS RELIGIEUSES · texte numérisé non relu

VELLÉITÉS RELIGIEUSES

lumière que répand sur nos oVigines et nos destinées anthropologie préhistorique.

Marchons, et laissons les tardigrades, ces débris de nérations éteintes, épargnés jusqu*ici par la loi de lection. Ce qu'ils disent et ce qu'ils font est nul et non enu ; et on pourrait les traiter absolument comme s'ils l'étaient pas, s'ils ne trouvaient, par malheur, des alliés volontaires dans les champions de ce spiritualisme d'où sortie la religion catholique , et qui voudrait lui ivre.

Le principal danger du spiritualisme , c'est l'appui 'il prête nécessairement à toutes ces religions qui ont it perdre à l'humanité tant de siècles, tant de pensées tant d'efforts. Sans doijte un grand nombre de spirialistes combattent aujourd'hui les superstitions et les uérilités que leur doctrine a longtemps acceptées et vorisées comme la base de l'ordre universel. Ainsi, nos nfrères de la Libre Conscience, par exemple, engaront une polémique amusante avec VEcho du Purgaire, mie Revue de l'autre monde ; ils s'escrimeront, tout mme le fait, à l'occasion, la Pensée Nouvelle, avec la azeUe de France, le Monde ou V Univers; mais ils n'en continuent pas moins d'encenser les grands fétiches que ks religions divinisent; aussi laissent-ils une porte ouverte aux rénovations religieuses, aux cultes humanitaires et à toutes sortes de théophilanthropies parfaitement inutiles. Bien plus, ils prennent pour devise ces mots : « Religion rationnelle et progressive fondée sur les lumières naturelles. » Eh I pensent-ils que d'autres lumières aient jamais guidé les fondateurs de religions ? Manquet-on à ce point de rehgions suceptibles de progrès pour qu'il faille en inventer d'autres ? Mais ne trouveriez-vous

pas dans le protestantisme tous les degrés possibles de la crédulité et de Tincrédulité, depuis le méthodisme jusqu'au criticisme de Técole de Strasbourg. En fait de religion progressive et commode, il n*y a pas mieux; puisse-t-elle progresser rapidement, jusqu^à sa fin I

Les spiritualistes de la Libre Conscience, dont nous connaissons les nobles et sérieuses convictions, travaillent, sans s'en douter, avec nous et pour nous. Ils nous aident à faire table rase ; c'est tout ce que nous voulons. Quant au plan des reconstructions, il s'élabore chaque jour, et' nous espérons, qu'au moment où il s'agira de l'exécuter, nos confrères s'apercevront que leur nouvelle église n'a aucune raison d'être. Au reste, la liberté de la pensée étant leur loi comme elle est la nôtre, ils pourront alors sans danger, mais seulement alors, c'est-à-dire quand les religions du passé auront disparu, essayer d'une religion de l'avenir. Leur fantaisie sera parfaitement inoffensive et pourra contribuer à rompre .la monotonie de la vie.

Les abstractions ne changent rien à la réalité. Une erreur de nos alliés spiritualistes est de croire et de dire que la méthode matérialiste supprime le devoir, la conscience, la dignité humaine, le courage ; et pourquoi ? Parce qu'elle réduit à néant les entités inutiles ou indiffé^ rentes, nées à toute époque et sous toute figure de cette tendance anthropomorphique qui est la loi de notre esprit. Nous ne demanderons pas à nos confrère de relire la collection de la Libxe Pensée et de la Pensée Nouvelle; ils ne trouveraient pas un numéro où nous n'essayions de relever les cœurs et les esprits ; nous leur poserons seulement cette question : Où se manifestent la conscience, le devoir, le courage ? Dans l'homme assurément. C'est dans l'homme que nous en cherchons l'origine, et nous

LA MORT ET. l'immortalité 179

la trouvons. Permis à vous, bien entendu, de la chercher ailleurs, dans Tentité, dans Tabstraction (c'est encore en vous-mêmes) ; mais ne nous accusez point de les mer, ne nous lancez pas les récriminations banales et [ks anathèmes usés qui font penser aux foudres ecclénastiques.

Personnellement, nous devons des remerclments à IL Henri Carie ; il a reproduit quelques morceaux de notre récente traduction de Lucrèce [La Mort) ; indulgent pour la susceptibilité bien connue de Tengeance poétique, il a enveloppé le blâme du fond dans Féloge délicat de la forme ; mais le léger chatouillement de ïamour-propre satisfait ne doit pas nous ôter la parole, et nous empêcher de répondre pour Lucrèce et pour noas.

« M. André Lefèvre, écrit M. Carie, nous arme-t-il pour le& lattes de la vie ? Où est le lien qui unit le passé à Tavenir ? Où est la fraternité que notre cœur désire ? Où est l'humanité ? Où est FÉtat I Où est la famille ? Je ne ▼ois que le moi solitaire, concentré en lui-même, muré dans son égoïsme qui fait son désespoir. Lucrèce s'est nicidé à quarante-quatre ans, ne pouvant supporter le eau de la vie, ne l'oublions pas. »

M. Carie est tout à fait â côté de la question. Il s'agisit de la mort et non de la vie, de ce qui se passe sous terre et non de ce qui s'agite dessus. La fraternité, l'huimanité, la famille, n'ont, vous me l'accorderez, aucune espèce de sens en dehors de ce qui fait leur réalité. Quelle place leur donnez-vous dans la tombe ? Quant au moi solitaire, concentré en lui-même, muré dans son égoïsme, c'est la perpétuelle calomnie à laquelle les faits «e chargent de répondre. Où y a-t-il trace Ae Oiè^^^^wx

dans ce que Lucrèce dit de la mort ? Le caractère de morceau, ce qui en fait la force et la grandeur, c* évidemment la large sérénité du poète. Lucrèce s* tué, pour une cause inconnue, soit ; mais Épicure, sonT^ maître, a vécu fort vieux : le suicide est le plus souvenL^j affaire de tempérament. Qu*est-ce qu'un accident de cok genre a à faire avec une doctrine philosophique ? Est-ce» que les spiritualistes, chrétiens et autres, n*ont pas recours à la mort volontaire ? Le trait de la fin, M. Carie ^ est donc nul et non avenu. Chemin faisant, vous demandeas pourquoi Lucrèce a accolé Tépithète de divin au nona d'Épicure : parce que le mot avait gardé encore un pei» de sa valeur primitive et de sa force radicale. Nous avoafl déjà, ici même, après Max MûUer et bien d'autres, exposa la généalogie des mots Dieu et divin, qui signifient absolument lumière, lumineux, illustre.

« Ainsi, dit encore M. Carie, Thomme supérieur pourrait peut-être avoir quelque prétention à Timmortalité ; mais le vulgaire, à quel titre prétendrait-il être immortel ^ Voilà une pensée bien aristocratique. »

L'immortalité est une pure supposition ; encore faut-il qu'une hypothèse soit utile ; or, en quoi est-il utile que X... ou N... soit immortel? A personne, certes, et nol» pas même à eux. Il n'y a d'immortalité qui importe que celle des penseurs ; et cette visible inégalité dans la mort démontre par l'absurde l'inutiUté de la vie future. Il n'y a là rien d'aristocratique, je suppose. Mais le néant époa^ * vante M. Carie ; pense-t-il qu'il nous soit agréable, et qu'un être vivant quelconque prenne plaisir à la mort ? Nous sommes bien forcés, n'est-ce pas ? de convenir que nous mourons ; voilà le fait. Promettre à l'agonisant la vie après la mort, c'est aider l'enfant à s'endormir en lui

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