‹ La renaissance du matérialismeChapitre 62 sur 114 · ROUSSEAU ET VOLTAIRE · texte numérisé non relu

ROUSSEAU ET VOLTAIRE

it mauvais ménage, que nous sachions, avec le frac bleu 3 Robespierre et le couteau de Sanson. Aucun homme n'a é plus funeste à la raison, dans toutes les sphères de Tacvité humaine.

Est-ce àdireque,chezlui, le style n'ait pas atteint souvent la plus séduisante éloquence ? que, dans nombre de âges immortelles, répandues dans tous ses ouvrages, le entiment exquis de la nature, la connaissance profonde le la passion, n'éclatent et ne s'expriment dans un magni- Ique langage y comme on dit aujourd'hui ? Mais, c'est entendu, nous sommes et demeurons cul-de-j ailiers,

M. Durandeau rapporte des passages de Michelet qui n'infirment en rien et ne contredisent pas l'opinion définitive du grand historien. Ce sont circonstances atténuantes accordées à l'artiste ; il ne faudrait pas y voir une réhabilitation du demi-chrétien et de l'autoritaire forcené. Mais, quand il resterait à Michelet un fond d'indulgence romantique pour la sensiblerie de Rousseau, la sévérité nous serait-elle interdite ? Est-ce que nous sommes astreints* à jurer in verba magistrt ?

Nous reconnaissons volontiers que Julie a changé l'amour léger et amusant en amour pleurard et sentencieux ; qu'Emile, en dépit de bizarres enfantillages, a inspiré aux mères une affection plus agissante pour leurs enfants. Nous ne nions pas que, moralement, beaucoup de femmes aient «conçu d'Emile»; reste à savoir si cet incube a engendré des générations plus saines. Jean-Jacques, dites-vouS, a fait h Révolution. Oui, sa part y est grande. Il aurait mieux valu que plus large y fût celle de Diderot et de Voltaire I Mais prenons garde, M. Durandeau va nous appeler coupejarrets. Nous l'adoucirons peut-être en lui concédant qu'i^ ne manque pas de taches dans la vie de Voltaire. Le soleil

â02 PARTIE II. — MATÉRIALISME MILITANT

en a bien ; mais elles disparaissent dans le rayonnement. Si Voltaire a été courtisan à Versailles, coqicette à Berlin, marguillier à Perney , du moins a-t-il défendu Calas et Sirven et Labarre, plaidé pour les serfs du Jura, fait sauter laforteresse des superstitions et fondé Tère de la tolérance. Voilà des titres de gloire qui autorisent à omettre, sinon à ignorer quelques platitudes et pantalonnades.

Mais, nous dit-on, vous traitez Voltaire en ami. Est-il tant le vôtre ? n*a-t-il pas combattu, à armes courtoises, Helvétius, d'Holbach, Épicure et Lucrèce ? Ne se proclamet-il pas enfin déiste quand même ?

Jamais nous n'avons contesté des faits si avérés ; jamais nous n'avons tiré à nous Voltaire tout entier ; nous nous bornons à démontrer que, s'il refuse de nous appartenir, il s'éloigne encore plus des spiritualistes. Voltaire ne croit pas à l'existence indépendante de l'âme ; cette âme, dont les mystagogues font un être distinct et immortel, n'est pour lui que l'ensemble des facultés inhérentes à l'organisme. Il nous suffît qu'il soit d'accord avec nous sur ce point. Le reste, vous l'avouerez, importe peu. Trop imbu de la croyance à une entité divine pour oser l'analyser et la décomposer, il s'est contenté de lui ravir son unique base rationnelle : l'entité de l'âme. Aussi son dieu n'est-il plus, comme l'âme ellemême, que l'ensemble des propriétés inhérentes à l'orga nisme supposé de l'univers, un terme abstrait. C'est h logique, c'est l'analogie, qui le veulent ainsi.

A M. Jônain, maintenant, de décider si Voltaire es dans la fausse route ou sur le droit chemin ; parmi le éclectiques adeptes d'une religion civile, ou parmi les libre esprits qui ne s'embarrassent pas demots et veulent touche les choses.

M. Jônain {Libre Conscience^ 30 nov.) gratifie du nor

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