LE BESOIN DE FICTION
isaient illusion qu'à leurs inventeurs. Mais comme ils ssemblent, par le nom du moins, à tous ceux qui les ont *écédés, comme ils usurpent dans les cerveaux timides le place destinée à des notions moins chimériques et lus utiles, force nous est d'en démontrer à chaque ins- Liit l'inconséquence et Tinanité. Quelques naïfs s'étonent de notre insistance ; ils ne conçoivent pas notre mour obstiné pour la vérité, la rigueur de nos convicons qui ne veulent point transiger avec les mots. Ne faut-il point, disent-ils, orner un peu les choses ? Sans oute, nous ne croyons plus aux fables des mythologies nciennes et modernes ; Voltaire a passé à travers les dogles et les mystères, comme le Bacchus d'Aristophane au ailieu des grenouillières du Styx : Transiit ridendo, il a >assé en riant ; et il n'est point de voix prêchante et larnoyante qui ne réveille les échos de ce rire. Certes, oui, eut se conduit dans l'univers d'après les affinités, ou lois ataleset indifférentes ; oui, l'homme, ses besoins, l'intérêt particulier et général suffisent à expliquer le bien et le mal, l'égoïsme et la fraternité, et toutes ces alternances morales qu'on rangeait autrefois dans l'absolu ; oui, l'intelligence n'est qu'une manifestation de la vie animale, et Le cercle de cette vie est restreint, et il n'y a aucune raison de chercher l'origine de' la vie ailleurs que dans les combinaisons chimiques ; oui, l'homme est un être dominé par les circonstances extérieures et par sa constitution intime, et la satisfaction des besoins qui en résultent pour lui est ce qu'on appelle liberté ; oui, la société, qui est la mise en commun de ces besoins, est, par l'échange des pensées et des forces, un instrument de progrès et de perfectibilité, mais elle compromet nécessairement les libertés individuelles, dont l'équilibre a toujours été et dem^wtet^Voxir
jours le but de toute organisation et de toute philosophie. Nous avouons que ces faits et leurs conséquences n'impliquent aucune explication métaphysique, aucune intervention immatérielle ; que l'idée de Dieu n'ajouté rien à ce qui est, à ce qui sera toujours, tant qu'il y aura une terre et des hommes. Mais pourtant... mais... enfin,
La vérité sans voile est une nudité I
Assez de fiction, nous en mourons.
Assez de fiction, M. Littré, qui déclarez inconséquents les athées vertueux ; assez. M, Prat, qui identifiez les devoirs de l'homme envers Dieu à ceux de l'homme envers lui-même ; assez, vous aussi M. Tiberghien, libre penseur de la routine, qui considérez l'athéisme comme un malen-j t^ndu, vous qui, calomniant le matérialisme, l'anathéma-i tisez devant la jeunesse belge comme destructeur logique^ « de la liberté» de l'idéal, du progrès, de la raison, do '^ toutes les lois de la vie morale. » Quelle plaisanterie? ^ Que nous importent les conclusions avilissantes que die- * talent à Hobbes son tempéramment, les circonstances et ^^ l'odieux ridicule des indépendants et des têtes-rondesî ' Est-ce que le déiste Aristote n'a pas flatté la divinité d'A- ' lexandre ? Est-ce qu'il n'a pas, avant Garlyle, inventé leculte servile des héros I Est-ce que Bossuet n'a pas flattéf Louis XIV? Est-ce que toutes les formes du spiritualisme ne se sont pas. pliées au fameux principe, d'autorité ? En ' quoi elles ont obéi à la logique : puisqu'elles reconnaissent un impeccable créateur, un ordonnateur et maître des choses. Pour nous, nous repoussons aisément l'inconséquence de Hobbes. Le matérialisme voit nécessairement le bonheur de l'homme dans la satisfaction de ses besoins, en tant qu'elle ne met pas obstacle à la satisfaction des
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besoins d'autruî ; il donns à la morale ses seules bases certaines, les rapports des hommes entre eux, bases que le spiritualisme ébranle par l'intervention divine et les coups de tonnerre des Sinaïs. Les religions ont ravi le décalogue à la nature humaine ; elles se sont habilement emparées de la direction morale ; et les spiritualistes ne voient pas que leurs scrupules vains travaillent à la conservation d'un ordre factice et nuisible au libre développement de la pensée et de Thumanité I
Encore des sages à visière verte, encore des aveugles. Un honorable philosophe étranger, M. Ramon de la Sagra, adresse à M. Sainte-Beuve, à propos d'une lettre remarquable récemment publiée dans plusieurs journaux, une série d'épîtres où il essaye de prouver l'utilité mondaine de la religion. Il voudrait substituer aux conclusions de la science une sorte de mysticisme hégélien. Il reconnaît au matérialisme une importance transitoire, qui s'effacera devant les lumières swedenborgiennes d'une science plus complète ; il cherche toujours la petite bête en dehors des faits, au lieu de constater qu'elle existe en eux et ne peut exister qu'en eux. Sa brochure se termine par un parallèle instructif entre les données de la science certaine et les hypothèses spiritualistes. Nous lui empruntons, il ne nous accusera pas de déni de justice, une suite d'excellents aphorismes que nous n'aurions pu formuler en meilleurs termes :
« Le système nerveux détermine l'intelligence. « L'intelligence tire son origine de la puissance spéciale du cerveau.
