‹ La renaissance du matérialismeChapitre 56 sur 114 · ATHÉISME PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

ATHÉISME PRÉLIMINAIRE

« Oui, nous sommes pour ainsi dire retournés à la nature ; nous sommes redevenus athées comme Test Tenfant de cinq aûs à qui Ton n'a pas encore appris le mot « Dieu », et qui, tranquillement, Tignore et ne le balbutie même pas durant son sommeil.

« Nous avons, faute de mieux, choisi pour y dormir avec honnêteté, fatigués de nos recherches sur Dieu et sur l'immortalité de Fâme, l'oreiller commode de l'athéisme, nous le garderons jusqu'à ce que nous en ayons trouvé un autre plus doux (Léon Russelli). »

Nous sommes heureux de trouver dans le numéro 5 du jouraal V Horizon ces hgnes si lumineuses, si sensées ; elles nous sont une nouvelle occasion de féliciter nos confrères sur l'esprit et de la portée de leur Revue naissante.

Oui, M. Russelli a bien posé la question ; il a bien

compris que la querelle n'est plus entre les religions et la

libre pensée ; que le cri : Homme ou chrétien, poussé

naguère par M. Boutteville, a définitivement écarté les

chicanes préliminaires ; qu'entre les récentes colères d'un

congrès injurieux et la recherche indépendante de la

vérité, « toutes les intelligences de bonne foi ont choisi » ;

enfin qu'il n'y a çlus en présence que l'hypothèse déiste,

principe et quintessence des religions, et la méthode

matériahste, la philosophie de l'expérience.

Oui, s'il nous arrive parfois encore de raconter des miracles, d'éplucher des mythes, de scruter des dogmes, de retourner la morale des catéchismes et la métaphysique des chaires, c'est pure condescendance. Le bon sens était avant l'exégèse, avant les Strauss, les Renan, les Havet, savants graves et doux ; Voltaire avait ri, et la cause était entendue. Après l'intuition, le travail est venu et il l'a justifiée ; il ne l'a point dépassée. La^ ^^\x:^\k<£Çâ.

de l'empereur de la Chine avec le frère Rigolet, et du Mandarin avec le Jésuite (1), chefs-d'œuvre étincelants de malice et de gaîté, auraient dû pour jamais nous délivrer des polémiques religieuses. Laissons mourir ce qui s'en va et ne le ranimons pas en l'irritant. Armons-nous plutôt pour un dernier combat, combat à armes courtoises, où la vérité seule et la logique emporteront la victoire au profit de l'humanité tout entière. Parmi nos adversaires nous rencontrerons bien des amis, luttant involontairement pour nos ennemis communs : au premier rang, Voltaire lui-même, et tous les esprits qui, n'osant pas faire table rase, récitent incessamment le vers fétiche :

Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.

Pour combattre donc, plaçons-nous sur le même terrain, avant l'ingérence de la divinité dans l'intelligence humaine, dans cet athéisme si heureusement caractérisé par M. Russelli, et si étranger à la métaphysique, où voudraient l'impliquer certains savants prudents qui renouvellent le sens des mots. Mais ne nous en faisons point un oreiller comme le voudrait l'indifférence ; que ce soit pour nous un point de départ. ,

Transportons-nous, avec tout le bagage des sciences constituées lentement en dépit des religions, à la loiataine époque où nos premiers ancêtres n'avaient pas eu le temps encore de transformer en puissances volontaires et en idoles adorées les noms du ciel et de la terre ; lorsque le mot qui est devenu Dieu ne signifiait encore que lumière et espace. La question est de savoir comment nous recommencerons la série des âges et sous quels

(1) Voltaire, Dialogues, Voir notre édition, tome ii.

Page 1