‹ La renaissance du matérialismeChapitre 54 sur 114 · RÉSIGNATION OU DÉDAIN · texte numérisé non relu

RÉSIGNATION OU DÉDAIN

promettant des sucreries. M. Carie veut que le néant 'pour tétemilé soit « notre unique espoir, notre unique délivrance » : tout au plus peut-il être une consolation. Il dit que nous nous inclinons et que nous nous résignons ; on sait ce que c'est que la résignation devant ce qu'on ne peut empêcher : c'est un sentiment assez voisin du dédain. Qui est-ce qui s'incline devant la mort ? Ceux qui la supplient de les laisser vivre, ou ceux qui la démasquent, la bravent, et même, par [une suprême ironie, la louent et la remercient ? Cette résignation, qui nous est reprochée, le serait plus justement aux stoïciens ; Marc-Aurèle mourant, après un règne troublé, au sein d'une famille infâme, se déclarait heureux d'obéir à la nature (nous n'allons point jusque-là) ; et notez que, pour l'école du Portique, la mort n'était pas moins le néant que pour

Epicure. Les stoïciens croyaient, comme Lucrèce, que le corps et l'âme se dissolvaient en leurs éléments et qu'un foyer suprême résorbait tout ce qui était esprit. Où il n'y a plus de personne humaine, il y a néant.

Pour nous, il n'y a d'homme qu'entre la naissance et la

mort ; la vie humaine est le substratum, la condition sine

qua non des phénomènes et des besoins manifestés dans

l'ordre physique et l'ordre moral. Le panthéisme vague,

les effusions insaisissables de Lamartine, dont M. Carie

reproduit un long, bien trop long morceau, glissent sur

nous comme un souffle qui ne laisse pas de trace ; il nous

serait, avouons-le, impossible de nous rappeler une strophe

de cette mélopée vagabonde, où d'harmonieuses images,

une langue flottante , non sans .fautes d'orthographe

(dont la révolte enfin s'est TU), un rhythme redondant

et solennel , recouvrent la banalité même et le vide

absolu de la pensée. Parmi tant de beaux vers, il en est

un qui est original et profond ; on le remarque d'autant plus que tout ce qui Fentoure le contredit :

0 siècles ! vos besoins, ce sont vos prophéties.

Eh bien! monsieur Carie, soyons d'accord sur ces besoins durant la vie (qui seule y donne lieu), sur le dévouement, la liberté, le courage, la dignité humaine, et nous nous querellerons sur le reste... après la mort.

En attendant, voici un commencement de preuves sur la question de l'immortalité, de l'indivisibilité et de l'infinitude de la pensée. Des expériences de Haller, Helmoltz, MM. Marey, de Bézold, Hirsch, Van Deen, Donders, Jaager, Wolf, résumées avec clarté par M. Radau dans la Revue des Leuœ-Mondes du 1®' août 1867, démontrent aux yeux même que la pensée est le jeu plus ou moins rapide d'un organisme matériel, lequel organisme, comme on sait, n'existant pas avant la naissance, n'existe plus après la mort.

Voici de quelle manière M. Hirsch, entre autres, conduit l'expérience (1861) :

« Un courant électrique produit une légère sensation de douleur en un point de la peau ; l'instant où le courant agit est marqué sur le cylindre tournant d'un chronoscope. Aussitôt que la personne en expérience ressent le choc, elle donne un signal en touchant une clef électrique, et une nouvelle marque se produit sur le même cylindre. On mesure l'intervalle compris entre les deux marques, et on a le temps écoulé entre les deux signaux. Ce temps qui est d'un à deux dixièmes de seconde se compose de plusieurs parties : transmission de l'impression extérieure au cerveau , perception , réflexion, transmission de la volonté aux doigts, contraction muscu-

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