« Le cerveau juge la sensation ; de là la fonction de perception et d'entendement.
« La psychologie n'est qu'une branche de la physiologie.
« Les actes intellectuels et moraux appartiennent aux propriétés de la vie animale, et non aux propriétés de la vie générale.
« Chaque faculté réside et agit exclusivement dans un organe spécial et au moyen de lui ; Textinction de cet organe amène Textinction totale, absolue, de la faculté.
« La science établit donc qu'en dehors des organes il n'y a pas de facultés, et qu'en dehors de l'organisme il n'y a pas d'existence intellectuelle. »
Voilà qui est bien compris. Gomment ébranler ces faits? — Gomment revenir sur cet aveu ? Nous craignons que M. Ramon de la Sagra n'ait travaillé pour ses adversaires. G 'est ainsi que, de V Avertissement aux pères de famtUes\ de M. Dupanloup, il ne reste que les résumés lumineux des doctrines de MM.'Taine, Renan, Maury et Vacherot.
La méthode matérialiste gagne chaque jour du terrain. Nous signalions récemment le programme, très voisin du nôtre, adopté par le journal V Horizon, M. Auguste Martin, dans son Annuaire philosophique ^ continue d'appliquer courageusement les vrais principes de la critique aux diverses publications de ces derniers temps. Nous relevons ce jugement dans son article, d'ailleurs trop favorable, sur l'ouvrage fantastique de M. Flammarion, Dieu dans la nature : « Le déiste comme M. Flammarion, qui nie toute manifestation divine, ne peut chercher la morale que dans la raison humaine, n'ayant point à attendre de lumière de la part d'un dieu muet et inaccessible ; le dieu du déiste est donc aussi étranger à la constitution de la morale qu'à celle de la géométrie. » Gomme nous encore, il pense que le culte bizarre préconisé par M. Prat nous ramènerait en peu d'heures à la superstition. Enfin M. Havet, dont nous avons souvent prononcé le
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, poursuit la route qu'il s'est ouverte par son trala Vie de Jésus, publié il y a peu d'années dans la les Devx Mondes. Après avoir retrouvé dans Plaîlupart des préceptes du christianisme, il fait la iristote dans rétablissement de la mystagogie théur- [1 nous montre et nous fait toucher du doigt les tiet les inconséquences de ce grand esprit, qui a vu ^, mais qui a reculé devant les répugnances de son t les exigences de sa position officielle. Pour qui iprendre, quelle différence y a-t-il entre cette lotie fameuse : « Dieu est la pensée de la pensée, » ression ironique de M. Renan : « Dieu est la catéî ridéal? »
applaudissons de toutes nos forces aux savantes hes de M. Havet. Ce sont des fouilles qui déblaient du colosse aux pieds d'argile ; il n'est assis, comme 5 s'en doutait, que sur l'humus accumulé des et des hypothèses antiques. Mais ses racines ne t ni dans la nature humaine, ni dans la vérité.
§8.-15 décembre 1867
Rousseau et Voltaire. — Le dieu-raison. — Métaphysique des sauvages.
« Mode inepte, odieuse, cul-de-J attiser Jean- Jacq\xesi^\a géantiser Voltaire. Et cette mode existe, et Ton m'acruda nombre de ces coupe-jarrets y de ces cul-de-j attiers ! »
Ainsi gémit M. Durandeau dans la Libre conscience. Néologismes à part, et ils sont de haut goût, la pensée est ingénieuse. Coupe-jarrets fait image : on voit d*ici les critiques embusqués , tranchant méchamment avec un fort coutelas les jarrets des statues et des idoles. Et voilà qui est entendu : il ne sera plus permis, sans être assassin, de préférer Diderot à Voltaire ou Voltaire à Rousseau; on ne pourra plus sans crime regretter que Rousseau domestique ait volé, que Rousseau père ait mis ses enfants à l'hospice, que Rousseau philosophe se soit laissé prendre à l'argument routinier du consentement universel, que Rousseau politique ait méconnu l'utilité delà science et de la civilisation et, finalement, professé une utopie sociale qui impose à chacun, sous peine de mort, les croyances de tous.
Au risque de passer pour cul-de-j attiseurs, nous persisterons à attribuer aux déclamations de Rousseau le retour de cette écœurante sentimentalité, ou religiosité, qui n'a pas