‹ La renaissance du matérialismeChapitre 60 sur 114 · LE DIEU DE H. PRAT · texte numérisé non relu

LE DIEU DE H. PRAT

symboles et des mythes est passé; que tout Teffort des* penseurs et des savants doit tendre à Tinstruction de ceux qui n'ont ni le temps ni la volonté de réfléchir par euxmêmes ; que l'enseignement de la morale n'est point affaire de catéchisme ; que les règles de la conduite humaine ressortent clairement de l'expérience ; qu'aucune religion n'a ajouté un fétu à ces deux préceptes où est contenu tout droit et tout devoir : Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas quil te fît; fais à autrui ce que ta voudrais qu'il te fît; enfin, que les nourrices rendent aux enfants un déplorable service en leur faisant voir Croquemitaine.

M. Prat nous demande où l'espèce humaine, écrasée sous le coup de catastrophes inopinées, se devra tourner pour puiser quelque consolation à ses afflictions , « et la force de se rattacher à la vie. » Hors de l'oubli relatif qu'amène le temps, hors de la lente cicatrisation des blessures intimes, il n'est point de consolation pour l'espèce humaine. Tout autre est, ou immorale, ou apparente. Pourquoi donc consoler un fils de la perte de sa mère, un amant de celle de son amie? Laissez un libre cours à leur affliction, à leur larmes I Hélas ! les années les consoleront assez vite et malgré eux. « La force de se rattacher à la vie, » dites-vous? Mais cette force, est-ce qu'elle n'est pas inhérente à tout organisme vivant ?

M. Prat pense que la religion est chargée: 1° de vulgariser les vérités théoriques acquises par la philosophie ; 2® d'unir les hommes entre eux ; 3° d'adoucir, d'améliorer les caractères et les relations. Pour nous, il est évident que leur intérêt suffit à unir les hommes, à adoucir leurs mœurs, à les tourner vers le dévouement et la fraternité. Nous ignorons ce que l'auteur entend par des « vé-

rites théoriques » ; le but de la philosophie , comme nous Tentendons, est d'écarter les théories et de mettre rhumanité en possession des vérités pratiques.

Nous avons dit et prouvé à satiété que le dieu de M. Prat est une fiction stérile, une abstraction vaine ; nous sommes loin d'en tirer vanité, la démonstration était trop aisée; nous avions, comme on dit, confitentem reum. Toutefois, nous n'avons pas convaincu M. Prat, c'est tout simple : chacun tient à son opinion, et la discussion n'est faite que pour la galerie. En discutant les paralogismes du panthéisme, nous n'avons pas espéré redresser la logique des panthéistes ; nous avons voulu éclairer ceux qui auraient pu le devenir.

Répétons donc encore un fois, puisque l'occasion nous en est fournie, que Y Idéal est une conception humaine et non un dieu extérieur à l'homme, que le Type absolu est un travail de la raison éclairée par les analogies et les contrastes et non un être voulant et pensant ; enfin, que la réalité totale des choses n'est que l'ensemble impersonnel et indifî*érent des formes. Elle n'est rien en dehors des choses; elle n'est ni un dieu, ni un objet possible de religion quelconque ; elle n'enseigne point la morale, ne con« sole pas les affligés et ne répond point aux prières. M. Prat le sait si bien qu'il déclare les devoirs de l'homme envers Dieu identiques à ceux de l'homme envers luimême. Ce dieu, comme tous les autres, n'est donc qu'une conception stérile de l'anthropomorphisme.

Le dieu de M. Prat, celui de M. Carie, ou de M. Flammarion, pourraient dormir en paix, à côté du monde qui se passe d'eux, dans la béatitude de leur néant ; nous n'irions certes point les déranger ; encore moins les pourchasserion*nous loin de la sphère du réel el du sens commun, s'ils ne

Page 1